Basajaun

Basajaun, le géant des forêts basques

Basajaun, le géant des forêts basques


À l’ombre des grands hêtres d’Iraty, là où les brumes accrochent les crêtes, certains disent que l’on peut encore entendre le pas lourd du Basajaun, le seigneur des forêts.

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Basajaun
Le symbole d’une sagesse ancestrale qui invite au respect de la nature.

Figure emblématique de la mythologie basque


Les quelques images qui le représentent amènent au même constat : un être puissant inspirant la crainte et le respect. Qui est le Basajaun (prononcer « bachadiaoun » ou « bachajaoun »), dont le nom signifie « seigneur sauvage » en basque ?

Figure tutélaire des montagnes et des forêts, il est généralement décrit comme un géant massif, au corps entièrement couvert de poils, avec une allure d’homme sauvage vivant loin des villages.

Son origine pourrait être liée à la rencontre des proto-Basques et des Néandertaliens, en voie d’extinction, il y a 40 000 ans. Le personnage a ensuite évolué, sans jamais disparaître de la tradition orale.

Pour les anthropologues et les ethnologues, le mythe du Basajaun constitue un témoignage précieux de l’ancienne cosmologie basque, antérieure à la christianisation. Il représenterait une survivance de cultes animistes ou de croyances liées à des divinités forestières préchrétiennes, à l’instar des Jentilak (géants constructeurs de dolmens), progressivement transformées et adaptées au fil des siècles.

Pour Claude Labat, professeur, mythologue et écrivain, « la mythologie n’est pas destinée à distraire les enfants. Elle est la mise en parole de la sagesse qu’un groupe humain distille pour penser l’univers, le monde et la société » explique-t-il au site d’information Enbata. « Par exemple, quand les bergers basques évoquent Basajaun, l’Homme Sauvage, ils ne cherchent pas à décrire la Nature sauvage mais à rappeler que les pulsions vitales, la sexualité, la faim et la force physique font partie de notre humanité et qu’il faut savoir les canaliser. »

Le Basajaun rejoint d’ailleurs le cercle d’autres créatures légendaires à forme humaine issues de cultures traditionnelles et montagnardes. Ce sont par exemple le Yéti au Tibet et au Népal, le Sasquatch (ou Bigfoot) aux États-Unis et au Canada et l’Almasty dans la région du Caucase.

Parfaitement adapté à son environnement


Selon les légendes basques, le Basajaun se présente comme un être de grande taille, mesurant généralement entre deux et trois mètres de hauteur. Sa pilosité abondante, à l’exception du visage et de la plante des pieds, lui permet de résister aux rigueurs climatiques des montagnes pyrénéennes.

Sa force est telle qu’il peut déplacer des rochers, abattre des arbres de ses mains, traverser les torrents d’un seul bond. Mais son regard est souvent présenté comme plus mélancolique que véritablement malveillant.

Malgré son apparence imposante, le Basajaun possède une intelligence remarquable et une connaissance approfondie des secrets de la nature. Sa démarche imite celle d’un ours, lente mais assurée, témoignant de son aisance en zone escarpée.

Le Basajaun établit sa demeure dans les cavernes profondes et les grottes isolées des Pyrénées basques, loin des chemins fréquentés par les humains. Ces refuges naturels, souvent situés dans les zones les plus reculées des forêts de hêtres et de chênes, lui servent de sanctuaire pour observer le monde sans être dérangé. Il est souvent dit que l’immense forêt d’Iraty constitue à ses yeux un habitat de choix.

Au coeur de la forêt d’Iraty, l’antre du Basajaun – Crédit photo : Niwasan, Flickr.

Est-ce pour autant un être solitaire ? La légende lui prête une compagne, ou plutôt son pendant féminin, appelée Basandere. Elle est souvent décrite assise à l’entrée des grottes ou près des sources limpides, peignant sa longue chevelure avec un peigne d’or, un attribut qu’elle partage avec les Lamiak (autres créatures mythiques basques). La Basandere semble être la gardienne des trésors souterrains et de l’intimité de la nature. Elle représente la part plus insaisissable du monde sauvage. Sa simple présence signale un lieu de pouvoir naturel. Bien qu’elle puisse se montrer terrifiante pour ceux qui profanent son territoire, elle incarne une forme de beauté sauvage et de souveraineté sur le monde minéral et aquatique.

Le gardien protecteur des troupeaux


Contrairement à de nombreuses créatures fantastiques du folklore européen, le Basajaun n’est pas considéré comme une entité malveillante. Au contraire, les légendes basques le dépeignent comme un protecteur bienveillant des bergers et de leurs troupeaux. Lorsqu’un danger menace — qu’il s’agisse d’un orage imminent, d’une tempête de neige ou de la présence d’un loup rôdant à proximité — le Basajaun alerte les bergers par des cris caractéristiques ou des sifflements puissants qui résonnent dans les vallées.

Cette fonction protectrice s’étend également à la forêt elle-même. Le Basajaun veille à ce que les ressources naturelles soient respectées et utilisées avec parcimonie. Il surveille les coupes de bois excessives et protège les sources d’eau, garantissant ainsi la pérennité de l’écosystème forestier dont dépendent les communautés montagnardes.

Certains contes évoquent son ambivalence : il peut jouer des tours aux bergers en imitant leur irrintzina pour les attirer vers des passages dangereux, tout en restant globalement une figure bienveillante qui veille sur l’équilibre de la nature. Ce double visage – protecteur mais redoutable – rappelle que la montagne peut être nourricière tout en demeurant potentiellement mortelle.

Le Basajaun symbolise la part sauvage du Pays basque, cette alliance de forêts profondes, de reliefs imposants et de climats changeants. Il rappelle qu’ici, pendant des siècles, la vie a été rythmée par les transhumances, la garde des troupeaux et la fréquentation des estives. Dans cette perspective, il est presque un visage donné à la montagne, un esprit tutélaire auquel on attribue les caprices, mais aussi les générosités du milieu naturel.

Il reste néanmoins craint des hommes. Les bergers ne manquent pas de lui laisser des offrandes, composées de pain, de fromage et de lait, peut-être pour éviter qu’il ne vienne piller les cabanes lorsque la faim se fait trop forte.

Détenteur de savoirs ancestraux


Considérer le Basajaun comme une créature primitive des forêts, uniquement guidée par l’instinct, serait faire injure à son histoire.

Au‑delà de sa dimension sauvage, le Basajaun est présenté comme détenteur de connaissances techniques et agricoles qu’il aurait transmises aux humains (ou qu’on lui aurait volées). Dans la légende bien connue de Martín Txiki, un petit héros futé, par exemple, c’est en dérobant au Basajaun le secret de la fabrication de la scie (issu de l’observation des feuilles de châtaigniers) que les Basques auraient appris à mieux travailler le bois.

D’autres versions lui attribuent la maîtrise de l’agriculture, de la métallurgie ou de certaines techniques pastorales, faisant de lui une sorte d’enseignant caché des premiers paysans et artisans. On retrouve ainsi dans cette figure la mémoire symbolique d’un temps où les savoir-faire se transmettaient au contact direct de la nature, en observant les cycles des forêts et des montagnes.

Riche d’une culture ancestrale, le Basajaun symbolise la mémoire collective et la transmission des connaissances essentielles à la survie dans un environnement montagnard difficile. Son caractère ambivalent — sauvage mais bienveillant, puissant mais respectueux — reflète la relation complexe que les communautés basques entretenaient avec leur environnement naturel.

Dans certaines régions montagneuses, le Basajaun est associé à des lieux précis : grottes portant son nom, rochers où il aurait laissé l’empreinte de ses pas, ou sources qu’il aurait fait jaillir de la roche. Ces sites deviennent des marqueurs du paysage mythologique basque, où la géographie réelle se mêle aux récits légendaires.

Les témoignages de rencontres avec le Basajaun, bien que rares dans les récits contemporains, étaient relativement fréquents dans les traditions orales du 19e siècle. Les bergers racontaient l’avoir aperçu au crépuscule, se déplaçant silencieusement entre les arbres, ou avoir entendu ses appels résonner dans les gorges profondes.

Et aujourd’hui ?


Son importance dans la mythologie basque le protège de l’oubli. Il est célébré lors de festivals folkloriques, représenté dans l’art et la littérature contemporains, et continue d’inspirer les conteurs et les artistes. Son image apparaît sur des sculptures publiques et des fresques murales.

Basajaun
Représentation stylisée du Basajaun – Crédit photo: Alamy

Il sert aussi d’argument à la communication touristique, qui l’affiche parfois comme le Yéti basque. Des hébergements, campings ou structures touristiques l’utilisent comme figure d’appel pour raconter les mythes locaux et proposer des animations autour des créatures fantastiques régionales.

Quelques films lui ont même été consacrés, dont le thriller El guardián invisible, réalisé par Fernando Gonzàlez Molina en 2017 et adapté de la trilogie La Vallée du Batzan de Dolores Redondo. Le film présente le Basajaun comme le témoin discret d’une série de meurtres commis dans les forêts.

Le personnage sert aussi de symbole aux revendications écologiques, notamment pour la préservation des forêts pyrénéennes.

Dans les randonnées en forêt d’Iraty ou autour de certaines grottes, guides et panneaux d’interprétation évoquent parfois ce seigneur sauvage pour mieux relier paysages, folklore et imaginaire collectif. Le Basajaun devient ainsi un outil de médiation culturelle et environnementale, qui permet de parler à la fois de légendes, de patrimoine naturel et d’identité basque.

Au-delà de son aspect légendaire, le Basajaun rappelle l’importance de préserver l’équilibre entre l’homme et la nature, un message particulièrement pertinent à notre époque. En tant que gardien des forêts et protecteur de l’environnement, cette créature mythique incarne des valeurs écologiques qui résonnent avec les préoccupations contemporaines. Le géant sauvage reste ainsi bien plus qu’une simple légende : il incarne une vision du monde où la nature n’est pas un simple décor, mais une entité vivante, puissante et digne de respect.

