Éléments d’histoire de la Gironde

Éléments d’histoire de la Gironde


De la présence humaine dès l’Aurignacien à la série de décapitations des députés girondins au terme de la Révolution française, la Gironde est quand même en droit de revendiquer une Histoire pour le moins touffue.

Les premières sociétés

À l’instar de la Dordogne, les ressources naturelles de la Gironde (abris sous roche, nombreux cours d’eau, vastes forêts pleines de délicieux gibiers) ont favorisé l’installation de nos ancêtres dès l’ère préhistorique.

Si le patrimoine est moins copieux que celui découvert en terres périgourdines, il présente un intérêt historique certain, ne serait-ce que grâce à la proximité des basses vallées de la Dordogne et de la Garonne. Ainsi, la grotte de Pair-non-Pair, près de Bourg-sur-Gironde, découverte en 1881, a révélé la présence de milliers d’outils en silex, d’objets en ivoire et d’ossements d’animaux, datant de l’Aurignacien (-30 000). Mieux, une soixantaine de figures gravées orne les parois, représentant des cervidés, des mammouths, des bovidés ou encore des félins.

En terres médocaines, à proximité de Soulac, les archéologues ont retrouvé des silex aziliens datant de 9 000 à 8 000 av. J.-C. Il semble d’ailleurs que les hommes se soient durablement installés pendant quelques millénaires sur la façade atlantique, trouvant dans cet environnement maritime une source continuelle de nourriture (poissons, crustacés, gibier) et la garantie d’un joli bronzage doré grâce aux vastes plages qui n’étaient pas encore, ô luxe suprême, sujettes à une surfréquentation touristique.

Dans la région de Pauillac, les hommes de l’âge du Bronze (1 500 avant J.-C.) habitaient des campements à proximité du fleuve.

Le dolmen de Curton, à Jugazan, forme un autre précieux témoignage de la Préhistoire, et plus précisément du Néolithique. Découvert en 1904 par l’abbé Labrie, inscrit au titre des Monuments historiques en 1995, le dolmen abritait huit corps inhumés. L’abbé a également constaté la présence d’un mobilier funéraire, composé de coquillages troués, d’une hache et même d’un vase. Le site, bien conservé, peut toujours être visité aujourd’hui.

Autre vestige digne d’intérêt : l’allée couverte de Roquefort, à Lugasson. D’abord étudié par l’abbé Labrie en 1922, le site a fait l’objet de nouvelles analyses en 1971. Il a été occupé par les hommes il y a environ 6 000 ans (Néolithique). À l’instar du dolmen, l’allée était dédiée aux rites funéraires et servait de sépulture collective.

On trouve aussi quelques menhirs en Gironde, dont le plus remarquable est celui dit de Peyrefitte, à Saint-Sulpice-de-Faleyrens. Probablement érigé entre 2 600-2 300 av. J.-C. (Néolithique récent), il affiche une hauteur respectable de 5,20 m pour une largeur de 3 m.

Tribus gauloises et invasions

En Gironde, deux tribus principales se partageaient le territoire : les Vasates et les Bituriges Vivisci. Les premiers sont un peuple aquitain, proto-basque dont la capitale, Cossio, est connue aujourd’hui sous le nom de Bazas. Les Bituriges Vivisci (ou Bituriges déplacés) sont quant à eux d’origine celtique, ayant quitté la région de Bourges entre la fin de la guerre des Gaules et le règne d’Auguste. Cette peuplade se subdivise en plusieurs entités à travers la Gironde : les Boïates dans le pays de Buch, les Belendi dans celui de Belin et enfin les Medulli, installés à Burdigala (Bordeaux).

Lors de la conquête romaine, les Vasates tentent de résister aux légions de César mais les Bituriges se soumettent sans trop de difficulté, en 56 avant J.-C., à l’autorité de Rome.

Contrairement aux Pétrocoriens installés en Dordogne, les tribus gauloises de la Gironde n’envoient aucun homme prêter main-forte à Vercingétorix lors de la bataille d’Alésia (- 52). Au contraire, Vasates et Bituriges, conscients d’habiter une région qui contrôle entre autres le commerce de l’étain, denrée précieuse, anticipent rapidement les bienfaits de la Pax Romana. À titre d’exemple, la grande voie romaine reliant Arles à Toulouse est prolongée jusqu’à Burdigala, offrant un axe de communication majeur avec les autres contrées.

Doucement mais sûrement, l’organisation et la culture romaines s’imposent. Sous le règne de l’empereur Vespasien (69-79), Burdigala devient une cité importante et acquiert le statut de capitale de province. Quelques décennies plus tard, la ville s’impose comme la métropole de la seconde Aquitaine, un vaste territoire. Afin de confirmer son essor commercial, de nouvelles routes sont pavées, en direction de Périgueux, Agen et Dax.

L’amphithéâtre de Burdigala, appelé Palais Gallien, fut érigé au IIe siècle. Il pouvait accueillir plus de 20 000 personnes.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Burdigala prospère et se fait belle, notamment grâce à la construction de son amphithéâtre Gallien, de ses thermes, temples et palais, sans oublier la spécialité romaine, les aqueducs. Aux alentours, on procède aux premières plantations de vignes, en privilégiant le cépage vitis biturica, l’ancêtre du cabernet. Le commerce de l’étain de Cornouailles, du bois, de la résine et encore des vins méditerranéens prend son essor. Burdigala est alors considérée comme la « petite Rome ».

Les premiers missionnaires envoyés de Rome suscitent quelques agacements, à l’image de Martial de Limoges (ou Saint-Martial), fondateur de l’église d’Aquitaine, en mission dans le Bordelais vers 250 afin d’évangéliser cette région tout acquise aux dieux romains. Il est inutile de préciser que son accueil n’est pas des plus chaleureux. Néanmoins, il pose les premiers jalons de la religion chrétienne, officielle à partir de 325.

Le personnage emblématique de cette douce époque est sans conteste le poète et universitaire Ausone (310-395), dont la vivacité d’esprit et les qualités oratoires ont dépassé le seul périmètre de Burdigala. On vient de tout l’Empire pour l’écouter et l’empereur Valentinien le convoque à Trèves en 364, où il devient le précepteur du jeune Gratien.

Amoureux fou de sa ville natale et de sa région, Ausone est un épicurien, amateur des huîtres du Médoc, des gibiers et surtout des vins de propriétaires. « Temperat ingenuos qua laeta Aquitanica mores » : L’Aquitaine où s’adoucit la rudesse des mœurs primitives… Les femmes ressentent quelques douces chaleurs à son passage dans les rues de Burdigala, avec l’ambition secrète de partager la couche d’Ausone.

Le Ve siècle siffle le coup d’envoi des invasions diverses et variées. Ce sont d’abord les Vandales qui pillent Bordeaux en 409 et s’installent dans la région, où ils ne resteront que deux années. Viennent ensuite les terribles Wisigoths, maîtres du sud-ouest de la Gaule dès 475. Fort heureusement, Clovis, à la tête des Francs, remporte la bataille de Vouillé en 507 et transperce le cœur d’Alaric II, poussant les guerriers germaniques à reculer jusqu’en Espagne.

Les invasions se succèdent pendant quelques siècles. Musulmans, Carolingiens, Gascons et encore Normands livrent les terres girondines et la cité de Bordeaux aux tueries, pillages, incendies, destructions et autres joyeusetés.

La bataille de Castillon, une date clé de l’Histoire de France

Aliénor d’Aquitaine épouse en 1152 le fougueux Henri Plantagenêt, duc d’Anjou, couronné roi d’Angleterre deux ans plus tard. Elle lui offre en dot son joli duché, qui passe de fait sous domination anglaise. Il le restera pendant près de trois siècles, poussant le royaume de France à initier les premières luttes de reconquête.

Les princes anglais viennent s’installer en Aquitaine. Soucieux de ne pas exacerber les tensions des populations locales, notamment en Gironde, ils autorisent les premières franchises communales, permettant aux villes d’instaurer leur propre gouvernement, d’élire leurs magistrats et de se défendre librement.

Le commerce du vin est resplendissant. Deux fois l’an, 200 voiliers transportent le précieux nectar des quais de Bordeaux vers l’Angleterre.

La « période anglaise » de l’Aquitaine est marquée par de nombreux troubles. Le fils d’Henri II, Richard Cœur de Lion, se comporte en maître abusif. Il pille les richesses du duché, mate les nobles gascons, est accusé à multiples reprises de viols et de meurtres.

En 1337, les rivalités persistantes entre Français et Anglais, entre la dynastie des Plantagenêt et celle des Valois aboutissent à la guerre de Cent Ans avec, en ligne de mire, la mission de récupérer la Guyenne.

En 1362, le roi Édouard III transforme l’Aquitaine en principauté et la confie à son fils aîné Édouard Plantagenêt, dit le « Prince noir ». Ce dernier impose des impôts importants à tous ses sujets pour maintenir son train de vie. Le comte d’Armagnac, Jean 1er, s’y oppose résolument, livre bataille et quémande le soutien du roi de France, Charles V.

Les tensions entre les royaumes d’Angleterre et de France ne cessent de croître. Au gré des conflits locaux, les terres d’Aquitaine sont prises puis rendues aux Anglais.

En 1451, l’armée royale de Charles VII vient de reconquérir la Normandie et se dirige vers la Guyenne, où elle s’empare des villes de Blaye, Libourne, Castillon, Saint-Emilion et Bordeaux. En réponse, le roi d’Angleterre Henri VI envoie une armée, placée sous les ordres de John Talbot. Il reprend Bordeaux en 1452, permettant de réactiver les réseaux commerciaux entre les deux pays.

Fort marris, les Français décident de tendre un piège à proximité de Castillon, le 13 juillet 1453. Les frères Jean et Gaspard Bureau, respectivement trésorier général de France et grand maître de l’artillerie, profitent de la géographie des lieux pour installer stratégiquement les troupes. Le millier d’hommes de la cavalerie bretonne se planque sur la colline d’Horable. Jean Bureau fait installer 300 canons mobiles sur la plaine de Colle.

Lorsque Talbot et ses hommes arrivent à Castillon, au matin du 17 juillet, ils ne perçoivent pas clairement les positions de l’armée française. Les assauts qu’il ordonne sont systématiquement repoussés. Surtout, ils sont tombés dans le piège imaginé par Jean Bureau, qui positionne ses canons sur les troupes anglaises et les quelques milliers de Gascons. Les premiers tirs sont dévastateurs.

Les soldats anglais, dans la force du désespoir, parviennent néanmoins à lancer plusieurs assauts mais ignorent que la cavalerie bretonne, toujours en retrait, est sur le point d’intervenir. C’est le coup de grâce.

Les Anglais ont bien mangé ce jour-là. Miniature ornant un manuscrit des Grandes Chroniques de France, fin du XVe siècle, British Library.

Plus de 4 000 Anglais perdent la vie. John Talbot et deux de ses fils sont également tués. De leur côté, les Français ne déplorent qu’une centaine de tués et de blessés. Cette large victoire permet à la Guyenne de redevenir française et, surtout, de mettre fin à la guerre de Cent Ans.

Le 14 octobre de la même année, le roi Charles VII parade dans les rues de Bordeaux, sous les acclamations inquiètes des habitants, qui ont quand même soutenu la cause anglaise.

Les premières décisions ne tardent d’ailleurs pas à être prises : Bordeaux perd ses privilèges, des dizaines de seigneurs de la province sont condamnés à l’exil et le roi déploie des garnisons dans toute la Guyenne, au cas z’où les Anglais émettraient le souhait d’un come-back.

La traite négrière au XVIIIe siècle

Dès l’époque gauloise, Bordeaux a su tirer parti de sa situation géographique privilégiée et parfois même de ses envahisseurs pour s’imposer comme une ville commerciale de renom.

Au XVIIIe siècle, la ville profite d’une vraie prospérité, notamment grâce à l’activité de son port, passerelle privilégiée vers l’Espagne et les colonies. La production vinicole annuelle avoisine les 200 000 tonneaux, dont plus de la moitié est exportée en Angleterre.

La capitale de la Guyenne va considérablement augmenter ses activités de négoce autour de la traite des esclaves africains. Le « trafic triangulaire » est somme toute assez simple. Les armateurs bordelais envoient des navires sur la côte ouest-africaine (principalement en Guinée et au Sénégal), chargés de denrées et de bibelots, qu’ils échangent contre le « bois d’ébène », les esclaves. Ces derniers, entassés comme des animaux pendant la traversée de l’Atlantique, sont vendus à prix d’or dès leur arrivée aux Antilles (Cuba et Saint-Domingue), à la recherche d’une main d’œuvre importante pour répondre aux attentes des grandes villes européennes. Les voiliers reviennent ensuite à Bordeaux, les cales débordant de sucre, de bois précieux, de cuir ou encore de café.

Très rapidement, Bordeaux devient la deuxième ville négrière du royaume de France, derrière Nantes et à niveau égal avec La Rochelle, suscitant l’admiration d’Étienne François de Choiseul, ministre, qui écrit en 1768 : « Le Roi étant informé que les négociants du port de Bordeaux se livrent avec beaucoup de zèle au commerce de la Traite des Nègres, qu’il résulte des états qui lui ont été présentés que, depuis le 30 avril 1767 jusqu’au 30 octobre de la même année, ils ont armé sept navires pour la côte de Guinée, qu’ils en ont actuellement six autres en armement pour le même objet ; et que si la traite était favorable, ils pourraient introduire 5 190 nègres aux colonies […] ils jouiront de l’exemption du droit de livres par tête. »

De fait, de nouvelles fortunes, souvent rapides, se font jour à Bordeaux. Les prises de position de Montesquieu contre l’esclavagisme ne pèsent pas lourd face aux puissants acteurs du négoce bordelais. Ces derniers défendent leurs intérêts jusqu’à Paris en 1789.

