SOCIETE Vrai succès pour la manifestation anti-LGV organisée à Hendaye
La colère gronde au Pays Basque. Échaudés par le projet de ligne à grande vitesse (LGV) qui doit traverser le Sud-Ouest à partir de Bordeaux, les opposants avaient déjà affiché leur mécontentement le 17 octobre dernier à Bayonne, réunissant 10 000 personnes. La nouvelle manifestation organisée samedi dernier à Hendaye a permis de doubler les effectifs, portant à 20 000 le nombre de personnes criant haut et fort leur souhait de voir abandonner le projet porté par Réseau Ferré de France (RFF).
Le succès de la manifestation s’explique notamment par le large rassemblement qu’elle a suscité, bien au-delà des frontières du Pays Basque. Les protestataires venaient des Landes, de la Gironde, du Lot-et-Garonne (départements directement impactés par les fuseaux), mais aussi de l’Est du pays, d’Espagne et d’Italie.
« Je suis très satisfait de la journée. La déclaration européenne et cette forte mobilisation sont un signal fort envoyé à tous ceux qui s'obstinent aveuglément pour les LGV. S'ils persistent, il faudra qu'ils assument de passer contre l'avis de la population » déclare Victor Pachon, président du Cade (collectif d'associations de défense de l'environnement) au journaliste de SUD-OUEST (24/01).
Victor Pachon n’hésite pas à faire allusion aux élus partisans de la LGV, sujet ô combien sensible à deux mois des élections régionales. D’ailleurs, la manifestation a permis de faire le tri parmi les représentants politiques farouchement présents et les autres, absents. Si Europe Écologie n’a pas hésité à envoyer sa tête de liste aux prochaines élections, Hélène de Marco, si les partis autonomistes basques ont fait le déplacement, si une centaine d’élus issus des 29 communes concernées par la nouvelle ligne ont bien affiché leur mécontentement, les observateurs auront rapidement remarqué que les représentants officiels du PS et ceux de l’UMP ont préféré rester au chaud devant la télé. Le regretteront-ils ? Le Cade a, en tout cas, invité les citoyens en colère à ne pas voter en faveur des élus favorables à la LGV.
Il n’en demeure pas moins que la LGV suscite la crainte chez les manifestants, qui ne veulent pas voir leur cher Pays Basque ravagé par le tracé ni par les nuisances sonores et visuelles qu’engendreront inévitablement les rames TGV. Sans même parler du fret.
« C'est un projet ruineux (20 milliards d'euros), qui va endetter la Région à hauteur de 640 millions d'euros, soit la moitié de son budget annuel (…) Les chiffres de RFF concernant l'augmentation probable du trafic du fret avec la création d'une nouvelle ligne, sont fantaisistes. D'autres études montrent qu'une modernisation des lignes existantes peut suffire » explique, un brin remontée, Monique De Marco, tête de liste Europe Ecologie, à Nicolas César du site d’informations AQUI ! (25/01).
Les études commandées par les opposants à des cabinets indépendants ont en effet montré que les lignes actuelles peuvent être modernisées et convenir tout à fait au trafic ferroviaire jusqu’en 2050. De quoi voir venir. Alors pourquoi autant d’obstination du côté de l’Etat et de RFF ?
Une amorce de réponse vient peut-être des révélations de L’EXPRESS (2101), qui, sous la plume d’Hugo Soutra, publie une enquête étonnante : « Pourquoi le Sud-Ouest combat la LGV ». On y apprend ainsi que l’ancien directeur de la SNCF, Philippe Essig, « aurait été le vendeur et l’acheteur de la nouvelle autoroute ferroviaire Atlantique, prévue sur la ligne LGV ». Le journaliste explique que Philippe Essig a participé en juin 2008 à une réunion, comme représentant de l’entreprise Modalohr. « Il est chargé de faire du lobbying auprès des différents acteurs publics pour créer une nouvelle autoroute ferroviaire ». Or, Philippe Essig a également été chargé par le ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire, de juin 2008 à juin 2009, « d'une mission de réflexion du fret ferroviaire » précise l’hebdomadaire. Philippe Essig « conclut que la solution la plus adaptée pour l’Etat est l’autoroute ferroviaire. » Le marché n’a toujours pas été signé et un appel d’offres a été lancé. Le ministère gère désormais cet épineux dossier en interne.