Les trois visages de la maison basque : Labourdine, Bas-Navarraise et Souletine

Les trois visages de la maison basque : Labourdine, Bas-Navarraise et Souletine


Indissociable de la culture basque, l’etxe (maison) s’impose depuis des siècles comme le fondement de la famille et de la vie sociale. Chaque province revendique son style d’architecture.

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maison basque à Cambo-les-Bains
Maison à Cambo-les-Bains, au cœur du Labourd – Crédit photo : Stephen Downes – Flickr

Le pilier de la famille

Quiconque pense au Pays basque visualise presque immédiatement les magnifiques maisons blanches, agrémentées de colombages en bois peints, de couleur rouge ou verte. Ces maisons, souvent imposantes, contribuent à l’identité régionale, sans nul doute au succès touristique, mais illustrent surtout la dimension politique et religieuse qui façonne la société basque depuis toujours.

Plus qu’un simple lieu d’habitation, l’etxe permet avant tout de regrouper la famille sur plusieurs générations et d’en assurer la pérennité. Maison et famille sont indissociablement liées.  Comme l’explique le prêtre anthropologue José-Miguel de Barandiarán (1889-1991), « la famille est la société de ceux qui ont le même sang et sont unis à la même maison. Elle est constituée par les parents, les enfants et les ancêtres. Ils ont la même maison pour refuge, lieu de travail et de réunion, chapelle et tombe. Cette maison, ainsi que les terres et les biens qui lui sont attachés, maintiennent fortement unis, jusqu’à nos jours, à la maison, ceux de la maison. »

Au Nord, les trois provinces basques situées en France.

Selon les lois en Ipparalde (provinces basques françaises), la maison revient à l’aîné, qui en devient le maître. La propriété, intimement liée à la terre, s’impose comme argument social et politique.  A titre d’exemple, seuls les chefs de famille propriétaires d’une maison (et le plus souvent d’une ferme) assistent aux assemblées du village. Pas de maison, pas de statut respectable.

Des fermes aux maisons de ville

C’est essentiellement dans les campagnes basques que la maison revêt sa force symbolique. D’abord construites en bois, les fermes adoptent la pierre à partir du 16e siècle et affichent le style architectural que nous lui connaissons aujourd’hui. « Sous le toit à deux battants apparaissent des balcons, au niveau du grenier, pour faire sécher le maïs. La façade de la maison est tournée vers l’est, tandis que les autres murs sont presque aveugles, pour protéger des vents dominants venus de l’océan. Ces fermes sont également dotées d’une porte charretière, par laquelle passent les hommes mais aussi les animaux. Le rez-de-chaussée est réservé au bétail et à la cuisine, tandis que les chambres sont situées à l’étage » précise l’architecte Michel Berger sur le site Maison à Part.

Le style est progressivement repris par les maisons de ville, qui reçoivent quelques adaptations, comme la pose d’un plus grand nombre de fenêtres. Certaines sont conçues pour accueillir des commerces au rez-de-chaussée. Malgré l’environnement urbain, elles conservent généralement de grandes surfaces d’habitation et se destinent d’abord aux notables, avant de se généraliser parmi la population.

Dans les trois provinces basques du Nord, situées en France, l’architecture diffère légèrement, en fonction de l’environnement et des ressources naturelles disponibles.

Maison labourdine, la star !

Impossible de la dissocier de l’image du Pays basque. Grande, massive, dotée d’une structure en bois, équipée d’un toit singulier, elle fait la fierté de la province du Labourd. Les murs sont majoritairement en pierre, blanchis à la chaux, avec des pans de bois apparents (colombages) peints traditionnellement en rouge ou en vert, couleurs obtenues avec des pigments locaux. Le rouge, très fréquent, provenait à l’origine du sang de bœuf utilisé pour protéger le bois contre les insectes.

Villa Arnaga, style néo-basque labourdin.
La célèbre Villa Arnaga, construite par le poète Edmond Rostand, affiche un style néo-basque propre au Labourd – Crédit photo : Bernard Blanc – Flickr

La façade principale fait l’objet de soins décoratifs : linteaux sculptés (parfois gravés du nom du propriétaire et de la date), balcons en bois, fenêtres croisées, pierres d’angle, inscriptions. La toiture est à deux versants en pente douce, couverte de tuiles creuses rouges. La faible pente limite la prise au vent, particulièrement adaptée au climat océanique du Labourd. Le faîtage est parallèle à la façade principale, avec un débord important à l’est et peu ou pas à l’ouest.

L’aspect souvent dissymétrique de la maison labourdine contribue aussi à son charme. En fait, il s’agit, dans la plupart des cas, d’agrandissements successifs et non du plan initial.

Maison navarraise, sous influence

Il s’agit d’abord de l’influence historique de la province espagnole de Navarre, à laquelle la Basse-Navarre fut rattachée jusqu’en 1530. C’est ensuite et surtout l’influence de la géologie des sols, riches en argile, qui permet la fabrication de briques dès le 18e siècle. Ces briques plates viennent s’ajouter aux pierres.

Architecture basque de Basse-Navarre
Maison typique de Basse-Navarre, dans la commune d’Armendarits – Crédit photo : Harrieta171 – CC BY-SA 3.0

On utilise aussi la chaux pour mettre en valeur la pierre calcaire locale, notamment dans les encadrements de fenêtres et les chaînes d’angle. La façade principale est plate, sans encorbellement ni porche, contrairement à la maison labourdine. Les fenêtres sont petites, à petits carreaux, et symétriquement réparties. Le colombage, quand il existe, se limite à l’étage supérieur ou à certaines parties de la façade, mais il est moins répandu et moins décoratif qu’en Labourd.

Le toit à deux versants est couvert de tuiles rousses, avec un faîtage parallèle à la façade principale.

Enfin, l’intérieur, agencé de façon fonctionnelle, se compose d’une succession de pièces rectangulaires de petite longueur.

Peut-être moins emblématiques que leurs sœurs labourdines, les maisons de Basse-Navarre s’entourent d’un charme certain, donnant cette impression de force tranquille.

Maison souletine, adaptée au climat montagnard

En province de Soule, l’océan Atlantique apparaît un peu lointain. La réalité, ici, c’est la chaîne des Pyrénées et les maisons se sont adaptées au contexte montagnard. Si certaines similitudes architecturales peuvent apparaître entre maisons labourdines et navarraises, le style des maisons souletines se rapproche de celui des maisons béarnaises.

Maison typique de la Soule
Magnifique etxe à Aroue-Ithorots-Olhaïby – Crédit photo : Nikonmania – Flickr

La maison n’est généralement pas un bloc unique massif comme dans les provinces basques voisines, mais adopte souvent des formes en L, en T, ou se compose de plusieurs bâtiments indépendants autour d’une cour. Cette organisation permet une imbrication des fonctions d’habitation et d’exploitation agricole, chaque volume étant adapté aux besoins et au relief local.

La toiture adopte une forme pointue et à forte pente, recouverte de tuiles plates ou d’ardoises, souvent terminée par un coyau (adoucissement de la pente en bas de toit) pour mieux évacuer la neige et l’eau. Les épis de faîtage en zinc sont fréquents et parfois très ouvragés.

La façade principale, à deux niveaux et généralement à trois travées symétriques autour de la porte, reçoit une décoration sobre. Les ouvertures sont de deux types : une porte piétonne pour le logis et une ou plusieurs portes charretières pour les usages agricoles. Au-dessus de la porte principale, une pierre gravée (cartouche) porte souvent le nom du constructeur ou du propriétaire et la date des travaux.

Les menuiseries sont peintes dans des couleurs variées : gris bleu, vert, brun, rouge, avec une prédominance ancienne du vert et du bleu, le rouge étant plus récent.

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Jurade de Saint-Emilion

À la découverte des confréries du Sud-Ouest

À la découverte des confréries du Sud-Ouest


Elles inspirent toujours un sentiment d’admiration, peut-être grâce à la flamboyance des costumes de leurs membres, garants d’un savoir-faire séculaire.

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La Confrérie du Gâteau Basque défile – Crédit photo : Office de Tourisme de Cambo-les-Bains

Un héritage médiéval

Dans le domaine de la gastronomie et du vin, la France compte pas moins d’un millier de confréries, composées de femmes et d’hommes soucieux de veiller au respect du patrimoine culinaire.

Ces passionnés s’appuient sur une longue histoire, qui remonterait à 1170 lorsque naît la confrérie des marchands de l’eau, initiée par des négociants chargés d’acheminer les marchandises à Paris par les voies fluviales. Dès le 12e siècle, les communautés de métiers et les corporations permettent aux paysans, artisans et commerçants de se retrouver et de désigner pour chacune leur saint-patron.

Les confréries ne cessent de se développer du Moyen-Âge à la Révolution française, qui marque leur interdiction, car jugées trop emblématiques de l’Ancien régime.

En 1901, la loi sur les associations apporte un nouveau cadre qui participe à leur renouveau, surtout à partir des années 1950 lorsqu’apparaissent les appellations d’origine contrôlées. Après des années de guerre et de privations, les Français ont envie de bons produits et de bons vins. De fait, les confréries, assises sur leur origine médiévale, s’imposent comme les protectrices et les porte-paroles du savoir-faire régional et de la richesse du terroir. C’est par exemple en 1954 que naît la Confrérie du Jambon de Bayonne au Pays basque.

