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Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté

Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté


Classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, le phare de Cordouan mérite son surnom de « Versailles de la mer » depuis plus de quatre siècles.

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Le phare de Cordouan
Le « roi des phares » ou le « phare des rois » dans toute sa splendeur – Crédit photo : Sygal 93 – Flickr

Un monument de prestige royal


Depuis toujours, un plateau rocheux s’élève de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, même à marée haute, entre océan Atlantique et embouchure de l’estuaire de la Gironde. « L’îlot de Cordouan », tel qu’il est appelé, est occupé dès la fin du XIe siècle par l’abbé Étienne de Saint-Rigauld et le frère prieur Ermenaud qui ont fait vœu de se retirer du monde. Les deux ermites y sonnent une cloche et allument un feu la nuit tombée pour prévenir les marins de la dangerosité de la zone.

Au début de la guerre de Cent Ans (1337-1453), le Prince Noir fait ériger sur le plateau un édifice au sommet duquel on allume un grand foyer, cette fois visible de plus loin par les voiliers. Mais la tour médiévale est progressivement abandonnée et tombe en ruines.

En 1584, le roi Henri III confie la conception d’un nouveau phare à Louis de Foix.  L’ingénieur imagine alors un édifice d’une ambition architecturale inouïe, s’inspirant du phare d’Alexandrie. Les travaux débutent en 1584 et s’étalent sur plus de vingt-sept ans, pour s’achever en 1611, sous le règne d’Henri IV. Ironie du sort, Louis de Foix décédera avant d’avoir vu son œuvre achevée.

Le résultat est pourtant stupéfiant : une tour de style Renaissance, presque palatiale, haute d’environ 37 mètres. À sa base, un rez-de-chaussée monumental abrite une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Cordouan, ornée de pilastres et de sculptures, témoignant d’un soin ornemental exceptionnel pour un bâtiment destiné avant tout à guider les marins. Au-dessus, un appartement royal permettait théoriquement d’y accueillir le souverain, même si jamais aucun roi n’y passât la nuit. La lanterne couronnait l’ensemble, brûlant de l’huile de poisson puis de la cire pour projeter sa lumière sur l’estuaire.

Concu comme un château sur l’eau, le « roi des phares » de Cordouan peut être considéré comme une vraie mise en scène du pouvoir.

La surélévation du XVIIIe siècle


Deux siècles après son inauguration, Cordouan nécessite une refonte majeure. Non que l’édifice soit en péril — sa construction robuste a résisté aux assauts de l’Atlantique —, mais sa hauteur se révèle insuffisante. L’accumulation progressive des sables autour du plateau rocheux a progressivement rehaussé le niveau apparent du sol, réduisant la portée optique du feu. Les marins signalent de plus en plus de difficultés à apercevoir la lumière depuis le large.

Le phare de Cordouan avant sa surélévation.
Le phare de Cordouan sous le règne d’Henri IV. Gravure de Claude Chastillon.

L’ingénieur Joseph-Étienne Teulère est chargé de remédier à la situation. Entre 1786 et 1789, il conduit des travaux d’une grande audace technique : la partie supérieure de la tour d’origine est démontée, et une nouvelle section est ajoutée pour porter la hauteur totale de l’édifice à 67,5 mètres.

L’intervention de Teulère réussit le tour de force de respecter l’esprit de l’architecture Renaissance de Louis de Foix tout en ajoutant son propre langage néoclassique à la partie sommitale.

L’ingénieur conçoit également le premier feu tournant à réverbères paraboliques, constitué de lampes à huile et manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe.

Le monument ne laisse pas indifférent. Jules Michelet lui consacre quelques lignes admiratives dans son ouvrage La Mer, publié en 1861 : « On ne connaît pas assez ce respectable personnage, ce martyr des mers. Il est, entre tous les phares, je crois, l’aîné de l’Europe. […] Cordouan est un écueil que l’eau ne quitte jamais. L’audace en vérité fut grande de bâtir dans le flot même, que dis-je ? dans le flot violent, dans ce combat éternel d’un tel fleuve et d’une telle mer ».

Un laboratoire historique de la lumière moderne


En juillet 1823, le phare de Cordouan devient le théâtre d’une innovation majeure dans l’histoire de la signalisation maritime : l’installation du premier appareil à lentilles imaginé par Augustin Fresnel. Cette lentille, dite à échelons, marque une rupture décisive avec les systèmes optiques antérieurs, plus lourds, moins efficaces et plus gourmands en lumière.

L’idée de Fresnel est brillante : au lieu d’utiliser une lentille épaisse et massive, il la découpe en une série de sections concentriques, ce qui permet de conserver l’effet optique tout en réduisant considérablement le poids et l’encombrement. Grâce à ce procédé, la lumière produite par la lampe du phare est mieux concentrée et envoyée plus loin vers l’horizon, améliorant ainsi la portée du signal.

Cordouan joue ici un rôle de laboratoire grandeur nature. Le phare, situé à l’embouchure de la Gironde, sert de premier site d’expérimentation pour cette technologie appelée à révolutionner l’éclairage des côtes. L’optique, composée d’un tambour central entouré de plusieurs lentilles, démontre l’efficacité du système et convainc progressivement les autorités maritimes.

Cette invention ne reste pas un cas isolé. Elle se diffuse rapidement dans les phares du monde entier, devenant l’un des symboles les plus durables du génie scientifique du XIXe siècle. La lentille de Fresnel n’a pas seulement amélioré la sécurité des navigateurs : elle a aussi transformé durablement l’architecture lumineuse des phares, en alliant précision, économie et puissance.

Néanmoins, avant son électrification tardive en 1948, faire fonctionner Cordouan était un enfer logistique. Pour monter les tonnes de combustibles (charbon, huile, puis blanc de baleine) jusqu’à la lanterne à 60 mètres de hauteur, les gardiens n’utilisaient pas les escaliers. Chaque étage était percé en son centre exact d’un orifice circulaire d’un mètre de large. Un système de puits, composé de cordes et de poulies traversait ainsi tout le phare verticalement, en plein milieu des pièces d’apparat, pour hisser le matériel.

La lanterne du phare de Cordouan
La lanterne du phare – Crédit photo: Phare de Cordouan / Facebook

Viser le patrimoine mondial de l’UNESCO


Si le phare de Cordouan suscite autant d’admiration depuis autant d’années, il mérite une reconnaissance internationale. En 2002, décision est prise de l’inscrire sur la liste indicative des monuments susceptibles d’être classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

C’est la première étape d’un long travail de candidature. Derrière cette inscription, il y a un dossier minutieux, une stratégie patrimoniale précise et une forte mobilisation locale autour de ce monument emblématique de l’estuaire de la Gironde.

Tout a commencé par la nécessité de démontrer que Cordouan possédait une valeur universelle exceptionnelle, condition essentielle pour espérer figurer sur la prestigieuse liste de l’UNESCO. Les défenseurs du projet ont mis en avant un phare unique au monde, à la fois prouesse d’architecture, chef-d’œuvre maritime et témoin majeur de l’histoire de la signalisation en mer.

La candidature a ensuite exigé un important travail technique. Il a fallu constituer un dossier complet, définir le périmètre du bien, préciser les éléments protégés et présenter un plan de gestion crédible. Le phare n’a pas été envisagé isolément, mais dans son environnement naturel et maritime, avec les bancs de sable, le plateau rocheux et les passes qui en font un site aussi spectaculaire que fragile.

L’aventure a aussi reposé sur une large adhésion du territoire. Collectivités, services de l’État, associations et habitants ont soutenu un projet devenu peu à peu une cause commune. Cette dynamique a compté dans la montée en puissance de la candidature, d’abord au niveau national, puis devant les instances de l’UNESCO.

Le 24 juillet 2021, la reconnaissance est tombée : Cordouan a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial. Pour la France, c’est une distinction majeure ; pour l’estuaire, c’est la consécration du « Versailles de la mer », enfin reconnu à sa juste mesure.

De l’art du bichonnage


Aujourd’hui, le phare de Cordouan contribue à la réputation de l’estuaire de la Gironde et même à celle du littoral aquitain. Chaque année, il attire plus de 25 000 visiteurs, impatients de découvrir les sept étages du monument, parfaitement entretenus.

Le mérite en revient aux quatre gardiens qui se relaient tout au long de l’année. Car le phare de Cordouan est le dernier à être encore habité en France. Employés par le SMIDDEST (Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde), les hommes assurent leur présence « par équipe de deux, en alternant des périodes de quinze jours à terre, quinze jours au phare, suivies d’une semaine à terre, une semaine au phare ».

La relève s’effectue le vendredi selon la marée. Les « arrivants » embarquent sur un bateau des Phares et Balises au départ du Verdon-sur-Mer.

Sur place, la charge de travail se veut importante.  Il s’agit d’abord d’assurer la maintenance du site, d’identifier les anomalies, de passer le balai dans les moindres recoins, d’astiquer les cuivres ou encore de cirer les parquets en chêne.

Il leur revient ensuite de veiller au bon fonctionnement de la lanterne. Même si son allumage au crépuscule est automatisé, la plus grande vigilance s’impose quant à l’état des groupes électrogènes.

Enfin, les gardiens accueillent, d’avril à octobre, les milliers de visiteurs attirés par le charme du phare de Cordouan. Cette activité de guide touristique suppose de connaître sur le bout des doigts l’histoire des lieux, ses anecdotes ou l’environnement marin.

Chapelle Notre-Dame-de-Cordouan
La chapelle Notre-Dame de Cordouan, située au deuxième étage – Crédit photo : Gardiens Cordouan / Facebook

Heureusement, chacun dispose de sa propre chambre pour une nuit de repos bien méritée après une journée de travail assidu : « On dort super bien ici, on entend la mer qui roule derrière, on a l’impression d’être dans un sous-marin. Moi, je dors souvent la fenêtre ouverte et le bruit de la houle qui résonne dans toute la cour, c’est magique » confie Thomas à Elsa Provenzano du journal 20 Minutes (01/05/2026).

Les gardiens du phare menacés ?


Si le phare doit faire face à de nombreuses bourrasques, le SMIDDEST est lui aussi confronté à des vents mauvais. Cette année, les Conseils départementaux de la Charente-Maritime et de la Gironde n’ont pas renouvelé leurs subventions, obligeant le Syndicat Mixte à gérer un déficit de 140 000 euros. Certes, l’État a pu octroyer une enveloppe exceptionnelle de 100 000 euros, mais, inévitablement, des craintes apparaissent sur la gestion future du phare de Cordouan.

Plusieurs pistes d’économies sont aujourd’hui étudiées, dont celle de réduire le temps de travail des gardiens en période hivernale. Une option inenvisageable pour Jean-Marie Calbret, le président de l’association des Phares de Cordouan et de Grave : « S’il n’y a plus de gardiens, le phare risque d’être dégradé et vandalisé, et à court ou moyen terme, s’attendre à ce que l’UNESCO remette en cause le classement du phare au patrimoine mondial » explique-t-il sur les ondes d’ICI Gironde (31/03/2026).

De son côté, le préfet de région constate « un déficit annuel chronique de 200 000 à 300 000 euros », comme le relate sa lettre adressée aux ministres de l’Intérieur, de la Transition écologique et de la Culture.

La question devient (ou reste) politique. En 2010, l’État, propriétaire du phare, a octroyé au SMIDDEST une autorisation d’occupation temporaire (AOT) de 15 ans, renouvelée pour un an le 1ᵉʳ janvier 2026. Cette AOT permet au Syndicat Mixte d’assurer la gestion et la promotion du site, mais aussi de salarier les quatre gardiens, pour environ 200 000 euros. Mais la difficulté des finances locales et la fragilité du modèle économique ne permettent plus d’envisager des perspectives sereines.

En janvier 2025, la députée girondine Pascale Got avait alerté la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, soulignant les inquiétudes liées à la situation des gardiens et demandant des clarifications sur les objectifs de l’État dans le cadre de la coopération public-public. 

