Calendrier des festivités des Landes

Calendrier des festivités des Landes


Au-delà des fêtes de la Madeleine, de la feria de Dax et des dizaines de grosses fêtes patronales bien sympathiques (il faut le dire), le département des Landes propose un calendrier culturel riche et varié, qui rend hommage à son histoire, à ses traditions et à sa curiosité artistique.

Mai

Festival Atout Cœurs
Benquet – Fin mai
Tél. 05 58 71 17 47 – Web : www.communedebenquet.com
Mais quel est donc ce festival dont l’intitulé sonne comme une sitcom à destination des adolescentes ? Organisé à Benquet, aux portes de Mont-de-Marsan, Atout Cœurs reçoit depuis une vingtaine d’années des chanteuses et chanteurs de la scène française et internationale, dans une ambiance conviviale et de proximité. Le public a déjà pu applaudir, lors des précédentes éditions, Johnny Clegg, The Golden Gate Quartet, Thomas Dutronc, Diane Tell, Toure Kounda ou encore Yuri Buenaventura. Parmi tous ces artistes, les enfants de l’agglomération de Mont-de-Marsan ont droit à leur passage sur scène pour présenter leur spectacle musical, durement préparé tout au long de l’année.

Juin

Festival de cinéma de Contis
Contis-les-Bains (Saint-Julien-en-Born) – Mi-juin
Tél. 05 58 42 89 80 – Web : www.cinema-contis.fr
Chaque année depuis 1996, le festival de Contis permet de projeter une large sélection de courts-métrages européens et de récompenser ceux désignés par le jury. L’évènement landais ne se limite bien sûr pas à la seule compétition, puisqu’il propose également la présentation de longs-métrages en avant-première, l’organisation de divers débats et tables rondes, la découverte de nouvelles expériences cinématographiques à travers la VR, un concours de nanométrages (films de 45 secondes au maximum) ou encore le développement de courts-métrages d’aspirants réalisateurs.

Festival Art et Courage
Mont-de-Marsan – Mi-juin
Tél. 05 58 05 87 37. Web : www.courselandaise.org
Organisé chaque année par la fédération française de course landaise depuis une trentaine d’années, le festival Art et Courage propose une course au cours de laquelle les sauteurs et écarteurs font face à des vaches, des novillos et des taureaux sans corde, ce qui suscite quelques sueurs froides dans le public. C’est aussi une soirée de fête, avec des animations tout autour des arènes du Plumaçon. Univers 100 % landais garanti.

Nuit des quilles
Saint Justin – Mi-Juin (place des Tilleuls)
Tél. 05 58 44 86 06
Soirée fort sympathique et respectueuse des traditions à Saint-Justin pour fêter le début de l’été. Les passionnés de quilles se retrouvent en effet à la nuit tombée pour participer à des parties endiablées. Les règles sont simples, mais le jeu demande de l’adresse, de la concentration et quand même un peu de métier : trois joueurs par équipe, trois quilles devant, trois quilles derrière, on lance le maillet à une distance de 11 mètres, en faisant en sorte de toutes les faire tomber sauf une. L’ambiance est décontractée, avec une buvette qui tourne et des grillades qui chantent.

Fête de la Saint-Jean
Saint-Sever – Avant-dernier ou dernier week-end de juin
Tél. 05 58 76 34 64
La fête de Saint-Sever est finalement assez révélatrice de toutes celles organisées dans les Landes, où les villages continuent d’accorder la plus grande importance à ces moments joyeux de partage, de chants, de musique, de courses ou encore de défilés. À Saint-Sever, on allume bien sûr le traditionnel feu de la Saint-Jean, qui ouvre en quelque sorte les festivités, avant d’assister à la cavalcade et à la corrida. Les repas conviviaux se multiplient, les bodegas restent ouvertes de longues heures, les enfants profitent des attractions… Tout est là.

Juillet

Fête de la Préhistoire
Brassempouy – Début juillet
Tél. 05 58 89 21 73 – Web : www.prehistoire-brassempouy.fr
Le site est devenu célèbre en 1894 après la découverte de la Dame de Brassempouy, une tête de statuette en ivoire datant du Paléolithique supérieur, considérée comme la plus ancienne représentation d’un visage humain. Depuis quelques années, la Maison et l’ArchéoParc de la Dame organisent une manifestation toute entière dédiée à la préhistoire. C’est l’occasion rêvée d’assister à des conférences que l’on devine passionnantes, des expositions ou des projections, et même de participer à une rando-visite de la grotte du Pape, où fut justement découverte le fragment de statuette. De nombreux ateliers, animations, concerts et spectacles complètent le programme.

Arte Flamenco
Mont-de-Marsan – Première semaine de juillet
Tél. 05 58 46 54 55 – Web : arteflamenco.landes.fr
C’est le Département des landes qui est à l’origine de la création d’Arte Flamenco, officiellement lancé en 1989. Le succès de ce festival, considéré comme le plus important consacré au flamenco hors d’Espagne, ne s’est jamais démenti ces trente dernières années. Les meilleur(e)s danseuses et danseurs se sont succédé sur la scène landaise, contribuant certainement à sensibiliser le public à la culture andalouse. L’évènement se nourrit aussi de nombreux ateliers, cours, scènes ouvertes et offre même un petit festival uniquement réservé aux enfants.

Fêtes de Mont-de-Marsan
Mont-de-Marsan – Troisième semaine de juillet
Tél. 05 58 75 39 08 – Web : regiefetes.montdemarsan.fr/
Est-il encore besoin de présenter les fêtes de la Madeleine ? Quintessence des fêtes patronales landaises, elles attirent chaque année des centaines de milliers de festayres, tout de bleu et blanc vêtus, dans une grosse ambiance conviviale, joyeuse, ponctuées de chants et de cris de bonheur. On ne cite même pas les animations, les attractions, les concerts, les bandas, les bodegas, la procession (Hé oui !), la messe (re Hé oui !) les expositions, la corrida ou encore les défilés. Pas de misère, y a de quoi faire, frère festayre.

Jazz in Sanguinet
Sanguinet (Espace Gemme) – Fin juillet
Tél. 05 58 78 67 72
Le festival n’a cessé, depuis sa création il y a une vingtaine d’années, d’explorer toutes les facettes du jazz, du plus traditionnel au plus avant-gardiste, à travers une quinzaine de concerts proposée à chaque édition. Pendant quelques jours, l’espace Gemme se transforme en village dédié à la musique, où domine une ambiance festive et conviviale, que ne gâchent en rien les nombreux repas proposés au public et réputés, semble-t-il, pour leur qualité. Cerise sur le gâteau, l’accès au site est entièrement gratuit. Seuls les concerts organisés sous le chapiteau nécessitent de sortir sa carte bleue.