Mais la colère ne cesse de s’amplifier au Pays Basque et dépasse les seules limites départementales. Eux aussi concernés par la LGV qui doit traverser leurs terres pour atteindre Toulouse, les opposants du Lot-et-garonne ont d’ores et déjà programmé une manifestation à Nérac le 6 mars prochain., qui fera suite à celle organisée par les villages de Lacourt Saint Pierre et de Montbeton dans le Tarn-et-Garonne. « En effet, plus de 300 personnes ont répondu présentes à l'appel de l'association « Sauvegarde du Patrimoine de Lacourt Saint Pierre et de Montbeton » pour la réunion consacrée à la future LGV. Depuis sa création en décembre 2009, l'association s'est fermement opposée aux 2 fuseaux proposés par RFF qui impactaient fortement les deux communes de Montbeton et Lacourt Saint Pierre » rapporte LA DEPECHE DU MIDI (25/01).
Les habitants du Sud-Ouest semblent bien déterminés à mener la bataille contre RFF, l’Etat et les redoutables tracés de la future LGV.
Il y a un an soufflait Klaus …
Il se suffit de traverser le Sud de la Gironde ou le département des Landes pour comprendre que les dégâts causés par la tempête Klaus occuperont les paysages pendant encore quelques années.
Le 24 janvier 2009, des vents d’une rare violence se mirent à souffler à partir de 4 heures du matin, plaçant les habitants du Sud-Ouest dan la crainte du pire. La tempête ne dura que quelques heures, mais engendra partout des scènes de désolation. Onze personnes trouvèrent la mort. Les magnifiques forêts landaises se transformèrent en décor lunaire, des maisons et des entrepôts s’écroulèrent, tout comme les poteaux électriques, provoquant une situation de crise dans la région.
Aujourd’hui, la situation est loin d’être réglée. Premiers touchés par la folie des vents, les sylviculteurs sont confrontés à une conjoncture bien grise.
« Pour ces professionnels, l’Etat n’a pas tenu les promesses faites après la catastrophe. Christian Pinaudeau, secrétaire général du Syndicat des sylviculteurs (SSSO), fustige l’« indifférence » des pouvoirs publics. Il regrette que « sur le milliard d’euros » de crédits et de subventions en faveur de la filière annoncés en février 2009 par Michel Barnier, alors ministre de l’Agriculture, « il n’y ait pas eu un centime dans la poche du propriétaire forestier sinistré ». De plus, les cours du pin maritime ont chuté de 80 à 90 % » écritRomain Bourg dans FRANCE-SOIR (22/01).
Les sylviculteurs souhaitent aujourd’hui toucher 1 000 € supplémentaires par hectare dans le cadre des subventions à la reconstitution de la forêt et un système d’assurance. L’actuel ministre de l’Agriculture, Bruno Le maire, a assuré que les prêts bonifiés permettront de reconstruire une activité et répondront aux attentes économiques des professionnels de la filière.
La tempête Klaus aura au moins permis d’accélérer le processus d’enfouissement des lignes électriques dans les Landes. Ainsi, ERDF s’est engagé auprès du Sydec (Syndicat départemental à l'équipement des communes) à enfouir 1000 km de lignes électriques moyenne tension avant la fin 2011.
« Après des débuts poussifs liés aux études inhérentes à ce genre de travaux, ERDF et ses sous-traitants ont enfoui plus de 100 km de lignes en une année de travaux. Plus de 54 chantiers ont ainsi débuté au cours de l'année écoulée dans divers cantons du département. D'autres débuteront prochainement » révèle SUD-OUEST (26/01). L’objectif est de parvenir à enfouir 56 % du réseau électrique. Une démarche qui aura son importance si le pire venait à se reproduire.
Olivier Sorondo Revue de presse publiée
le janvier 2010
Sources: SUD-OUEST, AQUI ! , L'EXPRESS, LA DEPECHE DU MIDI, FRANCE SOIR