Sa démarche a précédé celle de la sénatrice de Gironde Nathalie Delattre, qui s’est fendue d’une missive au préfet de région Etienne Guyot, reprise dans  Le Journal du Médoc (02/02/2026) : « Tout en partageant l’objectif d’une gestion rigoureuse des deniers publics, je souhaite que la solution retenue préserve la présence humaine au phare de Cordouan, indispensable à sa sécurité, à sa valeur patrimoniale, à son classement UNESCO et à son rôle structurant dans l’attractivité touristique du territoire. »

Guide pratique


Situé à 7 km en mer sur le plateau de Cordouan, entre la pointe de Grave (commune du Verdon-sur-Mer) et la ville de Saint-Palais-sur-Mer, le phare de Cordouan sécurise la circulation entre les deux passes donnant sur l’estuaire.

Construit en pierre blanche de Saintonge, il s’agit du dixième phare le plus élevé au monde et du troisième en France.

Sa lanterne, automatisée en 2006, porte sur 21 miles marins. Même si son accès n’est pas ouvert au public, s’en rapprocher suppose quelques menus efforts, puisque 301 marches la séparent du rez-de-chaussée.

Le joli monument marin se compose de 6 niveaux :

  • Rez-de-chaussée : la visite commence dans le vestibule à la porte monumentale qui prépare à l’ascension. Dès les premiers pas, on sent qu’on entre dans un monument exceptionnel.
  • Premier étage: l’appartement du roi, aménagé en 1664 par Colbert. Aucun roi n’y a jamais séjourné.
  • Deuxième étage : c’est l’un des grands temps forts de la visite, avec une chapelle étonnante dans un phare. Son décor surprend par son élégance et donne au lieu une vraie dimension patrimoniale.
  • Troisième étage: la salle des Girondins ou salle des Bordelais. C’est surtout le premier niveau issu des travaux de surélévation.
  • Quatrième étage: la salle des contrepoids.
  • Cinquième étage: la « salle des lampes », où se trouve la poulie qui servait à hisser le combustible
  • Entre le cinquième et le sixième étage: la chambre de quart, à l’usage des gardiens.
  • Sixième étage: la lanterne.

Préparer sa visite :

Visite d’avril à octobre. Les horaires d’ouverture du phare varient chaque jour, au rythme des heures et coefficients de marée.

Réservation auprès des compagnies de croisière :

–          Depuis Royan : Croisières La Sirène

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer : Vedettes La Bohème

Tarifs 2026 :

–          Depuis Royan :

Basse saison
Tarif plein
51 € (7 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit (enfants de 3 à 15 ans inclus et demandeurs d’emploi sur justificatif)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif scolaire
29 € (3 € l’entrée et 26 € la croisière)

Haute saison (1er juillet au 15 septembre)
Tarif plein
63 € (15 € l’entrée et 48 € la croisière)

Tarif réduit
58 € (11 € l’entrée et 47 € la croisière)

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer :

Basse saison
Tarif plein
47 € (7 € l’entrée et 40 € la croisière)

Tarif réduit
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif scolaire
28 € (3 € l’entrée et 25 € la croisière)

Haute saison
Tarif plein
59 € (15 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit
52 € (11 € l’entrée et 41 € la croisière)

Basajaun

Basajaun, le géant des forêts basques

Basajaun, le géant des forêts basques


À l’ombre des grands hêtres d’Iraty, là où les brumes accrochent les crêtes, certains disent que l’on peut encore entendre le pas lourd du Basajaun, le seigneur des forêts.

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Basajaun
Le symbole d’une sagesse ancestrale qui invite au respect de la nature.

Figure emblématique de la mythologie basque


Les quelques images qui le représentent amènent au même constat : un être puissant inspirant la crainte et le respect. Qui est le Basajaun (prononcer « bachadiaoun » ou « bachajaoun »), dont le nom signifie « seigneur sauvage » en basque ?

Figure tutélaire des montagnes et des forêts, il est généralement décrit comme un géant massif, au corps entièrement couvert de poils, avec une allure d’homme sauvage vivant loin des villages.

Son origine pourrait être liée à la rencontre des proto-Basques et des Néandertaliens, en voie d’extinction, il y a 40 000 ans. Le personnage a ensuite évolué, sans jamais disparaître de la tradition orale.

Pour les anthropologues et les ethnologues, le mythe du Basajaun constitue un témoignage précieux de l’ancienne cosmologie basque, antérieure à la christianisation. Il représenterait une survivance de cultes animistes ou de croyances liées à des divinités forestières préchrétiennes, à l’instar des Jentilak (géants constructeurs de dolmens), progressivement transformées et adaptées au fil des siècles.

Pour Claude Labat, professeur, mythologue et écrivain, « la mythologie n’est pas destinée à distraire les enfants. Elle est la mise en parole de la sagesse qu’un groupe humain distille pour penser l’univers, le monde et la société » explique-t-il au site d’information Enbata. « Par exemple, quand les bergers basques évoquent Basajaun, l’Homme Sauvage, ils ne cherchent pas à décrire la Nature sauvage mais à rappeler que les pulsions vitales, la sexualité, la faim et la force physique font partie de notre humanité et qu’il faut savoir les canaliser. »

Le Basajaun rejoint d’ailleurs le cercle d’autres créatures légendaires à forme humaine issues de cultures traditionnelles et montagnardes. Ce sont par exemple le Yéti au Tibet et au Népal, le Sasquatch (ou Bigfoot) aux États-Unis et au Canada et l’Almasty dans la région du Caucase.

Parfaitement adapté à son environnement


Selon les légendes basques, le Basajaun se présente comme un être de grande taille, mesurant généralement entre deux et trois mètres de hauteur. Sa pilosité abondante, à l’exception du visage et de la plante des pieds, lui permet de résister aux rigueurs climatiques des montagnes pyrénéennes.

Sa force est telle qu’il peut déplacer des rochers, abattre des arbres de ses mains, traverser les torrents d’un seul bond. Mais son regard est souvent présenté comme plus mélancolique que véritablement malveillant.

Malgré son apparence imposante, le Basajaun possède une intelligence remarquable et une connaissance approfondie des secrets de la nature. Sa démarche imite celle d’un ours, lente mais assurée, témoignant de son aisance en zone escarpée.

Le Basajaun établit sa demeure dans les cavernes profondes et les grottes isolées des Pyrénées basques, loin des chemins fréquentés par les humains. Ces refuges naturels, souvent situés dans les zones les plus reculées des forêts de hêtres et de chênes, lui servent de sanctuaire pour observer le monde sans être dérangé. Il est souvent dit que l’immense forêt d’Iraty constitue à ses yeux un habitat de choix.

Au coeur de la forêt d’Iraty, l’antre du Basajaun – Crédit photo : Niwasan, Flickr.

Est-ce pour autant un être solitaire ? La légende lui prête une compagne, ou plutôt son pendant féminin, appelée Basandere. Elle est souvent décrite assise à l’entrée des grottes ou près des sources limpides, peignant sa longue chevelure avec un peigne d’or, un attribut qu’elle partage avec les Lamiak (autres créatures mythiques basques). La Basandere semble être la gardienne des trésors souterrains et de l’intimité de la nature. Elle représente la part plus insaisissable du monde sauvage. Sa simple présence signale un lieu de pouvoir naturel. Bien qu’elle puisse se montrer terrifiante pour ceux qui profanent son territoire, elle incarne une forme de beauté sauvage et de souveraineté sur le monde minéral et aquatique.

Le gardien protecteur des troupeaux


Contrairement à de nombreuses créatures fantastiques du folklore européen, le Basajaun n’est pas considéré comme une entité malveillante. Au contraire, les légendes basques le dépeignent comme un protecteur bienveillant des bergers et de leurs troupeaux. Lorsqu’un danger menace — qu’il s’agisse d’un orage imminent, d’une tempête de neige ou de la présence d’un loup rôdant à proximité — le Basajaun alerte les bergers par des cris caractéristiques ou des sifflements puissants qui résonnent dans les vallées.

Cette fonction protectrice s’étend également à la forêt elle-même. Le Basajaun veille à ce que les ressources naturelles soient respectées et utilisées avec parcimonie. Il surveille les coupes de bois excessives et protège les sources d’eau, garantissant ainsi la pérennité de l’écosystème forestier dont dépendent les communautés montagnardes.

Certains contes évoquent son ambivalence : il peut jouer des tours aux bergers en imitant leur irrintzina pour les attirer vers des passages dangereux, tout en restant globalement une figure bienveillante qui veille sur l’équilibre de la nature. Ce double visage – protecteur mais redoutable – rappelle que la montagne peut être nourricière tout en demeurant potentiellement mortelle.

Le Basajaun symbolise la part sauvage du Pays basque, cette alliance de forêts profondes, de reliefs imposants et de climats changeants. Il rappelle qu’ici, pendant des siècles, la vie a été rythmée par les transhumances, la garde des troupeaux et la fréquentation des estives. Dans cette perspective, il est presque un visage donné à la montagne, un esprit tutélaire auquel on attribue les caprices, mais aussi les générosités du milieu naturel.

Il reste néanmoins craint des hommes. Les bergers ne manquent pas de lui laisser des offrandes, composées de pain, de fromage et de lait, peut-être pour éviter qu’il ne vienne piller les cabanes lorsque la faim se fait trop forte.

Détenteur de savoirs ancestraux


Considérer le Basajaun comme une créature primitive des forêts, uniquement guidée par l’instinct, serait faire injure à son histoire.

Au‑delà de sa dimension sauvage, le Basajaun est présenté comme détenteur de connaissances techniques et agricoles qu’il aurait transmises aux humains (ou qu’on lui aurait volées). Dans la légende bien connue de Martín Txiki, un petit héros futé, par exemple, c’est en dérobant au Basajaun le secret de la fabrication de la scie (issu de l’observation des feuilles de châtaigniers) que les Basques auraient appris à mieux travailler le bois.

D’autres versions lui attribuent la maîtrise de l’agriculture, de la métallurgie ou de certaines techniques pastorales, faisant de lui une sorte d’enseignant caché des premiers paysans et artisans. On retrouve ainsi dans cette figure la mémoire symbolique d’un temps où les savoir-faire se transmettaient au contact direct de la nature, en observant les cycles des forêts et des montagnes.

Riche d’une culture ancestrale, le Basajaun symbolise la mémoire collective et la transmission des connaissances essentielles à la survie dans un environnement montagnard difficile. Son caractère ambivalent — sauvage mais bienveillant, puissant mais respectueux — reflète la relation complexe que les communautés basques entretenaient avec leur environnement naturel.

Dans certaines régions montagneuses, le Basajaun est associé à des lieux précis : grottes portant son nom, rochers où il aurait laissé l’empreinte de ses pas, ou sources qu’il aurait fait jaillir de la roche. Ces sites deviennent des marqueurs du paysage mythologique basque, où la géographie réelle se mêle aux récits légendaires.

Les témoignages de rencontres avec le Basajaun, bien que rares dans les récits contemporains, étaient relativement fréquents dans les traditions orales du 19e siècle. Les bergers racontaient l’avoir aperçu au crépuscule, se déplaçant silencieusement entre les arbres, ou avoir entendu ses appels résonner dans les gorges profondes.

Et aujourd’hui ?


Son importance dans la mythologie basque le protège de l’oubli. Il est célébré lors de festivals folkloriques, représenté dans l’art et la littérature contemporains, et continue d’inspirer les conteurs et les artistes. Son image apparaît sur des sculptures publiques et des fresques murales.

Basajaun
Représentation stylisée du Basajaun – Crédit photo: Alamy

Il sert aussi d’argument à la communication touristique, qui l’affiche parfois comme le Yéti basque. Des hébergements, campings ou structures touristiques l’utilisent comme figure d’appel pour raconter les mythes locaux et proposer des animations autour des créatures fantastiques régionales.