Août

Chansons et mots d’Amou
Amou – Début août
Tél. 05 58 89 02 25 – Web : www.chansonsetmotsdamou.fr
Le festival se consacre à la chanson et à la littérature, qu’il conjugue chaque année autour d’un nouveau thème. Ici, on aime les jolis mots, la poésie, la musique légère, les chansons finement phrasées. Parmi les artistes/auteurs reçus à Amou ces dernières années, il convient de citer Michel Jonasz, Clarika, Arthur de la Taille, Juliette ou encore Marie-Christine Barrault. L’évènement est également l’occasion de participer à des ateliers créatifs ou à des apéros littéraires et musicaux.

Feria de Dax
Dax – Mi-août
Tél. 05 58 909 909 – Web : www.daxlaferia.fr
À l’instar des fêtes de la Madeleine, la feria de Dax constitue le rendez-vous irremplaçable et inratable des festayres de tout poil, des Landes ou d’ailleurs. Malgré la foule, l’ambiance reste conviviale et comme l’indique fort justement le site Web de l’office de tourisme des Landes, la feria ne se raconte pas, elle se vit, aussi bien en journée que la nuit. Des centaines d’attractions et d’animations, des bandas à foison, le concours de lancer de bérets, les ateliers gastronomiques, les intermèdes musicaux et les concerts, les bals gascons, les tournois de toutes sortes, les concours, l’initiation aux échasses, la corrida… Cinq jours de fête absolue.

Latinossegor
Hossegor – dernier week-end d’août ou premier week-end de septembre
Tél. 05 58 41 79 00 – Web : www.facebook.com/latinossegor
Comme son titre l’indique, le festival d’Hossegor se consacre corps et oreilles à la danse et à la musique latino, dans le cadre privilégié de la plage des Landais. On peut donc se débarrasser de ses tongs ou de ses espadrilles, sentir le sable entre ses petits orteils et danser au rythme des morceaux de salsa ou de cha-cha-cha que viennent exécuter les musiciens latino-américains. Ah oui… Les concerts sont gratuits.

Septembre

Toros y Salsa
Dax – Début septembre
Tél. 05 58 56 80 09 – Web : www.facebook.com/torosysalsadax
Dax succombe aussi au charme latino. La ville organise depuis 1995 son désormais célèbre festival Toros y Salsa, proposé au public dès la fin de la saison des corridas et composé de six concerts gratuits. On doit à son fondateur, François Charpentier, la grande qualité de sa programmation, qui a sans nul contribué à asseoir et étendre la réputation du festival auprès des salseros. Pendant trois jours, les artistes invités se succèdent et finissent par jouer ensemble, le temps d’une descarga bouillante et improvisée. Yannick Le Maintec en apporte d’ailleurs une définition passionnée dans son article, publié le 24/09/2019 dans Le Monde : « Si Toros y Salsa est si couru chez les musiciens, c’est bien en raison de cette fameuse descarga. Où ailleurs peut-on assister à des bœufs aussi incroyables ? Sur scène vingt, trente, quarante musiciens ? Qu’importe. Les chanteurs improvisent sur les standards, les pianistes se succèdent les uns aux autres, compétition de cuivres et autres concours de percussions. Véritable festin musical, la descarga est le Saint-Graal de la salsa. »

Crédit photo : Tourisme Landes

Octobre

Quiksilver & Roxy Pro France
Hossegor – 1ère quinzaine d’octobre
Tél. 05 58 41 79 00 – Web : www.hossegor.fr
Le circuit professionnel du surf reconnait la qualité des vagues du Sud-Ouest français, à travers le Lacanau Pro en août et le Quiksilver & Roxy Pro France en octobre, mais cette fois-ci dans le département des Landes et sur la célèbre plage de la Gravière. Pour rappel, le Quicksilver Pro France est une manche du tour masculin, alors que le Roxy Pro France s’ouvre à la seule compétition féminine. Il n’en demeure pas moins que les meilleurs surfeurs de la planète viennent s’affronter à l’automne, heureux de retrouver à Hossegor des beach breaks exigeants, mais d’une rare qualité. L’évènement est bien sûr l’occasion d’assister à différents ateliers, concerts, initiations ou séances de dédicaces, dans une ambiance festive et de proximité avec les compétiteurs.

Mont-de-Marsan Sculptures
Mont-de-Marsan – Octobre
Tél. 05 58 05 87 37 – Web : www.visitmontdemarsan.fr
Quiconque a déjà parcouru les rues de la préfecture des Landes aura remarqué la présence de nombreuses statues, qui apportent à la ville son aspect si singulier. Tous les trois ans, cette passion communale pour l’art sculptural explose à travers la mise en place d’un véritable musée ouvert. Des berges de Midouze à la place Saint-Roch, de la Villa Mirasol au cinéma le Royal, les rues accueillent les œuvres monumentales des plus grands artistes contemporains, que l’on peut découvrir et apprécier en suivant les parcours proposés. De nombreuses activités annexes sont également proposées au public tout au long de la manifestation.

Armagnac en Fête
Labastide d’Armagnac – Dernier week-end d’octobre
Tél. 05 58 44 67 56 – Web : www.armagnacenfete.com
Allons bon, établir un calendrier des festivités landaises sans mentionner un évènement consacré à l’Armagnac relèverait du non-sens. C’est sur la très, très belle place Royale de Labastide d’Armagnac que les amateurs de la plus ancienne eau-de-vie de France se retrouvent chaque année à l’automne. Cette période correspond en effet aux premières distillations, qu’il convient de fêter comme il se doit. Pendant trois jours, les animations se succèdent : visite aux flambeaux de la cité médiévale, ateliers culinaires, dégustations, intronisations de personnalités à la confrérie de l’Escoubade, apéritifs, repas, démonstration de course landaise, marché des producteurs, tables rondes…

L’automne gourmand dans les Landes
Différents sites – De fin septembre à fin novembre
Tél. 05 58 06 89 89 – Web : www.tourismelandes.com
Finalement, le fait de glisser ses pieds sous la table et de découvrir (ou apprécier) les bons produits des terroirs landais permet d’entamer l’automne de la meilleure des façons. L’évènement s’accompagne, pendant plus d’un mois, de nombreux ateliers, dégustations, visites, rencontres et séjours gastronomiques. Tout est fait pour mettre à l’honneur les produits et le savoir-faire local. Le département des Landes peut quand même se targuer d’abriter huit filières d’excellence, comme l’asperge des Landes, le canard fermier, le kiwi de l’Adour, le floc de Gascogne ou encore le bœuf de Chalosse. Respect.