Le mouvement abolitionniste est néanmoins amorcé, grâce à des personnalités comme André-Daniel Laffon de Ladebat. Ce dernier, commissaire député de la Guyenne, prononce son discours à l’Assemblée, le 13 août 1789, sur « la nécessité et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies ».

L’esclavage est définitivement interdit en 1817, après la déportation de 150 000 hommes, femmes et enfants organisée par les négriers bordelais. Certains d’entre eux poursuivront leur activité clandestinement pendant quelques années.

La naissance des Girondins (pas l’équipe de foot)

La création du département de la Gironde intervient en 1790, au détriment de la province de la Guyenne. Des tensions apparaissent localement, certains souhaitant une séparation du Bazadais et du Bordelais, d’autres espérant la formation d’un nouveau département entre la Gironde et les Landes.

Les principaux acteurs de la Révolution à Bordeaux, tels Roland, Brissot, Vergniaud, Guadet, Gensonné, acquièrent une solide réputation, qui dépasse rapidement le périmètre de la cité gasconne, notamment grâce à leur éloquence et leur idéalisme politique. Issus de la bourgeoise, occupant des fonctions d’avocat, de professeur ou de journaliste, on les surnomme les Brissotins ou les Rolandins. C’est à Lamartine que l’on doit le terme de Girondins, au XIXe siècle.

Ils constituent le groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée législative en 1791. Adaptes de la pensée voltairienne, épris de liberté politique, ennemis jurés des partisans de la monarchie constitutionnelle, les Girondins défendent avant tout les valeurs de la bourgeoisie, sans vouloir se soucier des démarches initiées en faveur des couches de la population les plus défavorisées. Ils ne partagent aucunement les revendications et les attentes du peuple révolutionnaire.

Membres du club des Jacobins, ils siègent à gauche de l’Assemblée, où ils développent leurs arguments contre les immigrés (discours du 31 octobre et du 9 novembre 1791) puis contre les prêtres réfractaires (discours du 29 novembre).

En mars 1792, le roi Louis XVI appelle plusieurs d’entre eux à occuper différents ministères. Ils contribuent à faire adopter la déclaration de guerre contre l’Autriche un mois plus tard, soulageant ainsi leur soif de combat à l’encontre des dynasties européennes.

Majoritaires à l’Assemblée, occupant les ministères clés, les Girondins alimentent la colère des Montagnards, parmi lesquels Danton, Robespierre et Marat. À leurs yeux, les velléités guerrières sont susceptibles de fragiliser le mouvement révolutionnaire français.

Les revers militaires, le véto du roi à deux décrets révolutionnaires, le départ un peu précipité des trois ministres, les difficultés économiques et l’aveuglement dont ils font preuve face aux attentes populaires poussent les Girondins, fragilisés, à adopter une ligne politique plus ferme.

Lors de la mise en place de la Convention nationale, qui succède à l’Assemblée législative le 21 septembre 1792, ils siègent à droite, face aux Montagnards, avec lesquels, néanmoins, ils abolissent la royauté et proclament l’instauration de la première République. Les tensions entre les deux groupes se font vives.

L’insurrection populaire du 10 août 1792 est un désaveu cinglant pour les Girondins. Ils se retirent du club des Jacobins et ne peuvent s’opposer à la création du Tribunal révolutionnaire et du Comité du Salut public entre mars et avril 1793.

Les Montagnards préparent le coup de grâce et encouragent les sans-culottes « à se mettre en insurrection contre les députés corrompus ». Le 2 juin, les Girondins sont chassés de la Convention. Certains tentent d’initier une révolte fédéraliste contre les Montagnards, rapidement réprimée. Le cri de Vergniaud : « Hommes de la Gironde, levez-vous ! » poussé le 5 mai n’est pas entendu.

Le député girondin Pierre Victurnien Vergniaud, décapité le 31 octobre 1793.

Le Tribunal révolutionnaire juge et condamne à mort vingt-et-un députés, guillotinés le 31 octobre. D’autres exécutions suivront tout au long de la Terreur, jusque sur la place Gambetta de Bordeaux, qui vit tomber la tête du député Elie Guadet en 1794.

En mémoire à ses héros, la ville fait ériger, un siècle plus tard, l’impressionnant Monument aux Girondins, colonne toujours fièrement dressée sur la place des Quinconces.

Le festival international des Menteurs de Moncrabeau

Richesses du Sud-Ouest Traditions Lot-et-Garonne

Le festival international des Menteurs de Moncrabeau


À Moncrabeau, avoir le nez qui s’allonge n’est pas forcément source de réprimande. Ce serait au contraire un signe de respect, d’intégration et, oui, disons-le, d’admiration.

Crédit photo: Académie des Menteurs

Près de trois siècles d’approximation et d’exagération

L’adorable village gascon niché à la frontière du Lot-et-Garonne et du Gers a en effet la réputation d’être la capitale mondiale des menteurs, et ne s’en cache pas (pourquoi le devrait-il, après tout ?). L’affaire, si elle prête à sourire, est sérieuse. L’Académie des Menteurs veille au grain, ou plutôt au respect de la tradition qui, mine de rien, peut afficher ses presque trois siècles d’histoires incroyables, de témoignages singuliers, d’affirmations grandiloquentes et de confessions à la limite de la sincérité.

La tradition est née en 1748, comme l’atteste la « pierre de vérité », qui trône au-dessus du fauteuil des menteurs. Habitués à se réunir sous la halle pour discuter de tout et de rien, les bourgeois aimaient se raconter les histoires du quotidien et les indiscrétions de voisinage, commentaient les travaux agricoles, discutaient la vie politique locale.

Comme cela est souvent le cas lorsqu’on se retrouve régulièrement entre amis, et en l’absence d’une actualité originale ou riche en évènements, la conversation finit par tourner un peu en rond. Alors, dans le souci de rendre leur récit digne d’intérêt et de conserver l’attention de leur auditoire, les habitants de Moncrabeau commencèrent par exagérer quelques passages de leur histoire. Puis quelques autres. La surenchère aidant, ils introduisirent des éléments narratifs inhabituels. Puis quelques autres. Après quelque temps, certains s’aperçurent à leur grande surprise que les trois quarts de leur récit étaient sortis de leur imagination, comme ça, presque naturellement, provoquant un grand intérêt et un certain amusement de l’assistance.

La tradition des Menteurs venait de naître à Moncrabeau. Et Moncrabeau venait d’entrer dans l’Histoire.

L’Académie des Menteurs ? Une institution.

Aussi séculaire soit-elle, la tradition doit être respectée et protégée. C’est le rôle bienveillant de l’Académie des Menteurs. Composée de quarante membres, habillés d’un costume rouge et blanc qui impose le respect, d’une parité parfaite, elle veille à la pérennité et au rayonnement des menteries, qui dépasse depuis déjà longtemps les simples limites de la Gascogne ou du Sud-Ouest.

Car il n’est pas question ici de parler seulement de mensonge, ce serait faire offense à tout le village de Moncrabeau, mais de menterie. La différence est subtile, et pourtant fondamentale. Selon le site officiel de l’Académie, une « menterie est un savant mélange de vérité, mensonge et humour, [qui] doit durer de cinq à six minutes et doit être entendue par tout public. Ce n’est en aucun cas une tribune politique, ni confessionnelle. On pourrait même donner le terme de Gasconnade à la définition de la menterie ».

Selon la tradition locale, qui s’appuie sur une observation très juste, les dentistes, journalistes, avocats et politiciens reçoivent automatiquement le brevet de menteur et sont considérés derechef comme des citoyens d’honneur, ce qui donne encore plus de force à la réputation de Moncrabeau.

Toujours active, l’Académie organise tout au long de l’année différents évènements (loterie, banquets, concours de belote…) pour se rappeler au bon souvenir de chacun et, accessoirement, assurer un minimum de trésorerie nécessaire à son fonctionnement et à l’organisation du festival international des Menteurs chaque été.

Le plus grand festival du monde, parole de Gascon

Cela fait déjà plus de quarante ans que le Festival des Menteurs de Moncrabeau est invariablement organisé le premier dimanche d’août. Ici, point besoin de stars de cinéma ou d’éphémères vedettes de la télé-réalité pour susciter l’intérêt du public puisque c’est le thème même du festival que l’on vient applaudir.

« Cette délectation du palais et du plat de la langue à l’exagération, la fable, la forfanterie, démontre annuellement la substance profonde de notre esprit, qui déroute les Américains, intrigue les Japonais et désole les Anglais. Il trouve sa couleur dans la subtile différence qui sépare la tromperie de la menterie. Pour mesurer l’épaisseur de la nuance, l’expérience nécessaire se compte en années, voire en générations, ravivées par le sel distribué aux princes candidats par l’Académie de Mont des Chèvres. Et quelle consécration, quel symbole quand un de nos conseillers généraux fut sacré roi puis roi des rois dans cet autre pays de la relativité » écrit avec talent Bruno Rapin dans le livre « Lot-et-Garonne, de l’an mil à 2050 » (éditions Fayard).

Le protocole est simple et immuable. Après la messe des Menteurs, qui ouvre officiellement le concours, chaque candidat vient s’asseoir sur le fauteuil de pierre, installé sur la place du village. Faisant face aux membres de l’Académie et au public, il dispose au maximum de six minutes pour déclamer son histoire abracadabrantesque, qui doit cependant être perçue comme la plus vraisemblable possible.

Ensuite, chaque Académicien, équipé d’une salière et d’une cuillère en bois, « attribue de deux à dix cuillérées de sel en fonction de sa menterie ; deux petits pages recueillent le sel auprès du jury à l’aide d’un sac de jute qui est remis aux Ingénieurs des poids et mesures pour la pesée », comme l’explique le site officiel de l’Académie.

Le candidat dont la menterie a suscité la plus grosse quantité de sel est désigné Roi des Menteurs. Il est à noter que ce système de vote bat à plates coutures tous les appareils électroniques de dernière génération puisque la désignation du meilleur menteur peut parfois se jouer au gramme près !

La Reine ou le Roi prend alors place sur une chaise à porteurs afin de recevoir les félicitations et les sifflets d’admiration de la foule tout le long des ruelles du village. Les autres candidats peuvent se consoler un peu en recevant le brevet de menteur qui leur permet de « travestir la vérité en tous temps et en tous lieux ! ». C’est pas rien.

En 2014, la Québécoise Yolaine Carrier a été couronnée (1 610 grammes de sel). Serveuse de son état au bar Le Sacrilège du quartier Saint-Jean de Québec, elle s’est appuyée sur les brèves de comptoir de son établissement pour raconter au public médusé qu’un bateau de transport touristique, navigant sur le Saint-Laurent, propose à ses clients d’observer un animal marin mi-homme, mi-phoque lorsqu’il n’est pas possible d’apercevoir des requins ou des baleines.

En 2015, le Néracais Pierre Gallio a retrouvé la chaise à porteurs pour la cinquième fois (1 510 grammes contre 1 400 grammes en faveur de son dauphin). L’homme a conquis son auditoire en détaillant sa prise de fonctions municipales à la tête de la petite commune Aquisou Bien, en suivant deux objectifs majeurs : « Faire passer la LGV dans la commune sur l’ancienne voie ferrée et implanter un aéroport qui s’appellera Notre-Dame-des-Glandes. »

L’Académie des Menteurs de Moncrabeau peut s’appuyer sur la participation fidèle de la Royale Moncrabeau de Namur, qui envoie chaque année des représentants dans le Lot-et-Garonne et vient au complet tous les deux ans. Les ambitions internationales du festival passent aussi par la future coopération avec les Italiens de la ville de Piastre, « contrée où une autre académie d’affabulateurs vénère Pinocchio », comme le précisent Michael Ducousso et Paulette Guerini dans La Dépêche du Midi (3 août 2015).

Le Festival international des Menteurs est surtout l’occasion de retrouver le goût des mots, de se laisser surprendre par des affirmations définitives qui laissent la place au doute, de redécouvrir les instants un peu magiques d’une veillée, qui rassemblait jadis les habitants du village lorsque les écrans n’existaient pas.


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Pratique :

Adresse et contact : Académie des Menteurs, Rue Cocu Saute 47600 Moncrabeau – Tél. 05 53 97 32 25 – Web: www.academiedesmenteurs.fr
Accès : Village de Moncrabeau, situé sur la D930 entre Nérac au nord et Condom au sud.
Date: Le premier dimanche d’août, au cœur du village, place de la Halle.

Informations touristiques

Informations touristiques

Cour intérieure à Lectoure – Crédit photo: FranceSudOuest

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Chapelle Notre-Dame-du-Rugby : priez pour nous, pauvres plaqueurs

Chapelle Notre-Dame-du-Rugby : priez pour nous, pauvres plaqueurs


Dans le Sud-Ouest, le rugby dépasse souvent le cap de la passion pour atteindre celui de la religion. Il était donc logique qu’une chapelle lui soit entièrement dédiée.

Crédit photo: Jibi44 – CC BY-SA 3.0

Comme un pèlerinage

Pour peu que l’on soit amateur de rugby, et surtout de rugby local, avec l’accent, les entraînements deux fois par semaine après le boulot, les bourre-pif encore vivaces pendant le match du dimanche, se rendre au village de Larrivière Saint-Savin, au cœur des Landes et du vignoble du Tursan, s’apparente en quelque sorte à une initiation. C’est un peu le sentiment de franchir une étape, c’est surtout la certitude que sa passion est sincère et entière.

