Le train de la Rhune : un siècle d’ascension et d’émotion

Le train de la Rhune : un siècle d’ascension et d’émotion


Inauguré en 1924, le train à crémaillère de la Rhune continue de gravir vaillamment le célèbre massif, offrant à ses passagers une dose de nostalgie et, au bout du trajet, un panorama majestueux.

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Prendre le temps de s’imprégner des paysages – Crédit photo : Jose Luis Canales – Flickr

La Rhune, une fierté basque


Entre la France et l’Espagne, la Rhune veille sur le Pays Basque comme un repère familier plutôt que par la démesure de son altitude. Avec ses 905 mètres, elle n’a rien d’un géant, mais sa position en fait le dernier relief pyrénéen avant l’océan Atlantique, à quelques kilomètres seulement de la côte. Les Basques l’appellent Larrun, un nom qui évoque la lande ou le pâturage, fidèle reflet de ses flancs recouverts d’herbe rase où paissent encore aujourd’hui les brebis et les pottoks.

Depuis le sommet, la vue embrasse à la fois la côte basque, de Saint-Jean-de-Luz jusqu’à San Sebastián, et les premiers contreforts pyrénéens. Cette rencontre entre montagne et mer, entre France et Espagne, donne au lieu une atmosphère particulière, presque suspendue.

C’est peut-être l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui a suscité l’attrait du grand public pour la Rhune. Le 30 septembre 1859, elle effectue une excursion à dos de mulet jusqu’au sommet, accompagnée d’une partie de la cour. L’évènement fait grand bruit et suscite des vocations, mais l’ascension à pied reste un exercice difficile, réservé à ceux dotés d’une condition physique suffisante.

Il faut attendre 1908 pour que naisse l’idée d’un chemin de fer capable de venir à bout du dénivelé positif de 785 mètres. L’ambitieux projet est confié à trois entrepreneurs locaux, qui conçoivent une ligne ferroviaire électrifiée à voie métrique (écartement entre les deux rails de 1000 millimètres) et à crémaillère.

Les travaux, initiés en 1912, doivent permettre de relier le col de Saint-Ignace, situé à 169 mètres d’altitude, au sommet du massif, qui culmine à 905 mètres. Le parcours s’étend sur 4,2 km. La Première Guerre mondiale suspend le chantier, qui reprend en 1919 pour s’achever en 1924.

Des voitures tout de bois vêtues


L’inauguration du premier tronçon jusqu’aux Trois Fontaines est organisée le 25 avril 2024, suivie de celle du 30 juin s’agissant de la liaison vers le sommet.

Inauguration de la ligne en 1924 – Crédit photo : Train de la Rhune

Les six motrices sont conçues par la société suisse SLM Winterthur, fondée en 1870. Deux moteurs asynchrones triphasés de 160 chevaux fournissent l’énergie nécessaire à chaque locomotive, placée à l’arrière du train. Elle pousse les wagons pendant la montée et les ralentit dans la descente. En matière de sécurité, les motrices sont équipées de deux freins à main, qui bloquent chaque roue dentée via des tambours cannelés situés de part et d’autre. Chaque trajet nécessite d’ailleurs deux agents : le premier dédié à la conduite, le deuxième au freinage.

Mais le charme du train de la Rhune tient aussi à la rusticité de ses voitures, fabriquées par les établissements Soulé de Bagnères-de-Bigorre. Les artisans de l’époque ont privilégié le bois dans toutes les étapes de la conception : une toiture en sapin des Pyrénées, un plancher en pin des Landes, un lambris en châtaignier de l’Ariège, et une plate-forme en iroko, un bois exotique africain réputé imputrescible.

Aujourd’hui, ce sont toujours ces voitures, composées de six compartiments de dix places assises, qui transportent les visiteurs. Les boiseries font l’objet d’un entretien minutieux et, tous les dix ans, d’une révision générale. La maintenance mécanique est quant à elle assurée par l’entreprise bayonnaise Garland qui n’hésite pas à fabriquer de nouvelles pièces, parfois sur mesure. Il est vrai que les artisans peuvent s’appuyer sur les plans et documents originaux, précieusement conservés.