Patrimoine et cultures des Landes

Patrimoine et cultures des Landes


Des airiaux des Landes de Gascogne à l’influence architecturale béarnaise en terres de Tursan, de la mayade à la course landaise, le département dévoile une vraie richesse patrimoniale et culturelle.

L’habitat traditionnel

La maison typique landaise à laquelle on pense tout de suite est celle qui correspond aux régions du Born, du Marensin et de Maremne, mais le département profite d’un véritable éclectisme architectural et patrimonial selon ses pays, de la Chalosse au Gabardan.

Le long du littoral, donc, mais aussi dans les Grandes Landes, la maison landaise (oustaù) est reconnaissable entre mille grâce à ses colombages apparents. Entre chaque poutre, les charpentiers (qui construisaient généralement seuls les maisons, sans l’aide d’un maçon) utilisaient du torchis puis, plus tard, de la briquette, disposées à plat ou en oblique (en fougère). La pierre, rare dans cette région, est rarement utilisée, c’est vraiment le bois tiré du chêne qui constitue l’ossature du bâtiment.

Assez souvent, la charpente déborde la façade et forme un auvent, façade toujours orientée à l’est afin de ne pas subir les intempéries et les rafales de vent issues de l’océan.

À l’instar de bon nombre de constructions domestiques réparties à travers tout le département, l’intérieur est assez simple, composé d’une travée centrale (ou pièce commune), où chambres et réserves sont attenantes, disposées dans les travées latérales.

La pièce principale sert de salle à manger et de cuisine, à proximité de la vaste cheminée. Au plafond, les poutres sont volontairement apparentes. Elles s’avèrent utiles pour suspendre de bons gros jambons, qui sèchent en toute quiétude et qui rétrécissent au fur et à mesure des découpes gourmandes.

Les Landais ont été des précurseurs en matière de télé en relief.

La particularité de nombreuses maisons de cet univers agropastoral est la proximité directe de la salle commune et de l’étable. Une large ouverture est pratiquée dans le mur, à mi-hauteur, de façon à permettre le passage de la tête des bœufs à l’intérieur même de la maison. Il est ainsi plus facile de les nourrir (plus besoin de sortir) et leur haleine réchauffe un peu la pièce. Pour peu que les bœufs soient de nature joviale ou blagueuse, ils représentent une excellente source de distraction lors des longues soirées d’hiver. Un peu l’ancêtre de la télé, quoi.

Ces maisons typiques de la façade ouest du département ne constituent pas pour autant des bourgs ou des hameaux. Elles sont organisées en quartiers, et selon une hiérarchie précise entre maisons de maîtres et de métayers, au sein d’un airial, une petite clairière entretenue dans les profondeurs de la lande. Les pins ont été coupés et seuls quelques chênes occupent cette surface couverte de pelouse.

L’airial regroupe la maison du maître, celle des métayers, les dépendances, la bergerie, le four à pain, le poulailler, le fenil, la grange ou encore l’abreuvoir. C’est un espace de vie en commun.

En Chalosse, les villages et bourgs viennent remplacer les airiaux. L’environnement, moins hostile, autorise donc à construire des bâtiments en pierres de taille et moellons. La façade principale, enduite, est exposée à l’est et développe un large pignon.

Ce sont généralement des maisons ou des fermes cossues, agencées à l’image des maisons des Landes de Gascogne, avec une travée principale et deux travées latérales. Fait important, même riches, les maisons du pays affichent la sobriété, à l’exception peut-être des remarquables linteaux au-dessus des portes.

Dans le pays de Tursan, l’influence béarnaise commence à poindre le bout du nez. Les maisons sont à 4 eaux et la toiture, plus raide, est constituée de tuiles plates à crochets. On utilise davantage la pierre et le galet. On y trouve moult maisons bourgeoises et des fermes plus isolées.

Enfin, en terres d’Armagnac, les fermes sont édifiées à hauteur des douces collines, souvent agencées en « U », privilégiant la cour fermée. Les maisons, privées d’auvent, sont massives et à étages. La couleur terre des façades épouse celle des paysages.

L’Armagnac est aussi le territoire des bastides (Saint-Justin, Labastide d’Armagnac), édifiées au XIIIe siècle et qui révèlent encore aujourd’hui de petits bonheurs architecturaux, comme les maisons à pans de bois sculpté de Saint-Justin.

Mayades et autres joyeuses coutumes

Ça n’est un secret pour personne : les Landais sont réputés pour leur esprit festif. Les fêtes de la Madeleine, organisées chaque année en juillet, ou la feria de Dax, qui prend place en août, ne sont en fait que les manifestations les plus renommées du département, mais certainement pas les seules.

Les beaux jours venus, les festayres envahissent les bodégas de nombreux villages du département pour perpétuer la tradition, assister aux corridas ou courses landaises, danser au rythme enlevé des bandas et essayer de retrouver leur lieu de villégiature à 4 heures du matin après avoir réalisé qu’il était plus facile de se mouvoir à quatre pattes, même si la direction empruntée un peu au hasard ne s’avère pas être la bonne.

En grattant un peu l’histoire du département, ce besoin de se rassembler et de partager dans la bonne humeur des moments privilégiés s’inscrit dans la vie locale depuis de très nombreuses décennies, voire plusieurs siècles.

Ainsi, les « despourguères », ces travaux qui consistaient à dépouiller le maïs de sa feuille, étaient souvent l’occasion de se rassembler après une dure journée de travail, de discuter, de plaisanter et de chanter.

Le « pèle-porc » était un évènement festif très apprécié, qui réunissait les fermiers. Un porc bien gras était choisi, tué, soigneusement nettoyé et finalement dépecé par le paysan-charcutier. Les participants se réunissaient ensuite autour d’une grande tablée gourmande où étaient servis rôtis, canards, poulets, fromages, desserts sans oublier les quantités généreuses de vin.