 « Les confréries représentent le bien-vivre et le vivre ensemble. La communauté du Sud-Ouest de la France se caractérise, outre les célèbres confréries bachiques de Saint-Émilion, de Gaillac ou de l’Armagnac, par les nombreuses confréries dédiées à la gastronomie traditionnelle de renom, et par la diversité des coutumes alimentaires, des plats et des produits, telles que les Confréries de la Truffe et du Foie Gras du Périgord, de la Lamproie de Sainte-Terre, du Gâteau Basque, du Chipiron de Bidart, de la Tomate de Marmande, du Piment d’Espelette… » explique Marie-Lise Marsat, conseillère départementale du Périgord.

Au-delà du simple apparat

Si les confréries peuvent se targuer d’un certain prestige vestimentaire, elles tirent leur crédibilité des membres qui les composent, essentiellement des agriculteurs, des vignerons, des éleveurs, des cuisiniers, des producteurs ou des restaurateurs. Bref, tous les corps de métier directement concernés par les produits dont ils assurent la promotion. Une affaire de spécialistes.

Rejoindre une confrérie suppose d’ailleurs d’accepter ses rituels et d’adhérer à ses valeurs. « L’intronisation se déroule selon un rituel à l’occasion d’un Chapitre, rassemblement fastueux des confréries organisé par la confrérie concernée. Le Grand Maître accueille les postulants à l’intronisation à l’instar d’un baptême, il les invite à s’avancer pour écouter la présentation et l’éloge qu’il leur fait. Ceux-ci doivent ensuite goûter le produit promu par la confrérie et prêter serment d’engagement et de défense de celui-ci devant l’assistance. Les postulants sont enfin adoubés par le Grand-Maître, c’est-à-dire ordonnés du titre de Chevalier selon la tradition moyenâgeuse. Pour être impétrant, il faut soit en faire la demande, soit être sollicité par surprise » écrit Catherine Virassamy, architecte spécialisée en patrimoine culturel, dans la fiche d’inventaire « Les pratiques sociales et culturelles des confréries oenogastronomiques en France ».

Fortes d’une telle tradition, les confréries jouent pleinement leur rôle d’ambassadrices des produits locaux et des spécialités culinaires, loin de l’industrie agroalimentaire. En Nouvelle Aquitaine, plus de 150 d’entre elles animent les fêtes de village, les marchés, les foires, les concours et tout évènement pour défendre leurs convictions et, surtout, mettre en avant les valeurs de l’amitié, de la bonne chère et de la convivialité.

Quelques confréries incontournables du Sud-Ouest

  • La Jurade de Saint-Emilion

Peut-être la plus emblématique des confréries du Sud-Ouest, voire de France. Née en 1199 après que le roi d’Angleterre Jean Sans Terre, fils d’Aliénor d’Aquitaine, signe la « Charte de Falaise », elle symbolise la relative indépendance de la juridiction de Saint-Émilion face à l’occupation anglaise. Le deal est simple : la Jurade veille à la qualité des vins fins de son terroir destinés à l’Angleterre et obtient, en échange, davantage de pouvoirs administratifs, économiques et juridiques.

Jusqu’à la Révolution, la confrérie joue un rôle prépondérant dans l’élaboration, la commercialisation et la réputation des vins de Saint-Émilion. Elle détient ainsi la « marque à feu du vinetier », visible sur chaque barrique, décide du « Ban des Vendanges » et fait détruire les vins indignes de sa juridiction.

Le vin est une histoire sérieuse à Saint-Émilion. En 1884, les viticulteurs créent le syndicat viticole de France à la suite de la crise du Phylloxera, syndicat lui-même à l’origine de la première coopérative du Bordelais en 1931.

Il faut attendre 1948 pour que la Jurade renaisse de ses cendres. Elle rassemble aujourd’hui 140 jurats, qui ont tous adopté la même devise : « A Saint-Émilion, toujours fidèle. »

  • La Confrérie de l’Axoa de veau et du Piment d’Espelette

Née en 1969 au cœur du Pays basque, la Confrérie a bénéficié du soutien de la Confrérie du Jambon de Bayonne, ce qui peut facilement s’expliquer car la poudre du piment d’Espelette sert à protéger la délicieuse viande des insectes nuisibles pendant la phase de séchage.

En plus de veiller à la qualité du piment local, la Confrérie de l’Axoa de veau et du Piment d’Espelette en assure une promotion zélée, notamment grâce à la fameuse Fête du piment, organisée chaque année le dernier week-end d’octobre.

La manifestation attire des milliers de visiteurs, comme le reconnaît l’ancien grand-maître de la Confrérie, Michel Darraïdou : « Cette fête draine depuis quelques années une foule énorme de gens attirés par la fête typiquement basque, mais aussi par la gastronomie qui en est le fil conducteur. »

C’est l’occasion rêvée de rencontrer les producteurs, d’assister au défilé des confréries invitées, de se régaler de petits plats locaux et de remplir son panier de spécialités authentiques.

La Confrérie couvre aussi l’axoa de veau, plat emblématique du Pays basque, qui a droit lui aussi à une fête annuelle gourmande.

  • La Confrérie des Jabotiers

Après le cœur du Pays basque, celui des Landes. C’est dans la ravissante bourgade de Saint-Sever que naît en 1967 la Confrérie des Jabotiers, entièrement dédiée à « tout ce qui porte jabot », c’est-à-dire les poulardes, les canards gras, les poulets jaunes des Landes… Plus globalement, la Confrérie cherche à promouvoir les produits du terroir, qui contribuent à la réputation gastronomique des Landes.

Comme le rapporte le site FECOGA (Fédération des Confréries Gastronomiques), le Grand Chambellan ne manque pas de rappeler le fondement même de son combat à chaque chapitre :

« Jabotiers, nous sommes les défenseurs de tout ce qui porte jabot, les ardents propagandistes du foie gras et du poulet jaune des Landes, gastronomes attachés à la qualité de toutes les autres richesses de notre sol et de notre table. Vivent aussi nos jambons, nos conserves et nos volailles ! Et vivent nos chapons ! Vivent nos cochonnailles et vivent nos ortolans ! Vivent le saumon du Gave, les brochets et les aloses de l´Adour ! Vivent les asperges de nos sables ! Vivent notre miel et les fruits de nos côteaux ! Vivent notre Grand Bas Armagnac, et nos vins de Tursan et nos vins de Chalosse ! Ce que nous proclamons, c´est le talent de nos maîtres queux, de nos rôtisseurs et de nos sauciers. Telle est, nobles seigneurs et gentes dames, la Confrérie des Jabotiers. »

  • La Confrérie de la Fraise du Périgord

La Dordogne, on le sait, ne manque pas de produits ou de spécialités qui l’ont installée parmi les terroirs gourmands du pays : noix, foie gras, truffe, confit de canard, châtaigne, vin de Bergerac, Pécharmant… Mais le Périgord titre aussi sa réputation de sa célèbre fraise, essentiellement cultivée dans le pays de Vergt. Dotée de l’IGP (Indication géographique protégée), sa culture répond à un cahier des charges exigeant, synonyme de qualité du produit final.

Pas moins de onze variétés reçoivent l’appellation « Fraises du Périgord », chacune apportant son petit trait de caractère.

Il n’est donc pas étonnant qu’une confrérie de passionnés assure la promotion de la pépite rouge et verte, cultivée par 200 fraisiculteurs d’avril à octobre grâce à la qualité des sols et la bonne volonté du climat.

La célèbre fête de la fraise du Périgord, organisée chaque année à Vergt, permet à la confrérie de rendre hommage aux producteurs, d’introniser les nouveaux membres et d’inviter le public à se régaler.

  • La Confrérie de la Tourtière du Lot-et-Garonne

Si certaines confréries veillent d’un œil de sioux à la réputation de produits célèbres (jambon de Bayonne, asperge blanche des sables des Landes, agneau de Pauillac, pruneau d’Agen…), d’autres mènent le combat pour mieux faire connaître une spécialité ou un savoir-faire. C’est le cas de la Confrérie de la Tourtière du Lot-et-Garonne, persuadée que ce dessert irremplaçable du territoire de Penne-d’Agenais justifie d’attirer tous les gourmands.

 « La tourtière est réalisée de façon artisanale et il faut un vrai coup de main pour étaler la pâte aussi finement que du papier à cigarette » écrit La dépêche du Midi. Du talent, il en faut aussi pour asperger la pâte de graisse d’oie, la garnir de pommes, l’arroser généreusement d’armagnac et veiller à sa bonne cuisson pour lui donner un goût unique.

C’est quand même vrai que la tourtière mérite d’être défendue – Crédit photo : Les tourtières de Nathalie

Bien sûr, impossible de ne pas organiser une fête (le 2e dimanche de juillet) pour rendre hommage à une telle œuvre d’art gastronomique. C’est l’occasion de rencontrer la vingtaine de fabricantes, qui participent au concours de la meilleure tourtière de l’année, et de régaler d’un gâteau finement feuilleté, qu’il soit salé ou sucré.

C’est l’occasion rêvée pour la confrérie, fondée en 1971, d’inviter le public à la fête et de rappeler sa raison d’être : « Rassembler sous sa bannière en plaisante et noble accointance, toutes gens de qualité qui, de par leurs liens avec notre patrimoine culturel et les traditions locales, connaissent et honorent les hautes vertus de la tourtière, œuvrent ensemble et avec amour pour défendre et faire aimer comme il le mérite ce patrimoine gastronomique du pays, répandent en deçà et au-delà des mers son renom ancestral, encouragent celles et ceux qui, par leur goût et leur travail, perpétuent ce remarquable dessert. »

Tout est dit.

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Marathon du Médoc : boire ou courir, pourquoi choisir ?

Richesses du Sud-Ouest Traditions Gironde

Marathon du Médoc : boire ou courir, pourquoi choisir ?