On a d’ailleurs le cœur qui bat un peu plus fort en empruntant la très, très étroite route de la Chapelle, qui grimpe joliment tout en serpentant au milieu de la nature et qui finit par nous déposer devant un édifice modeste mais chaleureux, petit mais convivial, parfaitement entretenu et faisant honneur à sa réputation : la chapelle Notre-Dame-de-Rugby.

L’œuvre d’un abbé passionné

C’est à l’abbé Michel Devert, originaire de Mézos, une bourgade landaise située à 70 kilomètres plus à l’Ouest, que l’on doit le projet de la chapelle. Déjà très impliqué auprès des jeunes, et donc du rugby, l’abbé apprend avec tristesse la mort de trois rugbymen de l’US Dax en 1964, victimes d’un accident de la route au retour d’un match amical contre le CA Bordeaux-Bègles : Jean Othats, Émile Carrère et Raymond Albaladejo. La douleur est d’autant plus vive que les trois jeunes hommes avaient fréquenté son patronage à Dax.

« Le monde du rugby aura sa Chapelle bien à lui, pour veiller sur ses rudes gars, les protéger du mal, les aider dans leurs difficultés ; avoir la garantie de la protection divine, savoir ou demander la lumière quand l’épreuve surgit, n’être plus seul dans la lutte quotidienne, se retrouver sous le regard de Notre-Dame, n’est-ce pas une sécurité et l’une des joies de la terre ? Ce supplément d’âme qu’apporte la vie religieuse, je voudrais l’offrir en toute liberté au monde du Rugby ! » écrit alors l’abbé.

L’homme avait déjà repéré cette petite chapelle abandonnée sur les hauteurs de Larrivière Saint-Savin. Il prend la décision de défricher son proche environnement dès 1960 avec le projet d’offrir au rugby un lieu de dévotion. L’accident tragique conforte son dessein. Il obtient l’autorisation du secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports un mois seulement après l’accident puis celle de la FFR.

Les travaux de réfection, financés grâce à l’organisation de matches réunissant des équipes de l’élite, se poursuivent pendant quelques années. Le 26 juillet 1967, Robert Bézac, évêque de Dax, inaugure la chapelle en y célébrant une messe. L’abbé Devert profite de l’évènement pour donner lecture de la prière qu’il vient de rédiger :

« Prière à Notre-Dame-du-Rugby

Vierge Marie qui avez enseigné votre Enfant Jésus à jouer sur vos genoux, veillez maternellement sur nos jeux de grands enfants.

Soyez à nos côtés lorsque la passion du jeu nous prend tout entier et qu’il faut malgré tout, garder la maîtrise de soi et maintenir au jeu toute sa noblesse.
Soyez à nos côtés pour soutenir nos forces et nos volontés tendues vers la victoire.

Mais aussi, soyez avec nous, dans la terrible mêlée de l’existence, afin que nous sortions vainqueurs du grand jeu de la vie, donnant l’exemple, comme sur le terrain, du courage, de l’entrain, de l’esprit d’équipe en un mot d’un idéal à l’image du Vôtre.

Amen. »

Les couteliers enrichissent et diversifient leur production, au-delà du simple couteau. Ainsi, des ciseaux, des rasoirs et même des sécateurs commencent à sortir des ateliers.

Un édifice dédié à Marie et au rugby

La chapelle a pu profiter, pendant quelques années, de travaux supplémentaires grâce à la bonne volonté des amateurs de rugby, comme l’édification du clocher en 1971. L’intérieur a été progressivement rénové, au gré des fonds, contribuant à rendre le lieu fidèle à l’ambition de l’abbé.

Lorsque l’on pénètre dans l’édifice, le regard est immédiatement attiré par les quatre vitraux originaux. Le premier, « La Vierge à la touche » a été réalisé en 1969 par Pierre Lisse, alors capitaine du Stade Montois. Le suivant, « Le joueur blessé », est l’œuvre de l’artiste Patrick Geminel, ancien militaire et lauréat du Prix de Rome. Enfin, les deux derniers vitraux sont nés de la main d’Alfred Henquinbrant et s’intitulent « La Vierge aux Pèlerins » et « La Vierge au-dessus de la mêlée ».

Le visiteur peut également admirer les deux statuettes, dont celle de « Notre-Dame-de-Rugby », placée à l’extérieur, juste à côté de l’entrée, que l’on doit également à Pierre Lisse. La seconde « La Vierge à l’enfant », toute dorée, domine l’autel et accompagne de son regard bienveillant les nombreux amateurs de ballon ovale qui visitent les lieux chaque année.

Bien sûr, l’attrait majeur de la chapelle reste son impressionnante collection de maillots, donnés par des joueurs de tous les horizons, inconnus ou célèbres, d’équipes locales ou internationales, vivants ou décédés. Certains ont été portés lors de compétions majeures, d’autres au cours de matches de Fédérale 3. Parfois, une note manuscrite signée d’un joueur célèbre est épinglée sur le maillot.

L’édifice retrouve sa vocation religieuse à travers le reliquaire exposant les maillots et affichant les photos de jeunes joueurs décédés trop rapidement.

Posé sur l’autel, un livre d’or permet à chacun de laisser ses réflexions, impressions et mêmes ses prières avant un match important.

Plus de 10 000 visiteurs chaque année

Le succès dépasse l’estime puisque pas moins de 12 000 personnes décident chaque année de se rendre à Larrivière. La mairie s’est adaptée à cette affluence bienvenue et à la générosité des joueurs en décidant de la construction d’un petit musée du rugby, en 2010, juste à côté de la chapelle, où l’on peut découvrir plus de 500 maillots supplémentaires, mais aussi des chaussures, des ballons, des trophées, des fanions et des photos d’équipes. De nombreux dons sont le fait de personnes souhaitant rendre hommage aux disparus, de parents ayant perdu leur enfant.

Le musée a également pu compter sur la générosité et l’abnégation de Morgan Bignet, un ancien gendarme passionné de ballon ovale qui a pu, avec l’aide son entourage, collecter des maillots du monde entier avant d’en faire don.

Les amateurs de rugby les plus fervents participent au pèlerinage annuel, organisé chaque lundi de Pentecôte. La journée est l’occasion d’assister à la messe organisée sur la petite esplanade devant la chapelle et de partager son repas au cours du pique-nique qui suit le verre de l’amitié. C’est surtout l’opportunité de rendre un vibrant hommage à l’abbé Devert, décédé en 2012 à l’âge de 88 ans et qui repose juste à côté.


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Sites et cités en Dordogne

Sites et cités en Dordogne


À la découverte du patrimoine périgourdin à travers ses sites les plus remarquables, pittoresques et, oui, disons-le, émouvants.

Château d’Excideuil

24160 Excideuil – Tél. : 05 53 52 29 79 – tourisme@naturellementperigord.fr
Ouvert à la visite de mi-juillet à fin septembre mais certaines parties du monument sont accessibles toute l’année, et gratuitement en plus. Visites commentées gratuites en haute saison. Animaux acceptés.

Fièrement dressée sur une impressionnante butte rocheuse depuis le XIIe siècle, à l’initiative des Vicomtes de Limoges qui souhaitaient garder un œil sur la route reliant Limoges à Périgueux et accessoirement étendre leur influence en Périgord, la forteresse se fit plus avenante et confortable à la Renaissance.
Outre son allure spectaculaire, le château forme un ensemble architectural remarquable, qui mérite amplement d’allumer son appareil photo numérique (position « paysage »). L’on remarquera avec étonnement la présence de l’unique donjon carré du Périgord, le magnifique corps de garde, la cour d’honneur ou encore les tours jumelles, décidément très hautes.
Le château en a connu des vertes et des pas mûres tout au long de son histoire, mais jamais Richard Cœur de Lion ne parvint à y pénétrer, malgré ses deux tentatives entre 1182 et 1184.
Le point de vue sur la vallée de la Loue est exceptionnel.

La grotte de Tourtoirac

Les Combes – 24390 Tourtoirac – Tél : 05 53 50 24 77 – grotte@tourtoirac.fr
Visites : de 9h30 à 19h30 en juillet et août, de 10h à 12h et de 14h à 18h en mai, juin et septembre, de 14h à 18h en avril et octobre, le week-end de 14h à 18h en mars et novembre. Ouvert pendant les vacances scolaires.
Site accessible aux personnes handicapées et aux poussettes. Photos interdites.

C’est l’été, il fait chaud, trop chaud. La piscine du camping affiche complet, vous n’avez pas réussi à trouver ce magnifique petit étang aux eaux claires dont on vous a parlé hier soir, la climatisation de la voiture donne des signes de fatigue… Tout n’est pas perdu pour autant. En route vers la jolie commune de Tourtoirac (650 habitants), réputée pour sa grotte, découverte en 1995 par le spéléologue Jean-Luc Sirieix après l’exploration d’un boyau souterrain complètement immergé. Depuis, un puits artificiel a été construit. Profond de 25 mètres, il permet d’accéder en toute sécurité (via l’ascenseur) à la grotte, où la température ambiante ne dépasse pas les 15 °C. On respire, on revit. C’est bon. C’est beau.
Même si nous sommes en Périgord, ne comptez pas admirer des peintures ou gravures murales datant de la Préhistoire. La grotte est surtout réputée pour la beauté de son environnement et la richesse de ses stalagmites et stalactites. Le parcours est parfaitement aménagé et les éclairages se révèlent somptueux. De quoi régaler les yeux et rafraîchir le corps.

Le site troglodyte et le château de Commarque

24620 Les Eyzies-de-Tayac – Tél. : 05 53 59 00 25 – contact@commarque.com
Ouvert d’avril à la fin des vacances de la Toussaint – avril à juin : de 11h à 19h – juillet/août : 10h à 20h – septembre : 10h à 19h – octobre : 11h à 18h.
La partie privée du château (dans la vallée) est ouverte aux personnes handicapées – Parking ombragé – Wifi gratuit – Animaux en laisse autorisés – Restauration sur place.

Deux visites pour le prix d’une ! À une petite dizaine de kilomètres des Eyzies, au cœur de la vallée de la Beune, le château de Commarque joue la proximité immédiate avec la grotte préhistorique. Habitée pendant des milliers d’années, elle recèle de véritables trésors pariétaux, dont le fameux cheval gravé. À l’instar des autres grottes du département, elle est fermée au public pour des raisons de préservation, mais une exposition permanente permet de se laisser gagner par l’esprit des lieux. Construit au XIIe siècle à l’initiative des abbés de Sarlat, quelque peu énervés par les ambitions de la famille Beynac (qui finirent d’ailleurs par s’y installer), le château a salement morflé pendant les guerres de religion puis fut abandonné au XVIIIe siècle, dans un état de quasi-ruine. Fort heureusement, Hubert de Commarque, descendant direct, en fit l’acquisition dans les années 1960 et entreprit de lourds travaux de réhabilitation. Depuis l’été 2016, les grandes salles des corps des logis sont ouvertes à la visite, après un an de travaux de restauration. Si vous n’êtes pas trop sujet au vertige, grimpez au sommet du donjon. En récompense de vos efforts, vous serez touché par le magnifique panorama de la vallée. De nombreuses animations (tir à l’arc, sculpture sur pierre…) pour petits et grands sont proposées en haute saison.

Les jardins de Marqueyssac

24220 Vézac- Tél : 05 53 31 36 36 – jardins@marqueyssac.com
Ouvert toute l’année – Avril, mai, juin, septembre : de 10h à 19h – Juillet et août : 9h à 20h – Février, mars, octobre (jusqu’au 11 novembre) : 10h à 18h – Du 12 novembre à fin janvier : 14h à 17h.
Site accessible aux personnes handicapées – Guide en braille disponible à l’entrée – Restaurant et salon de thé avec terrasse panoramique.

Aménagés sur un éperon rocheux offrant une vue splendide de la vallée de la Dordogne et des villages alentour, les jardins de Marqueyssac s’étendent sur une surface de 22 hectares. Plus de six kilomètres de promenade attendent les visiteurs, au cours de laquelle ils pourront admirer les 150 000 buis taillés à la main. Les cabanes de pierres sèches, les chambres de verdure, le labyrinthe et les aires de jeu agrémentent la visite. En haute saison, les jardins se transforment en décor de conte de fées dès le crépuscule. Des milliers de chandelles sont allumées le long des chemins, contribuant à rendre l’endroit trrrrrrès romantique.

Crédit photo : Steve Shupe – Flickr

Monpazier

24540 Monpazier– Tél (Point Info Tourisme) : 05 53 22 68 59 – ot.monpazier@wanadoo.fr
Ouvert toute l’année – Possibilité de visites guidées en haute-saison – Audioguide et plaquette en braille disponibles pour les malvoyants et les non-voyants.

Le Sud-Ouest reste quand même LE territoire des bastides en France. Ces villages fortifiés, bâtis généralement d’une seule traite entre le XIIIe et le XIVe siècle, étaient agencés autour d’une place carrée, considérée comme le cœur de la cité. Elle accueillait la maison communale et on y organisait les marchés et les foires. Les rues se coupaient en angle droit, formant huit îlots qui encadraient la place, à l’image d’un échiquier.
Monpazier, qui peut se vanter d’une histoire longue de 700 ans, n’a pas subi les outrages du temps. On considère que c’est aujourd’hui l’une des plus belles bastides de la région, à tel point qu’elle a été classée Grand Site national en 1991. Bien sûr, le village offre de vraies merveilles architecturales, comme la maison du Chapitre ou l’église Saint-Dominique, mais le plus simple est finalement de se promener le long de ses charretières et traversières en admirant toutes les habitations, dont la taille est identique.
Après cette belle balade presque spirituelle, on squatte la terrasse du café de la place des Cornières et, entre deux gorgées de bière fraîche, on repère un p’tit resto super bien noté sur Trip Advisor.

