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Une année d'actualité dans le Sud-Ouest
Revue de presse n°93 - Du 1er janvier au 22 décembre 2003

RETROSPECTIVE 2003 - LA MAREE NOIRE DU PRESTIGE
Le littoral aquitain souillé (30 décembre 2002 au 5 janvier 2003)
Des boulettes de fioul provenant du pétrolier " Prestige " ont commencé à s'échouer, depuis le début de l'année, sur 200 km de côtes, depuis Soustons dans les Landes jusqu'au nord de la Gironde, annonce LE NOUVEL OBSERVATEUR (5 janvier). Le préfet de la Gironde Christian Frémont a aussitôt annoncé l'embauche par la préfecture de personnels en CDD qui seront mis à la disposition des communes pour le nettoyage. Il a également demandé aux maires de faire appel aux bénévoles qui seront "enregistrés, formés et encadrés" par du personnel de la Sécurité civile et les pompiers de la Gironde vont être appelés à intervenir. Des renforts de militaires annoncés par le gouvernement (200 hommes) sont aussi attendus. Dans les Landes, les opérations de nettoyage et d'installation de barrages dans les points sensibles se poursuivent depuis jeudi 2 janvier mais il faut déplorer le décès accidentel d'un salarié municipal de Biscarrosse, écrasé par un tracteur. Enfin, des navires engagés pour la dépollution devraient entamer des actions de pompage de la nappe principale, située à environ 200km au large de la Gironde, et dont on ignore encore où et quand elle touchera le littoral. D'autre part, deux grosses nappes de 20 mètres sur 150 mètres de long ont été signalées samedi à l'entrée du Bassin d'Arcachon, signale LE MONDE (4 janvier). Le ramassage et la pêche des coquillages, notamment des huîtres, y sont désormais interdits " à titre préventif ". Une mesure qui provoque déjà la colère des ostréiculteurs, selon SUD-OUEST (6 janvier), estimant que leurs parcs sont propres et qu'il n'y a plus de pétrole en vue dans les eaux du Bassin.

Marée noire : la lutte s'organise (6 au 12 janvier 2003)
Des navires spécialisés dans la récupération du fioul ont appareillé jeudi 9 janvier du port de La Rochelle, a indiqué la préfecture maritime de l'Atlantique. La flotte est constituée de chalutiers français, espagnols, danois, britanniques et norvégiens, sous contrôle du bâtiment D'Entrecasteaux, un navire hydrographique de la marine nationale. Selon les observations réalisées le jour même, les tâches de pollution se seraient éloignées des côtes françaises et se trouveraient " dans une zone située entre 250 et 450 km à l'ouest de la côte des Landes ", précise LE MONDE (10 janvier). Toutefois, la houle prévue dans le courant de la semaine pourrait perturber à nouveau les interventions au large. Si le lieu de stockage des déchets collectés en mer n'a pas encore été défini, l'incinération du pétrole récupéré par les navires français en décembre dernier, au large de l'Espagne, vient de démarrer. Une usine spécialisée à Bassens, dans la banlieue bordelaise, permet de brûler 20 à 25 tonnes par jour, selon LIBERATION (10 janvier). Enfin, les deux bureaux de classification qui ont autorisé le " Prestige " à naviguer, le Bureau Veritas français et l'American Bureau of Shipping, ont été assignés en référé devant le tribunal de grande instance de Nanterre qui doit se prononcer sur leur responsabilité dans le naufrage. C'est le coup d'envoi, estime SUD-OUEST (10 janvier), d'une bataille juridique qui s'annonce longue et tortueuse.

Les huîtres d'Arcachon de nouveau autorisées (13 au 19 janvier 2003)
Le préfet de la Gironde Christian Frémont a annoncé jeudi 16 janvier qu'il levait l'interdiction du 4 janvier visant le ramassage, le transport et la commercialisation des coquillages du bassin d'Arcachon. Les analyses réalisées par l'Ifremer sont parfaitement satisfaisantes, avec un taux d'hydrocarbures aromatiques polycycliques dix fois inférieur à la norme autorisée, rapporte LE NOUVEL OBSERVATEUR (17 janvier). Le préfet précise toutefois dans les colonnes de SUD-OUEST (17 janvier) qu'étant donné ce qui se passe dans l'océan, " nous restons extrêmement vigilants. Les contrôles seront très réguliers. Les consommateurs peuvent être rassurés : au moindre doute, je prendrai une nouvelle interdiction immédiatement ". Sur le front de la marée noire, le nettoyage des plages se poursuit et des galettes de fioul s'échouent au gré des marées, déplore LA DEPECHE DU MIDI (20 janvier). Dans le très proche océan, jusqu'à trois kilomètres des plages de Gironde et des Landes, il y aurait des stocks de boulettes entre deux eaux, parfois assez profondes, qui s'échouent tous les jours. Plus de 800 personnes bénévoles, militaires, sécurité civile et agents municipaux sont mobilisées le long du littoral girondin. En mer, la flotte européenne déployée dans le golfe de Gascogne a dû rentrer au port de La Rochelle samedi 18 janvier en raison des mauvaises conditions météo, les navires devant affronter des vagues de 4 mètres, selon la préfecture maritime de Brest.