La fête du pèle-porc va bientôt battre son plein. Tout le monde, ou presque, s’en réjouit.

L’après-midi était consacré à la détente (pour les hommes) et à la préparation du boudin (pour les femmes).

L’asouade, pratiquée du Moyen-Âge jusqu’au XIXe siècle, consistait à faire asseoir un mari trompé ou battu par sa femme sur le dos d’un âne, à l’envers, et à le balader dans les ruelles du village, accompagné par quelques joyeuses personnes qui ne manquaient pas de crier ou de chanter pour attirer l’attention. À défaut de la présence du mari, un voisin jouait le rôle du malheureux. Cette tradition, quelque peu humiliante, fut heureusement interdite.

Les mariages se déroulaient de manière plus amicale. Généralement, tous les habitants du village étaient conviés à l’évènement. Les voisins des futurs époux, munis d’une canne appelée imbitedou, passaient de maison en maison, où chaque invité à la cérémonie entourait la canne d’un ruban de couleur et leur offrait par la même occasion un petit coup à boire. En fin de tournée, il est à parier que l’imbitedou leur servait principalement à rester debout.

Lors du grand repas, les mariés devaient respecter la « roste », consistant à boire dans un pot de chambre.

Enfin, les mayades, qui perdurent encore aujourd’hui dans certains villages, permettent aux jeunes de 18 à 19 ans de choisir une marraine et un parrain, qui les aideront à planter un « mai » (pin maritime décoré) devant le logement du maire, celui de ses adjoints et au centre de la commune, le soir du 30 avril. Un grand banquet est organisé ensuite.

Selon la tradition, le but est ensuite d’aller faire tomber les « mais » des villages voisins tout en n’oubliant pas de défendre le sien.

Quelques jours plus tard, la mayade prend fin à l’occasion d’un grand bal. Certains villages des Landes organisent toujours cet évènement pittoresque, à l’instar de Saint-Vincent-de-Tyrosse, Saubion ou encore Narrosse.

La course landaise

Elle participe grandement à l’identité du pays landais et à son expression culturelle, et ce depuis fort longtemps. Selon l’Observatoire National des Cultures Taurines, « Le document authentique le plus ancien conservé aux archives nationales fait état en 1457 d’une coutume immémoriale de faire courir vaches et bœufs dans les rues de Saint Sever à l’occasion des fêtes de la Saint-Jean. Ensuite, pendant plusieurs siècles, on connaît surtout la tauromachie landaise par les différentes tentatives d’interdiction dont elle fut l’objet à maintes reprises et sans succès. »

Au cours du XIXe siècle, il est décidé que les courses soient organisées dans des périmètres fermés, les arènes. Ensuite, des tampons sont placés à l’extrémité des cornes des vaches, afin d’éviter les coups mortels.

Les vaches, autrefois attrapées dans la nature, sont aujourd’hui élevées au sein de ganaderias. Leur destin est plus joyeux que celui des taureaux destinés à la corrida puisque la course landaise n’implique aucune mise à mort. Le but n’est pas ici de combattre l’animal, mais de faire preuve d’une redoutable agilité pour éviter sa charge.

Trois figures caractérisent la course landaise : la feinte, l’écart et le saut.

L’écarteur, placé au centre de l’arène, appelle et provoque la vache pendant quelques instants. Passablement énervée de recevoir des noms d’oiseau, celle-ci amorce sa charge en direction du bonhomme, qui, au dernier moment, alors que les cornes le frôlent, amorce un écart intérieur ou extérieur. Tout se joue en une fraction de seconde et l’écarteur doit aussi veiller à la beauté du geste.

Le sauteur, quant à lui, peut s’apparenter à un véritable gymnaste. Il lui faut en effet une sacrée dextérité, une souplesse sans faille et un don de propulsion quasi divin pour s’élever dans les airs dès le fougueux animal arrive à son niveau. Le saut peut revêtir différents aspects : le saut à pieds joints ou le saut à la course, le torero allant dans ce cas à la rencontre de l’animal. À l’époque, on pratiquait également le saut à la perche, mais cette pratique a été abandonnée.

Sauteur en pleine démonstration – Crédit photo : Musée de la course landaise

Il existe différents types de course, tout au long de la saison, de février à novembre : la course formelle, le concours landais, la course de seconde… chacune répondant à une organisation différente. Certaines de ces courses entrent dans le champ de la compétition, qui intègre en son sein les clubs affiliés à la FFCL.

Chaque course landaise s’accompagne bien sûr d’une animation digne de ce nom, souvent assurée par une banda. Pendant la période estivale, la course est considérée comme un évènement majeur de n’importe quelle feria. Elle permet de réunir de vieux Landais à la culture phénoménale et des vacanciers, souvent surpris et impressionnés.

L’on dit que la Mecque de la course landaise est le village de Pomarez. Ses arènes accueillent les courses les plus réputées. Dès leur plus jeune âge, les gamins de la commune et des environs sont initiés à la noblesse de la discipline et apprennent avec beaucoup de sérieux l’art de l’écart, un gros ballon remplaçant bien sûr la vache.

Nature et paysages des Landes

Nature et paysages des Landes


« La forêt, cathédrale sans fin sous le ciel atlantique » – Alain Dubos, Landes de terre et d’eaux (éditions Passiflore).

Si elle constitue l’identité première du département, la forêt des Landes de Gascogne, dont la superficie frôle certes les 70 % du territoire, ne saurait faire oublier la richesse des paysages et la diversité de ses 14 pays, regroupés au sein de trois grandes zones géographiques.

Le plateau landais

Localisé au Nord de l’Adour, le plateau landais, qui englobe les Grandes Landes, est essentiellement composé de forêts, affichant des paysages aux lignes horizontales et droites. Nous sommes ici aux confins des Landes de Gascogne, qui ont remplacé à partir du XIXe siècle, sous l’impulsion du botaniste Chambrelent, la lande pastorale et les zones marécageuses.

La monotonie des paysages, due à la surabondance des pins maritimes, n’est qu’apparence. « Si une vision superficielle de la forêt peut amener l’impression d’une profonde tristesse liée à celle d’une lassante uniformité, cette réaction est le résultat d’une totale méconnaissance du milieu. Dans l’atmosphère paisible de ces grands arbres qui se balancent doucement au gré du vent, il faut suivre les sentiers sinueux de sable fin que bordent les massifs de bruyère et de genêts, ou longer les petits ruisseaux d’eau limpide à travers les fougères. Au creux d’un vallon, découvrir une lagune pittoresque, au détour d’un chemin, une charmante clairière, et par une belle journée d’été, dans cette ambiance de calme et de solitude reposante, écouter le chant gracieux de la cigale ou celui du coucou » écrit avec majesté Philippe Soussieux dans son livre le Guide des Landes (éditions La Manufacture – 1986).