Lascaux 4

Lieu-dit Lascaux, 24290 Montignac – Tél : 05 53 51 95 03
Ouverture : le 15 décembre 2016

C’est tout nouveau tout chaud ! Le passionnant feuilleton de Lascaux se poursuit. Après Lascaux I (la grotte originale, quoi), fermé au public en 1963 à cause de la rapide dégradation des œuvres pariétales, Lascaux II, fac-similé partiel ouvert en 1983, Lascaux III, exposition itinérante internationale, Lascaux IV ouvre ses portes en décembre 2016.
L’évènement est de taille puisque le nouveau fac-similé proposera aux visiteurs la presque intégralité de la grotte découverte en 1940, soit 900 m² de parois reconstituées dans les plus infimes détails. Les relevés laser effectués dans la grotte ont permis de réaliser un modèle 3D et de reproduire de manière quasi parfaite les différentes salles originelles. Une trentaine de plasticiens de l’Atelier des fac-similés du Périgord s’est mobilisée pour reprendre chaque peinture.
Bref, la dernière génération technologique et le talent des artistes permettent de proposer au public une immersion absolue dans l’univers de nos ancêtres.


Calendrier des festivités en Dordogne

Calendrier des festivités en Dordogne


On n’imagine quand même pas que la Dordogne ne consacre pas de nombreuses manifestations à ses délicieux produits, sans pour autant négliger la culture, la tradition et la fête.

Janvier

Fête de la truffe
Sarlat – Mi-janvier
Tél: 05 53 31 45 45 – Web: www.sarlat-tourisme.com
Le temps d’un week-end, de nombreuses animations sont organisées autour du précieux champignon (il faudrait plutôt écrire « ascomycète hypogé » mais c’est quand même moins évident). Les visiteurs peuvent profiter du grand marché aux truffes du Périgord, où produits frais et dérivés sont proposés à la vente. Les plus curieux participent aux ateliers de sensibilisation et d’identification, ce qui peut toujours être utile si on décide d’acheter soi-même quelques centaines de grammes du divin ascomycète lors d’un marché périgourdin.
La fête est également l’occasion d’organiser le concours de l’Académie culinaire du foie gras et de la truffe, au cours duquel de jeunes chefs rivalisent d’imagination pour proposer le meilleur plat.
Enfin, des démonstrations de cavage (pas gavage, même si nous sommes sur le même territoire) sont proposées au public, qui comprend un peu mieux la mission ardue des chiens chargés de débusquer la petite boule noire magique. Une truffe pour une truffe, le combat semble équitable.

Février

Fête de la noix
Sarlat – Place de la Liberté – Première quinzaine de février
Tél: 05 53 31 45 45 – Web: www.sarlat-tourisme.com
Vous avez à peine fini de digérer votre overdose de truffes qu’il faut repartir au combat. Fort heureusement, c’est toujours à Sarlat que ça se passe et cette fois, c’est à la noix qu’il faudra rendre honneur, et plus précisément aux quatre variétés AOC du Périgord.
Mine de rien, on la trouve en Dordogne depuis près de 20 000 ans et son huile était tellement précieuse au XIIIe siècle qu’on l’utilisait pour payer les baux ou s’acquitter des dettes.
En plus d’être savoureuse, la noix est bonne pour la santé, notamment grâce à sa riche teneur en arginine, un acide aminé favorisant la circulation sanguine.
La manifestation est avant tout l’occasion d’organiser le concours régional d’huile de noix, mais le public n’est pas pour autant oublié : manifestations joyeuses, animations, rencontres avec les producteurs, dégustations diverses et variées, restauration (plats, desserts, apéritifs, liqueurs à base de noix) et démonstration de fabrication d’huile.

Mars

Sarlat en Périgord Fest’Oie
Sarlat – Place de la Liberté – Début mars (ou fin février – Se renseigner auprès de l’OT de Sarlat)
Tél: 05 53 31 45 45 – Web: www.sarlat-tourisme.com
Sarlat s’impose définitivement comme la ville de la bonne chère et sait rendre hommage à la richesse gastronomique du Périgord. Créé en 2009, Fest’Oie a vocation à placer sous les projecteurs le grand palmipède, qui souffre peut-être de la très dure concurrence du canard. Pourtant, sa chair donne naissance à un foie gras savoureux, aux saveurs certes moins prononcées, mais plus fines et délicates.
L’oie se consomme de mille façons : magrets, gésiers, grillons, demoiselles, confits, brochettes…
Pendant deux jours, les visiteurs peuvent profiter de l’ambiance un peu particulière de la manifestation, animée par des bandas. Les stands des producteurs sont nombreux et les dégustations encouragées. Des ateliers ludiques sont ouverts aux petits et grands.
Le clou des festivités est le gargantuesque banquet organisé le dimanche midi pour près de 800 convives (réservation obligatoire). Pour 45 € (tarif 2016), une douzaine de plats à base d’oie (foie gras, confit, pot au feu, magret, carpaccio…) est servie, le tout arrosé par des vins locaux. Alors, elle est pas belle, la vie ?

Festival Expoésie
Périgueux – Début mars (Manifestation organisée sur une dizaine de jours)
Web: https://ferocemarquise.org
Organisé par l’association Féroce Marquise depuis 2002, le festival provoque de multiples rencontres, en de multiples endroits de la ville, entre la poésie et toute autre forme d’art, qu’il soit visuel, sonore, musical ou lié à une performance. Pendant une dizaine de jours, les lectures, expositions, ateliers, performances, échanges se succèdent aux quatre coins et recoins de la ville. Les mots partent à l’assaut du public, les arts conquièrent la cité.

Avril

Foire de la Latière
Saint-Aulaye – Place du Champ de Foire – 30 avril et 1er mai et deuxième dimanche de septembre
Le hameau de la Latière, à proximité de Saint-Aulaye et aux abords de la dense forêt de la Double, reçoit chaque année des dizaines de milliers de visiteurs. Il faut dire que sa foire, organisée deux fois par an, jouit d’une solide réputation séculaire depuis le Moyen-Âge, qui vaut toutes les campagnes de marketing.
Au printemps, la fête foraine s’impose : manèges, stands de tir, loteries, comptoirs de dégustation, camelots, ventes diverses et variées. C’est aussi et surtout la foire aux bestiaux (un mini salon de l’agriculture, en quelque sorte), avec ses vaches, chevaux, oies, canards…. Les artisans de France et Navarre sont présents, tout comme le sont les musiciens chargés d’animer la festivité.
Le 1er mai, on met les petits plats dans les grands, avec la préparation de l’omelette à l’aillet géante (1 000 œufs et 10 kg de matières grasses), servie à 10 heures. Juste après, c’est la messe, dite au gré des trompes de chasse, qui marque le départ du pèlerinage vers la mystérieuse fontaine de Saint-Eutrope, au sujet de laquelle on dit que les eaux magiques soulagent les estropiés. Enfin, il convient d’assister à la fête du chien, au son de la musique folklorique et médiévale.

Le Printemps des Bastides
Pays du Bergeracois – Avril à juin
Tél : 05 53 06 83 29 – Web : www.pays-de-bergerac.com
Initié par le Comité départemental de la Dordogne, le Printemps des Bastides, qui s’étend du mois d’avril au mois de juin, propose un riche programme de manifestations culturelles et artistiques dédiées aux différences et diversités des peuples de la planète. Spectacles, concerts, débats, projections, expositions, conférences et fêtes thématiques se multiplient à travers les cités du Bergeracois pour inciter le public à découvrir d’autres cultures et sensibilités.

Mai

La Ringueta, fête des jeux traditionnels occitans
Sarlat – Week-end de la Pentecôte – Uniquement les années paires
Tél: 05 53 31 45 45 – Web : www.ringueta-sarlat.fr
Organisée sur deux jours, la Ringueta est le prétexte idéal pour tirer les enfants et les ados de leur télé, smartphone, tablette, PC, PlayStation 4, Xbox One, Wii U préférés. La fête populaire occitane rend un vibrant hommage aux jeux traditionnels et autres démonstrations physiques ou concours de force.
Pas moins d’une soixantaine de jeux sont proposés aux visiteurs, parmi lesquels le rampeau (un jeu de quilles), le casse-toupine (à l’aide d’une perche, le candidat, les yeux bandés et que l’on a fait tourner sur lui-même quelques secondes, doit essayer de casser la toupine suspendue à une corde afin de recevoir une surprise), la tusta-poncha (enfoncer une pointe dans un billot de chêne en trois coups de marteau), etc.
De nombreuses animations musicales et autres joyeusetés (initiation aux danses traditionnelles, épreuves de tir à la corde, mât de Cocagne à gravir, farandoles…) accompagnent la fête.
Si toute cette dépense d’énergie vous a ouvert l’appétit, rendez-vous est fixé en soirée pour la Taulada, un savoureux dîner préparé à l’aide des spécialités locales et pour un prix très abordable. Enfin, un bal traditionnel animé par un groupe occitan vient conclure ce week-end hors du temps, au cours duquel vos enfants auront réalisé que tous les jeux ne fonctionnent pas obligatoirement à l’électricité. C’est pas rien.

Les journées du terroir
Sarlat – Jeudi et vendredi de l’Ascension
Tél: 05 53 31 45 45 – Web: www.sarlat-tourisme.com
La ville de Sarlat donne décidément la part belle aux plaisirs de la bouche. Après les fêtes de la truffe, de la noix et de l’oie, on ressort les assiettes pour goûter toutes les productions périgourdines, nombreuses et variées, salées et sucrées, fondantes ou croquantes. Les producteurs proposent aux visiteurs de se régaler du fruit de leurs productions : noix, fraises, truffes, volailles, foie gras, miel, confitures, vins, digestifs…
Des animations sont proposées aux petits et grands durant les deux jours, qui pourront venir caresser les animaux de la ferme.

Fête de la fraise
Vergt – Troisième dimanche de mai
Tél : 05 53 54 90 05
C’est le collectif des associations du canton de Vergt qui est à l’origine de cette manifestation, au regard de la longue tradition de culture de fraises dans le pays, favorisée par un climat dédié. Les fraises sont cultivées sur les coteaux boisés du Périgord, sous de très longs tunnels de plastique. Elles bénéficient du sigle de qualité officiel IGP, délivré par la Commission européenne, preuve de qualité.
Plusieurs variétés sont proposées au public : gariguette, cirafine, cléry, Donna rouge, candiss…
La fête est l’occasion d’aller à la rencontre des fraisiculteurs, qui prendront un vrai plaisir à répondre aux questions posées et à expliquer leur travail quotidien. C’est aussi et surtout l’occasion de se régaler, notamment lors des banquets organisés au cours desquels le fruit est mis en valeur. Il convient également d’assister au concours de la meilleure tarte aux fraises organisé par la Fédération des Patrons Boulangers Pâtissiers de la Dordogne et le Comité de la Fraise. Deux épreuves sont inscrites à l’ordre du jour, dont la première réservée aux pâtissiers amateurs et la seconde dédiée aux artisans boulangers pâtissiers. Et qui profite du fruit de ce challenge acharné ? À votre avis.

Juin

Fête du vin et de la gastronomie
Chalais-en-Périgord – Place de Mavaleix – Dernier week-end de juin
Web : www.vins-chalais.com
Situé au cœur du Périgord vert, le village de Chalais organise chaque année sa traditionnelle fête du vin et de la gastronomie, une façon conviviale de fêter l’arrivée de l’été. Au total, une trentaine d’exposants viennent occuper les stands de la place Mavaleix, ce qui permet de les rencontrer et d’acheter directement leurs délicieuses productions. Les appellations ne sont pas limitées au seul département de la Dordogne ou aux limites du Sud-Ouest. On y trouve, entre autres, du champagne, du beaujolais, du pineau, des côtes de Bordeaux, du muscadet ou encore des vins de Touraine.
D’autres stands sont dédiés aux plaisirs du bien manger : foie gras, fraises, fromages, galettes…
Un dîner dansant est organisé le samedi et le dimanche soir. Bref, tous les ingrédients d’une fête de village joyeuse et légère.

Juillet

La Félibrée
Chef-lieu de canton du Périgord – Premier dimanche de juillet
Web : www.felibree-2016-saintaulaye.fr (blog dédié à la manifestation de 2016)
Depuis 1903, la Félibrée est organisée chaque été dans un chef-lieu de canton différent. La fête, héritée des troubadours et de leurs chants, rend un hommage appuyé à la langue d’oc et à la culture occitane. Des guirlandes de feuilles, fabriquées tout au long de l’année pour l’évènement, sont accrochées à travers les rues de la ville. Le public, généralement très nombreux, découvre les activités traditionnelles, comme la fabrication de paniers d’osier ou de dentelle, le travail des potiers, le talent des artisans, le savoir-faire des cuisiniers. Tout au long de la journée, des défilés de groupes traditionnels sont organisés. On peut, et on doit, assister à la taulada, le célèbre banquet, qui précède la Cour d’Amour, une représentation de danses et de pièces de théâtre, dites bien sûr en langue d’oc.
La Félibrée est organisée par l’association Lo Bornat dau Perigord (la rûche), école félibréenne du Périgord fondée en 1901. L’association est devenue l’ensemble des hommes et femmes dépositaires d’un savoir et des traditions de l’Occitanie.

Macadam Jazz
Périgueux – Tous les mardis soirs de juillet à août
Tél : 05 53 08 69 81 – Web : www.clap-perigueux.com
Chaque mardi soir, de juillet à août, alors que la forte chaleur de la journée laisse progressivement la place aux douces températures du crépuscule, la ville de Périgueux nous invite à prendre l’apéritif en musique, sur des airs de jazz.
Les groupes investissent les places de la ville et proposent deux rendez-vous par soirée. Le premier est fixé à 18h30 et constitue un prélude musical, une sorte de mise en bouche (ou plutôt oreilles). Le second débute à 20h30 sous la forme d’un concert plus structuré.
Alors, on n’est pas bien là, détendu du tympan ?

