Kiwis de l’Adour : une année sous le signe du dérèglement climatique
Entre les Landes, le Béarn et le Pays basque, le long des deux rives de l’Adour, s’étend le premier bassin de production de kiwi de France. Chaque année, l’IGP « Kiwi de l’Adour » rassemble environ 140 producteurs qui fournissent l’essentiel de la production nationale. Mais 2026 restera comme une année charnière : pluies hivernales interminables, canicules à répétition, puis un orage de grêle dévastateur dans la nuit du 23 août sont venus s’ajouter les uns aux autres, fragilisant un peu plus une filière déjà en difficulté.
Olivier Sorondo – 25 août 2026 – Dernière MAJ : le 25 août 2026 à 16h59

Un hiver et un printemps trop humides
La saison a mal commencé. Entre le 23 janvier et le 4 février, les températures moyennes sont restées supérieures aux normales de saison, de 1 à 5,2°C, tandis que les conditions restaient humides, avec 54 à 111 mm de précipitations enregistrés selon les postes, pour un cumul mensuel de janvier atteignant 90 à 190 mm, les valeurs les plus fortes étant relevées dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.
Pour le kiwi, cette humidité persistante n’est pas anodine. L’eau qui tombe sur des sols secs finit par stagner autour des pieds et asphyxie la plante, qui supporte très mal le manque d’oxygène dans le sol. Une partie des producteurs, découragés par ces épisodes répétés, ont d’ailleurs cessé leur activité ces dernières années. Face à ce constat, des essais sont en cours autour de nouveaux porte-greffes plus tolérants à l’excès d’eau, mais leur généralisation supposerait d’arracher les vergers existants pour replanter, un investissement lourd que le marché porteur du kiwi ne permet pas pour l’instant d’envisager.
Une canicule hors norme tout au long de l’été
Après un hiver détrempé, l’été a basculé dans l’excès inverse. Un puissant anticyclone s’est installé au-dessus de la mer du Nord dès le printemps, maintenant l’air chaud sur les mêmes zones pendant plusieurs jours, avec une première canicule précoce et inédite pour la saison touchant la France dès le 21 mai. Juin est devenu le mois le plus chaud jamais enregistré en France, avec une température moyenne supérieure de 3,8°C aux normales, une vague de chaleur précoce plaçant plus de 70 départements en vigilance rouge canicule et faisant grimper les températures au-delà de 40°C sur plus de 40% du territoire, laissant des sols déjà particulièrement secs en fin de mois.
Le Sud-Ouest n’a pas été épargné par la suite. Le 29 juillet, la vague de chaleur a gagné les Landes et la Gironde, où les 40°C ont été dépassés pour la sixième fois de l’année, avec un pic à 42,8°C relevé à Captieux. Début août, un nouvel épisode a touché le Pays basque : dès le 10 août, la préfecture a déclenché l’alerte orange canicule pour la deuxième fois de l’été, avec jusqu’à 38,5°C relevés à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Cette accumulation de chaleur et de sécheresse a fini par peser lourdement sur les exploitations landaises. La Chambre d’agriculture des Landes a alerté les pouvoirs publics sur l’ampleur des pertes, réclamant notamment une réforme du système assurantiel agricole et du dispositif d’Indemnisation de Solidarité Nationale, en particulier pour les producteurs de kiwi et de vigne, ainsi que l’abaissement du seuil de déclenchement de cette indemnisation à 30% de pertes et le relèvement du taux d’intervention à 45%. Depuis le 20 juillet, elle a renforcé son dispositif d’accompagnement avec des permanences quotidiennes dans chaque antenne pour soutenir les agriculteurs dans leurs démarches et leurs décisions techniques.
La nuit du 23 août : la grêle achève de fragiliser les vergers
C’est dans ce contexte déjà tendu qu’est survenu, dans la nuit du 23 au 24 août, un orage d’une violence rare. Des prévisions annonçaient dès le week-end de forts orages sur une large partie du pays, avec une période particulièrement sensible attendue entre le lundi midi et le mardi vers 6 heures du matin, des orages pouvant circuler rapidement et devenir ponctuellement violents sur des départements incluant les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.
Le village de Sames, dans les Pyrénées-Atlantiques, a particulièrement souffert. Les récits des habitants et des producteurs témoignent de l’ampleur des dégâts. Sur les vergers touchés, de nombreux kiwis encore accrochés aux arbres portent les traces de la grêle : certains pourront peut-être être récupérés, mais d’autres ont été trop abîmés et finiront par tomber. Un agriculteur du secteur, Laurent Daugareilh, redoute même un effet en cascade : privés de leur feuillage protecteur, les fruits pourraient désormais subir des coups de soleil sous l’effet des fortes chaleurs et tomber à leur tour.
Au-delà de la récolte de l’année, c’est l’avenir même des vergers qui inquiète. Il faudra attendre le printemps prochain pour savoir si les arbres repartiront, un épisode de grêle survenu en 2018 ayant montré que certains vergers si sévèrement touchés ne parviennent jamais à redémarrer. Une réalité d’autant plus lourde pour les exploitants qu’un verger de kiwi ne se reconstitue pas en quelques mois : même si les arbres survivent, la production mettra des années à retrouver son niveau habituel, poussant certains producteurs à envisager, en attendant, de chercher un revenu complémentaire ailleurs.
Une filière déjà fragilisée depuis plus d’une décennie
Ces épisodes climatiques à répétition s’inscrivent dans une tendance de fond que les responsables de la filière observent depuis plusieurs années. Le bassin de l’Adour, qui représente environ 75% de la production française de kiwi entre les Landes, le Béarn et le Pays basque, fournissait 22 800 tonnes au marché européen en 2012 ; sa production est tombée à 6 000 tonnes en 2025, selon Jean-Marc Poigt, président de l’organisme de gestion du kiwi de l’Adour. Un paradoxe souligné par le responsable lui-même : alors que le marché du kiwi reste porteur, la filière peine à produire suffisamment pour y répondre.
Ce n’est pas la première fois que la grêle frappe durement le bassin : un épisode survenu le 20 juin avait déjà touché une quinzaine de producteurs, au point que des filières voisines, comme celle du piment d’Espelette, avaient organisé des collectes de soutien lors de manifestations locales.
L’été 2026 marquera-t-il un tournant ?
Entre un hiver trop pluvieux, un été marqué par des canicules successives et un orage de grêle dévastateur fin août, la campagne 2026 cumule à peu près tous les aléas climatiques que la filière redoute. Pour les producteurs de kiwi de l’Adour, l’enjeu dépasse désormais la seule récolte de l’année : il porte sur la survie même des vergers et sur la capacité de la filière à s’adapter — par de nouveaux porte-greffes, une meilleure protection contre la grêle ou une réforme des dispositifs d’indemnisation — à un climat de plus en plus instable et préoccupant.