Quelques films lui ont même été consacrés, dont le thriller El guardián invisible, réalisé par Fernando Gonzàlez Molina en 2017 et adapté de la trilogie La Vallée du Batzan de Dolores Redondo. Le film présente le Basajaun comme le témoin discret d’une série de meurtres commis dans les forêts.

Le personnage sert aussi de symbole aux revendications écologiques, notamment pour la préservation des forêts pyrénéennes.

Dans les randonnées en forêt d’Iraty ou autour de certaines grottes, guides et panneaux d’interprétation évoquent parfois ce seigneur sauvage pour mieux relier paysages, folklore et imaginaire collectif. Le Basajaun devient ainsi un outil de médiation culturelle et environnementale, qui permet de parler à la fois de légendes, de patrimoine naturel et d’identité basque.

Au-delà de son aspect légendaire, le Basajaun rappelle l’importance de préserver l’équilibre entre l’homme et la nature, un message particulièrement pertinent à notre époque. En tant que gardien des forêts et protecteur de l’environnement, cette créature mythique incarne des valeurs écologiques qui résonnent avec les préoccupations contemporaines. Le géant sauvage reste ainsi bien plus qu’une simple légende : il incarne une vision du monde où la nature n’est pas un simple décor, mais une entité vivante, puissante et digne de respect.

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Les marques emblématiques du Sud-Ouest (4/4) : Le Petit Basque

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (4/4) : Le Petit Basque


Depuis sa création, Le Petit Basque a su valoriser le lait de brebis à travers une multitude de produits. La PME girondine s’impose aujourd’hui comme un acteur incontournable de son marché.

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On se laisse tenter ? – Crédit photo : Le petit Basque / Instagram

Un vélo et du porte-à-porte


L’histoire est belle. Dans les années 1950, la famille Alcachebury quitte le Pays basque pour s’installer à Talence, en proche banlieue bordelaise. Si dans les Pyrénées, le lait de brebis est apprécié depuis longtemps, il reste assez méconnu en terres girondines.

Aidée de son mari, responsable de la matière première, Madame Alcachebury choisit de fabriquer des caillés de brebis et de les proposer à la vente. Plutôt que d’ouvrir une boutique, elle préfère se rendre chez les particuliers avec son vélo et son matériel (faisselles, louches…). À chaque fois, le processus est le même : réchauffage du lait, ajout de présure pour le faire cailler, moulage du caillé dans des faisselles. Les clients, ravis, peuvent ainsi voir naître le produit sous leurs yeux ébahis, ce qui contribue, à n’en pas douter, à créer un lien de confiance et de curiosité.

Selon la légende, certains particuliers proposaient d’héberger la courageuse jeune femme afin qu’elle fabrique encore plus de caillés.

Le bouche-à-oreille ne tarde pas à produire ses effets. Les commandes se multiplient, obligeant la laitière basque à préparer les yahourts chez elle pour les vendre ensuite en porte-à-porte ou sur les marchés. L’affaire prospère, le fiston rejoint l’aventure et la production se mécanise gentiment pour répondre à la demande croissante.

En 1959, il est temps de donner un nom commercial. Au regard de l’origine des Alcachebury, la marque se veut simple et évidente : ce sera Le Petit Basque.

Madame Alcachebury installe un atelier à Bordeaux, conditionne le caillé dans de petits pots coniques en carton paraffiné et étend sa zone de livraison. La machine est lancée.

L’opportunité d’un marché de niche


À cette époque, le lait de brebis reste suffisamment rare pour susciter de nouvelles envies de consommation. Il est certes apprécié pour sa saveur, plus marqué que celle du lait de vache, mais surtout pour ses apports nutritionnels en minéraux, vitamines et protéines.  

Bref, le marché se veut porteur et Le Petit Basque poursuit sa croissance, jusqu’à ce que la famille Alcachebury décide de passer la main en 1982. L’heureux acquéreur est Jean-Michel Caillaud, maître artisan laitier, qui, tout en préservant la recette originale du caillé, développe de nouveaux produits, comme le dessert au chocolat, la mousse au café ou au marron, le yaourt…  

En 1995, Le Petit Basque aménage dans ses nouveaux locaux de Saint-Médard d’Eyrans, au sud-est de Bordeaux, où il est toujours situé.

En quelques années, la fabrication artisanale évolue vers la production industrielle.  Les effectifs augmentent, la gamme s’enrichit, la distribution en grande surface s’améliore (surtout chez Intermarché) et le chiffre d’affaires atteint les 13,4 millions d’euros en 2004.  La société s’impose comme le premier acteur, en France, du secteur des produits ultra-frais à base de lait de brebis, élargissant sa production aux entremets et desserts.

Le Petit Basque devient célèbre et finit par séduire. En 2008, la Financière Martin rachète l’entreprise. La marque vient rejoindre Lou Gascoun, le fabricant de pâtés du Sud-Ouest, ou encore Mercadier, spécialiste des conserves préparées dans le Périgord.

« Le défi était de pérenniser la société en développant sa gamme. Ce marché est très concurrentiel. Il faut sans arrêt innover car c’est sur les nouvelles recettes que se fait la croissance » explique, en 2011, Frédéric Martin, le PDG, au Journal des Entreprises.

La R&D est donc chargée d’imaginer et de proposer sans cesse de nouveaux produits avec, comme seul fil conducteur, le lait de brebis. C’est ainsi qu’apparaissent dans le commerce un banana split, un gratin de fruits, un sabayon et bien d’autres nouvelles recettes. Le but ? Occuper les rayons des supermarchés, asseoir son leadership et surprendre encore et toujours les consommateurs.

Le réseau des brebis


Certes beaucoup moins médiatisé que celui des grandes sociétés, le monde des PME fait pourtant preuve d’un dynamisme commercial et financier incontestable. En 2014, la Financière Martin cède Le Petit Basque au groupe breton SILL Entreprises, spécialisé dans les métiers du lait, à la tête de plusieurs entités : Laiterie Malo, Primel Traiteur, SILL Dairy International… La marque est préservée, car SILL fonctionne sur le modèle d’une fédération de PME.

« Chaque société conserve une autonomie de décision, une indépendance de gestion et une direction propre. La stratégie globale est définie par SILL Entreprises mais ensuite chaque PME dispose d’une grande latitude dans sa mise en œuvre. Quand on grandit par de la croissance externe, cela permet plus de douceur dans l’intégration et l’harmonisation des différents statuts » souligne Gilles Falc’Hun, le patron de SILL, au journal La Tribune en 2018.

En quatre ans, SILL investit 9 millions d’euros en faveur de la modernisation du site. Les nouvelles lignes ouvrent la voie à une ribambelle de produits : semoule de lait, riz au lait, mousse au chocolat ou caramel, douceurs de brebis, crème fraîche…

L’or blanc de brebis – Crédit photo: Le Petit Basque

Une telle production nécessite la mise en place d’une filière de producteurs solide. En 2015, l’entreprise décide de privilégier le circuit court, en s’appuyant sur 110 éleveurs, dont près de 40 % en biologique, répartis entre Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.

Parmi ces fournisseurs, la ferme de La Niade, en Aveyron, à la tête d’un cheptel de 310 brebis. Après avoir travaillé pour Roquefort, « les exploitants agricoles ont contacté la laiterie Le Petit Basque qui ne fixe pas de quotas, laissant ainsi le producteur libre de fournir la quantité qui lui convient. Les responsables de la laiterie sont venus visiter l’exploitation et ont donné leur aval pour collecter le lait » précise Centre Presse Aveyron. Depuis, la ferme de La Niade s’est convertie au bio, dans une logique de durabilité.

Ambitions industrielles et impératifs écologiques


Afin d’étoffer son réseau de producteurs, Le Petit Basque s’est tourné récemment vers de nouvelles contrées, en l’occurrence la Haute-Loire et la Lozère. Les éleveurs de brebis se réjouissent de cette nouvelle perspective. Ils permettront de soutenir les ambitions de l’entreprise girondine dans le domaine de l’ultrafrais. En effet, Le Petit Basque collecte chaque année plus de 17 millions de litres de lait pour alimenter la fabrication de ses gammes.

De tels volumes supposent une certaine responsabilité en matière éthique et environnementale. L’entreprise revendique d’ailleurs son souci de la biodiversité, son attachement au bien-être des brebis, son soutien à l’agriculture bio, loin de tout OGM, et l’utilisation d’emballages recyclables.

Cette philosophie se traduit concrètement à travers diverses initiatives. Comme le précise Actu.fr, « la laiterie a fait le choix de s’associer à une ferme légumière locale qui possède son propre méthaniseur. Son rôle : valoriser ses 800 tonnes de boues graisseuses (issues du dégraisseur de sa station d’épuration) pour la production de biogaz et du compost à destination des terres agricoles. »

Bref, tous les arguments sont réunis pour continuer d’innover, en respectant néanmoins les arguments qui ont contribué au succès de la marque : une liste d’ingrédients courte, des recettes simples et l’absence de tout additif.

L’entreprise continue de proposer de nouveaux produits. Elle a récemment investi 750 000 euros dans une nouvelle ligne spécialisée dans la production de fromages fouettés et de tartinables.

« Sur les tartinables, ces deux marques [Madame Loïk et St Morêt] représentent à elles seules près de 40 % du marché. Nous sommes les seuls à proposer une alternative 100 % brebis » indique Katia Langbour, la responsable marketing, au journal Sud-Ouest.

D’autres innovations viennent compléter ou améliorer la production. En 2021, Le petit Basque a lancé son premier beurre au lait de brebis et son yaourt Skyr. Dernièrement, il a décidé d’utiliser un ferment qui apporte une texture plus douce et légère à sa gamme de yaourts. Ces mêmes yaourts profitent aussi des nouveautés puisqu’ils sont aujourd’hui disponibles à la framboise et à l’abricot sur lit de fruits.

pyrenex

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (3/4) : Pyrenex

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (3/4) : Pyrenex


Depuis 160 ans, l’entreprise landaise collecte des plumes d’oies et de canards du Sud-Ouest pour concevoir des doudounes et des produits de literie vendus dans le monde entier.

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Une certaine classe – Crédit photo : Pyrenex

Une histoire familiale


Les gourmands associent assez rapidement le territoire des Landes au foie gras et/ou au magret de canard. Il est vrai que le département accueille de très nombreuses fermes d’élevage depuis déjà fort longtemps. Si leur viande constitue un mets de choix, les oies et les canards disposent également d’un atout non négligeable : leurs plumes.

Cela, Abel Crabos semble l’avoir compris dès 1859. À cette époque, il écume les marchés de Saint-Sever et des Landes pour collecter sa précieuse matière première. Au fil des années, Abel développe un véritable savoir-faire du traitement et de l’embellissement de la plume, qu’il transforme en panache, aigrette, boa ou ornement. Ses créations sont vendues aux chapelières, aux couturiers ou envoyées à Bordeaux et Paris.

L’atelier gagne en réputation grâce à la qualité de ses teintures (utilisant des pigments naturels) et la finesse de ses montages, ce qui lui vaut des commandes prestigieuses, y compris pour des événements comme le carnaval de Nice ou les bals parisiens.

En 1919, il acquiert le couvent des Ursulines de Saint-Sever – qui a perdu sa destination après la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État – pour le transformer en manufacture de plumes et duvets.

Six ans plus tard, René Crabos rejoint son père au sein de la société Abel Crabos & Fils. L’homme, qui n’est pas un inconnu, est considéré comme un joueur de rugby talentueux, capitaine du Racing Club de France et sélectionné en équipe nationale à de nombreuses reprises jusqu’en 1924.

René décide de n’utiliser que des duvets issus des Pyrénées, qu’il juge de meilleure qualité. Son épouse, Marie, conçoit à partir de 1942 les premières doudounes, qu’elle distribue aux prisonniers de guerre landais en Allemagne par l’intermédiaire de la Croix-Rouge.

Le virage industriel des années 1960


André Crabos, le fils de René et de Marie, intègre l’entreprise familiale, qu’il oriente vers la literie. La nouvelle activité tire le chiffre d’affaires grâce aux excellentes ventes d’édredons, d’oreillers et de couettes.