La Truffe de Périgueux
Périgueux – Juillet à août
Tél : 05 53 08 69 81 – Web : www.clap-perigueux.com
Ceux d’entre vous qui ressortent la fourchette et la serviette après avoir goulûment assisté à la fête de la truffe organisée à Sarlat en janvier en seront pour leurs frais. La Truffe de Périgueux, organisée par l’association CLAP (à qui l’on doit aussi Macadam Jazz), en collaboration avec France Bleu Périgord, est un concours de chansons françaises. Il permet aux artistes méconnus de venir chanter sur scène, face à un public nombreux et enthousiaste mais aussi devant un jury très attentif.
Le concours n’oublie pas les plus jeunes puisque les chanteurs de 8 à 16 ans peuvent également se produire à travers une catégorie qui leur est dédiée.
Les candidats se succèdent tout au long de l’été, jusqu’à la grande finale au cours de laquelle le vainqueur de l’année est désigné.
Est-il besoin de rappeler que des artistes ont connu (et connaissent toujours) une grande carrière après avoir décroché le trophée ? Ce fut le cas pour Jeanne Cherhal, Miossec ou encore Linda Lemay. Excusez du peu.

Foire aux vins de Sigoulès
Sigoulès – Troisième week-end de juillet
Tél : 05 53 58 40 42
Retour aux plaisirs du palais. Depuis déjà une quarantaine d’années, la foire aux vins de Sigoulès accueille une petite centaine d’exposants, dont des viticulteurs du Bergeracois mais aussi d’autres régions. Les stands dédiés aux bons produits du terroir sont également fort nombreux.
Limiter la foire à la dégustation et à la vente de vins serait une grave erreur. Pendant deux jours, les animations sont multiples et variées, au rythme des bandas : défilé des confréries, spectacle musical, concerts d’orchestres, jeux d’antan, danses traditionnelles, attractions foraines, soirée cabaret… Ceux qui auraient dégusté trop de Pécharmant le samedi soir pourront expier leur faute et soulager leur conscience en assistant à la messe du dimanche matin, animée aux couleurs des confréries. Encore faudra-t-il pouvoir se lever.

Festival des jeux du théâtre
Sarlat – Deuxième quinzaine de juillet
Tél : 05 53 31 10 83 – Web : www.festival-theatre-sarlat.com
Le festival existe depuis 1952, né de la volonté d’unir le magnifique patrimoine de la ville et l’émotion de l’art dramatique. La manifestation propose des représentations théâtrales dans quatre lieux emblématiques de la cité : le jardin des Enfeus, le jardin du Plantier, l’abbaye de Sainte-Claire, la place de la Liberté.
La programmation est confiée, depuis déjà de nombreuses années, à Jean-Paul Tribout, que le grand public connaît grâce à son interprétation de Gustave Pujol dans la série Les Brigades du Tigre mais qui est aussi et surtout un homme de théâtre, avec plus de 80 pièces à son palmarès.
Chaque année, une vingtaine de pièces, classiques ou plus contemporaines, est proposée au public, ainsi que des lectures et des spectacles poétiques.

Crédit photo : Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat en Périgord

Le Grand Souk
La Jemaye – Juillet
www.legrandsouk.com
Initialement organisé à Ribérac, le festival pose sa scène à la Jemaye, et plus précisément aux abords de son grand étang.
Chaque année, des chanteurs de France et du monde entier, confirmés ou débutants, viennent faire le show pendant deux jours.

Itinéraire baroque
Saint-Astier et alentours – Fin juillet
Tél : 05 53 90 05 13 – Web : www.itinerairebaroque.com
Initié par l’organiste et chef d’orchestre Ton Koopman, le festival a la vocation d’organiser des concerts de musique baroque dans les églises romanes et châteaux du Périgord vert, avec le souci d’unir le patrimoine architectural, parfois oublié, à la magie des compositions de Bach ou Telemann. Une trentaine de concerts est ainsi proposée au public en quatre jours, répartis dans différents sites : l’abbaye de Brantôme, l’église de Mareuil, le château de Bourdeilles, l’abbatiale de Cercles…

Mimos, festival international des arts du mime et du geste
Périgueux – Fin juillet
Tél : 05 53 53 18 71 – Web : www.mimos.fr
Chaque année depuis 1983, le festival Mimos « s’attache à refléter toute la diversité d’un art reposant sur le corps en mouvement : mime, théâtre gestuel, performance, danse, cirque, théâtre d’objets, marionnettes… » comme le précise son site Internet.
Des artistes du monde entier viennent se produire au festival, le deuxième plus important au monde après celui de Londres. Le public assiste à une vingtaine de spectacles, qui peuvent être organisés sur scène, mais aussi dans les places, les rues et musées de la ville.
En parallèle, Mim’Off permet à une vingtaine de compagnies d’aller à la rencontre des spectateurs en marge du festival. Leurs spectacles sont gratuits, mais rien n’interdit de déposer quelques euros dans le chapeau.

Festival Cultures au cœur
Montignac – Dernière semaine de juillet
Tél : 05 53 50 14 00 – Web : www.festivaldemontignac.fr
Le festival se montre engagé dans le combat en faveur de la paix et de la rencontre des cultures du monde entier. Chaque été, des dizaines de groupes folkloriques internationaux viennent dévoiler les danses, chants et musiques traditionnels de leur pays.
La manifestation propose également de nombreuses animations, des concerts gratuits à la bodega, des expositions, des conférences et même un marché artisanal.

Festival du Périgord noir
Villes et villages du Périgord noir – Fin juillet à début octobre
Tél : 05 53 51 95 17 – Web : www.festivalmusiqueperigordnoir.com
Les concerts classiques sont organisés dans les églises qui jalonnent la magnifique vallée de la Vézère, choisies pour leur beauté architecturale mais surtout pour leur sonorité exceptionnelle, à même de rendre hommage au talent des musiciens.
À chaque édition du festival, un thème central (« Haendel dans les collines » en 2015, « Drôles de dames » en 2016) est choisi, autour duquel s’établit la programmation.

Août

Festival des musiques épicées
Saint-Aulaye – Premier week-end d’août
Tél: 05 53 90 63 74 – Web: www.musiques-epicees.com
Les terrasses du château de Saint-Aulaye, magnifique édifice dominant la rive gauche de la Dronne, accueillent pendant deux jours des groupes de cultures latine et occitane, dans une bonne grosse ambiance de fête.

Fête du couteau de Nontron
Nontron – Début août
Tél : 05 53 56 29 76 – Web : https://feteducouteau.typepad.fr
On le sait, la tradition de la coutellerie est fort ancienne à Nontron. Il est donc logique que la fête de cet instrument, ô combien pratique, soit organisée dans cette charmante bourgade du Périgord vert qui reçoit le temps d’un week-end une centaine d’exposants venus du monde entier. Les passionnés pourront admirer des joyaux d’orfèvrerie, conçus et fabriqués par des artisans ayant une haute estime de leur métier.
Le week-end précédent la fête est consacré au festival « Forges et métallurgie », qui rend honneur à l’un des plus anciens métiers du monde et qui permet au public de découvrir les ateliers de bas-fourneau, la fonderie de bronze et d’étain et d’assister à la démonstration de coulée de fonte dans le haut fourneau.

Sinfonia en Périgord
Périgueux – Fin août
Tél : 05 53 08 74 83 – Web : www.sinfonia-en-perigord.com
Créé par Michel et David Théodorides en 1990, Sinfonia en Périgord est entièrement dédié à la musique baroque. Il offre la possibilité à de jeunes musiciens ou de nouvelles formations de rencontrer le public dans des lieux prestigieux de la région de Périgueux, sans pour autant oublier les orchestres plus confirmés. Cerise sur le gâteau, l’équipe du festival assure le suivi des graines de talent afin de s’assurer de la bonne évolution de leur carrière.

Septembre

Foire de la Saint-Cloud
Badefols d’Ans – Deuxième week-end de septembre
Au pied de l’imposant château, la foire de la Saint-Cloud prend ses quartiers chaque deuxième week-end de septembre. Un concours de veaux élevés sous la mère permet de repérer les plus beaux bestiaux, qui sont ensuite vendus à un prix légèrement supérieur.
La foire est aussi l’occasion de profiter des nombreuses animations proposées et de se restaurer avec gourmandise puisque les premiers plats, tripes et bavettes, sont proposées dès 8 heures du matin (pour ceux qui auraient boudé leurs corn-flakes). Ambiance rurale garantie.

Foire exposition de Périgueux
Marsac sur l’Isle – Mi-septembre
Tél : 05 53 03 31 61 – Web : www.foire-exposition-perigueux.fr
Organisée sur une semaine, la foire expo de Périgueux, qui est la troisième en importance en Aquitaine après celles de Bordeaux et de Pau, regroupe des centaines d’exposants de toutes sortes. Le public peut également profiter des manèges gratuits, des animations diverses et variées, du village occitan et des nombreux stands de dégustation de spécialités locales.

Novembre

La foire aux dindons
Varaignes – 11 novembre
Tél : 05 53 56 31 05
L’on dit que cette foire un peu particulière date du bon roi Henri IV. Le temps d’une journée, le dindon est à la fête, à tous les sens du terme. La journée commence par un défilé de gallinacés à travers les rues du village jusqu’à la place du château. Il s’ensuit un concours de glouglou, qui peut valoir le détour.
Et si vous tombez sous le charme de ces adorables dindons, vous pourrez d’autant plus les apprécier rôtis lors du grand banquet de la foire, au cours duquel des châtaignes et du bourru sont également proposés aux convives.
Plus de 130 exposants sont présents et les bandas se chargent d’assurer l’animation, que l’on devine joyeuse.
Il est préférable d’arriver tôt, la manifestation accueille généralement plus de 15 000 visiteurs.

Patrimoine et cultures en Dordogne

Patrimoine et cultures en Dordogne


Les châteaux et autres édifices remarquables semblent appartenir depuis toujours au paysage et contribuent à la singularité du département.

Des châteaux en veux-tu, en voilà

Forte d’une histoire qui remonte aux temps préhistoriques, la Dordogne peut s’enorgueillir d’un patrimoine copieux et varié constitué à travers les siècles : grottes ornées, dolmens et mégalithes, villages gaulois puis cités romaines, églises bâties dès le XIe siècle, châteaux et forteresses, bastides… Après Paris, c’est le département de France affichant le plus grand nombre de monuments historiques.

L’on dit du Périgord que c’est la terre aux mille et un châteaux. Cette surproductivité architecturale s’explique essentiellement par l’esprit de rébellion qui habita moult nobliaux hostiles aux attentes du comté du Périgord. De nombreuses forteresses furent alors érigées, aidées en cela par les tensions entre Plantagenêts et Capétiens, comme en témoignent les solides constructions de Beaumont-du-Périgord ou de Monpazier. Il convient également de mentionner les terribles invasions que subit le Périgord tout au long des siècles, sans omettre la guerre de Cent Ans, qui a encouragé l’édification de châteaux forts et de bastides.

Château de Biron – Crédit photo: Mossot – CC BY-SA 3.0

On trouve aussi, et fort heureusement, de magnifiques bâtisses sans vocation guerrière ou défensive. Généralement construites au cœur de grands domaines, elles servaient d’habitations principales ou de lieux de plaisance, à l’image de Château-l’Evêque ou de Vaugoubert.

Un patrimoine architectural apprécié du cinéma

La Dordogne est également remarquable par la diversité de ses demeures, qu’elles soient à colombages, creusées dans le roc, à toiture constituée d’ardoises, de tuiles ou de lauzes. À l’instar de nombreux autres territoires du pays, les matériaux ayant servi à la construction des habitations ont été trouvés à proximité. Ainsi, dans la région de Nontron, le granit est souvent utilisé ; dans le Ribéracois, la forte présence du calcaire influe sur l’architecture des maisons ; dans le pays de la Double, à l’ouest du département, ce sont l’argile et le bois qui ont constitué les matériaux de base.

Ce foisonnement patrimonial représente une sacrée aubaine pour les films dont le scénario évoque les temps passés. Parmi les multiples tournages, citons Le capitan, tourné en 1960 à Biron avec le virevoltant Jean Marais, Les duellistes, réalisé par Ridley en 1977 ou encore La fille de d’Artagnan, avec la very jolie Sophie Marceau, tourné en 1994. Ah, il faut la voir à dos de cheval dans les ruelles du village, se battre comme une furie avec sa longue épée sur la toiture du château, paraître innocente, belle et fraîche dans sa jolie robe jaune pinson.

Culture occitane

Au regard d’une histoire aussi riche, les Périgourdins (ou Périgordins, c’est selon) revendiquent fièrement les traditions qui se sont nourries des siècles passés. L’occitan y fut parlé dès le Xe siècle, grâce notamment aux histoires narrées par les troubadours de villages en bastides. On continue d’ailleurs de rendre hommage à cette culture occitane chaque année en Dordogne, à travers la Félibrée, organisée le premier dimanche de juillet dans un chef-lieu de canton, et ce depuis 1903. La fête folklorique réunit à chaque manifestation plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le Président du Bournat, l’association en charge de l’évènement, a bien résumé en 2015 la finalité de la Félibrée : « Il s’agit de mettre en valeur la langue, la musique, les danses et les chants occitans, mais aussi d’être une vitrine des savoir-faire de notre département ».

Nature et paysages en Dordogne

Nature et paysages en Dordogne


Composé d’une grande variété de paysages répartis entre quatre régions naturelles bien distinctes, le département est réputé pour ses denses forêts de chênes, ses falaises calcaires et ses larges vallées que traversent les rivières sinueuses.