Les Hautes Landes – Crédit photo : Marie Anne ROBERT – Own work, CC BY-SA 4.0

Plus à l’est, la forêt finit par trouver sa limite et laisse la place à des paysages de coteaux, sur lesquels l’homme fait pousser la vigne depuis des siècles. Nous sommes ici dans la région du Bas-Armagnac, célèbre (et célébrée) dans le monde entier pour sa précieuse eau-de-vie.

Au nord du Bas-Armagnac se détache le pays de Gabardan, limitrophe du Gers, où l’on découvre la forêt de pins, appelée ici Petites Landes, mais aussi des terres dédiées à la polyculture. Les rivières y sont nombreuses et serpentent à travers les forêts avant de devenir plus encaissées dans les gorges calcaires à proximité de Roquefort, situées plus à l’ouest. La nature y est omniprésente et préservée, se partageant entre landes humides et landes sèches dédiées à la sylviculture, où genêts et bruyères constituent souvent un sous-bois harmonieux. Le pays peut se découvrir grâce à la dizaine de parcours de randonnées, empruntant parfois les voies de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Les pays de l’Adour

À la différence des Landes de Gascogne, les pays de l’Adour profitent d’une terre fertile, où vallons et plaine alluviale dessinent des paysages changeants.

Sur la rive gauche de l’Adour, on embrasse les territoires du Tursan, de la Chalosse et du pays d’Orthe. Le relief y est plus marqué et annonce déjà le massif pyrénéen. Le point culminant se trouve à Lauret, à 234 mètres d’altitude.

Les coteaux forment une grande partie du paysage et ont contribué à développer l’activité agricole, notamment l’exploitation viticole, sous l’appellation des vins de Tursan (AOC), que l’on servait déjà à la table des empereurs romains.

On y trouve également de nombreuses rivières, qui prennent naissance à partir de l’Adour et de ses affluents.

La Chalosse, située plus à l’ouest, offre des paysages remarquables, composés de bois de feuillus, de vallées, de coteaux, de rivières (le Louts et le Luy) et de larges prés au sol argileux. Grâce au bocage, le pays dévoile une alternance de terres cultivées et de bosquets, composant de magnifiques panoramas.

Le littoral

Le littoral landais se prolonge sur plus d’une centaine de kilomètres, bordé d’un imposant massif dunaire, constamment surveillé et entretenu par l’homme afin de renforcer sa fixation et éviter que le sable ne s’engouffre vers l’intérieur des terres.

Au nord du département, à hauteur de Mimizan, les dunes sont dites anciennes et de forme parabolique, formées lorsque le niveau de la mer était plus bas que celui d’aujourd’hui. Elles offrent les conditions de pousse idéale aux fougères et arbousiers.

Plage de Mimizan – Crédit photo : Office Intercommunal de Tourisme de Mimizan

Viennent ensuite les dunes plus récentes et longitudinales, qui se sont élevées au fur et à mesure de la progression de l’océan, plus « mobiles » selon les passages venteux

Les villages historiques du littoral, dont l’activité était essentiellement axée vers l’exploitation forestière et la culture viticole (vin de sable), ont vu au cours du XXe siècle apparaître des stations balnéaires, attirées par le potentiel de ces longues plages. Chaque année, des dizaines de milliers de touristes viennent profiter du sable blond, du soleil chaud et de l’agréable fraicheur de l’océan Atlantique, oubliant parfois le danger que représentent les baïnes, dont la force du courant constitue un piège redoutable et souvent mortel.

Derrière les dunes s’impose la majestueuse forêt de pins maritimes, où l’on trouve quand même des chênes-lièges ou pédonculés. C’est le décor parfait pour une gentille randonnée en VTT sur l’une des innombrables pistes cyclables mises à la disposition du public.

On trouve également tout au long de la bande littorale de très nombreux plans d’eau, nés de la barrière que constituent les dunes aux rivières côtières. Des dizaines d’étangs et de lacs agrémentent ainsi les paysages, du sud au nord, où l’on trouve et apprécie les étangs de Cazaux et Sanguinet (idéaux pour la baignade des enfants), de Biscarrosse, le lac d’Aureilhan et le courant de Contis. Au sud, le lac de Soustons, le courant d’Huchet ou encore le lac marin d’Hossegor (considéré comme « un joyau serti dans l’ombre et la clarté », selon le poète Maurice Martin) s’offrent à la vue ébahie des visiteurs.

Éléments d’histoire des Landes

Éléments d’histoire des Landes


De la sculpture de la Dame de Brassempouy à la visite de l’empereur romain Auguste aux thermes de Dax, de la formidable saga de la famille d’Albret à la naissance de la forêt des Landes de Gascogne, le département affiche une histoire mouvementée et passionnante.

Des fouilles et des merveilles

Si la Dordogne doit beaucoup à l’abbé Breuil (1877-1961), surnommé à juste titre le pape de la préhistoire, le territoire des Landes a pu révéler ses richesses archéologiques grâce à la volonté et à l’abnégation de Jacques-François de Borda d’Oro (1718-1814), mathématicien et naturaliste, passionné de préhistoire, collectionneur de silex taillés et auteur d’une œuvre abondante sur les fossiles et les fondements de la paléontologie locale (1500 pages au moins à lire et sans aucune vidéo publiée sur YouTube. Dur).

Le mouvement initié par Borda d’Oro est repris par différentes personnalités, dont le capitaine Pottier (1836-1886), qui découvre en 1870 les abris préhistoriques de la falaise du Pastou, à Sorde-l’Abbaye, longtemps habités par les Magdaléniens.

Des fouilles plus minutieuses entreprises en 1874 révèlent la présence de quatre gisements : Duruthy, Grand Pastou, Petit Pastou et Dufaure. On y trouve les restes d’une trentaine de squelettes humains, au côté desquels gisent des outils en silex, en os et en bois de renne, des pointes de sagaie et des harpons, également fabriqués à partir de bois de cervidé.