En 1967, son frère Jean-Pierre rejoint à son tour la société. Sa rencontre avec l’alpiniste et explorateur Louis Audoubert l’incite à concevoir les premières doudounes techniques. « Destinées aux sportifs, elles devaient résister aux conditions climatiques les plus extrêmes. Depuis, on a sans cesse amélioré le processus de fabrication pour rendre nos doudounes ultra légères et isolantes » explique Éric Bacheré, l’actuel directeur général, à Audrey Levy de Paris Match.

La marque Pyrenex fait son apparition officielle en 1968. Elle évoque la chaîne de montagnes située non loin de Saint-Sever. En plus de fabriquer des produits de literie et des doudounes, l’entreprise conçoit des sacs de couchage, aussi légers et isolants que les vêtements, en plus de proposer un moelleux appréciable.

Le succès commercial est au rendez-vous. Pyrenex s’impose parmi les marques haut de gamme des doudounes et des combinaisons de ski. Au cours des années 1980, les exportations progressent, notamment au Japon et au Royaume-Uni portées par l’Authentic Jacket, le produit phare de la marque.

Pour Pyrenex, le savoir-faire permet une excellente maîtrise des processus de fabrication. « Les plumes sont dépoussiérées, stérilisées, séchées puis triées dans d’imposantes machines en bois au look suranné. Les plus grosses sont d’abord retirées et utilisées par l’industrie cosmétique, car riches en kératine, ou comme engrais. Reste ensuite les plumettes, sorte de ressorts naturels, que l’on fourre dans les oreillers et enfin le duvet, la partie la plus noble » détaille Elvire Emptaz dans le magazine Grazia.

machines Pyrenex
Crédit photo : Pyrenex

Tradition et innovation


Impossible de balayer d’un revers de main plus de 150 ans d’expérience. La longue histoire de la famille Crabos contribue à la crédibilité et au positionnement des produits Pyrenex. Ainsi, les machines anciennes sont aujourd’hui pilotées par des programmes informatiques, sans pour autant perturber les procédés de la maison. Le but ? Apporter tout son pouvoir gonflant au duvet : « Calculé en cuin – cubic inch – il s’agit de la capacité pour un certain poids de garnissage à remplir un certain volume. Plus le volume occupé est grand, plus le duvet aura des performances d’isolation et de légèreté élevées » nous apprend le site Internet de la marque.

Autre atout de Pyrenex : la fleur de duvet. Aboutissement d’une longue expérience et d’une organisation dédiée, elle révèle des performances d’isolation et de légèreté exceptionnelles. Pyrenex la réserve à ses doudounes et couettes haut de gamme, avec la promesse d’un confort « sublimé ».

Si les articles de literie continuent d’être fabriqués dans les Landes, l’entreprise a dû se résoudre à délocaliser en Turquie et en Bulgarie la confection des doudounes. « Le montage des doudounes prend plusieurs heures et le coût de la main-d’œuvre pèse beaucoup sur le prix des produits. L’autre limite, c’est qu’il n’y a pas assez d’ateliers capables de les réaliser en France » indique Éric Bacheré au journal La Croix.

Aujourd’hui, Pyrenex soutient un rythme industriel tout en conservant son esprit artisanal. Chaque année, 200 000 doudounes, 800 000 oreillers et 200 000 couettes sont commercialisés. La gamme complète englobe150 références, pour une fourchette de prix comprise entre 500 et 1000 euros.

Les produits ont reçu le label de qualité Oeko-Tex, qui garantit l’absence de produits toxiques pour le corps et pour l’environnement.

Être une marque de son temps


Dans un marché soumis à une forte concurrence, les initiatives constituent souvent de précieux relais de croissance, aussi bien en matière de création, de marketing que de pilotage de l’entreprise.

« Aller plus loin pour nous, cela a consisté, dès 2016, à adopter une stratégie résolument offensive en matière de développement durable et de responsabilité sociale et environnementale » précise Edouard Crabos, le PDG, au journal Sud-Ouest. Au-delà de la recherche d’une certaine qualité, les clients se montrent aujourd’hui sensibles aux questions écologiques, de circuits courts, de traçabilité et de recyclage. Quasiment un argument de vente.

En 2020, Pyrenex reçoit le label « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV). Cette distinction, décernée par le ministère de l’Économie et des Finances, valorise l’excellence du savoir-faire.

Innover, c’est aussi savoir s’entourer. À partir de 2008, Pyrenex collabore avec de grands couturiers, dont Alexis Mabille et Alexandre Vauthier. La marque a quitté depuis longtemps les magasins de sport pour intégrer ceux dédiés à la mode. La signature des créateurs lui permet de s’installer dans des magasins prestigieux, à l’instar de Joyce à Tokyo ou Opening Ceremony à New York.

Pyrenex ouvre sa première boutique parisienne en 2015 puis une seconde en 2019. Sept boutiques constituent le réseau de la marque en France, en plus des 1 500 points de vente. L’exportation continue de jouer son rôle de locomotive, représentant 60 % du chiffre d’affaires.

L’entreprise a également mis en place depuis quelques années l’atelier « Made in Saint-Sever », uniquement dédié à de petites lignes de doudounes, fabriquées dans les Landes. L’objectif est de proposer des vêtements de luxe ultralégers, conçus à partir du « Duvet Legend » de Pyrenex, et reconnaissables grâce à leur couture de matelassage.

La qualité semble donc s’imposer comme un argument de pérennité. Pyrenex emploie aujourd’hui plus de 150 personnes, dont le savoir-faire apparaît fondamental. La famille Crabos a su, depuis le 19e siècle, exploiter tout le potentiel des plumes et duvets. « Notre concurrence est le produit synthétique. Mais une fois qu’une personne a essayé la fibre naturelle, il ne reviendra jamais au produit synthétique » constate d’ailleurs Edouard Crabos.

Construction en Kapla

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (1/4) : Kapla

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (1/4) : Kapla


Nées de l’imagination débordante d’un entrepreneur néerlandais installé en France, les célèbres planchettes ludiques sont fabriquées à Saint-Louis-de-Montferrand, près de Bordeaux, avant d’être distribuées dans le monde entier.

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Boite de jeu Kapla
Le plaisir de construire ne disparaîtra jamais – Crédit photo : KAPLA via Facebook

Aussi intemporel que Lego


Depuis sa création en 1987, Kapla a enchanté des millions d’enfants (et d’adultes) sur la base d’une idée toute simple : empiler des planchettes de bois pour donner naissance à une infinité de structures. Peut-être s’agit-il plus qu’un simple jeu de construction : c’est un outil d’éveil et de partage, qui permet de développer des compétences variées tout en s’amusant. Kapla est d’ailleurs utilisé dans les écoles, les ludothèques et les familles, qui apprécient son côté éducatif et ludique.

La paternité de Kapla revient à Tom van der Bruggen, citoyen néerlandais installé en France dans les années 1980. Étudiant en histoire de l’art, il rêvait depuis son enfance de construire son propre château. La chance lui sourit lorsqu’il découvre une vieille ferme abandonnée sur les rives du Tarn, dans l’Aveyron. Il décide de la transformer en un château de rêve, avec des tours, des fontaines et une entrée pour carrosses.

Pour visualiser son projet, il utilise d’abord des blocs de bois classiques, mais se rend vite compte qu’ils ne conviennent pas pour certains éléments architecturaux comme les linteaux, les toits ou les planchers. C’est ainsi qu’il conçoit les planchettes Kapla, dont les dimensions précises (11,7 cm x 2,34 cm x 0,78 cm, soit un ratio 15 : 3 :1) permettent de construire des structures stables et variées, sans besoin de colle ni de fixation.

L’architecte en herbe s’aperçoit non seulement que ses petites planches lui permettent de visualiser son projet, mais qu’elles attirent l’attention de ses deux enfants, qui ne cessent de lui emprunter pour jouer. Cette soudaine passion de sa progéniture le motive pour se lancer dans le grand bain de l’entrepreneuriat. Tom vend sa propriété, réunissant un budget suffisant pour fabriquer ses 400 premières boîtes, auxquelles il donne le nom de Kapla (tiré du néerlandais KAbouter PLAnkjes, signifiant « planchettes de lutins »).

La nécessité du pin des Landes


Les premières prospections commerciales de Tom van der Bruggen se révèlent difficiles. « J’y croyais tellement ! Pour moi, il était évident que les magasins allaient me suivre » déclare-t-il à Paris-Match (08/12/2015).  Mais à une époque où émergent les jeux électroniques et vidéo, les Kapla font figure de passe-temps démodé.

Il faut attendre l’intérêt d’une institutrice lors d’une démonstration dans un centre commercial pour que le jeu soit acquis par une puis plusieurs écoles maternelles. L’Éducation nationale se montre sensible au discours entourant les planchettes : « Kapla stimule la créativité, la concentration et la faculté d’adaptation de l’enfant. » La mèche est enfin allumée et les ventes frémissent, notamment grâce à l’achat de mille boîtes par la Mairie de Paris et la commande du Président François Mitterrand pour le Noël de l’Élysée, qui offre une exceptionnelle publicité.

Le défi de Tom van der Bruggen consiste alors de passer d’une fabrication artisanale à une production quasi-industrielle. Il convient de trouver un bois disponible en abondance, dense, agréable au toucher, et dont « la résine le protège en même temps qu’elle donne une stabilité étonnante à une construction ». Le pin des landes coche toutes les cases. L’entrepreneur créé et installe sa société en Gironde, à proximité des forêts du Médoc et du Parc naturel des Landes de Gascogne. Les parcelles utilisées sont renouvelables et durablement gérées.

Les planchettes restent naturelles, sans traitement chimique agressif. Pour les versions colorées, l’entreprise Kapla utilise des peintures alimentaires conformes aux normes européennes de sécurité, notamment la Directive Jouet.

Le siège de Kapla à Saint-Louis-de-Montferrand

Tout le processus de fabrication, assuré à Saint-Louis-de-Montferrand, implique une quinzaine de salariés. « Le bois arrive en grosse planches et est redécoupé en plus petites planchettes. La marchandise part alors vers un site à Tanger au Maroc, où 80 personnes assurent les derniers travaux de précision et de finition. Les Kapla reviennent alors à Saint-Louis avant d’être acheminés » précise le site Invisible Bordeaux.

Un succès commercial jamais démenti


L’émergence d’Internet, des smartphones, des réseaux sociaux et de l’IA ces dernières décennies n’aura finalement pas perturbé l’existence de Kapla. Accessible dès 2 ans, en solo ou à plusieurs, sans règles imposées, le jeu continue de stimuler la créativité et d’encourager l’imagination, la logique et la dextérité.

Environ 700 000 boîtes se vendent chaque année en France et à l’étranger, soit plusieurs dizaines de millions de planchettes. En 2024, Kapla a déclaré un chiffre d’affaires de 8,7 millions d’euros, confirmant une croissance régulière depuis sa création. L’entreprise continue de se développer, notamment à l’international et sur de nouveaux marchés comme celui des entreprises avec des produits comme « Kapla Défi ».

Devenu riche, Tom van der Bruggen a confirmé son amour du Sud-Ouest et du patrimoine en achetant le logis et le donjon du château d’Excideuil en 2015, au cœur de la Dordogne.

La gestion de la société revient aujourd’hui à son fils, qui peut profiter de la notoriété bien acquise des Kapla. Et comme toute publicité est toujours bonne à prendre, les nombreuses tentatives de record continuent d’enthousiasmer les fans et la presse. Ainsi, en 2016, une équipe de copains lyonnais a pu édifier une tour de 18,40 mètres en utilisant 9 800 planchettes. Le record est battu en 2023 à Londres par une impressionnante tour de 25 mètres.

Crédit photo: GwiR – CC BY-NC-SA 2.0 – Flickr

De nombreux passionnés ont recréé des monuments comme la Tour Eiffel, la Tour de Pise ou encore le Palais des Tuileries en structures monumentales.