Lancé en 1985 par une bande de copains médecins, le Marathon des châteaux du Médoc, organisé chaque année en septembre, donne la part belle à l’ambiance festive et à la dégustation des crus de la région.

Crédit photo : Marathon des Châteaux du Médoc

Une course à contre-courant

On le sait, le marathon et ses 42,195 km règlementaires imposent un physique affûté, un entraînement régulier et une hygiène de vie irréprochable. Le visage des athlètes marqué par l’effort contribue à la légende de cette course particulière.

New York, Paris, Berlin, Tokyo… Autant de villes réputées qui accueillent chaque année des milliers de coureurs venus du monde entier, sous le regard des médias internationaux.

Pourtant, dans le Sud-Ouest de la France, et à Pessac plus précisément, un évènement suscite une curiosité croissante et un engouement jamais démenti.

Lancé en 1985 par six amis et la Commanderie du Bontemps (confrérie viticole), le Marathon des Châteaux du Médoc a immédiatement joué la carte de la singularité. L’un des fondateurs raconte :

« À cette époque, les courses en France sont destinées à la performance pour la plupart et l’ambiance s’en ressent ; les « ringards » dont nous faisons partie ont parfois l’impression de déranger. Pourquoi ne pas créer un évènement festif et sportif se basant sur nos richesses naturelles, la région, ses châteaux et ses vins, notre amour du bien-vivre, notre expérience de marathoniens qui nous permet d’aller au-devant de l’attente de nos coureurs et enfin notre passion commune ? »

Le pari peut sembler de prime abord un peu décalé. Entourer une épreuve de marathon d’une ambiance folle et de la dégustation de crus du Médoc ne correspond pas au modèle du genre. Et pourtant, le succès accompagne la première édition, en réunissant plus de 500 coureurs quand le Marathon de Bordeaux n’en attire pas plus de 200.

C’est le début d’une grande aventure sportivo-festive, bâtie sur quatre piliers : spectacle, santé, vin et sport.

Privilégier le « fun effort »

Les vignobles et châteaux du Médoc constituent le cadre et le cœur du marathon. Il faut avouer que les appellations Pauillac, Saint-Julien, Saint-Estèphe, Médoc et Haut-Médoc suscitent presque instinctivement l’envie de dégustation, même chez les athlètes.

De fait, une vingtaine d’étapes jalonne le parcours. Organisées par les propriétaires des domaines, elles permettent de se désaltérer en profitant d’un petit verre de vin goûtu. Certains marathoniens s’accordent le temps de la dégustation, d’autres privilégient un cul sec afin d’atteindre le prochain stand dans les meilleurs temps.

Le maître mot est celui du plaisir. « La vaste majorité des coureurs, dont le nombre est limité volontairement à 8 500 et qui viennent de 75 pays, ne se sont pas inscrits dans l’espoir de vaincre, mais de faire la fête » écrit fort justement Michel Arseneault dans L’Actualité (5 février 2020).

Ici, l’obsession du chrono est tout à fait relative. L’évènement est d’ailleurs qualifié de « marathon le plus long du monde » au regard du temps que s’accordent les sportifs lors des pauses aux points relais.

superman devant un stand de dégustation
Même Superman succombe au plaisir de la dégustation – Crédit photo : © Marathon du Médoc

Les 22 stands de dégustation de grands crus ne sont pas les seuls à enchanter les papilles. Dès le 28e kilomètre, des huîtres sont proposées aux athlètes, prélude à un repas roboratif. Car, oui, c’est bien le fumet d’entrecôtes grillées sur sarments de vigne qui chatouille les narines au 39e kilomètre (proche de l’arrivée). Les insatiables marquent deux nouveaux arrêts, d’abord pour déguster le fromage, ensuite pour s’enfiler une glace.

Il arrive parfois que certains marathoniens franchissent la ligne d’arrivée en titubant, peut-être à cause d’arrêts prolongés aux stands ou de douleurs musculaires. Malgré la bienveillance qui entoure la compétition, les organisateurs imposent un temps de course maximal de 6 heures 30, au risque de finir dans la voiture-balai. On devine qu’elle rentre rarement vide.

C’est la fête !

Proposer des grands crus et de savoureux plats, c’est bien. Mais le Marathon du Médoc revendique avant tout son esprit festif. C’est la raison pour laquelle les coureurs sont encouragés à se déguiser avant de prendre le départ. Honte à tous ceux qui conserveraient short et débardeur !

Les déguisements suivent le thème annuel du marathon. Ainsi, en 2019, les participants ont pu enfiler des costumes de super-héros. L’année précédente, c’est le thème de la fête foraine qui s’est imposé. Cette année, le public aura peut-être le sentiment d’être au Festival de Cannes puisque la thématique retenue est celle du cinéma. Ce sera sûrement l’occasion de voir James Bond courir aux côtés de Dark Vador et d’un T-rex échappé de Jurassic Park.

L’ambiance de fête se veut omniprésente. Dès la veille de la course, la soirée Mille-Pâtes accueille 1500 convives dans l’un des châteaux partenaires. Apéritif dans les jardins, dîner, dégustation des crus du domaine, bal… Les marathoniens invités ont peut-être intérêt à ne pas trop tarder.

En plus des pauses dégustation, la course s’organise autour d’une cinquantaine d’animations tout au long du tracé : orchestres, bandas, danses improvisées, ateliers, spectacles divers.

C’est aussi l’un des secrets de la réussite du marathon. Le public, toujours très nombreux, est partie prenante des festivités. Il contribue directement à la convivialité et à la bonne humeur.

« Pour Conor Clune, un Irlandais qui en est à son sixième marathon, celui du Médoc est le plus chaleureux de tous. Plus encore, admet-il à contrecœur, que celui de Dublin. « Durant tout le parcours, les gens voient nos prénoms sur nos dossards et crient : “Allez, Conor !”, “Courage, Conor !” Ça change tout. Ailleurs, le public nous encourage. Ici, il nous aime. » (L’Actualité, 5 février 2020).

La fête se poursuit en soirée et en musique, bien après la fin de la course. Le lendemain, la balade de récupération permet à 4000 personnes de partir à la découverte des vignobles, avec des arrêts dans quelques châteaux, qui ressortent les bouteilles pour l’occasion.

La santé comme fil conducteur

Toutes ces joyeuses initiatives n’occultent en rien le souci de santé qui se doit d’entourer un marathon. La course est longue, la chaleur parfois étouffante, l’effort permanent malgré les pauses.

Ainsi, le congrès médical et le colloque médico-sportif, organisés la veille du marathon, suivent l’objectif d’apporter au public et athlètes des informations précises sur la pratique d’un sport d’endurance et les pathologies qui peuvent en résulter.

La course elle-même permet d’observer au plus près l’état physique et de santé des coureurs. Sont ainsi menées des milliers d’études cardiologiques, électrocardiographiques, tensionnelles, mais aussi podologiques, digestives ou épidémiologiques.

Tout au long de l’épreuve, 300 personnes assurent l’assistance médicale et une dizaine de postes de soins jalonnent le tracé. La ligne d’arrivée franchie, les participants peuvent trouver réconfort et assistance dans cinq tentes mises à leur disposition.

Les verres de vin servis pendant le marathon ne sont bien sûr jamais remplis à ras bord. Il s’agit plutôt d’un fond, surtout destiné à faire découvrir et apprécier le cru d’un domaine. De même, les entrecôtes grillées sont servies découpées en petits morceaux et ne sont proposées qu’en fin de parcours. La distribution de bouteilles d’eau se veut permanente.

Les marathoniens sont des sportifs accomplis et connaissent leurs possibilités et limites. Si le contexte festif du Marathon du Médoc les incite à moins se soucier du classement et du chrono, ils savent que la distance de 42,195 km reste une redoutable épreuve. Cette vision est bien sûr partagée par les organisateurs.

En conclusion, le Marathon des Châteaux du Médoc aura superbement réussi son pari. Grâce à la mobilisation de 3000 bénévoles, il est aujourd’hui considéré comme un évènement incontournable pour les coureurs et le public. Sa réputation a dépassé depuis longtemps les frontières, puisque des milliers de marathoniens venus du monde entier y participent.

Surtout, il a réussi à raboter la notion de compétition au profit de la convivialité et du plaisir commun de partager un moment précieux. Largement de quoi lever son verre.


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La Félibrée, pour que vive la culture occitane

La Félibrée, pour que vive la culture occitane


Depuis plus d’un siècle, la Félibrée ouvre une parenthèse enchantée tout entière dédiée à la langue d’oc, au folklore, à l’histoire et aux traditions. C’est surtout l’occasion de réaffirmer la spécificité de l’identité périgourdine.

Crédit photo : Père Igor – CC BY-SA 4.0

Une fête populaire, mais authentique

En septembre 1903, le village de Mareuil accueille la première édition de la Félibrée, ou Felibrejada. L’initiative revient à l’association Lo Bornat dau Perigòrd, fondée deux ans auparavant. Lo Bornat s’inspire du Félibrige, un courant de pensée initié par Frédéric Mistral en 1854, dont la vocation est de contribuer à la considération et à la sauvegarde de la langue et de la culture d’oc.

La Félibrée ouvre ses portes dans un village différent chaque mois de juillet, sur une période de trois jours, dont le point d’orgue est le dimanche. Son organisation, qui reste chapeautée par Lo Bornat, dépend d’un comité local issu de la commune accueillante. Si la fête se déplace de villes en villages, son message et ses valeurs restent immuables. Les majoraux, garants de la philosophie félibréenne, y veillent. L’un d’eux, Jean Monestier, écrivait ainsi en 1984 : « La Félibrée, fête de la langue d’oc et des félibres, fête de la terre et de la tradition périgorde ; ou mieux encore, fête de l’espérance et de la convivialité de tout un peuple qui se réunit pour s’offrir à la fois une journée d’idéal, mais aussi un forum de rencontres qui fait de la Félibrée le grand rassemblement populaire voulu pour témoigner et comprendre. Témoigner d’une identité, d’une volonté de rester différents, comprendre une nouvelle esthétique qui puise ses raisons de vivre et d’espérer au plus profond de la terre natale. »

L’évènement est donc l’occasion de se retrouver et de partager, sous des élans festifs, un même sentiment de cohésion et de respect des valeurs occitanes, appelées à perdurer car profondément ancrées dans l’histoire du Périgord.