Le gisement de Duruthy en particulier fait la joie des archéologues lorsqu’ils découvrent divers objets d’art, dont des éléments de parure, notamment ceux fabriqués à partir de dents d’ours et de lion, décorés et percés.

Près d’un siècle plus tard, entre 1958 et 1987, le professeur Robert Arambourou, chargé de recherche au CNRS, organise différentes fouilles dans les abris. Elles permettent de mettre à jour des trésors du Magdalénien, dont la célèbre statuette en grès d’un cheval agenouillé.

À quelques dizaines de kilomètres de Sorde-l’Abbaye, à Brassempouy, une découverte majeure va secouer le petit monde de l’archéologie. En 1894, Joseph de Laporterie et Édouard Piette recueillent plusieurs fragments en ivoire de statuettes féminines, dont la tête à capuche ou dame de Brassempouy, l’une des plus anciennes représentations de visage humain. La pièce n’est pas impressionnante par sa taille (36 millimètres de haut et 19 millimètres de large) mais par son histoire (-25 000 ans) et surtout par son élégance et la finesse de son travail. La bouche et les yeux ne sont pas gravés. En revanche, le menton, le nez et les arcades sourcilières sont en relief. Le quadrillage qui orne son crâne peut faire penser à une représentation capillaire.

L’œuvre a ému de nombreux scientifiques et écrivains tout au long des décennies et montré que les hommes et femmes de cette période étaient capables d’une vraie sensibilité artistique. Elle est aujourd’hui conservée au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.

Il semblerait que le territoire fût privé de présence humaine pendant de longs millénaires après la période glaciaire, jusqu’au Néolithique final.

Les archéologues ont retrouvé des pièces de l’âge du Bronze, comme des bracelets, des pointes de lance et des haches, ainsi que des traces de premières enceintes à bestiaux. Les découvertes relatives à l’âge du Fer correspondent essentiellement à des tumuli, qui abritent des pots de terre cuite enfermant des cendres humaines. Ces tumuli sont, entre autres, situés dans les régions de Pomarez, de Vicq d’Auribat ou d’Arboucave.

Conquête romaine, invasions barbares et occupation anglaise

À l’instar des autres départements de l’Aquitaine, la très longue période entre l’époque gallo-romaine et le Moyen-Âge ne fut pas forcément la plus joyeuse pour les Landes.

Avant l’invasion de l’Aquitaine par le général Crassus, en 56 av. J.-C., le futur département est occupé par quelques tribus d’origine celto-ibérienne : les Tarbelli dans la région de Dax et de l’Adour, les Tarusates dans le pays de Tartas, les Bercorates et les Aquitaniens au Nord de l’Adour, les Élusates et les Sotiates aux frontières du Gers et du Lot-et-Garonne.

La présence romaine est plus difficilement lisible dans les Landes que dans d’autres territoires du Sud-Ouest, à cause, peut-être, de son environnement difficile et sauvage, de la mauvaise qualité des terres empêchant de vraies ambitions agricoles et de l’omniprésence des marais. Les hommes y sont peu nombreux et les cités relativement modestes.

Selfie de l’empereur Auguste, lors de son court séjour à Dax – Crédit photo: © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons
Selfie de l’empereur Auguste, lors de son court séjour à Dax – Crédit photo: © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

La ville de Dax (Aquae Tarbelli) échappe pourtant à la règle. Grâce à ses sources d’eau chaude, très appréciées des légions romaines, elle prend une ampleur conséquente. On y construit des thermes, un temple, des villas et autres lieux de villégiature. La visite de l’empereur Auguste, qui daigne en personne prendre les eaux avec sa fille, assure une large campagne marketing à la cité thermale, considérée comme the place to be au sein de l’Empire.

Même l’empereur Auguste daigna se rendre à Dax.

Au IIIe siècle, les Romains déploient une nouvelle organisation administrative qui, à l’échelle de l’Aquitaine, prend le nom de Novempopulanie, ou pays des Neuf Peuples. C’est une période importante pour le territoire des Landes, synonyme de multiples projets et travaux. Des voies principales sont construites entre Bordeaux et l’Espagne, permettant aux Landais de vendre des peaux, du fer, du millet ou encore du miel. Les cités se développent, à l’instar d’Aire-sur-l’Adour ou de Mont-de-Marsan, dont le nom est tiré du temple de Mars.

Des fermes d’exploitation font leur apparition. Sur le littoral, le business du coquillage se développe. De somptueuses villas sont construites dans le sud du territoire. La Pax Romana semble s’accompagner d’une vie plus prospère, agréable et mieux organisée.

Le problème avec les empires, c’est qu’ils finissent toujours par tomber, laissant planer la crainte d’un avenir un tantinet moins douillet. Ce fut précisément le cas dans les Landes comme dans les autres contrées de l’Aquitaine. Dès le Ve siècle, les invasions dites barbares se succèdent gentiment pendant quelques (très longs) siècles. Wisigoths, Gascons, Arabes, Normands… Et vas-y que je tue, et vas-y que je viole, et vas-y que je brûle et pousse-toi d’là que je m’y mette. Quel manque de tact, franchement.

Au IXe siècle, un système féodal se met en place au sein du duché de Gascogne, poussé par la nécessité de se protéger des multiples attaques des envahisseurs. Des forteresses, des « caveries », des « capacazaux » sont édifiés, au gré de la hiérarchie seigneuriale. Même l’Église s’implique dans la protection de ses ouailles en bâtissant des sauvetés, de petits asiles dédiés à l’accueil des plus miséreux.

Depuis son château de Labrit, la Maison d’Albret s’impose comme le fief le plus important de la Gascogne, dont certains membres de la famille accèderont à la royauté. Les Albret participent à la première croisade (1096-1099). Ils s’appuient sur leur relation privilégiée avec le pape Clément V, ancien archevêque de Bordeaux, choisissent de rester fidèles aux Plantagenêt ou de rallier le roi de France en fonction de la conjoncture.

En 1368, le roi Charles V marie sa belle-sœur Marguerite de Bourbon à Arnaud-Armanieu d’Albret dans l’espoir d’une alliance solide entre le royaume de France et la puissante contrée gasconne.

En 1470, les Albret héritent du comté du Périgord et de la vicomté de Limoges. Une quinzaine d’années plus tard, la Navarre rejoint le patrimoine familial grâce au mariage de Jean d’Albret et de Catherine de Foix. Parmi les treize enfants nés de cette union, Henri II d’Albret (né en 1503), roi de Navarre, épouse Marguerite d’Angoulême, sœur de François 1er. Leur fille Jeanne d’Albret entrera dans l’Histoire de France comme la future mère du roi Henri IV.

