Produit-on du raisin de table sur les terres des vins de Bordeaux ?
Mondialement réputée pour sa viticulture, la Gironde ne l’est pas du tout s’agissant des grappes de raisin que l’on aime déguster dès les premiers jours de septembre. Pourtant, la donne pourrait changer ces prochaines années.
Olivier Sorondo – 26 juin 2026 – Dernière MAJ : le 26 juin 2026

La formule est simple : du raisin, donc du vin
Inutile de remonter jusqu’à la période gallo-romaine pour justifier l’ancrage historique de la vigne en terres girondines. Bordeaux a toujours produit du vin. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 37 appellations qui garantissent la richesse et la diversité de l’offre locale. Le bordeaux est apprécié sur tous les continents et nul n’imagine une autre finalité que le vin aux vignobles bordelais, qui s’étendent sur près de 100 000 hectares.
Si la carte postale se veut belle, la réalité l’est beaucoup moins. Depuis quelques années, les viticulteurs font face à une crise économique majeure, que viennent nourrir différents facteurs : baisse de la consommation, chutes des importations en Chine, taxes douanières américaines, concurrence accrue des vins du monde entier, saturation du marché… Bref, le bordeaux a chuté de son piédestal.
Dans un tel contexte, nombre de producteurs renoncent à leur vocation pour envisager de nouvelles opportunités agricoles. Plus de 20 000 hectares de vigne ont ainsi été arrachés ces dernières années, libérant des superficies disponibles. Il est vrai que le sol et le climat de la Gironde se prêtent particulièrement bien à la diversité des cultures.
Une reconversion pas si évidente
Se lancer dans la production de raisin lorsqu’on est (ou a été) vigneron semble logique. On reste dans l’univers de la grappe, après tout. Néanmoins, les variétés ne sont pas les mêmes, leur approche et leur culture non plus.
« Cela tient davantage de l’arboriculture. C’est une production périssable qu’il faut vendre vite et, en termes de commercialisation, nous n’avons pas encore de filière organisée sur du circuit long en Gironde. Et puis, la plantation d’une vigne en raisin de table affiche aussi un prix élevé, autour de 25 000 euros de l’hectare » indique Françoise Ligou, de la Chambre d’agriculture de Gironde, au journal Sud-Ouest (14/08/2025).
Certes, on trouve déjà des producteurs de raisin de bouche en Gironde, mais en nombre très limité et sur une surface totale ne dépassant pas les 10 hectares. Répartis autour de Bordeaux, ils cultivent le chasselas, le danlas, l’exalta, le noir ribol ou encore le centennial. Leur production alimente surtout les circuits courts (la Compagnie fermière, la Ruche qui dit oui…). Le changement climatique et la part importante des raisins de table importés en France peuvent toutefois constituer de solides arguments. D’abord, les raisins profitent d’un ensoleillement généreux pour libérer leur sucrosité, appréciée des consommateurs. Ensuite, proposer une offre plus abondante de raisins français ne déplairait pas au public.
Envisager de nouvelles pistes
Certains viticulteurs ont décidé de se lancer dans l’aventure, en plantant quelques hectares à titre expérimental. D’autres préfèrent rester dans leur univers et s’adapter aux nouvelles attentes en proposant des vins moins alcoolisés ou effervescents. « Ils ont le vent en poupe car ils ont un côté festif et rafraîchissant. Ils ont une note un peu luxueuse, comme pour les champagnes » explique Caroline Fleur, directrice du groupe Oenocentres, à 20 Minutes (22/10/2023).
De nouvelles cultures font progressivement leur apparition sur le sol girondin. La Chambre d’agriculture propose ainsi des ateliers pour encourager la diversification. Les viticulteurs peuvent désormais se tourner vers la culture d’amandes, d’olives, de noisettes, de lin ou encore de houblon.
Le maître mot semble être celui de la polyculture. Bon nombre de producteurs souhaitent conserver des hectares de vigne, que viendront compléter de nouvelles productions. Il s’agit finalement de renouer avec l’agriculture qui prédominait en Gironde jusque dans les années 1980, avant que la vigne ne s’impose partout et peut-être un peu trop.