Le programme de la Félibrée gravé dans le marbre

Dès le printemps, l’effervescence gagne la cité organisatrice. Il convient en effet de préparer la fête et toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. La fabrication des guirlandes de fleurs en papier, appelées à être suspendues, impose un lourd travail, tout comme les nombreux aménagements des lieux ou la décoration des rues. Mais c’est aussi et surtout l’occasion de se retrouver et d’improviser des moments conviviaux, comme la dégustation du tourin, la soupe traditionnelle.

La période printanière permet également de choisir la reine de la Félibrée parmi les jeunes femmes de la commune. Cette dernière doit pouvoir s’exprimer en occitan, répondre à un questionnaire sur la culture locale et convaincre un jury.

Enfin, l’affiche de l’évènement est dévoilée.

La préparation de la Félibrée est peut-être facilitée par le fait que son programme ne varie pas à chaque édition. Le maire remet les clés de la ville aux félibres, qui deviennent symboliquement les gouvernants de la cité le temps des festivités.

la félibrée en 2012
La Félibrée à Piégut-Pluviers en 2012 – Crédit photo : © Traumrune

Les temps forts se composent d’une messe en occitan et de la fameuse taulada, un énorme banquet réunissant plus de 700 convives, invités à se régaler de plats locaux, dont la fameuse soupe de haricots et de couenne. Le repas est servi dans des assiettes dites à chabrot, spécialement décorées pour l’occasion.

La Félibrée se nourrit de nombreuses autres manifestations, comme la cour d’amour, un spectacle folklorique, le défilé des groupes traditionnels, la démonstration des vieux métiers et, bien sûr, les spectacles de chants et de danses du terroir organisés sur la scène ou parmi la foule.

Tout sauf de la nostalgie

Si la Félibrée puise son énergie dans la réminiscence d’un monde un peu lointain, que vient ressusciter le folklore, elle ne cherche pas à se complaire dans des élans nostalgiques. Ce serait faire injure au Félibrige et à ses nombreux adeptes.

L’évènement consiste surtout à revendiquer haut et fort la culture occitane, sa langue et son ancrage dans la société d’aujourd’hui.

« La Félibrée est en effet, d’abord, une tentative pour reconstituer le Périgord en tant que communauté idéale et fondamentale. Le jour de la Félibrée, c’est la culture « régionale » qui est érigée en culture officielle (…) La culture occitane, et ses représentants patentés, les félibres, prennent le pouvoir le temps d’une fête » écrit ainsi Christian Coulon, professeur émérite à Sciences Po Bordeaux, dans la Revue Française de Science Politique (1988).

« La Félibrée se veut « un retour à une patrie historique et mythique et à une façon de vivre, celle des ancêtres ». Ce « retour » implique que les oppositions et les clivages sociaux et politiques soient oubliés. Le temps de la Félibrée est celui de l’union retrouvée. »

De fait, la manifestation attire de très nombreux Périgourdins, fiers de leur origine, heureux de la survivance de la langue d’oc, qui leur appartient.

La Félibrée 2022 se tiendra à Eymet

Cette ferveur régionaliste n’éloigne pas pour autant les touristes et visiteurs, qui contribuent aussi au succès de la manifestation. Ces derniers peuvent même s’imprégner d’une atmosphère authentique et sincère, gage de la singularité de la Félibrée et de sa pérennité.

Le majoral Monestier décrivait bien cet état d’esprit en 1984 : « Nous avons besoin d’aller droit et loin pour rester ce que nous voulons demeurer, des Périgourdins fidèles aux anciens et regardant le futur que nous voulons meilleur, plus fraternel, plus humain. C’est chaque jour dans la vie qu’il faudrait conserver cet esprit de la Félibrée ; c’est chaque jour dans la vie publique et privée, en parole comme au fond du cœur, qu’il faudrait faire retentir notre langue occitane. Le vœu du Bornat, c’est que vous trouviez dans cette journée d’idéal, un nouvel espoir pour notre siècle. »


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Les fêtes de la Madeleine, joyeuse identité de Mont-de-Marsan

Les fêtes de la Madeleine, joyeuse identité de Mont-de-Marsan


Souffrant peut-être d’une moindre notoriété que les fêtes de Bayonne ou la feria de Dax, les fêtes de la Madeleine restent néanmoins incontournables dans le Sud-Ouest.

Crédit photo : Mont de Marsan ma ville

Des fêtes initiées par Henri IV

En 1594, décision est prise par le bon roi de fêter Marie-Madeleine, sainte patronne de la ville de Mont-de-Marsan. L’évènement se veut avant tout religieux. La ville, bâtie au 12e siècle, se situe en effet sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui débute à la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay (Yonne). Mont-de-Marsan apparaît donc comme une étape importante pour les pèlerins.

Certes, il n’est pas encore question de fête débridée. La manifestation correspond surtout au culte rendu à Sainte-Marie-Madeleine, dont la statue est portée en procession à travers les rues de la ville. Néanmoins, une certaine réjouissance s’empare de la population et la tradition festive finit par s’inscrire dans les mœurs des Montois.

Il faut attendre le 17e siècle pour que la tauromachie vienne agrémenter les fêtes de la Madeleine. Il est procédé à des lâchers de taureaux et de vaches sauvages dans les rues de la cité. Si la course des ruminants suscite l’enthousiasme du public, elle provoque aussi de nombreux accidents. De fait, les courses finissent par être interdites et donnent même lieu à une ordonnance royale émise par Louis XV : « Les villes de Mont-de-Marsan, Dax, Tartas et Saint-Sever auraient à construire chacune un cirque entouré de barrières élevées et solides, environné de gradins pour les spectateurs ».

Les premières arènes voient donc le jour, quelque peu improvisées sur la place Saint-Roch, à l’aide de barrières basiques et de charrettes. Constatant le manque de sécurité et l’affluence, les autorités locales ordonnent la construction d’un amphithéâtre en bois au 18e siècle.

Les fêtes de la Madeleine prennent tournure

C’est en 1852 que les nouvelles arènes, financées grâce à une souscription, voient le jour. De forme carrée, adaptées à un public nombreux, elles sont montées chaque année le temps des fêtes. Les spectacles taurins contribuent à la réputation de Mont-de-Marsan et des festivités de la Madeleine.

Hélas, tout s’arrête le 19 juillet 1878 lorsqu’un incendie (volontaire ?) ravage les arènes, provoquant la consternation de la population.

Même si la corrida commence à susciter quelques mouvements de désapprobation, notamment chez les hommes politiques, la municipalité de Mont-de-Marsan opte pour la construction d’arènes pérennes. Le projet, confié à l’architecte Jules Dupouy, donne naissance aux arènes du Plumaçon, érigées en 1889 et toujours en place aujourd’hui.

La nouvelle structure rend indissociables les fêtes de la Madeleine et l’esprit de la tauromachie. Le culte religieux n’est pas oublié pour autant puisque l’ouverture des festivités dépend toujours de la procession, organisée depuis l’église de la Madeleine jusqu’aux arènes.

Les fêtes finissent par devenir incontournables dans les Landes et même au-delà. En 1913, elles permettent de célébrer avec éclat l’arrivée de l’électricité à Mont-de-Marsan. Vingt ans plus tard, les arènes du Plumaçon sont rénovées et agrandies.

corrida aux arènes du plumaçon
Olé ! – Crédit photo : Régie municipale des Fêtes et Animations de Mont-de-Marsan

Mais limiter les fêtes de la Madeleine à la seule tauromachie ne donnerait pas une image exacte de l’évènement. Au fil des décennies, un vrai programme festif s’est mis en place, permettant à tous les publics de profiter de la folle ambiance qui règne pendant cinq jours.

Depuis 2012, les fêtes s’ouvrent le premier mercredi qui suit le 14 juillet. Le maire remet les clés de la ville aux représentants de la jeunesse montoise et déclare le lancement officiel des festivités !

Cinq jours au rythme des bandas

Les rues de Mont-de-Marsan se transforment en décor de fêtes, prêtes à accueillir plus de 600 000 festayres jusqu’au dimanche soir.

Contrairement à Dax et à Bayonne, la tenue des participants doit privilégier le blanc et le bleu, et non le rouge.

Les fêtes de la Madeleine proposent une multitude de temps forts : animations, bals, spectacles, défilés, évènements sportifs, fête foraine permanente, expositions, concours, concerts, activités pour les enfants… Ces derniers profitent d’ailleurs d’une journée qui leur entièrement consacrée, la Heste dous Pitchouns, avec moult activités ludiques.

Depuis 2007, l’encierro permet aux festayres de défier les vachettes lâchées entre le boulevard de la République et les arènes.

Pour sa part, la cavalcade signe certainement l’identité des fêtes montoises. Elle consiste en un défilé coloré et joyeux de chars conçus par les bénévoles de l’Amicale des fêtes de quartiers. Le défilé s’agrémente de la présence de musiciens et de danseurs, dont certains montés sur des échasses, tradition oblige.

L’intendance est assurée par les bodegas, placées sous le contrôle des associations (surtout les clubs de sport). Elles servent à boire ou proposent de se restaurer, souvent à prix modique et dans une ambiance chaleureuse, pour peu qu’une banda passe à proximité.