Enfin, les ateliers Kapla mettent en avant des pièces « signature » (vagues, ponts, animaux géants, tours de Babel entrelacées) qui sont devenues des références visuelles dans l’univers du jeu.

marais Hourtin

La Réserve des Dunes et Marais d’Hourtin : joyau naturel du littoral médocain

La Réserve des Dunes et Marais d’Hourtin : joyau naturel du littoral médocain


Créée par décret en 2009, la Réserve Naturelle des Dunes et Marais d’Hourtin abrite sur plus de 2000 hectares des milieux naturels protégés, reconnus pour leur richesse écologique et leur rôle de refuge pour de nombreuses espèces.

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Un écosystème fragile mais protégé, non loin de la plage d’Hourtin – Crédit photo : Hervé Simon – Flickr

Préserver une mosaïque de sites très divers

Surtout réputé pour ses vins haut de gamme (Château Margaux, Château Lafite Rothschild, Château Latour…), le Médoc ne se résume pas à de vastes vignes parfaitement entretenues. En fait, le territoire se compose d’une multitude de paysages entre l’océan Atlantique et l’estuaire de la Gironde.

La zone couverte par la Réserve Naturelle des Dunes et Marais d’Hourtin en témoigne. Elle regroupe de vastes plages de sable, des dunes côtières, des forêts de pins et de chênes verts, des marais, et des lacs arrière-dunaires. On y retrouve une mosaïque de paysages typiques du littoral aquitain, offrant des panoramas naturels exceptionnels.

Plus précisément situé entre le lac d’Hourtin et la côte des Landes, le site joue un rôle majeur dans la continuité des habitats : dunes, marais et lacs tracent un corridor écologique permettant les échanges entre différentes populations animales et végétales.

Ainsi, les 3,8 km de littoral de la Réserve représentent une zone dépôt grâce aux « laisses de mer », c’est-à-dire les débris naturels (algues, bois flotté, restes d’animaux…) ramenés par l’océan. Ils facilitent par exemple l’apparition d’insectes bénéfiques pour l’écosystème.

Les mares dunaires contribuent également à la richesse écologique des lieux. Même si elles ont été creusées par l’homme, leur dispersion le long du littoral constitue un réseau indispensable à la vie des grenouilles, crapauds et libellules.

Pour sa part, la pinède peut être considérée comme le poumon vert de la Réserve. En retrait du littoral, elle doit son existence et son développement à la frange forestière, dont les pins maritimes subissent de plein fouet les vents d’ouest et leurs nuages de sable. Ils érigent en quelque sorte une barrière de protection, offrant un environnement moins tourmenté aux chênes verts de la pinède.

D’autres zones naturelles viennent enrichir la Réserve et participer à son patrimoine d’exception : milieux ouverts, dunes mobiles et dunes grises, prairies, zones lacustres, rives du lac d’Hourtin…

Comme une impression de vie sauvage…

La gestion de l’espace a été confiée à l’Office National des Forêts, dont les équipes assurent la surveillance, le suivi scientifique et l’accueil du public.

La flore mérite en effet toutes les attentions. Diversifiée et de haute valeur patrimoniale, elle compte 280 espèces recensées, dont neuf espèces protégées au niveau national (comme la Lobélie de Dortmann, une plante aquatique rare, ou le Faux cresson de Thore, qui se développe dans des endroits inondés en hiver et secs en été).

Bien protégés par la forêt dunaire, les chênes verts et pédonculés forment l’habitat dominant de la Réserve. Avec les pins maritimes, ils s’imposent parmi les essences principales, même si la diversité botanique apporte quelques nuances, à l’image des nombreux arbousiers, ajoncs et autres bruyères.

Sur la dune bordière, la plupart des espèces végétales présentent une distribution géographique très limitée et certaines sont endémiques du littoral aquitain, comme la Linaire à feuilles de thym, typique des milieux dunaires.

Dans les zones humides, les Osmondes royales, ces majestueuses fougères, ornent les sentiers et font le bonheur des passionnés de botanique. Nénuphars, roseaux et joncs agrémentent pour leur part les rives du lac d’Hourtin.

La richesse de ces habitats offre bien sûr un environnement précieux à la faune. Pas moins de 938 espèces ont été identifiées, réparties en 16 groupes, parmi lesquelles figurent les insectes, les oiseaux, les arachnides, les reptiles, les poissons ou encore les mammifères.

La loutre et le vison d’Europe (espèce menacée) apparaissent indissociables de l’écosystème de la Réserve, tout comme la chauve-souris et la belette. Chez les amphibiens, la rainette verte est particulièrement présente dans les zones humides.

Le vison d’Europe se sent plutôt heureux dans la Réserve – Crédit photo : zoofanatic CC by 2.0

Dans la famille des reptiles, plusieurs espèces emblématiques cohabitent : la cistude d’Europe (tortue aquatique protégée), la couleuvre vipérine et le lézard ocellé, ce dernier étant le plus grand lézard de France.

Le territoire est un site d’hivernage et de nidification pour de nombreux oiseaux migrateurs, notamment la sarcelle d’hiver, l’oie cendrée, le busard cendré et d’autres rapaces comme le circaète Jean-le-Blanc ou le balbuzard pêcheur.​

En bord de plage et dans les marais, on observe des gravelots à collier interrompu et le martin-pêcheur.

Enfin les rives du lac et les marais constituent des zones de frai importantes pour des poissons comme le brochet.

À la découverte d’un monde fragile

Malgré la protection dont elle fait l’objet, la Réserve Naturelle des Dunes et Marais d’Hourtin est ouverte gratuitement au public tout au long de l’année. Différents itinéraires pédestres, cyclables ou même équestres, au départ de Contaut, Piqueyrot et Hourtin Plage, permettent de la rejoindre facilement.

Les personnes à mobilité réduite peuvent pour leur part emprunter le sentier pédagogique de la Lagune de Contaut, une longue passerelle en bois qui leur garantira une observation attentive du marais et de sa faune.

Marais de Hourtin à Contaut – Crédit photo : Anthony Baratier CC BY-SA 4.0

Quelles sont les meilleures saisons pour partir à la découverte de la Réserve ? Chacune fait valoir ses arguments, mais le printemps se prête particulièrement bien à l’observation. C’est l’opportunité d’entendre les chants et parades des oiseaux nicheurs (busards, fauvettes, engoulevents) ou encore d’admirer la floraison des plantes, notamment celles des dunes et marais. Les plus curieux auront peut-être la chance d’apercevoir la cistude prenant le soleil.

En été, les petits canetons et les jeunes rapaces animent les différents habitats, alors que la floraison des espèces patrimoniales situées dans les zones humides atteint son apogée. L’activité des lézards et des reptiles se veut dense.

L’automne réserve aussi son lot d’émerveillement grâce au passage des oiseaux migrateurs, aux promenades des loutres, visible tôt le matin ou en soirée, et aux lumières magnifiques dans les dunes et les marais.

Enfin, l’hiver s’accompagne d’une ambiance très calme, presque hors du temps, que confirme l’hivernage des oiseaux d’eau, dont les hérons et les sarcelles.

 Chaque année, pas moins de 15 000 visiteurs arpentent le seul sentier de Contaut. Les agents de l’ONF font à ce titre face à un double défi : sensibiliser le public au fragile écosystème que représente la Réserve et limiter la pression touristique afin de ne pas en perturber l’équilibre.

À cette responsabilité s’ajoute celle de limiter l’érosion dunaire et d’anticiper les impacts du changement climatique, s’agissant par exemple de la gestion des niveaux d’eau.

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Châteaux médiévaux, constructions mégalithiques, forêts denses, ruines… Le patrimoine ancien du Lot-et-Garonne se prête fort bien aux mythes et mystères qui font parfois froid dans le dos.

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Dans le doute, on évitera une visite des châteaux du Lot-et-Garonne à la nuit tombée…

Le château de Bonaguil, sa Dame blanche et ses fantômes

Fièrement juché sur un éperon rocheux à toute proximité du village de Saint-Front-sur-Lémance, le château de Bonaguil fut érigé au XIIIe siècle puis transformé en forteresse par le puissant Bérenger de Roquefeuil deux siècles plus tard.

En 1761, Marguerite de Fumel rachète l’imposant monument et y apporte de nombreux aménagements, dont la construction de nouveaux appartements et la transformation des sept ponts-levis en ponts-dormants.

Elle s’éteint peu avant la Révolution française et n’assiste pas au saccage du château décidé par une loi de 1793. Les tours sont décapitées, le corps de logis détruit, les boiseries arrachées, le mobilier dispersé…

Est-ce cette désolation qui aurait poussé l’esprit de Marguerite de Fumel à venir hanter Bonaguil ? La légende raconte qu’à chaque mois de novembre, une Dame blanche erre dans les salles et couloirs obscurs du château. Ses pleurs précèdent souvent son apparition.

Château de Bonaguil
Crédit photo : Cwervaec – CC BY-SA 3.0

Le quotidien Sud-Ouest rappelle qu’il y a quelques années, une équipe de l’émission RIP (Recherches, Investigations, Paranormal) est venue mener son enquête. « Équipée de plusieurs moyens technologiques permettant d’entrer en communication avec de possibles fantômes, elle y a passé deux nuits et a rapporté des faits troublants : sensation de pression sur le corps, de brûlures, bruits étranges, chute de température brutale… »

On rapporte aussi la présence d’autres spectres, dont celui d’une nièce de Bérenger de Roquefeuil, qui aurait refusé d’épouser l’homme imposé par son oncle. Fou de colère, ce dernier l’aurait emmurée dans le donjon.

Enfin, le mystère de Bonaguil tient aussi en ses graffitis exécutés à la pointe sèche sur les murs internes de la grosse tour. Ils représentent notamment des portraits de femmes, la silhouette d’un fantôme et un carré Sator, considéré comme magique. Il contient le palindrome latin SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS et suscite diverses hypothèses parmi les savants, qui ont aussi retrouvé sa trace à Pompéi.

Las Naou Peyros, repère de sorcières

La jolie petite commune de Réaup-Lisse, située non loin de Nérac, abrite un cromlech, c’est-à-dire une enceinte mégalithique composée de monolithes agencés en cercle et délimitant une surface. Un tel site reste assez rare en Aquitaine, les cromlechs étant surtout présents dans les pays nordiques et les îles britanniques.

Celui de Réaup-Lisse, nommé Las Naou Peyros (Les neuf Pierres), mentionné depuis 1587, est connu comme ayant été un cimetière. De fait, les nombreuses fouilles organisées ont révélé des ossements humains (dont un squelette placé au centre de l’édifice), des fragments de silex et des restes de poteries.

Si les fouilles ont endommagé le site, elles n’ont pas altéré les nombreuses croyances et légendes qui l’entourent.  Peut-être sont-elles dues à l’atmosphère sonore particulière du lieu, où l’on entend paraît-il les pierres siffler dès que se lève le vent.  Ces mêmes pierres bougeraient d’elles-mêmes ou changeraient de place certaines nuits, renforçant l’idée qu’elles possèdent une puissance mystérieuse.

Crédit photo : Gatoreed

Ce sont d’ailleurs les pierres de Las Naou Peyros, comme d’autres sites mégalithiques, qui ont attiré les sorcières depuis des siècles. Aux solstices d’été et d’hiver, mais aussi aux nuits de pleine lune, elles se seraient réunies pour danser, invoquer les esprits et pratiquer des rituels mystérieux.

Les paysans, dit-on, n’osaient pas s’approcher la nuit de peur de voir surgir des flammes, des ombres ou d’entendre des chants étranges.

Selon certaines versions, les sorcières choisissaient les pierres comme point de passage entre le monde des vivants et celui de l’invisible, un portail sacré qui ne s’ouvrait que certaines nuits.

