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Le piment d'Espelette

Histoire
Il faut se pencher sur le journal de bord de Christophe Colomb pour découvrir la première trace écrite relatant l'existence d'un piment savoureux. " Mejor que pimienta nuestra" note le célèbre explorateur en date du 15 janvier 1493, alors qu'il se trouve à Cuba. Les peuples d'Amérique le cultivent et l'apprécient depuis longtemps déjà.


Ramené en Espagne, on le surnomme le " poivre long d'Amérique ". Son succès est rapide. Les fermes du pays le cultivent et il fait son apparition au Pays Basque, notamment dans la région d'Espelette.
Le piment est traditionnellement moulu et utilisé comme poivre dans la gastronomie basque. Au XVIIe siècle, le père Larramendy se lance dans des travaux savants. Il en déduit qu'il existe une relation fondée entre le poivre piquant castillan (" piper mina "), le pimenton espagnol et le poivre rouge basque (" bipergorria "). Du coup, le bipergorria fait son entrée officielle dans la noble famille des épices.


Au XVIIe siècle, les chocolatiers de Bayonne s'aperçoivent qu'il permet de relever certaines recettes, grâce à son goût fruité et légèrement piquant. Il existe toujours aujourd'hui l'une des spécialités des artisans bayonnais : le chocolat chaud mousseux relevé au piment.
Un siècle plus tard, le piment trouve d'autres domaines d'expression, notamment auprès des charcutiers. Ainsi, les jambons basques en sont recouverts avant le séchage, apportant une touche particulière à la viande. Les pâtés, boudins, saucisses ne tardent pas à recevoir la précieuse épice dans la phase finale de leur fabrication.

La culture des piments

Le village d'Espelette et ses façades de maisons décorées de longues guirlandes rouges sont mondialement connus ! En fait, une dizaine de villages basques*, regroupant en tout 55 producteurs, sont directement concernés par la culture du célèbre piment.
Les conditions géographiques et climatiques sont idéales dans cette partie du Pays Basque, car le piment aime les sols légèrement acides et l'absence de gel entre avril et novembre.


On sème au mois de mars, sur un sol composé de fumier et d'humus. Les petites plantes sont ensuite repiquées afin de favoriser leur développement. On procède après à la plantation, qui dure généralement d'avril à juillet. Enfin, les premières récoltes sont lancées au milieu du mois d'août et peuvent se prolonger de longues semaines, suivant le mûrissement de la plante. On recense environ 400 000 pieds, qui fournissent en moyenne 7 tonnes de piments chaque année.


Même si la qualité du fruit est indéniable, le syndicat des producteurs a dû patienter de nombreuses années avant de bénéficier de l'Appellation d'Origine Contrôlée, qui a été délivrée en avril 2000. Cela a permis de mettre un terme à la concurrence déloyale des producteurs d'Afrique du Nord, qui vendaient leurs produits sous la même appellation.
A Espelette et sa région, les piments sont enfilés manuellement sur des cordes, un par un. Cette opération a lieu au mois d'août, juste après les premières récoltes.

On dispose ensuite ces guirlandes sous les avants-toits des maisons et des fermes basques, afin de faire sécher les fruits pendant deux ou trois mois (l'A.O.C. impose un temps minimum de quinze jours). Cette exposition à la lumière du soleil permet de favoriser la naissance de l'arôme. Mais les piments peuvent également être disposés sur des clayettes, à l'abri de la pluie.
Ils sont enfin chauffés dans de vastes fours afin de terminer leur déshydratation et leur apporter ce goût inimitable, recherché par les gastronomes.

Un produit fin et parfumé

Le piment d'Espelette est d'abord reconnaissable à sa couleur, un beau rouge rapidement identifiable. On dit qu'il est très fin au goût, aromatisé, fruité et qu'il parfume délicieusement les plats. Sur l'échelle de Scoville, qui permet de mesurer le " piquant " des piments, le piment d'Espelette se place au 4ème niveau (sur 10), qui correspond à " chaud ".


On le consomme soit sous forme d'épice (c'est-à-dire broyé), soit frais ou encordé. Il est également possible de le trouver en purée ou en colis. Ces quelques variantes lui permettent d'être très présent dans la gastronomie basque. En poudre, il apporte une touche certaine aux sauces, grillades, pâtes et riz. Lorsqu'il est utilisé sous la forme d'une crème, c'est un ingrédient idéal pour les sauces légèrement relevées.Coupé en fines tranches, il transforme radicalement le goût de l'omelette. Bref, on trouve toujours un prétexte justifié pour l'utiliser et faire chanter les plats.


Enfin, il serait inconvenant de ne pas mentionner la fête annuelle du piment d'Espellette, organisée le dernier week-end d'octobre. Il existe aussi une Confrérie, vieille d'une trentaine d'années, chargée de veiller à la pérennité et à la crédibilité du piment à travers les années.

* Aïnhoa, Cambo-les-Bains, Espelette, Halsou, Itxassou, Jatxou, Saint-Pée-sur-Nivelle, Ustarritz, Larressore et Souraïde

 


 
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