Ils ont d’ailleurs permis de construire deux nouvelles rames depuis 1924, qui viennent s’ajouter aux deux premières. Le parc roulant répond ainsi aux besoins touristiques lorsque la fréquentation atteint son plus haut niveau en période estivale.

S’imprégner de la magie des lieux


D’abord exploitée par les Voies Ferrées Départementales du Midi (VFDM), puis par Transdev de 1995 à 2012, la ligne a été confiée par le Département des Pyrénées-Atlantiques à l’Établissement public des stations d’altitude (EPSA). Six locomotives et huit voitures permettent de transporter chaque année plus de 340 000 passagers. Certes, les bancs en bois offrent un confort minimal, mails ils participent aussi à l’authenticité du train.

Afin de profiter pleinement de l’environnement, aucune vitre n’a été installée et la vitesse n’excède jamais les 9 km/h pour un trajet de 35 minutes. Immersion garantie. Elle aurait pu être compromise lorsqu’en 1978 est lancé le projet de création d’une route menant au sommet de la Rhune. Interrogés par référendum, les habitants de Sare rejettent massivement l’idée. Ouf.

En 2021, le renouvellement à l’identique de la voie est opéré en un temps record par une société suisse spécialisée, pour un coût de 27 millions d’euros, supporté à 80 % par le Conseil départemental.

C’est donc au même rythme que celui de 1924 que se déroule le petit périple. Les passagers ont le loisir d’admirer les paysages magnifiques qui défilent à un rythme tranquille. La Rhune accueille en ses flancs une belle population de pottoks, le petit cheval emblématique du Pays basque. On peut aussi y voir la manech tête noire, une race ovine locale réputée pour sa laine et son lait, utilisé pour la production de fromage de brebis. En levant les yeux, les vautours tournoient souvent au-dessus du massif.

la Rhune
La beauté du paysage pyrénéen – Crédit photo : mariejirousek – Flickr

Le sommet propose, on s’en doute, un vaste panorama de la côte, des Pyrénées et même des plages landaises. La ville de Saint-Jean-de-Luz paraît toute petite et l’océan infini.

Trois ventas permettent de boire un verre et de se restaurer. Les visiteurs disposent d’une heure vingt pour profiter de l’atmosphère particulière de l’endroit avant de reprendre place dans le train et retrouver la (dure) réalité.

Pratique


Le train de la Rhune est ouvert au public de début avril à début novembre.

Trois formules sont proposées :

  • Le voyage libre
  • Le voyage guidé : sur les traces des contrebandiers (en compagnie d’un guide)
  • Le voyage conté sur la mythologie basque (surtout destiné aux enfants)

Tarifs 2026 :

Adulte (plus de 12 ans) : 26 euros (+ 5 euros pour le voyage guidé)

Enfant (4-12 ans) : 18 euros (+ 4 euros pour le voyage guidé,

Famille (2 adultes et 2 enfants de 4 à 12 ans) : 82 euros

Attention : aucun billet montée simple n’est proposé à la vente. Le billet descente simple correspond au retour en train, mais n’est vendu qu’en fonction des places disponibles (pour ceux qui auraient choisi d’atteindre le sommet à pied).

Les billets peuvent être achetés sur place ou sur le site Internet officiel (solution à privilégier en haute saison en raison de l’affluence).

Horaires :

En basse saison (avril, mai, juin, septembre, octobre) : premier départ à 9h30

En haute saison (juillet, août) : premier départ à 8h20

Un train toutes les 40 minutes.

Accès :

Depuis l’A63 : prendre la sortie Bayonne, Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz, puis suivre les panneaux indiquant le train de la Rhune (RD 4).

Les lignes 44 (départ de Bayonne) et 45 (départ de Saint-Jean-de-Luz) des bus Txik Txak desservent directement l’arrêt du col de Saint-Ignace.

Parkings et départ :

Les passagers embarquent au col de Saint-Ignace.

Des parkings gratuits sont mis à disposition autour de la gare, mais leur capacité reste limitée les jours de grande fréquentation. D’autres parkings sont ouverts à Sare et à Ascain. Il convient donc d’arriver en avance ou de privilégier le réseau de bus Txik Txak.

Coordonnées :

Site web du train de la Rhune : www.rhune.com
Adresse : 3205 Santinazioko Errebidea D4 – 64310 SARE