Une autre tradition laisse penser qu’un trésor fabuleux était caché. Personne ne sait vraiment ce qu’il contient (or antique, objets sacrés, offrandes des anciens peuples ?), mais il serait protégé par un serpent gigantesque, parfois comparé à un dragon.  Selon la tradition orale, quiconque tenterait de déterrer les pierres sans affronter la créature serait maudit, ou englouti par la terre qui se refermerait sur lui.

Le trésor du prieuré Saint-Sardos de Laurenque

Les spectres ou sorcières ne nourrissent pas toujours les légendes locales. Ainsi, le prieuré Saint-Sardos, situé dans le hameau de Laurenque non loin de Gavaudun, accueillit des religieuses dès le XIIe siècle. Celles-ci y restèrent jusqu’à la destruction du noble bâtiment par les protestants, en 1569, alors qu’éclataient les Guerres de religion.

Obligées de fuir, la mère supérieure et les religieuses auraient jeté dans le puits du prieuré le trésor du couvent afin qu’il ne soit pas volé. Les huguenots auraient ensuite tenté de le récupérer, mais un violent orage aurait subitement comblé le puits.

On raconte que, plus tard, des pièces d’or auraient été retrouvées à flanc de coteau dans les eaux de la source du Touron, et en aval dans la rivière la Lède, ce qui crédibiliserait la légende.

 prieuré Saint-Sardos de Laurenque
Crédit photo : MOSSOT — CC BY-SA 4.0

Depuis, chaque fois qu’on tente des fouilles ou des recherches à l’endroit supposé, un orage survient, empêchant les travaux. Mais quand le soleil revient, les eaux de la source s’illuminent et l’on voit des reflets d’or apporter une touche de magie au lieu.

La légende est toujours entretenue par les conteurs locaux, pour le plus grand plaisir des habitants de Gavaudun. Elle reflète l’attachement des habitants à leur patrimoine et à leur histoire, tout en entretenant une part de mystère qui fascine les visiteurs.

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Cinq destinations originales dans les Landes

Cinq destinations originales dans les Landes


Non, l’attrait du département des Landes ne se limite pas à ses longues plages océanes, ses spots de surf ou sa gigantesque forêt de pins maritimes. Ici et là, quelques sites singuliers et méconnus participent aussi à sa réputation.

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Hello Appolo de Marine Julié, à Luxey – Crédit photo : La Forêt d’Art Contemporain

1. Les sources de Moncaut

Les amateurs de marche (et de légende) trouveront un solide argument pour emprunter la boucle de randonnée n°13.13, située non loin du village de Losse. En effet, le chemin de terre se faufile entre les pins jusqu’aux discrètes sources de Moncaut, que l’on dit miraculeuses.

Leur tradition remonte à l’Antiquité, perdure à travers le Moyen Âge et s’est perpétuée jusqu’aux années 1950, avant l’avènement de la médecine moderne.

On croit qu’une énergie et une ambiance particulière enveloppent ces lieux, renforçant la symbolique du soulagement des maux du corps et de l’esprit.

La première source est celle de Saint-Georges, un soldat chrétien exécuté en Palestine au 3e siècle, dont la légende raconte qu’il terrassa le dragon Silène. L’eau de la source soigne les rhumatismes.

La deuxième source est dite de Saint-Antoine, père des ermites, guérisseur du mal des Ardents, très répandu du 10e au 18e siècle en Europe. Son eau soulage les maux de ventre.

Enfin, la troisième source rend hommage à Saint-Eutrope, évêque de Saintes, martyr au 3e siècle, qui avait la faculté de guérir les estropiés et hydropiques. La source soigne les maux de tête.

Les visiteurs auront la surprise de découvrir sur place de nombreux tissus accrochés un peu partout. Ces « témoins » montrent que la méthode était très codifiée : les malades trempaient un bout de tissu auparavant porté (ou un vêtement personnel) dans l’eau. Ils frottaient ensuite la zone douloureuse avec ce tissu, puis l’accrochaient sur les branches des arbres autour des sources.

La croyance veut que le mal soit « laissé » sur place ; on conseille donc de ne jamais toucher les chiffons laissés, sous peine de récupérer le mal d’autrui, selon la légende locale.

Pratique :

L’accès aux sources est fermé en période de chasse, de septembre à mars
Point de départ : près de l’église du village de Lussole. Il se prolonge sur 6,9 km (boucle).
Tél. 05 58 03 40 31 (Landes d’Armagnac Tourisme)
Tarif :  Gratuit
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Sources de Moncaut
Crédit photo: Fontaine des Landes

2. La Réserve Naturelle Régionale géologique des carrières de Tercis-les-Bains

Large de près de 45 hectares et classée en juillet 2015, la réserve est un site remarquable à la fois pour son patrimoine géologique, archéologique et écologique. Sa réputation tient avant tout à son Point Stratégique Mondial, qui matérialise la limite entre deux périodes géologiques distinctes. A Tercis-les-Bains, il s’agit des deux étages du Crétacé supérieur : le Campanien et le Maastrichtien (il y a environ 71,6 millions d’années). Cette référence internationale a été reconnue en 2001 et fait du site un lieu majeur pour l’étude des couches géologiques et des fossiles.

Ceux qui ne sont pas forcément férus de géologie apprécieront quant même la beauté du site, qui se présente comme « un grand amphithéâtre minéral d’une grande qualité paysagère » selon le Comité départemental de tourisme des Landes.

L’ancienne carrière de calcaires argileux laisse voir des milieux naturels diversifiés : forêts humides, landes, pelouses calcaires, prairies et milieux aquatiques. Plusieurs de ces milieux ont un intérêt européen, notamment en ce qui concerne les orchidées et les forêts de ravin. N’oublions pas le célèbre Mur de Bédat datant de plus de 66 millions d’années.

On y trouve aussi une grande diversité faunistique, notamment des amphibiens, reptiles, libellules, papillons, et de nombreuses espèces d’oiseaux dont le faucon pèlerin et le tichodrome échelette.

Enfin, plus de 900 espèces fossiles y ont été inventoriées (ammonites, dents de requins, vertèbres de dinosaures, traces de mosasaures…), ce qui permet une reconstitution très précise de l’histoire de la vie et des environnements passés à l’approche de la grande extinction de la fin du Crétacé.

Pratique :

Ouverture toute l’année. Attention : l’accès du public au site est libre mais soumis à la réglementation en vigueur sur la réserve naturelle, rappelée par les panneaux mis en place aux deux points d’accès au site. La circulation ne doit se faire que sur les sentiers aménagés. Toute récolte de roches ou fossiles, de faune et de flore, est interdite.
Adresse :  Route des carrières – 40180 TERCIS-LES-BAINS
Tél. 05 59 56 16 20 (CPIE Seignanx Adour)
Tarif : Gratuit
Le site n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite.

Réserve Naturelle Régionale géologique des carrières de Tercis-les-Bains
Crédit photo: Gustou Cazenave

3. La forêt d’art contemporain

L’immensité du parc naturel régional des Landes de Gascogne peut révéler d’heureuses surprises. Après les terribles tempêtes qui ont dévasté la région en 2009, une association a décidé de se réapproprier la forêt en traçant un parcours artistique jalonné d’œuvres contemporaines géantes.

Le parcours s’enrichit chaque année de nouvelles œuvres, avec l’objectif d’en implanter une centaine sur plusieurs dizaines de kilomètres dans les années à venir. Aujourd’hui, pas moins de 29 créations s’offrent à la vue du public, au milieu des pins. Chaque œuvre (sculptures, installations, photographies, œuvres numériques) est créée spécifiquement pour son lieu d’exposition par des artistes en résidence, souvent en interaction avec les habitants des villages alentour.

Le projet met en avant la protection du patrimoine forestier. Il permet l’organisation d’animations, d’ateliers et de balades pour tous les publics. De fait, le visiteur se retrouve entre nature et culture, dans un dialogue permanent avec l’art et le patrimoine local, parfois prolongé par des œuvres numériques ou des cabanes artistiques pour passer la nuit.

Plusieurs objectifs animent la démarche, dont celui de rendre l’art accessible à tous en dehors des centres urbains. Il s’agit aussi de faire tomber les barrières de l’art contemporain, encourager l’éveil artistique, et impliquer activement les habitants dans les projets artistiques. Enfin, le projet suit une vocation écotouristique en inscrivant l’art dans la nature afin de valoriser les paysages, sensibiliser à leur beauté et à leur fragilité.

Pratique :

Ouverture toute l’année.
Adresse : Les œuvres sont installées à divers emplacements. Voir la carte.
Tél. 06 78 11 23 31
Tarifs 2025 : Gratuit
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

la sculpture les 3 sans nom
Crédit photo: la Forêt d’Art contemporain

4. Les Mottes Castrales de Castets

Le plateau de Castets est classé Monument Historique et comporte au moins quatre mottes castrales, des levées de terre servant de bases à des fortifications en bois et parfois des tours. Ces structures datent de l’époque médiévale (à partir du 10e siècle) et témoignent du développement de la société féodale dans la région.

Les mottes castrales étaient construites sur des points élevés pour dominer la confluence du Midou et du Ludon. Elles témoignent d’une volonté des seigneurs locaux de contrôler les axes de passage (routes, rivières), surtout aux 11e et 12e siècles, et de rivalités territoriales entre les différentes seigneuries.

Le site fut occupé dès la Préhistoire (découverte d’outils datant de –50 000 ans), avec des tumuli dès le Néolithique. Durant l’âge du Bronze et du Fer, les habitants ont aménagé l’éperon barré pour une fonction défensive, et la fréquentation s’est poursuivie jusqu’au Moyen Âge.

Longtemps ouvert et dégagé, le site est aujourd’hui recouvert de forêt, et présente un intérêt écologique grâce à la diversité des milieux (prairies, bois, zones humides) et la présence d’espèces remarquables telles que chauves-souris, loutres d’Europe et divers insectes protégés.

Depuis 2016, le site fait partie du Parc Naturel Urbain du Marsan. Aménagé pour les visiteurs, il propose des sentiers, panneaux explicatifs, points de vue et aires de pique-nique, permettant de découvrir l’histoire médiévale, les aspects naturels et les traces des anciennes carrières et habitations.

Pratique :

Parc fermé de décembre à février.
Adresse : D1 – 40900 BOUGUE (garer sa voiture sur le parking du bourg et rejoindre le site à pied (5 mn).
Tél. 05 58 71 38 39
Tarif: Gratuit
Le site n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite.

Mottes Castrales de Castets
Crédit photo: Tourisme Landes

5. Estacade de Capbreton

Il serait quand même dommage de conclure ce petit tour d’horizon des destinations originales des Landes en ignorant l’océan. À Capbreton, l’estacade est une jetée en bois emblématique construite à l’initiative de Napoléon III lors de sa visite en 1858, avec l’objectif de sécuriser et d’améliorer l’accès au port de Capbreton, unique port des Landes. À sa création, elle mesurait 400 m, construite grâce à 600 pins fournis par la commune. Sa longueur a varié au fil des épreuves imposées par les tempêtes, atteignant aujourd’hui environ 190 m.

Elle constitue depuis plus de 150 ans l’un des symboles de la ville, un lieu de promenade apprécié des habitants et des visiteurs, « où le ciel, la terre et la mer se rejoignent ». Son histoire est marquée par de nombreux événements, notamment les tempêtes répétées en 1924, 1978, 2008 et les destructions partielles pendant la Seconde Guerre mondiale (dynamitée par l’occupant allemand en 1943 pour la construction du Mur de l’Atlantique).

La bonne nouvelle est qu’elle a été restaurée à chaque fois, avec même l’installation d’un phare en pierres en 1948 et d’une lanterne visible sur 14 miles deux ans plus tard.

« Se promener sur ce balcon unique, c’est remonter le temps et s’imprégner d’une histoire singulière. L’Estacade ne laisse personne indifférent, et chaque pas sur cette passerelle mythique reste gravé dans les mémoires, un véritable moment à partager ou à savourer seul face à l’immensité de l’océan » – Marie-Cécile Gardey (Terres des Landes -19/07/2025).