La bataille de la dépollution (20 au 26 janvier 2003)
Alors que de nouvelles galettes de mazout s'échouent chaque jour le long de la côte Atlantique, une partie des élus du littoral de la Bretagne au Pays Basque tentent de lancer une action de lobbying auprès de l'Europe pour que la sécurité maritime deviennent une réalité, signale LIBERATION (21 janvier). Une première réunion s'est tenue lundi 20 janvier au conseil général de Loire-Atlantique et les élus ont adopté une charte prévoyant de renforcer le contrôle des navires, d'accroître la responsabilité pénale et financière des armateurs et des pavillons, d'aggraver la sanction contre les dégazages sauvages et de définir un " crime contre l'environnement ". Le document sera présenté en février au gouvernement. Concernant le Prestige, la ministre de l'Ecologie Roselyne Bachelot a indiqué qu'un appel d'offres avait été lancé pour le traitement de l'épave. Le choix des sociétés candidates sera fait le 15 mai, en présence de l'Ifremer. La solution technologique retenue serait, selon Mme Bachelot, " de capter le fioul dans des poches qui remonteraient à la surface " et le coût serait supporté par l'Espagne. Enfin, sur les plages, les bénévoles sont nombreux à attendre le feu vert pour venir épauler pompiers, municipaux et militaires. Le nombre de candidatures spontanées est même supérieur à la demande, explique SUD-OUEST (24 janvier), mais les élus hésitent encore à les solliciter. D'autant que l'ordre des médecins, estimant ne pas bien connaître la toxicité du produit, a exprimé sa réticence à établir des certificats médicaux.

Marée noire : le Pays basque touché (27 janvier au 2 février)
Après les Landes et la Gironde, les galettes de fioul provenant du Prestige commencent à s'échouer depuis mercredi 29 janvier au nord du Pays basque, indique LE NOUVEL OBSERVATEUR (2 février). Sous l'effet des vents, la pollution qui se concentrait jusque-là en Gironde et dans le nord des Landes semble avoir dérivé vers le sud de L'Aquitaine. L'accès aux plages du littoral des Pyrénées-Atlantiques est interdit par arrêté préfectoral et les autorités sont inquiètent en raisons de conditions météorologiques défavorables dans les prochains jours. Dans les Landes, la plage d'Hossegor a été polluée par de grosses plaques de fioul de deux ou trois mètres sur plus de deux kilomètres. Les plages de Vieux Boucau, Seignosse et Lit-et-Mix n'ont pas plus été épargnées et sont souillées, en certains points, à 80%.

Une pollution maîtrisée ? (17 au 23 février 2003)
Le cap redouté des grandes marées a été passé sans dégât majeur sur le littoral atlantique. S'il reste encore des plaques de fioul dans le golfe de Gascogne, d'importants dispositifs de collecte au large ainsi que de ramassage et de nettoyage sur les côtes travaillent efficacement. Le plus gros de la pollution paraît maîtrisée et, selon SUD-OUEST (20 février), on peut affirmer aujourd'hui que les plages seront propres pour la saison touristique. La préfecture maritime de Brest considère qu'il reste encore 10.000 tonnes de fioul brut encore dispersé en mer mais que le plus gros de la pollution est déjà arrivé sur le littoral.. Les avions de surveillance ont repéré une quarantaine de tâches, essentiellement au large du Pays basque et de l'embouchure de la Gironde. Actuellement, les bateaux continuent de travailler et ramènent quotidiennement plus de 1000 tonnes de déchets entre la France et l'Espagne. Les spécialistes s'accordent à dire que les dernières galettes auront été récupérées sur les plages d'ici Pâques.