S’agissant de tauromachie, les fêtes de la Madeleine proposent un cycle classique de cinq corridas, une novillada piquée, une non-piquée et une corrida portugaise.

Un retour en force après la pandémie

Les festivités reprennent de plus belle cette année, après deux années perturbées par la crise sanitaire. Réunie le 9 avril dernier, la Régie municipale des Fêtes et Animations de Mont-de-Marsan a annoncé le programme de la prochaine édition, qui se tiendra du 20 au 24 juillet.

« ll y aura des Fêtes de la Madeleine, sécurisées bien sûr, mais elles reviendront dans le format d’avant Covid. Il y aura quelques nouveautés, mais on va surtout retrouver nos fondamentaux : les bandas, les chars, les bodegas, les feux d’artifice, et bien sûr, la tauromachie » a ainsi indiqué le maire, Charles Dayot, au micro de France Bleu.

L’annonce a également permis de préciser l’intégralité des cartels de la feria taurine, avec la présence des stars Antonio Ferrera, Diego Urdiales et Emilio de Justo.

Enfin, l’affiche des fêtes 2022 a pu être dévoilée au public. Conçue par le Dacquois Jérôme Pradet, déjà auteur des affiches pour les arènes de Madrid en 2018, Toros y Salsa en 2019 ou encore les 30 ans d’Arte flamenco en 2018.

« Une affiche qui montre la tauromachie, fait référence à ce qui est emblématique de notre place, l’architecture du Plumaçon, et de notre ville, avec la sculpture. Et le côté festif et poétique de la feria avec le feu d’artifice.  Une affiche dans l’esprit de Jérôme Pradet, à la façon des vieux films de la Metro-Goldwyn-Mayer. De l’élégance, de la mode, le corps, la lumière » commente, un brin admiratif, le maire de la ville, cité par Sud-Ouest (09/04/22).


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Mais puisqu’on vous dit que le béret n’est pas basque !

Mais puisqu’on vous dit que le béret n’est pas basque !


Une certaine confusion semble s’être installée depuis le 19e siècle, au détriment des Béarnais, qui peuvent pourtant revendiquer la paternité du célèbre couvre-chef.

Fête de la Saint-Jean à Eaux-Bonnes – Les danseurs, musiciens et spectateurs portent fièrement le béret.

C’est en vallée d’Ossau que tout commença…

Les Pyrénées occidentales restent fortement exposées aux perturbations atlantiques, qui s’accompagnent de précipitations importantes, notamment en hiver et au printemps. L’été, si les températures apparaissent agréables, le soleil peut taper fort et longtemps.

Ce climat montagnard, les bergers de la vallée d’Ossau le subissent depuis des siècles. « Les bergers partaient en estive avec leurs moutons, qui fournissaient la laine nécessaire à la fabrication de ce couvre-chef. Il ne fallait pas attraper froid. Et leurs guêtres ne protégeaient pas la tête » précise Évelyne Bétachet, chapelière à Bayonne, au journal Sud-Ouest (17/08/2017).

Dès le Moyen-Âge, les bergers ressentent donc le besoin de mieux se protéger des intempéries, d’autant plus qu’ils passent leur journée dehors. La laine des moutons fournit la précieuse matière première de ce qui allait devenir le béret.

D’ailleurs, le mot « béret » serait tiré du nom béarnais « berret », lui-même issu du latin « birretum ». Preuve de son ancienneté en Béarn ? Les sculptures sur la façade de l’église Notre-Dame de Bellocq, construite au 13e siècle, montrent bien de petits personnages (des pèlerins ?) coiffés du couvre-chef feutré.

Certes, certains pourraient considérer que le béret trouve plutôt son origine du côté de la Tunisie, où la chéchia existe depuis fort longtemps. Le couvre-chef, qui épouse la même méthode de fabrication que le béret, aurait été introduit en Espagne lors de l’occupation arabe.

Le berger béarnais, son béret et son troupeau.

Les Béarnais ne remercient pas l’empereur

Si le béret recouvre la tête des bergers d’Ossau depuis la nuit des temps (ou presque), pourquoi diable parle-t-on de béret basque ?

Aucune source historique sérieuse ne peut répondre à ce questionnement légitime. On sait que le béret était vendu par les colporteurs, qui l’ont sûrement introduit au Pays basque au fil des marchés de villages.

Selon la légende, l’empereur Napoléon III, présent à Biarritz pour superviser le chantier du futur palais, aurait remarqué l’étrange galette vissée sur la tête des ouvriers. Après avoir reçu quelques explications, ce dernier aurait parlé de « béret basque », une expression relayée par les journalistes présents sur place.

La publicité du béret basque est amplifiée par les marins qui traversent l’Atlantique à de multiples reprises tout au long du 19e siècle. Le couvre-chef se diffuse ainsi en Uruguay, en Argentine, au Chili, au Pérou et en Argentine, considéré à chaque fois comme un accessoire basque.

L’Histoire eut été sans doute différente si Napoléon III avait décidé d’édifier son palais à Pau. Le terme de « béret béarnais » se serait installé dans le langage courant.

Une production artisanale, mais de qualité

À l’origine, les bergers d’Ossau fabriquaient eux-mêmes le béret, en tricotant la laine de leurs moutons puis en le moulant autour du genou avant de le plonger dans l’eau et de procéder à un foulonnage à la pierre pour former le feutre.

Dès le 17e, les premières manufactures permettent une production et une diffusion plus larges.

D’abord écru ou brunâtre, le béret adopte différentes couleurs selon les territoires pyrénéens. La couleur noire n’apparaît qu’au 20e siècle.

Dans les années 1960, le béret tombe un peu en désuétude. De fait, la production ralentit, les manufactures ferment et seules quelques-unes poursuivent leur activité, parfois au prix de grandes difficultés.

Ainsi, la maison Laulhère, fondée en 1840 à Oloron-Sainte-Marie, cherche à se diversifier en orientant une partie de sa production vers les foulards et les chapeaux pour femmes. Après avoir déposé le bilan en 2012, l’entreprise est reprise en 2017 par Rosabelle Forzy et le groupe Cargo, avec l’ambition de maintenir un vrai niveau de qualité, loin des produits chinois.

Le béret Elton de la marque Laulhère – Crédit photo: Maison Laulhère

La clé de la réussite ? Respecter la tradition en y ajoutant une touche de modernité.

« Il ne faut rien s’interdire, mais ne jamais sortir des codes, garder la forme et l’image. Il n’y a pas de limite à l’imagination, mais un béret reste un béret » explique l’entrepreneuse à Gilles Trichard, du site Dirigeants.fr (30 juillet 2020). Pari gagné, puisque le chiffre d’affaires a presque doublé, pour frôler les 4 M€.

D’autres acteurs, certes de taille plus modeste, interviennent également sur le marché, à l’instar de La Manufacture des Bérets, à Orthez, rachetée par Sara Goupy après avoir été formée par l’ancien propriétaire. Sara travaille seule, assurant toutes les étapes de la fabrication et même la vente du célèbre couvre-chef.

Le béret est-il devenu folklorique ?

La question mérite d’être posée. S’il continue d’équiper de nombreux corps d’armée à travers la planète, force est de constater qu’on l’aperçoit rarement vissé sur la tête des passants.

Pourtant, le soin apporté à sa conception en fait un accessoire pratique. Naturellement imperméable, antiseptique et thermorégulateur, il se porte toute l’année et se glisse facilement dans la poche ou dans un sac dès qu’on le retire.

S’il reste accolé à l’image un peu ringarde du Français moyen, le béret a pu profiter de l’intérêt que lui ont montré les stylistes et les créateurs de mode, le considérant comme un accessoire chic. Coco Chanel fut la première à l’utiliser pour ses défilés, ciblant le public féminin.

Aujourd’hui, les fabricants rivalisent d’imagination pour lui apporter de nouvelles couleurs ou de nouvelles formes, de style « casquette gavroche ». Des initiatives propres à séduire un nouveau public.

Connue dans le monde entier, entrée dans l’Histoire grâce à des personnages emblématiques comme Che Guevara (oui, il portait un béret Laulhère !), la galette de laine feutrée surmontée de sa petite queue continue de nourrir la fierté des Béarnais. Même si leurs poings se serrent toujours un peu lorsqu’ils entendent parler de béret basque.


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Bandas : l’âme et le tempo des ferias

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Bandas : l’âme et le tempo des ferias


Sans elles, les matches de rugby, les courses landaises, les corridas et les ferias qui ponctuent la vie du Sud-Ouest n’auraient certainement pas la même saveur. Oh non.

Crédit photo : Festival de bandas à Condom

Une origine hispanique bien adaptée à la tradition festive locale

S’il existe un site qui référence tous les frontons disponibles en France et même à l’étranger, il serait pertinent d’effectuer le même exercice en faveur des bandas. Combien sont-elles au juste ? De quels départements sont-elles majoritairement issues ? Quelle est leur origine ?

Évidemment, il convient avant tout de donner une définition précise de la banda. Voici celle proposée par Wikipédia : « Une banda est une fanfare ambulatoire, qui, dans le sud-ouest de la France, a pour rôle d’animer les défilés de rues lors des ferias. » L’encyclopédie en ligne poursuit : « La banda de música est un orchestre, dont le rôle est d’accompagner, dans les arènes, les différentes parties d’une corrida dans toutes les régions taurines où se pratique cette forme de course de taureaux. »

Deux définitions distinctes pour la banda ? Pas si sûr. Dans le Sud-Ouest, une même banda peut aussi bien parcourir les rues de Dax pendant la feria qu’encourager l’équipe du BO, (presque) sagement assise dans les arènes. Wikipédia fait peut-être référence, dans son deuxième exemple, aux bandas qui sévissent en Espagne, ce que semble d’ailleurs confirmer Marie Pendanx, la spécialiste incontestable du sujet.