Pratique :

Ouverture toute l’année.
Adresse : Avenue Georges Pompidou – 40130 CAPBRETON
Tél. 05 58 72 12 11
Tarifs : Gratuit
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Estacade de Capbreton
Crédit photo: Pedro – Flickr
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Route de la corniche en Gironde

Cinq destinations originales en Gironde

Cinq destinations originales en Gironde


Si la Gironde tire une (bonne) partie de sa notoriété des vignobles à perte de vue, de la jolie ville de Bordeaux et de la dune du Pilat, elle propose aussi des sites plus discrets qui justifient le détour.

Temps de lecture : 9 mn

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Saint-Macaire
Nombreuses sont les surprises architecturales à Saint-Macaire – Crédit photo : albTotxo – Flickr

1. La grotte Célestine

Perdu au cœur de la Gironde, le village de Rauzan compte sur son magnifique château médiéval, classé aux monuments historiques, pour attirer les visiteurs. Pourtant, la commune accueille un autre site aux attraits touristiques certains, mais encore confidentiel : la grotte Célestine.

Découverte de façon fortuite en 1845 par un puisatier, la rivière souterraine (la seule aménagée en Gironde) a d’abord servi à alimenter le village en eau, d’où son surnom de « grotte aux torrents ».  Pendant un certain temps, son intérêt est resté essentiellement local. C’est au début du 20e siècle qu’elle a pris le nom de « grotte Célestine », en référence à la chambre d’une habitante, Célestine, où était situé le puits d’accès.

Il faut quand même attendre les années 1990 pour que la municipalité décide d’exploiter le site et permette son ouverture au public en 2002. L’endroit ne manque pas d’arguments. Creusée par l’eau au fil des millénaires, la cavité naturelle s’étend sur près de 2,5 km. Elle offre un impressionnant écosystème composé de stalactites, stalagmites, colonnes, draperies, gours et autres coulées de calcite.

C’est aussi le royaume des grenouilles, chauves-souris et crevettes grises.

La visite ne s’improvise pas. Le public est invité à s’équiper entièrement (charlotte, bottes, casques dotés de lumière frontale) avant de descendre les 80 marches de l’escalier, qui le mènera 13 mètres plus bas. Sur une distance d’environ 500 mètres, il progressera dans le lit de la rivière, au cœur d’un environnement magique, où s’affichent fièrement les concrétions calcaires. Bref, comme un sentiment hors du temps, dans une température ne dépassant jamais les 14°C.

Pratique :

Ouverture toute l’année.
Adresse : 48 rue Lansade – 33420 RAUZAN
Tél. 05 57 84 08 69 (Réservation minimum 24 heures à l’avance)
Tarifs 2025 :  Adulte : 8 € – Enfant : 5 €
Le site n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite.

Grotte Célestine
Crédit photo: Tourisme Saint-Emilion

2. Château Toulouse-Lautrec

Le château Toulouse-Lautrec, également connu sous son nom historique de château Malromé, est un domaine viticole exceptionnel situé à Saint-André-du-Bois, dans l’Entre-deux-Mers. Il constitue un véritable lieu de mémoire et d’art de vivre, intimement lié au célèbre peintre Henri de Toulouse-Lautrec.

Il faut remonter au 16e siècle pour trouver son origine, grâce au projet d’Étienne de Rostéguy de Lancre, membre du Parlement de Bordeaux, de construire la « maison noble de Taste ». Dans les années 1780, la propriété est acquise par Catherine de Forcade, veuve du baron de Malromé, qui lui donne ce nom. En 1847, le domaine est transmis à Adolphe de Forcade Laroquette et au maréchal Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud, qui font restaurer le château d’après Viollet-le-Duc.

La comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec achète le domaine en 1883, durement éprouvé par la crise du phylloxéra. La comtesse fait replanter les 34 hectares de vigne en porte-greffes américains et contribue ainsi à assurer la pérennité de l’un des plus anciens vignobles de la région.

Son fils Henri de Toulouse-Lautrec, le célébrissime peintre postimpressionniste et lithographe, découvre Malromé à l’âge de 19 ans et en tombe immédiatement amoureux. Chaque été pendant 17 années consécutives, il y effectue de longs séjours jusqu’aux vendanges, trouvant dans ce domaine un refuge paisible loin du tumulte parisien de Montmartre. Le peintre y installe son atelier d’été et peint la nature environnante ainsi que les scènes de vendanges.

C’est d’ailleurs dans ce château que l’artiste termine son existence le 9 septembre 1901 à l’âge de 37 ans, avant d’être inhumé au cimetière de Verdelais, à quelques kilomètres de Malromé.

Le château s’organise autour d’une cour carrée plantée d’une pelouse hexagonale, accessible par deux poternes munies de créneaux du 19e siècle. Le corps de logis principal présente un style Renaissance avec des fenêtres à meneaux, composé d’une grande tour centrale rectangulaire et de deux tours rondes aux extrémités. Les trois ailes qui entourent la cour intérieure offrent un ensemble architectural harmonieux de plus de 2000 m².

Le site reçoit en 2016 le label « Maisons des Illustres » attribué par le ministère de la Culture, la troisième en Gironde après Malagar (Mauriac) et le château de La Brède (Montesquieu) . Ce label reconnaît l’authenticité du contenu muséographique et l’organisation régulière de manifestations culturelles de qualité.

Pratique :

Ouverture toute l’année, du mercredi au dimanche (réservation conseillée).
Adresse : Lieu-dit Malromé – 33490 SAINT-ANDRÉ-DU-BOIS
Tél. 05 56 76 25 42
Tarifs 2025 : Flânerie culturelle : 8 € – Visite guidée : 14 € – Visite culturelle et dégustation de vin : 17 € – Visite œnologique : 14 €
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Château Toulouse-Lautrec
Crédit photo: Château Toulouse-Lautrec Malromé

3. Saint-Macaire

Non loin de Langon et située sur la rive droite de la Garonne, la commune de Saint-Macaire promet à quiconque franchit son porche d’entrée un fabuleux voyage historique.

Le site a été occupé dès l’Antiquité par un établissement gallo-romain appelé Ligena. Au 5e siècle, le moine grec Macaire s’y installe, donnant plus tard son nom à la ville.

La cité connaît un essor important au Moyen-Âge grâce à la Garonne, axe majeur du commerce, et au « privilège des vins » qui favorise son développement urbain et économique. La ville est alors entourée de remparts, dont certaines portes subsistent aujourd’hui. L’activité économique évolue vers l’extraction de pierre, puis la tonnellerie, qui marque la ville jusqu’au début du 20e siècle.

Saint-Macaire conserve un remarquable patrimoine architectural, lui valant d’être classée parmi les « Plus Beaux Villages de France ». Même si la découverte de la ville se fait au hasard des ruelles que bordent de magnifiques maisons bâties entre les 13e et 16e siècles, quelques monuments méritent un coup d’œil appuyé.

C’est d’abord la magnifique place de Mercadiou, sublimée par ses maisons à arcades, reflet de la puissance des marchands au Moyen-Âge. Elle s’étend sur 1500 m², un espace remarquablement vaste pour un village médiéval.

Classée aux Monuments Historiques, l’église Saint-Sauveur a été construite au 12e siècle à la place de l’église primitive ou fut inhumé le corps de Saint-Macaire.  Le monument abrite des fresques gothiques rares, encore visibles dans la chapelle Maisons à arcades, place du Mercadiou, ainsi que de belles peintures murales et chapiteaux romans.

Preuve de son intérêt architectural, Saint-Macaire a accueilli en juillet dernier le tournage des Misérables, de Fred Cavayé, avec Vincent Lindon et Camille Cottin dans les principaux rôles.

Pratique :

Ouverture toute l’année.
Adresse : 33490 SAINT-MACAIRE
Tél. 05 56 63 68 00 (Office de tourisme du Sud-Gironde)
Tarifs 2025 : Visites individuelles gratuites – Visites guidées sur devis.
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Saint-Macaire
Crédit photo: Lesley – CC BY-NC 2.0.- Flickr

4. Route de la Corniche fleurie

Ceux qui recherchent les grands espaces n’hésiteront pas à se rendre à Gauriac (ou à Bourg), point de départ d’un bien belle ballade le long de l’estuaire de la Gironde jusqu’à Blaye.

Cette route pittoresque d’une dizaine de kilomètres est aussi surnommée la corniche fleurie ou la route des capitaines. Les belles maisons qui la jalonnent ont été construites par d’anciens marins au long cours. Ces derniers ont rapporté de leurs voyages des essences exotiques encore visibles dans les jardins. On peut également y observer les carrelets de pêche et l’étrange épave du Frisco, un pétrolier italien à vapeur réquisitionné par les nazis et sabordé par les Allemands en 1944 afin d’empêcher les Résistants d’accéder à l’appontement.

Le parcours se nourrit de nombreux paysages, dont les falaises calcaires, les vignobles des Côtes de Blaye et de Bourg et les forêts, avec, toujours, la Dordogne comme compagne de voyage. Chaque village traversé propose son patrimoine et sa singularité. Ainsi, Marmisson laisse voir des habitats troglodytiques surprenants, Bayon-sur-Gironde sa vieille église, dont le clocher est surmonté d’une Vierge. Pour sa part, Bourg propose une magnifique vue sur les remparts de l’ancienne citadelle.

La route de la Corniche, c’est aussi l’occasion de repérer les petites îles qui résistent aux courants de la Garonne et d’admirer le Médoc, de l’autre côté du fleuve.

Les petits ravissements architecturaux ou naturels ne manquent pas : Château de Tayac, château Eyquem, belvédères, zones protégées…

Bien sûr, le parcours s’apprécie à pied ou à vélo pour mieux s’imprégner de la magie des lieux et rencontrer les habitants, pas peu fiers de leur petit paradis.

Pratique :

Ouverture toute l’année.
Adresse : Rejoindre la D669E1 au niveau de Bourg et suivre les panneaux.
Tél. 05 57 68 31 76 (Office de tourisme de Bourg-sur-Gironde) ou 05 57 42 12 09 (Office de tourisme de Blaye)
Tarifs 2025 : Gratuit

Route de la corniche fleurie
Crédit photo: PaulF1132 – TripAdvisor

5. La lagune de Contaut

Nichée au cœur de la Réserve naturelle des dunes et marais d’Hourtin, la lagune de Contaut promet à quiconque la découvre un ascenseur émotionnel. Sur une superficie de 8 hectares, cette zone humide s’impose comme le royaume protégé et protecteur d’une faune diverse et variée. Ici, rapaces, hérons, oiseaux rares, couleuvres vipérines, tortues lézards ocellés, chauves-souris, belettes ou encore cerfs évoluent en toute quiétude, dans un environnement majestueux.

La végétation sait se faire remarquer, entre osmondes royales (fougères géantes), bruyères cendrées, chênes pédonculés ou verts, phragmites, Lobélie de Dortmann (espèce protégée), houx…

La lagune de Contout correspond au phénomène qui s’est développé sur le littoral aquitain il y a quelques milliers d’années : les retenus d’eau d’arrière-dunes. Les dunes ont progressivement bouché les exutoires des cours d’eau se jetant dans l’océan, formant ainsi un écosystème unique.

S’agissant d’une lagune, le milieu se veut tourbeux, fermé et humide, ce qui contribue d’ailleurs à sa singularité et à sa beauté.

Mais point besoin de s’équiper de longues bottes ou de tout autre accessoire pour s’imprégner de la magie des lieux. Grâce aux travaux réalisés par les institutions concernées (Département Région, ONF…), la lagune est « le premier Espace naturel sensible de la Gironde aménagé pour accueillir tous les publics, notamment en situation de handicap » nous informe le journal Sud-Ouest.

Un circuit pédestre a été tracé et balisé sur un 1 km, jalonné de panneaux d’information pour mieux appréhender l’écosystème. Le public peut même enjamber le marais grâce à un longue passerelle en bois.

Des visites guidées avec un naturaliste sont régulièrement proposées… et entièrement gratuites !

