La Cité du Vin fête ses dix ans
En 2026, la Cité du Vin confirme sa place parmi les grands lieux culturels de Bordeaux. Inaugurée en 2016, elle s’est imposée en une décennie comme un site phare consacré à l’univers du vin, à ses civilisations et à ses imaginaires, avec plus de 3,5 millions de visiteurs accueillis depuis son ouverture.
Olivier Sorondo – 11 juin 2026 – Dernière MAJ : le 11 juin 2026 à 17:50

Un projet ambitieux, mais risqué
Comme le rappelle le journal Sud-Ouest (05/06/2026), « l’idée d’une Cité du vin apparaît au début des années 1990, avec d’abord une approche économique. Dans le prolongement de Vinexpo, salon professionnel qui amenait la planète vin à Bordeaux, l’idée de faire de la ville une place permanente pour le commerce du vin a pris corps. »
Créer un musée dédié au vin dans une ville comme Bordeaux, où le vin est déjà omniprésent, pouvait néanmoins sembler redondant. Le pari consistait donc à transformer le vin en expérience immersive et sensorielle, rendre le sujet accessible à des non-amateurs et, surtout, créer un lieu universel qui parle des vignobles du monde entier, pas seulement de Bordeaux.
Si le projet semblait plausible sur le papier, sa concrétisation a donné quelques sueurs froides aux investisseurs impliqués. Le coût de construction initial, évalué à 63 millions d’euros (avant-projet en 2012) a finalement dépassé les 81 millions, en raison notamment d’une sous-estimation des travaux.
Dix ans plus tard, les chiffres de fréquentation (400 000 visites par an) confirment la pertinence du projet. La Cité du Vin est devenue un moteur d’attractivité pour Bordeaux. Elle contribue à l’image internationale de la ville en reliant patrimoine viticole, tourisme urbain et création contemporaine.
Son rayonnement repose aussi sur sa capacité à parler à des publics variés : touristes étrangers, amateurs de vin, familles, professionnels du secteur et curieux de culture générale. En cela, elle incarne une forme de médiation originale entre l’identité bordelaise et l’ouverture au monde.
Le choix d’une architecture spectaculaire
Souvent comparée à une carafe, à un cep noueux ou au mouvement du vin dans un verre, la Cité s’impose comme un repère visuel immédiatement identifiable sur les bords de la Garonne.
Son architecture, conçue par Anouk Legendre et Nicolas Desmazières de l’agence XTU, repose sur des courbes continues, sans angles droits, qui donnent au volume une impression de fluidité permanente. Cette silhouette très singulière dialogue avec le fleuve et les quais bordelais, tout en affirmant une présence contemporaine forte dans le paysage de Bacalan.
Le chantier a représenté une série de défis :
- 300 pieux en béton à 30 mètres de profondeur, car le terrain est « maléable » et artificiel, gagné sur la Garonne
- 574 arcs en lamellé-collé (1 200 m³ d’épicéa nordique et de douglas français) pour la charpente
- 128 épines de bois qui enlacent le bâtiment pour atteindre sa hauteur finale de 55 mètres (plus haut que l’Arc de Triomphe)
- Une façade « glitter » avec des panneaux de verre sérigraphiés et des panneaux d’aluminium laqués irisés et perforés inédits
Le choix des matériaux participe aussi à cette identité. Le bois, le verre et l’aluminium traduisent le lien avec l’univers viticole, tandis que la façade irisée et les reflets changeants évoquent la lumière sur l’eau et les variations d’un liquide en mouvement. Derrière l’effet sculptural, le bâtiment a aussi été conçu avec des objectifs de performance environnementale, grâce à une approche bioclimatique et à l’usage d’énergies locales et renouvelables.
L’architecte Nicolas Desmazières a lui-même assumé : « On a pris le risque de faire une forme, non pas de rupture, mais de contrepoint volontaire par rapport au classicisme des quais de Bordeaux. »
Vers un avenir radieux ?
Ces dix ans montrent que la Cité du Vin a dépassé le statut de simple équipement culturel pour devenir un symbole durable de Bordeaux. Elle a renouvelé le discours sur le vin en l’inscrivant dans une perspective globale, sensible et patrimoniale.
À l’heure de ce dixième anniversaire, son enjeu est désormais de conserver cette dynamique, en continuant d’attirer de nouveaux visiteurs tout en renforçant sa dimension de lieu vivant, évolutif et accessible.
Pour marquer cet anniversaire, le lieu emblématique des Bassins à flot propose une programmation spéciale tout au long de l’année, avec des expositions, des rencontres, des ateliers et des événements culturels inédits.
L’établissement ne veut pas être un simple « musée du vin », mais un véritable moteur d’attractivité pour Bordeaux et la métropole. Ses projets d’avenir incluent notamment un renforcement de sa connexion avec les vignobles locaux (Médoc, Gironde, Sud-Ouest), des collaborations plus étroites avec les acteurs du tourisme en Gironde et en Nouvelle-Aquitaine, un rôle de plateforme internationale, reliant les terroirs du monde entier à Bordeaux.
La Cité devra enfin renforcer sa démarche écologique par la réduction de l’empreinte carbone des événements et des visiteurs, le développement de pratiques plus sobres en énergie et en ressources et la mise en avant des vignobles engagés dans l’agroécologie et la durabilité.