Marais d’Orx : histoire d’une eau domptée, puis rendue

Marais d’Orx : histoire d’une eau domptée, puis rendue


Initié par Napoléon au début du 19e siècle, l’assèchement du marais d’Orx, dans les Landes, a donné lieu à des chantiers démesurés afin de le transformer en terre agricole. Il faut attendre les années 1980 pour qu’une démarche ambitieuse de renaturation ne permette de retrouver la zone humide, classée réserve naturelle.

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Retour aux sources – Crédit photo : Réserve naturelle du Marais d’Orx – Facebook

Un marais né d’un fleuve détourné


Ce sont les travaux menés par Louis de Foix en 1579 qui seraient à l’origine du marais. Sur ordre du roi, l’ingénieur stabilise le lit de l’Adour, dont l’embouchure est fixée à Boucau, alors qu’elle se trouvait auparavant à une trentaine de kilomètres au nord. Les eaux de l’arrière-littoral perdent alors leur exutoire vers le nord, butent contre le cordon dunaire et finissent par stagner.

Plus généralement, les Landes se composent, à cette époque, de larges zones humides, parsemées d’étangs et de marais.

Lors de son passage à Labenne en 1808, l’empereur Napoléon annonce l’assèchement du marais par décret. On reproche au lieu, qui s’étend sur 1200 hectares, d’être malsain et insalubre, alors que sa surface pourrait se destiner à un usage agricole.

Néanmoins, les travaux ne sont initiés qu’une quarantaine d’années plus tard, sous le Second Empire. En 1850, le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte accorde la concession du marais à l’ingénieur Lefèvre-Béziers. Ce dernier se charge de configurer les lieux en creusant des canaux de ceinture et en installant des digues et des collecteurs. Le chantier, qui implique plus de 400 ouvriers, ne permet pourtant pas d’obtenir le polder attendu et finit même par ruiner Lefèvre-Béziers

Le comte Alexandre Colonna Walewski, fils naturel de Napoléon 1er, reprend la concession. Aidé de l’ingénieur des Ponts et Chaussées Henri Crouzet, il fait installer en 1863 de puissantes pompes mécaniques pour refouler les eaux vers le Boudigau, un fleuve côtier qui se jette dans l’océan vers Capbreton. Les vestiges de ces pompes sont d’ailleurs visibles sur le circuit de visite de la réserve.

À la mort de Walewski en 1868, Napoléon III confie le domaine à ses fils, dont l’un devient comte d’Orx en 1870 et l’autre comte de Labenne.

Que l’agriculture intensive soit !


Enfin asséchée, la zone s’ouvre à l’activité agricole, même si elle reste très dépendante du fonctionnement des pompes. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Visiblement oui. Au fil des décennies, les rendements de maïs se hissent parmi les plus élevés de France.

Le domaine change de mains à plusieurs reprises, mais le fonctionnement permanent des pompes, qui tournent au diesel et à l’électricité, finit par représenter un coût trop élevé, surtout après le choc pétrolier des années 1970. « À un moment donné, les propriétaires fonciers de l’époque n’ont pas pu entretenir le système de pompes et de digues, et l’eau a pénétré dans les champs. Ce qui devait arriver arriva : de temps en temps, un demi-mètre voire un mètre d’eau recouvre le polder », indique Ludovic Charrier, le responsable des relations diplomatiques du Conservatoire du Littoral, cité par Euro News.

Le début des années 1980 marque la fin des ambitions agricoles, après un siècle de production effrénée. Le marais Central, puis le marais Barrage, se remplissent alors d’eau.

En 1989, le Conservatoire du littoral acquiert le domaine avec le soutien financier du WWF France et grâce à un legs. En tout, mille hectares sont ainsi restaurés en zone humide, le plus grand projet de ce type réalisé en France à l’époque. Le site est ensuite classé Réserve naturelle nationale par le décret n° 95-148 du 8 février 1995. En 2004, un syndicat mixte de gestion des milieux naturels prend le relais du précédent syndicat.

L’ambition est d’envergure : lancer un projet de renaturation à même de servir d’expérience pour des démarches similaires en France et en Europe.

Cap vers la biodiversité


Aujourd’hui, la réserve couvre près de 1 000 hectares dont 774 classés en Réserve naturelle nationale. Le site, inscrit en zone Ramsar le 27 octobre 2011 sur 956 hectares, a conservé les outils de l’ancien polder. Pompes, canaux, digues et ouvrages de délestage, outre leur intérêt patrimonial, servent désormais à gérer les niveaux d’eau pour répondre à la fois aux enjeux de crues et d’écologie. En hiver, les vasières sont découvertes afin que les oiseaux s’y nourrissent, et des niveaux plus hauts au printemps favorisent la vie aquatique.

Le site est organisé en casiers. Des canaux de ceinture et des digues le divisent en quatre entités, connectées par des vannes ou des batardeaux. Du nord au sud : le Marais Nord (environ 165 ha), le Marais Central (410 ha), le Marais Barrage (185 ha) et le Marais Burret (173 ha). Cette architecture hydraulique reste essentielle. Le niveau d’eau est régulé par pompage et le Boudigau, seul exutoire vers l’océan à Capbreton, joue un rôle clé.

Situé sur l’axe ouest-européen des migrations, le marais s’impose comme une étape bienvenue pour de nombreuses espèces d’oiseaux, dont certaines passent l’hiver sur place où elles trouvent les conditions nécessaires à leur nourrissage et à leur gîte.

