Kiwi de l’Adour, une explosion de vert au cœur de l’hiver
Le fruit emblématique du Sud-Ouest s’est discrètement imposé au fil des décennies. Titulaire du Label Rouge et de l’IPG grâce à la forte motivation de ses producteurs, il permet à chacun d’affronter le froid hivernal en mêlant plaisir et vitamines.
Olivier Sorondo
6 novembre 2026 – MAJ 6 novembre 2026
Temps de lecture : 7 mn
Ecouter l’article

Au tout début, une plante d’ornement
C’est vers les forêts du sud-est de la Chine qu’il faut tourner le regard pour déceler la présence originelle de l’actinidia deliciosa. Appréciée pour « ses longues pousses, ses belles fleurs et ses beaux fruits » comme le relatent les poèmes écrits dès le premier millénaire avant J.-C., la plante est surtout utilisée à titre d’ornement. Son fruit, surnommé « groseille de Chine », sert principalement de médicament contre les fièvres.
Au 18e siècle, le père Chéron d’Incarville, jésuite français et botaniste passionné installé à la Cité impériale, tombe sous le charme de la plante et parvient à ramener quelques plants, sans trop se soucier du fruit, uniquement préoccupé par la beauté ornementale. Un siècle plus tard, c’est au tour du botaniste britannique Ernest Henry Wilson de rentrer dans son pays avec quelques spécimens. Malgré ses essais de culture, les kiwis ne dépassent pas la taille d’une noix.
Il faut attendre le début du 20e pour une production agricole ambitieuse grâce à l’entrain des agriculteurs néo-zélandais, menés par Alexander Allison, le premier à planter les quelques graines en sa possession. Le sol et le climat de la Nouvelle-Zélande semblent parfaitement convenir au fruit. Les zones de production se multiplient. En 1920, un pépiniériste réputé d’Auckland, Hayward Wright, crée une variété améliorée, la « Grande Ovale », qui contribue grandement au succès du kiwi à travers le pays puis dans le monde entier.
La vallée de l’Adour comme terre d’accueil
En France, La Revue Horticole publie en 1934 la description que fait le botaniste français Jules Planchon du kiwi, reprise par le Centre culturel du Pays d’Orthe : « Un fruit assez gros ou gros, ovoïde, régulier. Épiderme assez épais, recouvert de poils brus, recourbés. Chair verte à consistance de figue, a un goût de groseille à maquereau, très sucrée, agréable. Pédoncule persistant long de 4 à 5 cm. Maturité tardive, mi à fin septembre. L’arbre est de bonne vigueur, assez rustique, d’une fertilité énorme puisqu’un seul pied peut donner une centaine de kilos de fruits. »
Si les conditions néo-zélandaises permettent une poussée généreuse du fruit, celles de la France le peuvent-elles ? Henri Pedelucq en est persuadé après avoir identifié la vallée de l’Adour. Le territoire offre des sols fertiles et profite d’un climat océanique. Ingénieur agronome à l’INA, il s’installe en 1964 dans le sud des Landes, en Pays d’Orthe, et, sur les conseils de collègues, plante trois variétés différentes : l’actinidia (kiwi), le fruit de la passion et le tamarillo (ou tomate en arbre). Seul le kiwi résiste à l’hiver.