♫♫ « Pourtant, que l’Périgord est rare,

Comment, peut-on s’imaginer,

En voyant un vol de canards,

Que l’hiver vient d’arriver ? » ♫♫

Telles auraient pu être les paroles de la célèbre chanson de Jean Ferrat si ce dernier avait jeté son dévolu sur cette province du Sud-Ouest.

Tout le monde le reconnaît : la Dordogne, c’est très joli. Cette beauté naturelle s’explique peut-être par la foultitude des petits pays qui composent le département. On apprécie tout autant les denses forêts de chênes, les murailles calcaires au sommet desquelles se dressent de fiers châteaux, les rivières sinueuses qui traversent les vallées et les coteaux mangés par la vigne.

L’omniprésence du sol calcaire et la densité des cours d’eau souterrains ont contribué à la naissance d’un grand nombre de gouffres et de grottes, pour la plus grande joie des spéléologues.

Ce cadeau de la nature a suscité la création de trois réserves: Liorac, marais de Groléjac et Peyssac.

La forêt est maîtresse en terres périgourdines, puisqu’elle occupe près de la moitié de la superficie (400 000 hectares). Elle est essentiellement composée de chênes, de noyers, de châtaigniers de frênes et de hêtres, mais les résineux marquent une belle progression, jusqu’à occuper 100 000 hectares.

La profusion des cours d’eau s’accompagne naturellement d’une grande diversité de poissons, parmi lesquels il convient de citer le saumon atlantique, la lamproie fluviatile, la carpe, la truite ou encore l’esturgeon. Plus au sec, la faune se compose de différentes espèces animales : sangliers, blaireaux, chevreuils, lièvres, grands corbeaux et encore faucons pèlerins à flanc de falaises.

Il est d’usage de considérer la Dordogne selon une palette polychromique, chaque Périgord revendiquant fièrement sa particularité et la richesse de son terroir.

Le Périgord vert

C’est Jules Verne qui est à l’origine de l’expression, après un séjour dans le pays de Brantôme. L’écrivain avait remarqué la prédominance des prairies et des forêts dans cette partie nordique du département, où tombe souvent la pluie et émergent les rivières comme la Dronne, l’Isle ou le Bandiat qui vont ensuite devenir plus matures et imposantes dans les vallées du Périgord, plus au sud.

Le Périgord vert est une terre de polyculture, qui privilégie l’élevage. Il n’est pas rare d’observer les gentilles vaches limousines se la couler douce dans les nombreux prés aux abords des petites routes.

Les amoureux de la nature ne manqueront pas d’aller à la découverte du parc naturel régional Périgord-Limousin, qui fut créé en 1998. Proposant une superficie de près de 2 000 km², habité par 50 000 Périgordins, l’espace est richement doté de forêts de châtaigniers, de plateaux calcaires, de rivières vives et autres sites naturels magnifiques. On y organise chaque année des fêtes qui valent le détour (festival des bandas, fête du cèpe, carnaval des Soufflets…) et de nombreux édifices et musées sont ouverts au public.

La Dronne à Brantôme – Crédit photo: O.S. p/s FranceSudOuest

Le Périgord blanc

Plus au sud, après avoir traversé la noble forêt de la Double, se distingue le Périgord blanc, dont l’appellation est tirée des plateaux et des falaises calcaires, sans oublier les pierrailles du Causse. Composé des vallées de l’Isle et de l’Auvezère et de paysages joliment vallonnés, le pays regroupe entre autres les communes de Périgueux, de Saint-Astier, de Neuvic ou encore de Sorges.

Les sols de cette partie du département, essentiellement composés de sable et d’argile, ne permettent pas une polyculture aussi riche qu’en Périgord vert mais la diversité de ses terrains autorise de jolies productions de blé, de maïs, d’orge et de fraises.

Le Périgord pourpre

C’est la couleur que prennent les feuilles de vignes à l’automne qui est à l’origine de l’appellation de ce territoire du département situé au Sud-Ouest. Nous sommes ici dans le pays de Bergerac, de Monbazillac et de Monpazier. Le climat agréable contribue aux nombreuses cultures du pays, comme le maïs, les vergers, le tabac. C’est avant tout la terre des vignobles et des bastides.

Le Périgord noir

Enfin, au Sud-Est se trouve la dernière entité du département, qui tire son nom des épaisses forêts de chênes-verts et de châtaigniers dont la canopée assombrit les paysages. Le Périgord noir est essentiellement calqué sur l’arrondissement de Sarlat-la-Canéda et l’on y trouve la majeure partie des sites préhistoriques (Lascaux, Les Eyzies…) ainsi que les châteaux hauts perchés de la vallée de la Dordogne (Domme, Castelnaud…). Les gastronomes trouvent ici la béatitude grâce à la truffe et au cèpe, sans oublier la production de foie gras.

Éléments d’histoire de la Dordogne

Éléments d’histoire de la Dordogne


De l’homo erectus à l’addict iPhonus, la Dordogne est le témoin privilégié de notre très longue histoire.

La préhistoire

La présence humaine est attestée en Dordogne depuis 450 000 ans. Ce furent d’abord les Homo erectus ou Acheuléens, dont des traces ont été découvertes dans le gisement de la Micoque aux Eyzies, puis les Hommes de Néandertal (-100 000 ans), repérés au Moustier, et les Homo sapiens sapiens (-35 000 ans), aussi connus comme les Hommes de Cro-Magnon, selon le nom du lieu-dit aux Eyzies.

Les Homo erectus (dont le qualitatif est tiré du fait qu’ils se tenaient droit et marchaient sur leurs deux pieds) savaient allumer un feu, tailler des silex, dits bifaces, et édifier des huttes sommaires à l’aide de branchages. Leur survivance reposait sur la chasse et la cueillette de végétaux.

Les Hommes de Néandertal ont également vécu dans la région périgourdine, jusqu’à leur disparition vers -35 000. À la différence des Acheuléens, les Néandertaliens enterraient leurs morts. Des tombes d’adultes et d’enfants ont ainsi été retrouvées au Moustier, au Pech de l’Aze ou encore à la Ferrassie.

Ce furent enfin les Homos sapiens sapiens, sans doute originaires de l’Est de la Méditerranée, qui s’installèrent en terres périgourdines. Les Hommes de Cro-Magnon, considérés comme nos ancêtres directs, savaient concevoir des statuettes, peindre sur les parois des grottes, fabriquer des outils, pêcher des poissons à l’aide d’hameçons et profiter des nombreuses ressources offertes par leur territoire. En revanche, il semblerait qu’ils n’aient jamais dépassé les phases éliminatoires de Questions pour un champion.

Grâce aux fouilles menées depuis 1863, plus de 200 gisements préhistoriques ont été découverts en Dordogne, principalement dans la zone des Eyzies-de-Tayac et tout au long de la Vézère et de la Beune. Ainsi, l’abri de Laugerie-Haute a servi de refuge pendant des millénaires aux populations préhistoriques. Le gisement de la Madeleine, en aval de Tursac, a révélé lors des premières fouilles d’innombrables richesses : outils en ivoire, accessoires de parures, silex taillés et même une plaquette d’ivoire affichant un magnifique dessin de mammouth. L’abri du Moustier a permis d’exhumer le squelette d’un adolescent de type néandertalien.

Dans le domaine de l’art pariétal, la grotte des Combarelles provoqua l’étonnement puis la joie des préhistoriens, dont le célèbre abbé Breuil, lors de son exploration en 1901. Près de 300 figures y furent découvertes (pour la plupart gravées), datant du magdalénien et représentant notamment des animaux, une main cernée de noir, des formes humaines et même des anatomies génitales, ce qui tendrait à prouver que les graffitis vulgaires que l’on observe parfois sur les murs de nos cités modernes seraient en fait l’œuvre de personnes particulièrement cultivées et férues d’histoire.

En 1940, quatre adolescents découvrirent accidentellement, à proximité de Montignac, une grotte dont les parois étaient ornées de somptueuses fresques d’animaux, éclatantes grâce à leurs coloris préservés depuis près de 17 000 ans. La grotte de Lascaux suscita rapidement l’engouement phénoménal du public et des scientifiques. Les visites de multiplièrent et, en l’espace d’une vingtaine d’années, la pollution engendrée par les curieux commença à dégrader les peintures. Il fut décidé de fermer définitivement le site en 1963.

La dernière découverte est celle de la grotte de Cussac, en septembre 2000, à proximité de la commune du Buisson de Cadouin. La grotte révèle des centaines de gravures d’animaux (mammouths, chevaux, rhinocéros…) dont certaines sont gigantesques. On y a également retrouvé des ossements humains de plus de 29 000 ans.

Par souci de conservation, la plupart des sites préhistoriques de la Dordogne sont fermés au grand public. Il est possible de se consoler en visant le site de Lascaux II, fac-similé situé à 200 mètres de la grotte originale. Les plasticiens ont effectué un travail de grande qualité, reproduisant, au centimètre près, les peintures originales de la salle des Taureaux et du diverticule des Félins. La précision de la reconstitution semble avoir séduit le public puisque 250 000 visites sont enregistrées chaque année.

Musée national de la Préhistoire By Didier Descouens (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Enfin, les passionnés de grottes et de silex peuvent visiter le musée national de la Préhistoire, aux Eyzies, qui conserve des dizaines de milliers de pièces issues du paléolithique. Il convient de mentionner également le centre d’accueil du pôle international de la Préhistoire, ouvert depuis 2010, dont la vocation est de valoriser le patrimoine de la vallée de la Vézère. Le centre fournit toutes les explications utiles à ceux qui envisagent d’emprunter le parcours des sites préhistoriques et de s’imprégner d’une époque au cours de laquelle les hommes réussissaient à (sur)vivre sans smartphone ni GPS. Chapeau.

L’Antiquité et le Moyen-Âge

Les terres de la Dordogne, essentiellement les vallées de l’Isle, de la Vézère et de l’Auvézère, furent longuement habitées par les Petrocorii (ou encore Pétrocores ou Prétocoriens), peuple gaulois d’origine celte, dont l’étymologie signifie « quatre tribus » ou bien « quatre armées », selon les historiens. C’est d’ailleurs ce terme de Petrocorii qui a fini par donner le nom de Périgord.

En -52, les Prétocoriens, réputés pour l’excellence de leur travail du fer, envoyèrent 5 000 hommes prêter main-forte à Vercingétorix pour lutter contre l’invasion des légions romaines, en toute connaissance de cause si l’on se réfère à ce court passage historique :

« Prends garde, fier Pétrocorien,

Réfléchis avant de prendre les armes,

Car, si tu es battu,

César te fera couper les mains ! »

C’est donc légèrement amputés que nos ancêtres durent se résoudre à accepter la présence romaine dans leurs belles contrées, qui était déjà avérée depuis quelques décennies. La culture, la langue, la pratique religieuse changèrent. Les terres reçurent de nouvelles cultures, comme le châtaignier et la vigne. L’architecture urbaine se modifia, au profit d’un agencement en plan ordonné autour de deux axes : le cardo (nord-sud) et le decumanus (est-ouest). Vesunna (Périgueux) qui devint une cité réputée et prospère, riche de 10 000 habitants, illustre bien ce nouvel agencement citadin. Les curieux peuvent retrouver quelques vestiges, comme ceux de l’amphithéâtre (construit au 1er siècle, considéré comme l’un des plus vastes de Gaule) et des remparts de l’ancienne citadelle.

Au Ve siècle, les Wisigoths installèrent leur empire en Aquitaine et dans tout le midi de la Gaule. En 507, la bataille de Vouillé, aussi brève que violente, contraria quelque peu les projets du roi Alaric II, ce dernier se faisant transpercer par l’épée vengeresse de Clovis en personne, rois des Francs et guerrier redoutable. Désemparés, les Wisigoths prirent la sage décision de décamper plus au Sud. Grâce à cette victoire, qui précéda la conquête de Toulouse un an plus tard, Clovis repoussa les limites du royaume jusqu’aux Pyrénées.

Quand même un peu fatigués par toutes ces invasions de gens pas forcément sympas (on ne parle même pas de celles des Gascons et des Normands), les habitants du Périgord durent encore supporter les hordes sarrasines au début du VIIIe siècle. Leur présence est toujours visible à travers le nom de certaines communes du département : Maurens, Sarrasac, Mauriac…

Le Périgord fut ensuite érigé en comté et rattaché au royaume d’Aquitaine, sous l’impulsion des Carolingiens. Au cours du Xe siècle, quatre baronnies se firent jour : Mareuil, Brison, Bourdeilles et Beynac, toutes dévouées à la cause royale.

Parmi la lignée de comtes, l’histoire retient Adalbert, réputé pour son appétit guerrier, successeur d’Hélie de Talleyrand-Périgord. En juillet 987, la proclamation d’Hugues Capet comme roi de France sonne le glas de la dynastie carolingienne. Le nouveau souverain, élu par les vassaux, doit faire face à Adalbert, qui combat le comte de Blois aux portes de Tours. Le roi lui enjoint par lettre de lever le siège et lui rappelle que les comtes sont avant tout des fonctionnaires au service de la royauté. Piqué, Adalbert lui répond que ce sont pourtant les ducs et les comtes qui l’on élu roi.

L’échange est resté célèbre :

« – Adalbert, qui t’a fait comte ?

– Hugues, qui t’a fait roi ? »

Ca-ssé !