Les observations scientifiques ont permis de référencer plus de 300 espèces, dont plus d’une centaine niche sur le site. Les ornithologues peuvent ainsi observer et admirer l’oie cendrée, le héros pourpré, le bihoreau gris, le balbuzard pêcheur ou encore la spatule blanche, emblème du site.

Les oiseaux ne sont pas les seuls heureux résidents du Marais d’Orx, qui abrite aussi des mammifères, reptiles, amphibiens et insectes remarquables. Le vison d’Europe, espèce prioritaire de la directive Habitats, est l’enjeu de conservation majeur du site, et sa présence a été confirmée par des campagnes de capture. La cistude d’Europe y forme une population importante, avec une reproduction avérée et des zones de ponte et d’hivernation localisées dans la réserve. Le site héberge aussi sept espèces d’amphibiens et huit de reptiles protégés en France, dont la coronelle girondine, spécifique du Bassin aquitain, ainsi que le campagnol amphibie et plusieurs chauves-souris. Il constitue enfin une zone de grossissement probable pour l’anguille, en danger critique d’extinction.

Protéger, gérer, sensibiliser


Une telle biodiversité impose des moyens adaptés. Depuis 1994, il revient au Syndicat Mixte de Gestion des Milieux Naturels (SMGMN) de mener les missions qui lui sont confiées par l’État et de remplir les objectifs définis dans le cadre du réseau Natura 2000.

Trois axes majeurs guident les actions du SMGMN : protéger, gérer et sensibiliser.

La mission de protection suit l’ambition de préserver durablement les habitats humides, les espèces animales et végétales ainsi que le patrimoine naturel du site. Le statut de Réserve naturelle nationale permet d’encadrer ou d’interdire certaines activités humaines susceptibles de perturber les milieux : circulation, pêche, chasse, prélèvements ou dérangement de la faune. Des gardes assermentés assurent la surveillance du territoire, informent les visiteurs et veillent au respect de la réglementation.

Gérer le marais consiste à maintenir l’équilibre entre la conservation écologique, le fonctionnement hydraulique et l’accueil du public. Le SMGMN pilote notamment les niveaux d’eau des différents « casiers » grâce aux canaux, digues et ouvrages hérités de l’ancien polder. Les équipes réalisent également des suivis scientifiques de la faune et de la flore, des travaux de génie écologique, l’entretien des sentiers et observatoires, ainsi que le pâturage extensif des prairies humides.

La sensibilisation vise à faire comprendre au public la valeur écologique du marais et les gestes nécessaires à sa préservation. Tout au long de l’année, la Maison Béziers accueille les visiteurs, tandis que des visites guidées, des animations thématiques et des projets pédagogiques sont proposés aux scolaires, aux familles ou encore aux associations. Les sentiers d’interprétation, les observatoires et les sorties accompagnées permettent de découvrir la biodiversité sans perturber les zones les plus sensibles de la réserve. Cette mission repose sur une idée simple : protéger la nature de demain suppose d’éduquer et d’impliquer les publics d’aujourd’hui.

Ces actions se révèlent d’autant plus utiles que le Marais d’Orx accueille chaque année plus de 60 000 visiteurs

Pratique


Inutile de sortir sa carte bancaire pour partir à la découverte de ce site préservé et un peu magique. Les visites sont gratuites.

L’accueil du public repose sur un dispositif pensé pour concilier découverte, pédagogie et protection d’une réserve naturelle très sensible. La porte d’entrée est la Maison Béziers, à Labenne : elle accueille les visiteurs, propose une exposition permanente sur l’histoire et le patrimoine du site, une boutique « nature », des documents pratiques et la location de jumelles ou de longues-vues. Un garde y renseigne les visiteurs sur les circuits, les espèces visibles et les règles à respecter.

La visite se fait exclusivement à pied, à partir d’un circuit découverte en accès libre et gratuit, aménagé de platelages, de palissades et de plusieurs observatoires qui permettent d’approcher la faune sans la déranger. Le parcours principal, d’environ 6,2 km aller-retour jusqu’au secteur des pompes, est complété par un circuit du Marais Burret ; le site offre aussi un accès adapté aux personnes à mobilité réduite sur une partie du parcours, jusqu’à l’observatoire des Plumes et au secteur des pompes.

Pour découvrir les zones les plus fragiles, l’accueil passe par une médiation encadrée : des animations thématiques et des visites guidées sur réservation, conduites par des gardes naturalistes, ouvrent l’accès à des secteurs fermés au public libre. Les chiens, vélos et activités sportives y sont interdits afin de préserver la quiétude de l’avifaune.

La Réserve naturelle du Marais d’Orx a reçu en 2017 le label Qualité Tourisme, renouvelé en 2022, attribué par l’Etat pour saluer la qualité de l’accueil et des prestations proposées.

Adresse :
Réserve Naturelle Nationale du Marais d’Orx 
1005, Route du Marais 
40530 LABENNE 

Tél : 05 59 45 42 46

Web : https://www.reserve-naturelle-marais-orx.fr/

Horaires d’ouverture de la Maison d’accueil (Maison Béziers) :
Juillet /août : De 9h à 19h
Mai / juin / septembre : 9h – 12h30 / 14h – 18h
Octobre à avril : 9h – 12h / 14h – 17h