« Il y a bien sûr eu une inspiration hispanique, mais pas de copié-collé. En Espagne, la banda désigne un orchestre ou une harmonie, alors qu’en France, c’est une formation mobile. La banda telle qu’on la connaît ici est née d’abord d’un terreau initial local, lié à une tradition festive, taurine et musicale, avec des cliques et des harmonies qui existaient déjà » explique-t-elle au journal Sud-Ouest (15/08/2013).

La banda : un ancrage essentiellement landais

Les ancêtres des bandas ont fait leur apparition après la guerre, chargés d’assurer l’animation musicale des foires agricoles, ou ferias.

La première banda officielle daterait de 1961. Créée à Dax, elle se choisit évidemment un nom à consonance espagnole, Los Calientes, en clin d’œil aux sources d’eau chaude de la ville thermale. Sa réputation grandissante contribue à lancer de nombreuses autres formations à travers le département des Landes.

Car la banda, il faut bien le dire, reste avant tout un phénomène landais.

D’abord, le département peut se targuer d’être une terre festive, à travers les multiples fêtes patronales organisées dans les villages sitôt les beaux jours landais. Et qui dit fête dit musique.

Ensuite, « dans les villages gascons, [la banda] est un lien social, un pont entre les générations, mais aussi de solides amitiés ancrées dans le partage pour une même passion : la musique. Intégrer une banda, c’est entrer dans une deuxième famille tant son identité est forte » précise Isabelle Denis sur le site Observatoire33.

Enfin, la banda consolide la culture landaise, au même titre que le folklore et la langue confortent la culture basque dans le département voisin, lui aussi réputé pour son esprit festif.

Quelques petites règles à respecter

La mission première de toute banda ? Se faire entendre, quel que soit le contexte. Ce contexte se veut généralement très bruyant, qu’il s’agisse des fêtes de Bayonne ou du festival Art et Courage, à Mont-de-Marsan. De fait, la banda se dote d’instruments à hauts décibels : caisses, cymbales, trombones, trompettes ou encore clarinettes. Tout en imposant l’écoute, ils symbolisent aussi la chaleur d’une fête et invitent le public à suivre la banda dans sa déambulation à travers les bodegas.

Dans un stade ou une arène, la musique marque les temps forts de l’évènement, sollicitant les exclamations ou les chants des supporters.

En matière de répertoire, l’esprit festif prévaut tout autant. Pas question de reprendre les tubes des années 1980. Ce sont les compositions d’origine espagnole (navarraise en particulier) qui s’imposent presque naturellement, poussant à quelques pas de danse si l’envie s’en fait sentir.

S’il n’existe aucune spécificité quant à la taille de la banda, qui peut varier de quelques musiciens à plusieurs dizaines, il convient en revanche de respecter la même ligne vestimentaire, véritable carte d’identité du groupe. La couleur blanche, propre aux festayres, reste cependant incontournable.

Des festivals dédiés à ces acteurs de la fête

Les bandas ont su se rendre indispensables aux évènements dignes de ce nom des dernières années. Capables de déterminer ou d’orienter une ambiance, elles revendiquent haut et fort la personnalité un peu particulière du Sud-Ouest, fière et enjouée.

Il n’est donc pas surprenant de constater que le festival de Condom, dans le Gers, leur soit entièrement dédié depuis 1973. Chaque année, au début du mois de mai, le jury se voit confier la lourde tâche de primer les meilleures formations au terme d’un concours âprement disputé. C’est surtout l’occasion d’organiser trois jours de fête, ponctués de spectacles vivants, de concerts, d’animations dans les rues de la ville et dans les bodegas.

Les bandas sont également mises à l’honneur à Martel, dans le Lot. Le festival, qui se tient à la mi-juillet, permet de découvrir six formations, en compétition musicale pour décrocher les fameux marteaux d’or.

A Martel aussi, la fête domine à travers les diverses animations, la paella géante, les apéros musicaux ou encore la remise des récompenses.


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Le festival international des Menteurs de Moncrabeau

Le festival international des Menteurs de Moncrabeau


À Moncrabeau, avoir le nez qui s’allonge n’est pas forcément source de réprimande. Ce serait au contraire un signe de respect, d’intégration et, oui, disons-le, d’admiration.

Crédit photo: Académie des Menteurs

Près de trois siècles d’approximation et d’exagération

L’adorable village gascon niché à la frontière du Lot-et-Garonne et du Gers a en effet la réputation d’être la capitale mondiale des menteurs, et ne s’en cache pas (pourquoi le devrait-il, après tout ?). L’affaire, si elle prête à sourire, est sérieuse. L’Académie des Menteurs veille au grain, ou plutôt au respect de la tradition qui, mine de rien, peut afficher ses presque trois siècles d’histoires incroyables, de témoignages singuliers, d’affirmations grandiloquentes et de confessions à la limite de la sincérité.

La tradition est née en 1748, comme l’atteste la « pierre de vérité », qui trône au-dessus du fauteuil des menteurs. Habitués à se réunir sous la halle pour discuter de tout et de rien, les bourgeois aimaient se raconter les histoires du quotidien et les indiscrétions de voisinage, commentaient les travaux agricoles, discutaient la vie politique locale.

Comme cela est souvent le cas lorsqu’on se retrouve régulièrement entre amis, et en l’absence d’une actualité originale ou riche en évènements, la conversation finit par tourner un peu en rond. Alors, dans le souci de rendre leur récit digne d’intérêt et de conserver l’attention de leur auditoire, les habitants de Moncrabeau commencèrent par exagérer quelques passages de leur histoire. Puis quelques autres. La surenchère aidant, ils introduisirent des éléments narratifs inhabituels. Puis quelques autres. Après quelque temps, certains s’aperçurent à leur grande surprise que les trois quarts de leur récit étaient sortis de leur imagination, comme ça, presque naturellement, provoquant un grand intérêt et un certain amusement de l’assistance.

La tradition des Menteurs venait de naître à Moncrabeau. Et Moncrabeau venait d’entrer dans l’Histoire.

L’Académie des Menteurs ? Une institution.

Aussi séculaire soit-elle, la tradition doit être respectée et protégée. C’est le rôle bienveillant de l’Académie des Menteurs. Composée de quarante membres, habillés d’un costume rouge et blanc qui impose le respect, d’une parité parfaite, elle veille à la pérennité et au rayonnement des menteries, qui dépasse depuis déjà longtemps les simples limites de la Gascogne ou du Sud-Ouest.

Car il n’est pas question ici de parler seulement de mensonge, ce serait faire offense à tout le village de Moncrabeau, mais de menterie. La différence est subtile, et pourtant fondamentale. Selon le site officiel de l’Académie, une « menterie est un savant mélange de vérité, mensonge et humour, [qui] doit durer de cinq à six minutes et doit être entendue par tout public. Ce n’est en aucun cas une tribune politique, ni confessionnelle. On pourrait même donner le terme de Gasconnade à la définition de la menterie ».

Selon la tradition locale, qui s’appuie sur une observation très juste, les dentistes, journalistes, avocats et politiciens reçoivent automatiquement le brevet de menteur et sont considérés derechef comme des citoyens d’honneur, ce qui donne encore plus de force à la réputation de Moncrabeau.

Toujours active, l’Académie organise tout au long de l’année différents évènements (loterie, banquets, concours de belote…) pour se rappeler au bon souvenir de chacun et, accessoirement, assurer un minimum de trésorerie nécessaire à son fonctionnement et à l’organisation du festival international des Menteurs chaque été.

Le plus grand festival du monde, parole de Gascon

Cela fait déjà plus de quarante ans que le Festival des Menteurs de Moncrabeau est invariablement organisé le premier dimanche d’août. Ici, point besoin de stars de cinéma ou d’éphémères vedettes de la télé-réalité pour susciter l’intérêt du public puisque c’est le thème même du festival que l’on vient applaudir.

« Cette délectation du palais et du plat de la langue à l’exagération, la fable, la forfanterie, démontre annuellement la substance profonde de notre esprit, qui déroute les Américains, intrigue les Japonais et désole les Anglais. Il trouve sa couleur dans la subtile différence qui sépare la tromperie de la menterie. Pour mesurer l’épaisseur de la nuance, l’expérience nécessaire se compte en années, voire en générations, ravivées par le sel distribué aux princes candidats par l’Académie de Mont des Chèvres. Et quelle consécration, quel symbole quand un de nos conseillers généraux fut sacré roi puis roi des rois dans cet autre pays de la relativité » écrit avec talent Bruno Rapin dans le livre « Lot-et-Garonne, de l’an mil à 2050 » (éditions Fayard).

Le protocole est simple et immuable. Après la messe des Menteurs, qui ouvre officiellement le concours, chaque candidat vient s’asseoir sur le fauteuil de pierre, installé sur la place du village. Faisant face aux membres de l’Académie et au public, il dispose au maximum de six minutes pour déclamer son histoire abracadabrantesque, qui doit cependant être perçue comme la plus vraisemblable possible.

Ensuite, chaque Académicien, équipé d’une salière et d’une cuillère en bois, « attribue de deux à dix cuillérées de sel en fonction de sa menterie ; deux petits pages recueillent le sel auprès du jury à l’aide d’un sac de jute qui est remis aux Ingénieurs des poids et mesures pour la pesée », comme l’explique le site officiel de l’Académie.

Le candidat dont la menterie a suscité la plus grosse quantité de sel est désigné Roi des Menteurs. Il est à noter que ce système de vote bat à plates coutures tous les appareils électroniques de dernière génération puisque la désignation du meilleur menteur peut parfois se jouer au gramme près !