Aliénor d’Aquitaine par Frederick Sandys, 1858, musée national de Cardiff

En 1154, le mariage de la jolie duchesse Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt fit basculer le Périgord du côté british de la force, ce qui émoussa quelque peu l’humeur pourtant joviale des comtes périgourdins. De longues décennies durant, des châteaux furent édifiés et de nombreuses batailles engagées contre l’envahisseur angloy. Ainsi, en 1356, les assauts de l’armée anglaise contre la ville de Périgueux furent repoussés à trois reprises. Mieux encore, jamais Sarlat-la-Canéda ne courba l’échine face aux Anglais. Le Périgord dut néanmoins faire face à des épisodes moins heureux tout au long de la guerre de Cent Ans, comme les violentes chevauchées du Prince Noir, fils d’Edouard III, et de son armée, dépêchés sur place pour défendre les possessions familiales. Fort heureusement, Bertrand du Guesclin parvint à reprendre quelques territoires, dont Bourdeilles en 1377 et Saint-Astier en 1379.

Au terme de multiples soubresauts et changements de souverains, le comté du Périgord rejoignit la couronne de France en 1454, non sans une dernière petite baston entre amis, qui est restée gravée dans l’histoire : la bataille de Castillon.

De la Renaissance à la Dordogne

Ce qu’il y a de bien avec les guerres, c’est que même quand on n’en veut plus, il y en a encore. Aux conflits territoriaux succédèrent les luttes religieuses. Au XVIe siècle, le Périgord fut particulièrement perméable à la Réforme et à l’expansion du protestantisme. Périgueux tomba ainsi en 1575 sous l’influence de Guy de Montferrand, dit Langoiran, et son fidèle copain Geoffroy de Vivans. La cité resta aux mains des protestants jusqu’en 1581, date à laquelle ils furent renversés par les catholiques. D’autres villes périgourdines subirent également les sanglantes ambitions des protestants à cette période : Bergerac, Monpazier, Ribérac, Nontron…

L’édit de Nantes, promulgué en 1598 par le roi Henri IV, mit un terme aux troubles secouant le Périgord et les autres territoires du royaume. La révocation du verset religieux de l’édit, décidée par Louis XIV en 1685, provoqua finalement l’exil de milliers de protestants des principales cités de la région. Beaucoup d’entre eux s’installèrent définitivement en Hollande.

La Révolution française ne souleva pas de puissants bouleversements à l’échelle locale – quelques nobles décapités pour marquer le cou(p) – et permit la création du département de la Dordogne en 1790, aux contours proches de l’ancienne province du Périgord.

La Gironde en quelques mots…

Pinasse sur le bassin d'Arcachon

Pinasse sur le bassin d’Arcachon – Crédit photo: SuperCar-Roadtrip.fr (Flickr)

ÉLÉMENTS D’HISTOIRE

Les premières sociétés

À l’instar de la Dordogne, les ressources naturelles de la Gironde (abris sous roche, nombreux cours d’eau, vastes forêts pleines de délicieux gibiers) ont favorisé l’installation de nos ancêtres dès l’ère préhistorique.

Si le patrimoine est moins copieux que celui découvert en terres périgourdines, il présente un intérêt historique certain, ne serait-ce que grâce à la proximité des basses vallées de la Dordogne et de la Garonne. Ainsi, la grotte de Pair-non-Pair, près de Bourg-sur-Gironde, découverte en 1881, a révélé la présence de milliers d’outils en silex, d’objets en ivoire et d’ossements d’animaux, datant de l’Aurignacien (-30 000). Mieux, une soixantaine de figures gravées orne les parois, représentant des cervidés, des mammouths, des bovidés ou encore des félins.

Par Xabi Rome-Hérault, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3565987
Entrée de la grotte de Pair-non-Pair par Xabi Rome-Hérault, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3565987

En terres médocaines, à proximité de Soulac, les archéologues ont retrouvé des silex aziliens datant de 9 000 à 8 000 av. J.-C. Il semble d’ailleurs que les hommes se soient durablement installés pendant quelques millénaires sur la façade atlantique, trouvant dans cet environnement maritime une source continuelle de nourriture (poissons, crustacés, gibier) et la garantie d’un joli bronzage doré grâce aux vastes plages qui n’étaient pas encore, ô luxe suprême, sujettes à une surfréquentation touristique.

Dans la région de Pauillac, les hommes de l’âge du Bronze (1 500 avant J.-C.) habitaient des campements à proximité du fleuve.

Le dolmen de Curton, à Jugazan, forme un autre précieux témoignage de la Préhistoire, et plus précisément du Néolithique. Découvert en 1904 par l’abbé Labrie, inscrit au titre des Monuments historiques en 1995, le dolmen abritait huit corps inhumés. L’abbé a également constaté la présence d’un mobilier funéraire, composé de coquillages troués, d’une hache et même d’un vase. Le site, bien conservé, peut toujours être visité aujourd’hui.

Autre vestige digne d’intérêt : l’allée couverte de Roquefort, à Lugasson. D’abord étudié par l’abbé Labrie en 1922, le site a fait l’objet de nouvelles analyses en 1971. Il a été occupé par les hommes il y a environ 6 000 ans (Néolithique). À l’instar du dolmen, l’allée était dédiée aux rites funéraires et servait de sépulture collective.

On trouve aussi quelques menhirs en Gironde, dont le plus remarquable est celui dit de Peyrefitte, à Saint-Sulpice-de-Faleyrens. Probablement érigé entre 2 600-2 300 av. J.-C. (Néolithique récent), il affiche une hauteur respectable de 5,20 m pour une largeur de 3 m.

Tribus gauloises et invasions

En Gironde, deux tribus principales se partageaient le territoire : les Vasates et les Bituriges Vivisci. Les premiers sont un peuple aquitain, proto-basque dont la capitale, Cossio, est connue aujourd’hui sous le nom de Bazas. Les Bituriges Vivisci (ou Bituriges déplacés) sont quant à eux d’origine celtique, ayant quitté la région de Bourges entre la fin de la guerre des Gaules et le règne d’Auguste. Cette peuplade se subdivise en plusieurs entités à travers la Gironde : les Boïates dans le pays de Buch, les Belendi dans celui de Belin et enfin les Medulli, installés à Burdigala (Bordeaux).

Lors de la conquête romaine, les Vasates tentent de résister aux légions de César mais les Bituriges se soumettent sans trop de difficulté, en 56 avant J.-C., à l’autorité de Rome.

Contrairement aux Pétrocoriens installés en Dordogne, les tribus gauloises de la Gironde n’envoient aucun homme prêter main-forte à Vercingétorix lors de la bataille d’Alésia (- 52). Au contraire, Vasates et Bituriges, conscients d’habiter une région qui contrôle entre autres le commerce de l’étain, denrée précieuse, anticipent rapidement les bienfaits de la Pax Romana. À titre d’exemple, la grande voie romaine reliant Arles à Toulouse est prolongée jusqu’à Burdigala, offrant un axe de communication majeur avec les autres contrées.

Doucement mais sûrement, l’organisation et la culture romaines s’imposent. Sous le règne de l’empereur Vespasien (69-79), Burdigala devient une cité importante et acquiert le statut de capitale de province. Quelques décennies plus tard, la ville s’impose comme la métropole de la seconde Aquitaine, un vaste territoire. Afin de confirmer son essor commercial, de nouvelles routes sont pavées, en direction de Périgueux, Agen et Dax.

Palsi Gallien - Bordeaux
Vestiges de l’amphithéâtre Gallien (ou Palis Gallien) -Par I, F.rodrigo, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2327239

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Burdigala prospère et se fait belle, notamment grâce à la construction de son amphithéâtre Gallien, de ses thermes, temples et palais, sans oublier la spécialité romaine, les aqueducs. Aux alentours, on procède aux premières plantations de vignes, en privilégiant le cépage vitis biturica, l’ancêtre du cabernet. Le commerce de l’étain de Cornouailles, du bois, de la résine et encore des vins méditerranéens prend son essor. Burdigala est alors considérée comme la « petite Rome ».

Les premiers missionnaires envoyés de Rome suscitent quelques agacements, à l’image de Martial de Limoges (ou Saint-Martial), fondateur de l’église d’Aquitaine, en mission dans le Bordelais vers 250 afin d’évangéliser cette région toute acquise aux dieux romains. Il est inutile de préciser que son accueil n’est pas des plus chaleureux. Néanmoins, il pose les premiers jalons de la religion chrétienne, officielle à partir de 325.

Le personnage emblématique de cette douce époque est sans conteste le poète et universitaire Ausone (310-395), dont la vivacité d’esprit et les qualités oratoires ont dépassé le seul périmètre de Burdigala. On vient de tout l’Empire pour l’écouter et l’empereur Valentinien le convoque à Trèves en 364, où il devient le précepteur du jeune Gratien.

Amoureux fou de sa ville natale et de sa région, Ausone est un épicurien, amateur des huîtres du Médoc, des gibiers et surtout des vins de propriétaires. « Temperat ingenuos qua laeta Aquitanica mores » : L’Aquitaine où s’adoucit la rudesse des mœurs primitives… Les femmes ressentent quelques douces chaleurs à son passage dans les rues de Burdigala, avec l’ambition secrète de partager la couche d’Ausone.

Le Ve siècle siffle le coup d’envoi des invasions diverses et variées. Ce sont d’abord les Vandales qui pillent Bordeaux en 409 et s’installent dans la région, où ils ne resteront que deux années. Viennent ensuite les terribles Wisigoths, maîtres du sud-ouest de la Gaule dès 475. Fort heureusement, Clovis, à la tête des Francs, remporte la bataille de Vouillé en 507 et transperce le cœur d’Alaric II, poussant les guerriers germaniques à reculer jusqu’en Espagne.

Les invasions se succèdent pendant quelques siècles. Musulmans, Carolingiens, Gascons et encore Normands livrent les terres girondines et la cité de Bordeaux aux tueries, pillages, incendies, destructions et autres joyeusetés.

La bataille de Castillon, une date clé de l’Histoire de France

La bataille de Castillon
Par Martial d’Auvergne — Antoine Leduc, Sylvie Leluc et Olivier Renaudeau (dir.), D’Azincourt à Marignan. Chevaliers et bombardes, 1515-1515, Paris, Gallimard / Musée de l’armée, 2015, ISBN 978-2-07-014949-0, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=44096517

Aliénor d’Aquitaine épouse en 1152 le fougueux Henri Plantagenêt, duc d’Anjou, couronné roi d’Angleterre deux ans plus tard. Elle lui offre en dot son joli duché, qui passe de fait sous domination anglaise. Il le restera pendant près de trois siècles, poussant le royaume de France à initier les premières luttes de reconquête.

Les princes anglais viennent s’installer en Aquitaine. Soucieux de ne pas exacerber les tensions des populations locales, notamment en Gironde, ils autorisent les premières franchises communales, permettant aux villes d’instaurer leur propre gouvernement, d’élire leurs magistrats et de se défendre librement.

Le commerce du vin est resplendissant. Deux fois l’an, 200 voiliers transportent le précieux nectar des quais de Bordeaux vers l’Angleterre.

La « période anglaise » de l’Aquitaine est marquée par de nombreux troubles. Le fils d’Henri II, Richard Cœur de Lion, se comporte en maître abusif. Il pille les richesses du duché, mate les nobles gascons, est accusé à multiples reprises de viols et de meurtres.

En 1337, les rivalités persistantes entre Français et Anglais, entre la dynastie des Plantagenêt et celle des Valois aboutissent à la guerre de Cent Ans avec, en ligne de mire, la mission de récupérer la Guyenne.

En 1362, le roi Édouard III transforme l’Aquitaine en principauté et la confie à son fils aîné Édouard Plantagenêt, dit le « Prince noir ». Ce dernier impose des impôts importants à tous ses sujets pour maintenir son train de vie. Le comte d’Armagnac, Jean 1er, s’y oppose résolument, livre bataille et quémande le soutien du roi de France, Charles V.

Les tensions entre les royaumes d’Angleterre et de France ne cessent de croître. Au gré des conflits locaux, les terres d’Aquitaine sont prises puis rendues aux Anglais.

En 1451, l’armée royale de Charles VII vient de reconquérir la Normandie et se dirige vers la Guyenne, où elle s’empare des villes de Blaye, Libourne, Castillon, Saint-Emilion et Bordeaux. En réponse, le roi d’Angleterre Henri VI envoie une armée, placée sous les ordres de John Talbot. Il reprend Bordeaux en 1452, permettant de réactiver les réseaux commerciaux entre les deux pays.

Fort marris, les Français décident de tendre un piège à proximité de Castillon, le 13 juillet 1453. Les frères Jean et Gaspard Bureau, respectivement trésorier général de France et grand maître de l’artillerie, profitent de la géographie des lieux pour installer stratégiquement les troupes. Le millier d’hommes de la cavalerie bretonne se planque sur la colline d’Horable. Jean Bureau fait installer 300 canons mobiles sur la plaine de Colle.

Lorsque Talbot et ses hommes arrivent à Castillon, au matin du 17 juillet, ils ne perçoivent pas clairement les positions de l’armée française. Les assauts qu’il ordonne sont systématiquement repoussés. Surtout, ils sont tombés dans le piège imaginé par Jean Bureau, qui positionne ses canons sur les troupes anglaises et les quelques milliers de Gascons. Les premiers tirs sont dévastateurs.

Les soldats anglais, dans la force du désespoir, parviennent néanmoins à lancer plusieurs assauts mais ignorent que la cavalerie bretonne, toujours en retrait, est sur le point d’intervenir. C’est le coup de grâce.

Plus de 4 000 Anglais perdent la vie. John Talbot et deux de ses fils sont également tués. De leur côté, les Français ne déplorent qu’une centaine de tués et de blessés. Cette large victoire permet à la Guyenne de redevenir française et, surtout, de mettre fin à la guerre de Cent Ans.

Le 14 octobre de la même année, le roi Charles VII parade dans les rues de Bordeaux, sous les acclamations inquiètes des habitants, qui ont quand même soutenu la cause anglaise.