Marée noire, premier bilan (31 mars au 6 avril 2003)
Trois mois après le début de la pollution de la côte Aquitaine, l'heure est au bilan et la saison touristique d'été s'annonce moins difficile que prévue, estime LA DEPECHE DU MIDI (2 avril). Au total, 2433 tonnes de déchets ont été ramassées sur l'ensemble du littoral, dont 8876 dans les Landes, 2470 dans les Pyrénées-Atlantiques et 2433 en Gironde. Les grandes marées d'équinoxe se sont déroulées sous des vents de secteur est et n'ont donc pas ramené de pollution massive. Reste à lever les dernières incertitudes sur la qualité de l'eau pour les baignades ; une circulaire ministérielle devrait sortir prochainement pour préciser aux maires les précautions à prendre sur le plan sanitaire. Selon le préfet Christian Frémont, " le pire est apparemment derrière nous " et la quasi-totalité des plages sont désormais de nouveau accessible au public.

" Prestige " : le Fipol avare (5 au 11 mai 2003)
Le Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures (Fipol) a indiqué, vendredi 9 mai à Londres, qu'il n'indemniserait les victimes de la marée noire du Prestige qu'à hauteur de 15% du préjudice subi. La France estime son premier préjudice à près de 100 millions d'euros, dont 78 millions pour l'Etat, précise LE MONDE (9 mai). " Nous ne savons toujours pas quelle facture définitive nous allons présenter, explique la ministre de l'Environnement, Mme Bachelot. Les pertes pour le tourisme sont encore incertaines : les estimations vont de 10 à 100 millions d'euros ". L'annonce du Fipol risque de déclencher une colère d'autant plus grande que de nouveaux arrivages de pétrole du Prestige ont été repérés depuis une semaine sur la façade atlantique. Cette pollution survient alors que les professionnels de la mer et du tourisme croyaient en avoir fini, depuis le colmatage de l'épave au début du mois de mars. " Les professionnels sont de plus en plus dépités à cause de ces petits arrivages, désastreux sur le plan psychologique, estime Francine Rocher, présidente de la Fédération régionale de l'hôtellerie de plein air d'Aquitaine. Même si les plages sont nettoyées, certains ont annulé leurs réservations et c'est logique ".

Le " test des pieds nus " (26 mai au 1er juin 2003)
L'Etat vient de débloquer une enveloppe supplémentaire de 17 millions d'euros pour achever le nettoyage des plages d'Aquitaine, annonce LA DEPECHE DU MIDI (27 mai). Du coup, les maires du littoral girondin ont décidé de renvoyer désormais à la DDASS les fiches d'état sanitaire de leurs plages. Une réunion avec le préfet d'Aquitaine Christian Frémont leur a en effet permis de vérifier qu'ils avaient bien obtenu gain de cause sur plusieurs points. La garantie du nettoyage dans les prochains jours des zones rocheuses était le premier. Mais ils voulaient aussi être sûrs de ne pas se retrouver obligés de fermer une plage sans que cela soit réellement justifié. Dans leur ligne de mire, notamment, le " test des chaussons blancs ". Le maire de Vendays-Montalivet, Michel Bibey, a proposé une autre technique, acceptée par la DDASS : le " test des pieds nus ". " Sur nos plages, beaucoup de choses ressemblent à une pollution de pétrole sans en être pour autant, explique-t-il. Ainsi, l'alios, du bois fossile sédimentaire, se présente sous forme de plaques noires, et laisse des traces sur les chaussons. Mais si vous rincez le pied à l'eau, l'alios part, alors que le pétrole reste. De même pour les algues ".

La pollution du Prestige souille toujours la côte
(10 au 16 novembre 2003)
Triste anniversaire. Un an après la catastrophe, le Prestige se rappelle au bon souvenir des habitants du littoral aquitain. Selon les autorités maritimes, près de 16 000 tonnes d'hydrocarbures "navigueraient" toujours quelque part dans l'océan, sans même parler des 14 000 tonnes encore contenues dans les cuves du Prestige. Cette menace permanente fragilise tout sentiment d'optimisme et de sérénité. Selon la préfecture maritime, citée par LE MONDE (12/11), la pollution s'illustre par "des arrivages limités et épisodiques équivalent à de petits dégazages sauvages. Ils vont de la microbille à des plaques grosses comme une main, et ils sont attendus pendant encore 500 à 600 jours". Si les travaux de colmatage réalisés sur le Prestige ont permis de gérer la situation d'urgence, des décisions à plus long terme doivent maintenant être prises. A ce titre, comme le souligne Pierre Verdet dans SUD-OUEST (12/11), "les ingénieurs de Repsol YPF ont imaginé un scénario de pompage qui a commencé à être testé sur zone le mois dernier. Mais les responsables ont décidé d'améliorer encore ce système avant de lancer les grands travaux d'extraction, normalement à partir du mois d'avril 2004."


 
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