Le banc d’Arguin est-il menacé de disparition ?

Le banc d’Arguin est-il menacé de disparition ?


Indissociable de l’image touristique du bassin d’Arcachon, le banc d’Arguin ne cesse de subir les conséquences du réchauffement climatique.

Crédit photo : Florian Delée – Unspash

Des mesures préoccupantes

L’érosion exceptionnellement rapide de l’îlot suscite l’inquiétude. Les relevés de la Réserve naturelle nationale (RNN), menés en mars puis septembre 2026 par la Sepanso, confirment un rétrécissement continu, y compris durant un été pourtant peu exposé à la houle.

La surface du banc d’Arguin est ainsi passée de 54,12 hectares en mars à 51,70 hectares en septembre 2026, soit une baisse de 4% en six mois. Plus préoccupant encore, le banc lui-même a perdu environ 11 % de sa superficie entre mars et septembre, alors qu’un été sans houle aurait normalement dû favoriser son réengraissement.

Long d’environ 7 kilomètres en 2020, il ne mesurait plus que 3,5 kilomètres en 2025, puis un peu plus de 2 kilomètres cette année. Son amincissement le rend particulièrement vulnérable : à chaque grande marée ou tempête, les vagues peuvent désormais franchir plus facilement le cordon sableux et emporter les zones émergées.

C’est d’ailleurs le constat d’Audrey Ducros, capitaine du Nomad, un bateau dédié aux visites touristiques, citée par France Info : « Là, il y avait déjà le banc d’Arguin, ici. D’habitude, on est protégé. Quand je me suis retournée, j’ai bien vu qu’il avait disparu. »

La houle, moteur d’une érosion accélérée

Le banc d’Arguin est naturellement mobile : la houle, les vents et les courants de marée déplacent en permanence le sable entre le Cap Ferret et le sud de la dune du Pilat. Mais les équipes de la Réserve estiment que la vitesse, l’intensité et la répétition des épisodes érosifs récents constituent un phénomène inédit, aggravé par des tempêtes hivernales plus fréquentes et la montée du niveau de la mer.

« Une réduction à cette vitesse, cette dynamique et cette intensité, c’est du jamais vu » constate Xavier Chevillot, le directeur de la Sepanso, dans Le Figaro Nautisme.

Les tempêtes Nils et Pedro, survenues en février 2026, ont notamment englouti la partie nord du banc et fortement réduit sa dune végétalisée. Le conservateur Benoît Dumeau indique que celle-ci avait perdu environ les trois quarts de son volume par rapport à octobre 2025, tandis que le banc ne compte plus que quatre îlots de végétation.

La disparition du relief aggrave l’exposition aux vagues. Il n’y a plus de point haut : dès qu’un fort coefficient de marée se présente, les vagues emportent tout. La végétation dépérit et des brèches se forment, ce qui fragilise un banc qui protège la dune du Pilat et le littoral de l’érosion. Les parcs à huîtres de la pointe sud, détruits par les tempêtes de l’hiver 2023, n’ont pas pu être reconstruits.

Un enjeu majeur pour la biodiversité

Cette disparition progressive fragilise directement les oiseaux nicheurs et migrateurs : goélands, huîtriers pies, gravelots à collier interrompu et sternes caugek dépendent des points hauts et de la végétation dunaire pour nicher à l’abri des submersions. Sur 800 nids de goélands recensés en avril, la majorité aurait été détruite par les tempêtes et les fortes marées, et le nombre de jeunes goélands observés était six fois inférieur à celui de l’année précédente.

La Réserve ne peut pas stopper cette dynamique naturelle : ses équipes concentrent donc leurs efforts sur le suivi mensuel et saisonnier du site, l’adaptation des zones de protection intégrale et la régulation de la fréquentation humaine. Les mesures de septembre montrent toutefois que le banc du Toulinguet, situé au nord-ouest, grossit fortement – de 1,11 à 4,54 hectares entre mars et septembre – et pourrait, à terme, remplacer Arguin comme nouveau refuge sableux.

C’est en tout cas l’observation de Nadia sénéchal, citée par le Figaro Nautisme : « Les gens imaginent qu’un banc est quelque chose de statique. On lui a donné un nom, mais sa morphologie, son positionnement et le sable sont renouvelés en permanence. Il y aura toujours des bancs de sable à cet endroit. »

Dans un souci de préserver la biodiversité fragilisée, une réglementation plus stricte s’applique désormais aux bateaux de plaisanciers qui viennent mouiller dans le périmètre.