Quand
apparaît au début des années 90 la notion de French
Paradox (voir notre article Paradoxe
français), démontrant que les habitants du
Sud-Ouest, malgré une forte consommation de graisses
et de vin, sont moins sujets aux accidents cardiaques
que les Américains, une véritable révolution en
matière d'hygiène alimentaire s'amorce.
Ce bienfait serait du à une consommation régulière
de vin et notamment à l'action des anti-oxydatifs
de ses composants. Très fortement critiqué par
des ligues d'antialcoolisme, et assimilé à une
drogue toxique qui entraîne une dépendance et
des effets néfastes sur notre organisme, le vin
se révèle aujourd'hui à travers le soutien de
nombreux scientifiques, comme être la boisson
alcoolisée la plus saine, possédant un pouvoir
préventif de certaines maladies.
Un peu d'histoire
Dès la plus haute antiquité, le vin fut associé
aux remèdes, soit pour masquer le goût amer ou
astringent des médicaments soit comme excipient.
Ainsi, Pline l'Ancien (23 - 79 après J.C.) citait
le vin d'absinthe ou le vin à base d'aunée qui,
écrivait-il, est " efficace contre les maux d'estomac,
pousse à l'oubli de toute colère et douleur, réjouit
et fortifie le cour ". L'on trouve ainsi, dans
l'histoire, des vins de sauge qui " affermissent
les nerfs et suppriment les tremblements des mains
" ou les vins de menthe qui " chassent la bile
noire ". Le Cardinal Richelieu lui-même disait
prendre un verre de Bordeaux à chaque repas pour
éviter des troubles intestinaux.
Les travaux récents
Au Royaume-Uni, le Pr St Léger en 1979 démontre
par une étude de corrélation que, parmi les pays
les plus industrialisés, ceux où la consommation
de vin est la plus importante présentent un taux
de mortalité cardio-vasculaire plus faible. En
1992, le Pr Renaud confirme cette observation
et montre que les différences concernant la mortalité
par maladies cardio-vasculaires entre les pays
méditerranéens et les pays d'Europe du Nord pouvaient
s'expliquer, en grande partie, par la consommation
de vin. Aux USA, le Pr Klatsky a indiqué que les
consommateurs de vins (2 verres par jour) ont
une protection vis à vis de la mortalité cardio-vasculaire
20 % plus élevée que les consommateurs de spiritueux,
alors que la bière est sans effet.
En Italie,
le Pr Farchi montre que pour des consommations
de l'ordre de 6 verres par jour, la protection
atteint 40 % alors que pour des consommations
supérieures, l'effet cardio-protecteur est perdu.
Au Danemark, le Pr Gronbaek montre en 1995 que
les consommateurs de vin (3 à 5 verres par jour)
ont un risque de mortalité qui pouvait être divisé
par 2 par rapport aux abstinents. Trois autres
études du même professeur montrent les effets
bénéfiques du vin à dose modérée sur les cancers
des voies aérodigestives, sur le cancer du poumon
et sur les accidents cérébrovasculaires. Seule
une consommation quotidienne ou quasi quotidienne
a un effet bénéfique sur la santé. Cette consommation
doit être inférieure à un ½ litre de vin de 12°
par jour pour les hommes et à ¼ pour les femmes.
Protection des maladies cardio-vasculaires
Les
accidents cardio-vasculaires sont principalement
la résultante de deux processus. Le premier est
la formation d'une plaque d'athérome qui nécessite
un processus lent, de plusieurs années. Le second
fait appel à un processus rapide qui met en jeu
certaines cellules du sang, les plaquettes sanguines
qui, sous l'action de certains facteurs, peuvent
former des agrégats et aboutir à la formation
d'un caillot ou thrombus qui obstrue les vaisseaux.
Les recherches internationales ont montré que
les composés phénoliques pouvaient avoir des propriétés
anti-oxydantes, anti-inflammatoires et anti-plaquettaires,
tous jouant un rôle dans la prévention du développement
des maladies cardio-vasculaires et qu'une consommation
quotidienne de vin de 2 à 4 verres a un effet
cardio-protecteur.
Ces effets sont, semble-t-il, liés à la présence
dans le vin d'anti-oxydants phénoliques qui fluidifient
le sang, diminuant ainsi les risques d'agrégats
cellulaires, source de thrombose des vaisseaux.
Les lipoprotéines de haute densité (HDL) sont
reconnues comme un facteur protecteur de l'athérogénèse.
En effet, elles participent à l'épuration du cholestérol
en le transportant vers le foie. Or, des niveaux
élevés de HDL sont très souvent associés à la
consommation modérée de vin. D'autres études ont
montré qu'une consommation modérée de vin pouvait
diminuer le cholestérol LDL qui est fortement
lié au développement de l'athérosclérose.
Les polyphénols interviennent dans la protection
des pathologies cardio-vasculaires par leurs effets
antioxydants et anti-agrégants plaquettaires.
Les radicaux libres, la lipoperoxydation et la
modification oxydative des LDL sont impliqués
dans l'initiation et le développement de d'athérosclérose:
les LDL oxydées sont très toxiques pour les cellules
de la paroi vasculaire; les polyphénols du vin
rouge pouvant lutter contre les modifications
oxydatives des LDL, ils peuvent ainsi contribuer
à réduire l'apparition d'athérosclérose.
Certains composés phénoliques comme le resvératrol
peuvent inhiber l'agrégation plaquettaire et réduire
ainsi le phénomène de thrombose. Le vin rouge
ou un extrait de vin peut inhiber l'agrégation
plaquettaire mais aussi éviter une hyper coagulabilité
survenant après la consommation d'autres boissons
alcooliques différentes du vin.
Il semble, de plus, que les niveaux de fibrinogènes
et de facteur VII tendent à diminuer avec une
consommation modérée de vin. Enfin, des travaux
récents montrent que les composés phénoliques
du vin peuvent induire la relaxation des vaisseaux
sanguins par interaction sur les cellules endothéliales,
par l'intermédiaire de l'oxyde nitrique permettant
une meilleure circulation du sang et protégeant
donc contre le développement des maladies coronariennes.