C’est l’apogée de la famille d’Albret. Après cinq siècles d’ascension, nourris de combats, d’ambitions et de calculs, ayant apporté richesse, pouvoir et vastes propriétés terriennes, la noble maison subira l’invasion du royaume de Navarre puis l’asphyxie progressive de sa puissance tout au long du XVIe.

Quelques siècles plus tôt, le mariage d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri Plantagenêt en 1154 a placé la Guyenne et la Gascogne sous suzeraineté anglaise. Les Landes sont dès lors administrées par le sénéchal de Gascogne. C’est une période troublée, synonyme de luttes incessantes entre rois et seigneurs locaux, entre Anglais et Français, entre Plantagenêt et Valois. Les tensions perdurent jusqu’en 1346, date du début de la guerre de Cent Ans, qui s’achèvera lors de la célèbre bataille de Castillon, en 1453. Les Anglais quittent définitivement le Sud-Ouest et le royaume de France.

Les guerres de religion d’abord, la Fronde ensuite

Le futur département paye un lourd tribut aux guerres de religion, du fait de la relation étroite entre le territoire et les Albret et de la proximité avec le Béarn, terre protestante. L’intransigeance de Jeanne d’Albret génère de fortes tensions et des combats sanglants. En 1569, la reine de Navarre fait appel au comte de Montgomery pour reprendre ses États occupés par les armées catholiques. Ce dernier s’exécute et reconquiert le Béarn, Saint-Sever, Mont-de-Marsan avec une rare cruauté, exécutant les prisonniers catholiques et brûlant des centaines d’églises, d’abbayes et de châteaux. L’intervention de Blaise de Montluc, maréchal de France et serviteur du roi Charles IX, met un terme aux ambitions du comte de Montgomery. En septembre de la même année, son armée s’empare de Mont-de-Marsan et massacre la garnison huguenote.

Blaise de Monluc, maréchal de France, pourfendeur du comte de Montgomery et des armées protestantes à Mont-de-Marsan.

L’édit de Nantes, promulgué par Henri IV en 1598, met un terme aux guerres de religion, particulièrement cruelles dans les Landes et en terres béarnaises.

Quelques décennies de quiétude relative s’installent dans le beau pays des Landes. Enfin l’espoir d’un avenir meilleur pour nos enfants ? Nan. La Fronde bouleverse le royaume de France à partir de 1648, alimentée par la crise économique, une pression fiscale sans cesse plus gourmande et la volonté du pouvoir d’imposer la monarchie absolue. Les révoltes locales se multiplient. En 1653, le colonel Balthazar tente d’envahir avec ses régiments la Chalosse, dont la défense est assurée par les troupes des seigneurs d’Aubeterre, de Candale et de Poyanne. Les combats affaiblissent la région. Entre 1663 et 1666, une nouvelle révolte chalossaise éclate à la suite de l’instauration de la gabelle. De petites bandes landaises, placées sous la protection du seigneur local, Bernard d’Audigeos de Coudures, n’hésitent pas à s’attaquer aux troupes royales, mettant à profit leur parfaite connaissance du terrain pour organiser des embuscades ou des attaques surprises.

La renaissance des Landes

Sous le Second Empire, un jeune ingénieur agronome, François Jules Hilaire Chambrelent, décide de poursuivre les travaux initiés en 1786 par Nicolas Brémontier, qui fut l’un des premiers à lancer une vaste opération de fixation des dunes littorales ou intérieures en vue de protéger davantage les terres situées à proximité de l’océan.

Chambrelent constate que le sous-sol imperméable facilite les eaux stagnantes en hiver et la sécheresse en été et contribue à rendre le sol infertile, poussant de fait les habitants à une vie difficile, pour ne pas dire miséreuse, cantonnée à l’élevage de moutons (on en comptait près d’un million en 1850 !).

L’ingénieur parvient à organiser un système de drainage des eaux superficielles, en creusant des fossés d’écoulement dans la couche d’alios. Le sol est ainsi assaini, mais n’autorise pas pour autant la culture de céréales. Le salut passera donc par la culture forestière, et particulièrement celle de pins maritimes, parfaitement adaptés à l’environnement géologique. En cinq ans, plus de 20 000 hectares se transforment, donnant naissance à la future forêt des Landes de Gascogne.

Impressionné par le succès de la démarche, l’empereur Napoléon III impose, à travers la loi du 19 juin 1857, un vaste programme d’assèchement des zones marécageuses afin de favoriser leur mise en exploitation.

Les plus curieux pourront lire le roman Maître Pierre, écrit par Edmond About en 1858, qui relate cette formidable aventure.

Une nouvelle activité économique se développe autour du pin maritime, à l’instar de l’exploitation de bois et du gemmage. Le massif forestier ne cesse de s’étendre au fil des années, marquant la fin de l’agropastoralisme et la disparition progressive du célèbre berger landais dominant son troupeau de moutons du haut de ses échasses.

La relation entre l’empereur et le département des Landes est décidément étroite puisqu’en 1861 la commune d’Eugénie-les-Bains voit le jour, en hommage à l’impératrice, habituée à passer quelques jours dans cette petite cité thermale réputée lors de ses déplacements à Biarritz.

Chapelle Notre-Dame-du-Rugby : priez pour nous, pauvres plaqueurs

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Chapelle Notre-Dame-du-Rugby : priez pour nous, pauvres plaqueurs


Dans le Sud-Ouest, le rugby dépasse souvent le cap de la passion pour atteindre celui de la religion. Il était donc logique qu’une chapelle lui soit entièrement dédiée.

Crédit photo: Jibi44 – CC BY-SA 3.0

Comme un pèlerinage

Pour peu que l’on soit amateur de rugby, et surtout de rugby local, avec l’accent, les entraînements deux fois par semaine après le boulot, les bourre-pif encore vivaces pendant le match du dimanche, se rendre au village de Larrivière Saint-Savin, au cœur des Landes et du vignoble du Tursan, s’apparente en quelque sorte à une initiation. C’est un peu le sentiment de franchir une étape, c’est surtout la certitude que sa passion est sincère et entière.