Fort de succès, Henri Pedelucq souhaite généraliser la production, soutenu par quelques agriculteurs. Olivier Dupuy, arboriculteur, se souvient de cette époque dans les colonnes de la revue Far Ouest (12/10/2025) : « Mon père connaissait bien Henri. À l’époque, j’avais une vingtaine d’années, et je me suis lancé avec eux. Nous étions une poignée à croire en ce fruit exotique qui pouvait pousser dans notre région. En 1978, avec des amis, on a fait le tour de France pour voir les quelques plantations de kiwi qui existaient. L’histoire du kiwi a démarré comme ça : on s’est tous mis autour d’une table, les producteurs du coin, et on a créé un syndicat. »
La reconnaissance au bout de l’effort
Comme l’explique Maïté Labeyriotte dans la revue Hortenses publiée en 2000, « le kiwi arrive avec ses promesses au moment où l’agriculture cherche un second souffle, les structures foncières et les productions traditionnelles ne permettant plus d’offrir des perspectives aux enfants des agriculteurs. »
En quelques décennies, la culture s’étend dans un bassin homogène autour du fleuve, à cheval sur les Landes, le Gers et les Pyrénées-Atlantiques, faisant de la vallée de l’Adour le principal bassin kiwicole français. Près de 350 producteurs s’activent aujourd’hui, chacun en charge d’une petite parcelle de quelques hectares pour assurer une meilleure traçabilité. La méthode de culture est avant tout dictée par la qualité finale du produit : taille d’hiver, éclaircissage pour favoriser un bon calibre, fertilisation… Le travail se construit de concert avec les apiculteurs, qui installent leur ruche à proximité des vergers afin de favoriser la pollinisation. La préservation de la ressource en eau les incite à utiliser des outils d’aide à la décision d’irrigation. Les kiwiculteurs ont aussi recours à un arrosage par aspersion d’eau au-dessus des arbres, qui, en gelant, protège la plante en maintenant sa température proche de zéro.
Les jours tièdes et ensoleillés de l’automne aident les fruits à mûrir et à développer leur arôme final. Ce sont les premières gelées qui sifflent le départ de la récolte, toujours effectuée manuellement, preuve de l’attention portée à la pépite verte.
Aujourd’hui, la production du kiwi de l’Adour s’établit à 20 000 tonnes par an et représente 25 % de la production nationale.
L’implication des arboriculteurs et leur revendication d’un savoir-faire local ont été récompensées. En 1992, ils décrochent le Label Rouge que vient compléter, en 2009, le label IGP (Indication Géographique Protégée). De solides arguments pour convaincre les consommateurs de la qualité proposée.
Un fruit devenu emblème
Disponible sur les étals dès la fin de l’automne, le kiwi de l’Adour s’impose comme produit irremplaçable lorsque surviennent les frimas de l’hiver. Véritable concentré de vitalité, il apporte à l’organisme une combinaison précieuse de vitamine C, de fibres, de potassium et de composés antioxydants. Sa teneur en vitamine C dépasse d’ailleurs celle de l’orange et du citron, à tel point qu’un seul fruit suffit à couvrir les besoins journaliers d’un adulte. Le potassium qu’il contient participe aussi à l’équilibre hydrique et au bon fonctionnement musculaire et nerveux. Grâce à l’actinidaine, une enzyme naturelle qui aide à digérer les protéines, il peut être particulièrement intéressant en fin de repas, notamment après un plat à base de viande ou de poisson.
Comme le précise l’Inao, « le kiwi de l’Adour possède une chair bien ferme d’un vert intense et ponctuée de pépins bruns. En bouche, il a une texture fondante et juteuse, et son goût offre un équilibre entre saveur sucrée et légère acidité. » On l’apprécie aussi pour son « petit pep’s » pétillant en bouche.
Il n’est pas rare de voir des athlètes le consommer avant une épreuve ou un entraînement afin de gagner en tonicité. On peut se permettre d’en consommer plusieurs par jour sans risque de grossir puisque son apport calorique ne dépasse pas les 60 calories pour 100 grammes.
Bien sûr, chacun est libre de le déguster comme il le souhaite : coupé en deux pour le gratter avec une petite cuillère, découpé en rondelle pour agrémenter un dessert, tranché en morceaux pour se fondre dans un yaourt… Il s’adapte aussi très bien aux recettes de poissons, garnit comme il faut une tarte, s’invite joyeusement dans une salade de fruits. Bref, c’est l’ingrédient docile et surprenant de toute préparation culinaire.