Pratique :

Ouverture toute l’année.
Adresse : Lieu-dit Contaut – 33990 HOURTIN
Tél. 05 56 03 21 01 (Médoc Atlantique Tourisme)
Tarifs : Gratuit
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Lagune de Contaut
Crédit photo: Gironde Tourisme

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Cinq destinations originales en Dordogne

Cinq destinations originales en Dordogne


Les vacances d’été arrivent à grands pas, et avec elles son cortège de touristes. Pourtant, en s’éloignant un peu des sentiers battus, on peut découvrir des lieux insolites et un peu plus tranquilles. Petite sélection (forcément) subjective.

Temps de lecture : 11 mn

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La nacelle s’enfonce dans l’obscurité du gouffre… – Crédit photo : Société Anonyme Gouffre de Proumeyssac

1. Jardin Les Bambous de Planbuisson

Au Sud de la Dordogne, entre Bergerac et La Roque-Gageac, le Jardin de Planbuisson abrite la plus grande collection européenne de bambous et de graminées. À peine l’entrée franchie, on découvre un autre monde où le temps semble s’être figé.   

C’est à Michel Bonfils (1932-2017) que l’on doit cette pépite botanique au cœur du Périgord noir. Après de nombreuses années passées en Afrique subsaharienne, il décide de créer une pépinière sur sa propriété familiale, fasciné par la variété des bambous et autres graminées. Ses travaux et sa passion permettent, au fil des années, de donner naissance à un impressionnant jardin de bambous, d’ailleurs labellisé « Jardin remarquable » en 2005, 2010, 2015 et 2020.

Aujourd’hui, 240 variétés de bambous et 100 variétés d’autres graminées provenant du monde entier composent les lieux. Certains bambous culminent à plus de 20 mètres.

Le jardin est aménagé en plusieurs zones thématiques, avec des sentiers sinueux qui permettent aux visiteurs de découvrir les différentes collections de plantes et des espaces originaux, comme le jardin sec, inspiré par la philosophie bouddhiste.

D’ailleurs, cette quête de zénitude habite chaque recoin du jardin : lac, cascade, ponts en bambou, sculptures végétales…

Les visiteurs les plus charmés pourront se rendre à la pépinière pour faire l’acquisition des plantes qu’ils auraient remarquées. De quoi apporter paix et harmonie chez soi.

Pratique :

Ouverture d’avril à octobre.
Adresse : 18 rue Montaigne, 24480 LE BUISSON-DE-CADOUIN
Tél. 06 36 11 30 37
Tarifs 2025 : Adulte : 7,50 € – 12-18 ans : 4 € – Tarif réduit : 6 € – Moins de 12 ans : gratuit
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Les Bambous de Panbuisson
Crédit photo: Jardin Les Bambous de Planbuisson

2. Le Gouffre de Proumeyssac

Au XVIIIe siècle, l’orifice naturel du gouffre laissait échapper des vapeurs, que les habitants prenaient pour de la fumée ou des flammes. Beaucoup pensaient alors qu’il s’agissait d’un volcan ou, plus effrayant encore, de la demeure du diable. Par crainte, le site était évité, considéré comme maudit, et certains pensaient qu’un dragon ou le diable lui-même y résidait.

Pour ne rien arranger à l’affaire, les rumeurs prétendaient que les brigands y jetaient les cadavres de leurs victimes pour les faire disparaître à jamais…

Il faut attendre 1907 pour que le gouffre soit enfin exploré. C’est un certain Gabriel Galou, puisatier, qui s’y colle. L’homme découvre alors une merveille géologique au fur et à mesure de sa descente dans un tonneau retenu par des cordes.

Surnommé la « Cathédrale de cristal », le Gouffre de Proumeyssac impressionne par son immense salle souterraine de 42 mètres de profondeur, ornée d’une profusion de concrétions calcaires spectaculaires. La salle principale est richement décorée de stalactites, stalagmites, colonnes, draperies et monolithes. Les parois semblent tapissées d’un manteau de calcite, et certaines zones sont particulièrement chargées en stalactites formées au fil des millénaires par l’infiltration d’eau riche en carbonate de calcium.

On y accède par un tunnel de 110 mètres, aménagé en 1924, qui permet une entrée progressive dans l’atmosphère fraîche et humide du gouffre, jusqu’à un balcon offrant une vue spectaculaire sur la salle principale.

Les visiteurs les plus courageux préfèreront sûrement la descente en nacelle (électrique !) et profiter ainsi d’un panorama à 360°.

Chacun pourra en tout cas profiter de la beauté des lieux, que viennent magnifier un éclairage de dernière génération et deux nouveaux sons et lumières scénarisés.

Pratique :

Fermeture annuelle en janvier et la première semaine de février.
Adresse : Route de Proumeyssac, 24260 AUDRIX
Tél. 05 53 07 27 47
Tarifs 2025 : Adulte (à partir de 18 ans) : 13,60 € – Enfant (de 4 à 11 ans) : 9,90€ – Ado (de 12 à 17 ans) : 11,40€ – PMR Enfants : 8,30 € (à partir de 4 ans et – de 18 ans) – PMR adultes : 11,40 € (18 ans et +) – Descente en nacelle : Adulte : 23,70 €.
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Gouffre de Proumeyssac
Crédit photo: Gouffre de Proumeyssac

3. Moulin de la Veyssière

Réputée pour ses noix du Périgord (AOC et AOP), la Dordogne compte encore quelques moulins séculaires qui en extraient la meilleure huile. C’est le cas du Moulin de la Veyssière, situé à Neuvic.

Fondé vers 1560, il a été acquis par la famille Elias en 1857 et le savoir-faire s’est transmis de génération en génération jusqu’à aujourd’hui. Alimenté par les eaux de l’Isle, le moulin permet la fabrication artisanale des huiles de noix et de noisettes vierges, dans le respect de la tradition. La meule, la poêle et le pressoir sont d’époque, ainsi que l’ensemble des instruments utilisés au quotidien. La restauration et la préservation du bâtiment et des équipements ont permis de classer le site comme patrimoine industriel et commercial.

Les artisans du moulin reproduisent au quotidien les gestes hérités du passé, utilisant des outils et des procédés anciens pour garantir l’authenticité et la qualité des produits. La main de l’homme reste omniprésente à chaque étape de la fabrication, assurant un contrôle minutieux et une adaptation constante aux spécificités de chaque matière première.

Les efforts ont d’ailleurs été récompensés par le titre de Producteur Artisan de Qualité attribué par le Collège Culinaire de France en 2015. Le Moulin a également reçu la médaille d’or au Concours Général Agricole 2023 pour son huile de noix du Périgord AOP. La production est exclusivement issue de matières premières locales, avec une attention particulière portée à la qualité et à la durabilité, dans une démarche d’agriculture raisonnée.

Bien sûr, le Moulin de la Veyssière est largement ouvert au public et propose à ses visiteurs différents espaces : un espace muséographique, un verger pédagogique, une aire de pique-nique et une boutique gourmande. Le tout dans un paysage de conte de fée.

Pratique :

Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h. Le samedi de 14h à 18h. Fermé dimanche, le 1er mai et le 25 décembre – Juillet et août : Ouvert de 9h30 à 19h du lundi au vendredi. Le samedi de 9h30 à 18h.
Adresse : 819 Route de la Veyssière – 24190 NEUVIC SUR L’ISLE
Tél. 05 53 82 03 07
Tarifs 2025 : Visites individuelles gratuites – Visites guidées sur devis.
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Moulin de la Veyssière
Crédit photo: Tourisme Vallée de l’Isle en Périgord

4. Château de Losse et ses jardins suspendus

On le sait, la Dordogne est riche de centaines de châteaux, dont les plus emblématiques (Biron, Castelnaud, Beynac…) attirent chaque année un grand nombre de visiteurs.  

Peut-être moins réputé, le château de Losse a pourtant de solides arguments à faire valoir. Situé près du village de Thonac, ce joyau architectural de style Renaissance, classé monument historique en 1928, surplombe la vallée de la Vézère. D’abord forteresse médiévale, édifiée au XIe siècle, l’imposant bâtiment est progressivement transformé à partir de 1576. Son propriétaire, Jean II de Losse, serviteur de la couronne, gouverneur de Guyenne et tuteur du futur Henri IV, introduit un grand logis et une magnifique terrasse, en s’inspirant de l’influence italienne.

Après la Révolution, le château est abandonné par la famille de Losse. Il est racheté en 1930 par la princesse d’Annam, Nhu May, qui y vécut jusqu’à sa mort. Aujourd’hui, une exposition lui est dédiée dans une maison attenante au château.

En 1976, la famille Van den Schueren acquiert le château et entreprend de vastes travaux pour préserver son authenticité et sa splendeur. Les efforts de conservation permettent aujourd’hui d’admirer un ensemble architectural et paysager exceptionnel, fidèle à son histoire.

Les jardins, imaginés par Jacqueline Van den Schueren, offrent une succession de parterres de lavandes, de labyrinthes de haies, de charmilles et de points de vue sur la Vézère. Ils ont été labellisés « Jardin remarquable » en 2004 et reçu la récompense Prix de l’Art du Jardin 2022 par la Fondation Signature de l’Institut de France.

Le château se composent de salles dotées de remarquables ornements et abrite des pièces et tapisseries des XVIe et XVIIe siècles, évoquant le cadre de vie de la noblesse sous les derniers Valois et les premiers Bourbons.

Pratique :

Ouverture de fin avril à début novembre.
Adresse : Route de la Princesse d’Annam, 24290 THONAC
Tél. 05 53 50 80 08
Visites audioguidées ou commentées.
Tarifs 2025 : Adulte : 12 € – Ado (12 à 17 ans) : 8 € – Enfant (5 à 11 ans) : 6 €
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Château de Losse
Crédit photo: Château et Jardins de Losse

5. Les cabanes du Breuil

C’est un peu le mystère qui entoure ce lieu singulier, en Périgord Noir. Certains prétendent que les cabanes, propriétés des Bénédictions de Sarlat, auraient servi d’habitat aux paysans dès le XVe siècle. D’autres avancent l’hypothèse de huttes datant du néolithique. Toutefois, la plupart des bâtiments visibles aujourd’hui datent du XIXᵉ siècle, voire du début du XXᵉ siècle. Leur architecture épouse celle des cabanes à toiture conique ou campaniforme typiques du Sarladais.

Les cabanes ne servaient non pas de logement, mais d’ateliers artisanaux (forge, bourrellerie, tissage) et d’annexes agricoles. Leur unité de style suggère qu’elles relèvent d’une même époque ou d’un même constructeur, en cohérence avec la vague de construction de cabanes en pierre sèche dans le Sarladais, entre le XVIIIe et le XIXe siècle.

Leur construction, sans mortier, mérite d’être soulignée, les bâtisseurs ayant eu recours à la pierre jaune du pays.

Les toitures en lauses (dalles calcaires) posées en voûte encorbellée répondent à une technique ancestrale, garantissant solidité et isolation. Elles sont parfois reliées par un faîtage en « selle », accentuant l’effet d’ensemble.

Longtemps laissées à l’abandon, les cabanes du Breuil ont heureusement fait l’objet d’importantes rénovations à partir des années 1970. En 1995, elles ont été classées au titre des monuments historiques.

Leur singularité devrait attirer la curiosité des visiteurs. De nombreux cinéastes n’ont d’ailleurs pas hésité à les utiliser comme décor naturel, puisque les films « La Belle au Bois Dormant », « Jacquou le Croquant » ou encore « Les Misérables » ont été tournés au Breuil.

Pratique :

Ouverture de début avril à début novembre.
Adresse : 1770, Route des cabanes – 24200 SAINT-ANDRÉ-D’ALLAS
Tél. 06 80 72 38 59
Tarifs : Adulte : 6 € – Ado (13 à 17 ans) : 5,50 € – Enfant (6 à 11 ans) : 3,50 €
Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

Cabanes du Breuil
Crédit photo: Cabanes du Breuil

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