On a d’ailleurs le cœur qui bat un peu plus fort en empruntant la très, très étroite route de la Chapelle, qui grimpe joliment tout en serpentant au milieu de la nature et qui finit par nous déposer devant un édifice modeste mais chaleureux, petit mais convivial, parfaitement entretenu et faisant honneur à sa réputation : la chapelle Notre-Dame-de-Rugby.

L’œuvre d’un abbé passionné

C’est à l’abbé Michel Devert, originaire de Mézos, une bourgade landaise située à 70 kilomètres plus à l’Ouest, que l’on doit le projet de la chapelle. Déjà très impliqué auprès des jeunes, et donc du rugby, l’abbé apprend avec tristesse la mort de trois rugbymen de l’US Dax en 1964, victimes d’un accident de la route au retour d’un match amical contre le CA Bordeaux-Bègles : Jean Othats, Émile Carrère et Raymond Albaladejo. La douleur est d’autant plus vive que les trois jeunes hommes avaient fréquenté son patronage à Dax.

« Le monde du rugby aura sa Chapelle bien à lui, pour veiller sur ses rudes gars, les protéger du mal, les aider dans leurs difficultés ; avoir la garantie de la protection divine, savoir ou demander la lumière quand l’épreuve surgit, n’être plus seul dans la lutte quotidienne, se retrouver sous le regard de Notre-Dame, n’est-ce pas une sécurité et l’une des joies de la terre ? Ce supplément d’âme qu’apporte la vie religieuse, je voudrais l’offrir en toute liberté au monde du Rugby ! » écrit alors l’abbé.

L’homme avait déjà repéré cette petite chapelle abandonnée sur les hauteurs de Larrivière Saint-Savin. Il prend la décision de défricher son proche environnement dès 1960 avec le projet d’offrir au rugby un lieu de dévotion. L’accident tragique conforte son dessein. Il obtient l’autorisation du secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports un mois seulement après l’accident puis celle de la FFR.

Les travaux de réfection, financés grâce à l’organisation de matches réunissant des équipes de l’élite, se poursuivent pendant quelques années. Le 26 juillet 1967, Robert Bézac, évêque de Dax, inaugure la chapelle en y célébrant une messe. L’abbé Devert profite de l’évènement pour donner lecture de la prière qu’il vient de rédiger :

« Prière à Notre-Dame-du-Rugby

Vierge Marie qui avez enseigné votre Enfant Jésus à jouer sur vos genoux, veillez maternellement sur nos jeux de grands enfants.

Soyez à nos côtés lorsque la passion du jeu nous prend tout entier et qu’il faut malgré tout, garder la maîtrise de soi et maintenir au jeu toute sa noblesse.
Soyez à nos côtés pour soutenir nos forces et nos volontés tendues vers la victoire.

Mais aussi, soyez avec nous, dans la terrible mêlée de l’existence, afin que nous sortions vainqueurs du grand jeu de la vie, donnant l’exemple, comme sur le terrain, du courage, de l’entrain, de l’esprit d’équipe en un mot d’un idéal à l’image du Vôtre.

Amen. »

Les couteliers enrichissent et diversifient leur production, au-delà du simple couteau. Ainsi, des ciseaux, des rasoirs et même des sécateurs commencent à sortir des ateliers.

Un édifice dédié à Marie et au rugby

La chapelle a pu profiter, pendant quelques années, de travaux supplémentaires grâce à la bonne volonté des amateurs de rugby, comme l’édification du clocher en 1971. L’intérieur a été progressivement rénové, au gré des fonds, contribuant à rendre le lieu fidèle à l’ambition de l’abbé.

Lorsque l’on pénètre dans l’édifice, le regard est immédiatement attiré par les quatre vitraux originaux. Le premier, « La Vierge à la touche » a été réalisé en 1969 par Pierre Lisse, alors capitaine du Stade Montois. Le suivant, « Le joueur blessé », est l’œuvre de l’artiste Patrick Geminel, ancien militaire et lauréat du Prix de Rome. Enfin, les deux derniers vitraux sont nés de la main d’Alfred Henquinbrant et s’intitulent « La Vierge aux Pèlerins » et « La Vierge au-dessus de la mêlée ».

Le visiteur peut également admirer les deux statuettes, dont celle de « Notre-Dame-de-Rugby », placée à l’extérieur, juste à côté de l’entrée, que l’on doit également à Pierre Lisse. La seconde « La Vierge à l’enfant », toute dorée, domine l’autel et accompagne de son regard bienveillant les nombreux amateurs de ballon ovale qui visitent les lieux chaque année.

Bien sûr, l’attrait majeur de la chapelle reste son impressionnante collection de maillots, donnés par des joueurs de tous les horizons, inconnus ou célèbres, d’équipes locales ou internationales, vivants ou décédés. Certains ont été portés lors de compétions majeures, d’autres au cours de matches de Fédérale 3. Parfois, une note manuscrite signée d’un joueur célèbre est épinglée sur le maillot.

L’édifice retrouve sa vocation religieuse à travers le reliquaire exposant les maillots et affichant les photos de jeunes joueurs décédés trop rapidement.

Posé sur l’autel, un livre d’or permet à chacun de laisser ses réflexions, impressions et mêmes ses prières avant un match important.

Plus de 10 000 visiteurs chaque année

Le succès dépasse l’estime puisque pas moins de 12 000 personnes décident chaque année de se rendre à Larrivière. La mairie s’est adaptée à cette affluence bienvenue et à la générosité des joueurs en décidant de la construction d’un petit musée du rugby, en 2010, juste à côté de la chapelle, où l’on peut découvrir plus de 500 maillots supplémentaires, mais aussi des chaussures, des ballons, des trophées, des fanions et des photos d’équipes. De nombreux dons sont le fait de personnes souhaitant rendre hommage aux disparus, de parents ayant perdu leur enfant.

Le musée a également pu compter sur la générosité et l’abnégation de Morgan Bignet, un ancien gendarme passionné de ballon ovale qui a pu, avec l’aide son entourage, collecter des maillots du monde entier avant d’en faire don.

Les amateurs de rugby les plus fervents participent au pèlerinage annuel, organisé chaque lundi de Pentecôte. La journée est l’occasion d’assister à la messe organisée sur la petite esplanade devant la chapelle et de partager son repas au cours du pique-nique qui suit le verre de l’amitié. C’est surtout l’opportunité de rendre un vibrant hommage à l’abbé Devert, décédé en 2012 à l’âge de 88 ans et qui repose juste à côté.


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