La Reine ou le Roi prend alors place sur une chaise à porteurs afin de recevoir les félicitations et les sifflets d’admiration de la foule tout le long des ruelles du village. Les autres candidats peuvent se consoler un peu en recevant le brevet de menteur qui leur permet de « travestir la vérité en tous temps et en tous lieux ! ». C’est pas rien.

En 2014, la Québécoise Yolaine Carrier a été couronnée (1 610 grammes de sel). Serveuse de son état au bar Le Sacrilège du quartier Saint-Jean de Québec, elle s’est appuyée sur les brèves de comptoir de son établissement pour raconter au public médusé qu’un bateau de transport touristique, navigant sur le Saint-Laurent, propose à ses clients d’observer un animal marin mi-homme, mi-phoque lorsqu’il n’est pas possible d’apercevoir des requins ou des baleines.

En 2015, le Néracais Pierre Gallio a retrouvé la chaise à porteurs pour la cinquième fois (1 510 grammes contre 1 400 grammes en faveur de son dauphin). L’homme a conquis son auditoire en détaillant sa prise de fonctions municipales à la tête de la petite commune Aquisou Bien, en suivant deux objectifs majeurs : « Faire passer la LGV dans la commune sur l’ancienne voie ferrée et implanter un aéroport qui s’appellera Notre-Dame-des-Glandes. »

L’Académie des Menteurs de Moncrabeau peut s’appuyer sur la participation fidèle de la Royale Moncrabeau de Namur, qui envoie chaque année des représentants dans le Lot-et-Garonne et vient au complet tous les deux ans. Les ambitions internationales du festival passent aussi par la future coopération avec les Italiens de la ville de Piastre, « contrée où une autre académie d’affabulateurs vénère Pinocchio », comme le précisent Michael Ducousso et Paulette Guerini dans La Dépêche du Midi (3 août 2015).

Le Festival international des Menteurs est surtout l’occasion de retrouver le goût des mots, de se laisser surprendre par des affirmations définitives qui laissent la place au doute, de redécouvrir les instants un peu magiques d’une veillée, qui rassemblait jadis les habitants du village lorsque les écrans n’existaient pas.


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Pratique :

Adresse et contact : Académie des Menteurs, Rue Cocu Saute 47600 Moncrabeau – Tél. 05 53 97 32 25 – Web: www.academiedesmenteurs.fr
Accès : Village de Moncrabeau, situé sur la D930 entre Nérac au nord et Condom au sud.
Date: Le premier dimanche d’août, au cœur du village, place de la Halle.

Chapelle Notre-Dame-du-Rugby : priez pour nous, pauvres plaqueurs

Chapelle Notre-Dame-du-Rugby : priez pour nous, pauvres plaqueurs


Dans le Sud-Ouest, le rugby dépasse souvent le cap de la passion pour atteindre celui de la religion. Il était donc logique qu’une chapelle lui soit entièrement dédiée.

Crédit photo: Jibi44 – CC BY-SA 3.0

Comme un pèlerinage

Pour peu que l’on soit amateur de rugby, et surtout de rugby local, avec l’accent, les entraînements deux fois par semaine après le boulot, les bourre-pif encore vivaces pendant le match du dimanche, se rendre au village de Larrivière Saint-Savin, au cœur des Landes et du vignoble du Tursan, s’apparente en quelque sorte à une initiation. C’est un peu le sentiment de franchir une étape, c’est surtout la certitude que sa passion est sincère et entière.

On a d’ailleurs le cœur qui bat un peu plus fort en empruntant la très, très étroite route de la Chapelle, qui grimpe joliment tout en serpentant au milieu de la nature et qui finit par nous déposer devant un édifice modeste mais chaleureux, petit mais convivial, parfaitement entretenu et faisant honneur à sa réputation : la chapelle Notre-Dame-de-Rugby.

L’œuvre d’un abbé passionné

C’est à l’abbé Michel Devert, originaire de Mézos, une bourgade landaise située à 70 kilomètres plus à l’Ouest, que l’on doit le projet de la chapelle. Déjà très impliqué auprès des jeunes, et donc du rugby, l’abbé apprend avec tristesse la mort de trois rugbymen de l’US Dax en 1964, victimes d’un accident de la route au retour d’un match amical contre le CA Bordeaux-Bègles : Jean Othats, Émile Carrère et Raymond Albaladejo. La douleur est d’autant plus vive que les trois jeunes hommes avaient fréquenté son patronage à Dax.

« Le monde du rugby aura sa Chapelle bien à lui, pour veiller sur ses rudes gars, les protéger du mal, les aider dans leurs difficultés ; avoir la garantie de la protection divine, savoir ou demander la lumière quand l’épreuve surgit, n’être plus seul dans la lutte quotidienne, se retrouver sous le regard de Notre-Dame, n’est-ce pas une sécurité et l’une des joies de la terre ? Ce supplément d’âme qu’apporte la vie religieuse, je voudrais l’offrir en toute liberté au monde du Rugby ! » écrit alors l’abbé.

L’homme avait déjà repéré cette petite chapelle abandonnée sur les hauteurs de Larrivière Saint-Savin. Il prend la décision de défricher son proche environnement dès 1960 avec le projet d’offrir au rugby un lieu de dévotion. L’accident tragique conforte son dessein. Il obtient l’autorisation du secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports un mois seulement après l’accident puis celle de la FFR.

Les travaux de réfection, financés grâce à l’organisation de matches réunissant des équipes de l’élite, se poursuivent pendant quelques années. Le 26 juillet 1967, Robert Bézac, évêque de Dax, inaugure la chapelle en y célébrant une messe. L’abbé Devert profite de l’évènement pour donner lecture de la prière qu’il vient de rédiger :

« Prière à Notre-Dame-du-Rugby

Vierge Marie qui avez enseigné votre Enfant Jésus à jouer sur vos genoux, veillez maternellement sur nos jeux de grands enfants.

Soyez à nos côtés lorsque la passion du jeu nous prend tout entier et qu’il faut malgré tout, garder la maîtrise de soi et maintenir au jeu toute sa noblesse.
Soyez à nos côtés pour soutenir nos forces et nos volontés tendues vers la victoire.

Mais aussi, soyez avec nous, dans la terrible mêlée de l’existence, afin que nous sortions vainqueurs du grand jeu de la vie, donnant l’exemple, comme sur le terrain, du courage, de l’entrain, de l’esprit d’équipe en un mot d’un idéal à l’image du Vôtre.

Amen. »

Les couteliers enrichissent et diversifient leur production, au-delà du simple couteau. Ainsi, des ciseaux, des rasoirs et même des sécateurs commencent à sortir des ateliers.

Un édifice dédié à Marie et au rugby

La chapelle a pu profiter, pendant quelques années, de travaux supplémentaires grâce à la bonne volonté des amateurs de rugby, comme l’édification du clocher en 1971. L’intérieur a été progressivement rénové, au gré des fonds, contribuant à rendre le lieu fidèle à l’ambition de l’abbé.

Lorsque l’on pénètre dans l’édifice, le regard est immédiatement attiré par les quatre vitraux originaux. Le premier, « La Vierge à la touche » a été réalisé en 1969 par Pierre Lisse, alors capitaine du Stade Montois. Le suivant, « Le joueur blessé », est l’œuvre de l’artiste Patrick Geminel, ancien militaire et lauréat du Prix de Rome. Enfin, les deux derniers vitraux sont nés de la main d’Alfred Henquinbrant et s’intitulent « La Vierge aux Pèlerins » et « La Vierge au-dessus de la mêlée ».

Le visiteur peut également admirer les deux statuettes, dont celle de « Notre-Dame-de-Rugby », placée à l’extérieur, juste à côté de l’entrée, que l’on doit également à Pierre Lisse. La seconde « La Vierge à l’enfant », toute dorée, domine l’autel et accompagne de son regard bienveillant les nombreux amateurs de ballon ovale qui visitent les lieux chaque année.

Bien sûr, l’attrait majeur de la chapelle reste son impressionnante collection de maillots, donnés par des joueurs de tous les horizons, inconnus ou célèbres, d’équipes locales ou internationales, vivants ou décédés. Certains ont été portés lors de compétions majeures, d’autres au cours de matches de Fédérale 3. Parfois, une note manuscrite signée d’un joueur célèbre est épinglée sur le maillot.

L’édifice retrouve sa vocation religieuse à travers le reliquaire exposant les maillots et affichant les photos de jeunes joueurs décédés trop rapidement.

Posé sur l’autel, un livre d’or permet à chacun de laisser ses réflexions, impressions et mêmes ses prières avant un match important.

Plus de 10 000 visiteurs chaque année

Le succès dépasse l’estime puisque pas moins de 12 000 personnes décident chaque année de se rendre à Larrivière. La mairie s’est adaptée à cette affluence bienvenue et à la générosité des joueurs en décidant de la construction d’un petit musée du rugby, en 2010, juste à côté de la chapelle, où l’on peut découvrir plus de 500 maillots supplémentaires, mais aussi des chaussures, des ballons, des trophées, des fanions et des photos d’équipes. De nombreux dons sont le fait de personnes souhaitant rendre hommage aux disparus, de parents ayant perdu leur enfant.

Le musée a également pu compter sur la générosité et l’abnégation de Morgan Bignet, un ancien gendarme passionné de ballon ovale qui a pu, avec l’aide son entourage, collecter des maillots du monde entier avant d’en faire don.

Les amateurs de rugby les plus fervents participent au pèlerinage annuel, organisé chaque lundi de Pentecôte. La journée est l’occasion d’assister à la messe organisée sur la petite esplanade devant la chapelle et de partager son repas au cours du pique-nique qui suit le verre de l’amitié. C’est surtout l’opportunité de rendre un vibrant hommage à l’abbé Devert, décédé en 2012 à l’âge de 88 ans et qui repose juste à côté.


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