Les premières décisions ne tardent d’ailleurs pas à être prises : Bordeaux perd ses privilèges, des dizaines de seigneurs de la province sont condamnés à l’exil et le roi déploie des garnisons dans toute la Guyenne, au cas z’où les Anglais émettraient le souhait d’un come-back.

La traite négrière au XVIIIe siècle

Dès l’époque gauloise, Bordeaux a su tirer parti de sa situation géographique privilégiée et parfois même de ses envahisseurs pour s’imposer comme une ville commerciale de renom.

Au XVIIIe siècle, la ville profite d’une vraie prospérité, notamment grâce à l’activité de son port, passerelle privilégiée vers l’Espagne et les colonies. La production vinicole annuelle avoisine les 200 000 tonneaux, dont plus de la moitié est exportée en Angleterre.

La capitale de la Guyenne va considérablement augmenter ses activités de négoce autour de la traite des esclaves africains. Le « trafic triangulaire » est somme toute assez simple. Les armateurs bordelais envoient des navires sur la côte ouest-africaine (principalement en Guinée et au Sénégal), chargés de denrées et de bibelots, qu’ils échangent contre le « bois d’ébène », les esclaves. Ces derniers, entassés comme des animaux pendant la traversée de l’Atlantique, sont vendus à prix d’or dès leur arrivée aux Antilles (Cuba et Saint-Domingue), à la recherche d’une main d’œuvre importante pour répondre aux attentes des grandes villes européennes. Les voiliers reviennent ensuite à Bordeaux, les cales débordant de sucre, de bois précieux, de cuir ou encore de café.

Très rapidement, Bordeaux devient la deuxième ville négrière du royaume de France, derrière Nantes et à niveau égal avec La Rochelle, suscitant l’admiration d’Étienne François de Choiseul, ministre, qui écrit en 1768 : « « Le Roi étant informé que les négociants du port de Bordeaux se livrent avec beaucoup de zèle au commerce de la Traite des Nègres, qu’il résulte des états qui lui ont été présentés que, depuis le 30 avril 1767 jusqu’au 30 octobre de la même année, ils ont armé sept navires pour la côte de Guinée, qu’ils en ont actuellement six autres en armement pour le même objet ; et que si la traite était favorable, ils pourraient introduire 5 190 nègres aux colonies […] ils jouiront de l’exemption du droit de livres par tête. »

De fait, de nouvelles fortunes, souvent rapides, se font jour à Bordeaux. Les prises de position de Montesquieu contre l’esclavagisme ne pèsent pas lourd face aux puissants acteurs du négoce bordelais. Ces derniers défendent leurs intérêts jusqu’à Paris en 1789.

Le mouvement abolitionniste est néanmoins amorcé, grâce à des personnalités comme André-Daniel Laffon de Ladebat. Ce dernier, commissaire député de la Guyenne, prononce son discours à l’Assemblée, le 13 août 1789, sur « la nécessité et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies ».

L’esclavage est définitivement interdit en 1817, après la déportation de 150 000 hommes, femmes et enfants organisée par les négriers bordelais. Certains d’entre eux poursuivront leur activité clandestinement pendant quelques années.

La naissance des Girondins (pas l’équipe de foot)

Le député girondin Pierre Vergniaud, décapité en 1793.
Le député girondin Pierre Vergniaud, décapité en 1793.

La création du département de la Gironde intervient en 1790, au détriment de la province de la Guyenne. Des tensions apparaissent localement, certains souhaitant une séparation du Bazadais et du Bordelais, d’autres espérant la formation d’un nouveau département entre la Gironde et les Landes.

Les principaux acteurs de la Révolution à Bordeaux, tels Roland, Brissot, Vergniaud, Guadet, Gensonné, acquièrent une solide réputation, qui dépasse rapidement le périmètre de la cité gasconne, notamment grâce à leur éloquence et leur idéalisme politique. Issus de la bourgeoise, occupant des fonctions d’avocat, de professeur ou de journaliste, on les surnomme les Brissotins ou les Rolandins. C’est à Lamartine que l’on doit le terme de Girondins, au XIXe siècle.

Ils constituent le groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée législative en 1791. Adaptes de la pensée voltairienne, épris de liberté politique, ennemis jurés des partisans de la monarchie constitutionnelle, les Girondins défendent avant tout les valeurs de la bourgeoisie, sans vouloir se soucier des démarches initiées en faveur des couches de la population les plus défavorisées. Ils ne partagent aucunement les revendications et les attentes du peuple révolutionnaire.

Membres du club des Jacobins, ils siègent à gauche de l’Assemblée, où ils développent leurs arguments contre les immigrés (discours du 31 octobre et 9 novembre 1791) puis contre les prêtres réfractaires (discours du 29 novembre).

En mars 1792, le roi Louis XVI appelle plusieurs d’entre eux à occuper différents ministères. Ils contribuent à faire adopter la déclaration de guerre contre l’Autriche un mois plus tard, soulageant ainsi leur soif de combat à l’encontre des dynasties européennes.

Majoritaires à l’Assemblée, occupant les ministères clés, les Girondins alimentent la colère des Montagnards, parmi lesquels Danton, Robespierre et Marat. À leurs yeux, les velléités guerrières sont susceptibles de fragiliser le mouvement révolutionnaire français.

Les revers militaires, le véto du roi à deux décrets révolutionnaires, le départ un peu précipité des trois ministres, les difficultés économiques et l’aveuglement dont ils font preuve face aux attentes populaires poussent les Girondins, fragilisés, à adopter une ligne politique plus ferme.

Lors de la mise en place de la Convention nationale, qui succède à l’Assemblée législative le 21 septembre 1792, ils siègent à droite, face aux Montagnards, avec lesquels, néanmoins, ils abolissent la royauté et proclament l’instauration de la première République. Les tensions entre les deux groupes se font vives.

L’insurrection populaire du 10 août 1792 est un désaveu cinglant pour les Girondins. Ils se retirent du club des Jacobins et ne peuvent s’opposer à la création du Tribunal révolutionnaire et du Comité du Salut public entre mars et avril 1793.

Les Montagnards préparent le coup de grâce et encouragent les sans-culottes « à se mettre en insurrection contre les députés corrompus ». Le 2 juin, les Girondins sont chassés de la Convention. Certains tentent d’initier une révolte fédéraliste contre les Montagnards, rapidement réprimée. Le cri de Vergniaud : « Hommes de la Gironde, levez-vous ! » poussé le 5 mai n’est pas entendu.

Le Tribunal révolutionnaire juge et condamne à mort vingt-et-un députés, guillotinés le 31 octobre. D’autres exécutions suivront tout au long de la Terreur, jusque sur la place Gambetta de Bordeaux, qui vit tomber la tête du député Elie Guadet en 1794.

En mémoire à ses héros, la ville fait ériger, un siècle plus tard, l’impressionnant Monument aux Girondins, colonne toujours fièrement dressée sur la place des Quinconces.

NATURE ET PAYSAGES

La Gironde profite de sa large superficie, la plus importante de France, pour présenter aux visiteurs ébahis sa ribambelle de paysages et de pays. Petit tour d’horizon.

L’estuaire

L’estuaire de la Gironde est le plus vaste d’Europe occidentale et représente le confluent de deux fleuves, la Garonne et la Dordogne, joignant leur cours au Bec d’Ambès. L’origine montagneuse des deux cours d’eau (Pyrénées pour le premier, Massif central pour le second), qui charrient en leur profondeur graves, limons et galets, explique cette couleur si particulière à la « mer de Bordeaux » ou encore la « mer de Garonne ».

Long de 75 kilomètres, doté d’une largeur pouvant atteindre par endroits les 12 kilomètres et couvrant une superficie de 635 km², l’estuaire est composé de paysages variés et différents selon que l’on se trouve sur la rive gauche ou droite.

Sur la rive gauche, les marais, très en aval, s’imposent dans le paysage du Bas-Médoc, avant de laisser la place à de larges vignes, qui profitent allègrement du bienfait des plaines alluviales pour donner naissance à l’un des meilleurs vins au monde.

Sur la rive droite, le territoire est plutôt composé de collines et de falaises. Les vignes y sont moins importantes.

Vue de l'estuaire et de la falaise de Barzan depuis Talmont-sur-Gironde - Crédit photo: Jacqueline Poggi  - Flickr
Vue de l’estuaire et de la falaise de Barzan depuis Talmont-sur-Gironde – Crédit photo: Jacqueline Poggi – Flickr

Le charme de l’estuaire, ce sont aussi ses îles qui, parfois, au gré des crues, naissent ou disparaissent. Nombreux sont ceux à pleurer encore l’île de Croûte, mangée par l’eau en 2004. Fort heureusement, à la faveur de la tempête Klaus (si l’on peut dire) en 2009, l’île sans nom (ou île de Cordouan) est apparue grâce à l’accumulation des sédiments sur une surface de quatre hectares.

D’autres îles connaissent une situation géologique plus stable, à l’image de l’île Verte, forte de ses 790 hectares, où s’est posé jadis un petit village de près de 500 âmes. Le Conservatoire du littoral a pu acquérir une quarantaine d’hectares en 2001, dédiés aux oiseaux migrateurs. On continue d’y produire du vin, d’excellente réputation, sous l’appellation Bordeaux supérieur.

L’île de Patiras mérite également le coup d’œil. Située au milieu de l’estuaire, entre Cussac et Blaye, on dit qu’elle servit de lieu de retraite au pirate Dimitri de Monstri. Au Moyen-Âge, l’île accueillit les lépreux de la région.

Les champs de maïs occupent aujourd’hui une bonne partie de son territoire, même s’il subsiste encore quelques vignes.

Le milieu naturel d’exception que représente l’estuaire de la Gironde est propice au développement d’une faune importante et variée. Parmi les poissons migrateurs, il convient de citer l’alose et la lamproie, espèces emblématiques des lieux, que l’on pêche au printemps. La pibale, le maigre et encore l’esturgeon européen ont adopté cet univers aquatique, profitant malgré eux des mesures de sauvegarde mises en place pour empêcher leur disparition.

Les marais de l’estuaire sont des sources de nourriture de première importance pour la centaine d’espèces d’oiseaux migrateurs (aigrette, héron cendré, cigogne blanche, linotte mélodieuse…) qui traverse cette région chaque année. Ces zones humides sont également des lieux de reproduction et d’hivernage.

L’estuaire accueille de nombreuses autres espèces animales, parmi lesquelles le vison d’Europe, la cistude ou encore le crapaud à couteaux, dont le nom est lié à ses tubercules à l’extrémité de ses pattes lui permettant de s’enfouir dans le sable pour passer l’hiver tranquillos.

Enfin, selon les études menées par le Conservatoire Botanique National du Sud Atlantique, près de 400 espèces de végétaux ont été recensées localement, dont l’angélique des estuaires et le sénéçon à feuille de barbarée, aujourd’hui protégé.

Le vignoble

Exploitation du Château Tayac - Appellation Côtes de Bourg contrôlée. Crédit photo:  put_the_needle_on_the_record
Exploitation du Château Tayac – Appellation Côtes de Bourg contrôlée. Crédit photo: put_the_needle_on_the_record

Au regard de la superficie qu’il occupe en Gironde depuis déjà un très long moment, le vignoble peut finalement être considéré comme un paysage à part entière. Du Nord du Médoc au Sud-Est de la région des Graves, les vignes, parfaitement entretenues et alignées, se déploient sur 120 000 hectares et permettent, chaque année, la production de six millions d’hectolitres de vin, des chiffres assez réconfortants.

Six régions viticoles apparaissent sur la carte : le Médoc, les Graves, le Sauternais, l’Entre-deux-Mers, le Libournais et enfin le Blayais et Bourgeais.

Sur la rive gauche de l’estuaire puis de la Garonne, les vignes du Médoc, des Graves et du Sauternais profitent de reliefs peu marqués. Sur la rive droite de la Dordogne, le vignoble de Saint-Émilion et de Pomerol s’étire sur des terres plus vallonnées, à flanc de coteaux. Cette petite astuce naturelle permet de drainer le surplus d’eau après une bonne pluie, empêchant ainsi les racines de s’asphyxier.

À chaque région vinicole correspond un ou plusieurs cépages, en fonction de la nature du sol. Ainsi, le Médoc, les Graves et le Sauternais, plus à l’Ouest, profitent d’un sol graveleux acide, propice au cabernet sauvignon. Pour le Blayais, le Libournais et l’Entre-Deux-Mers, où le sol est essentiellement argilocalcaire, le cépage roi est le merlot.

D’autres cépages sont néanmoins utilisés, mais sur des surfaces plus restreintes : le villard noir, le petit verdot, le malbec ou encore le carmenère. Pour le vin blanc (20 % de la production vinicole), les viticulteurs privilégient le sémillon, le sauvignon ou encore l’ugni blanc.

On se doute aisément que l’univers des vins de Bordeaux est vaste et parfois complexe. En fonction de la région, de la nature des sols, du relief des paysages, du choix des cépages ou du savoir-faire séculaire, des dizaines d’appellations ont vu le jour (Saint-Estèphe dans le Médoc, Pessac-Léognan dans les Graves, Premières-Côtes-de-Bordeaux dans l’Entre-Deux-Mers, etc.). Nous vous faisons grâce de la classification des grands crus classés ou du classement des crus bourgeois du Médoc.

Les amateurs de bon vin et de jolis paysages sont chaque année plus nombreux à se laisser tenter par l’œnotourisme, afin d’affûter leur palais et d’aller à la rencontre des producteurs. Pour tous ceux qui auraient trop affûté leur palais et rencontré trop de producteurs, les opportunités d’hébergement sur la route des vins se multiplient. À moins que l’on ne préfère s’endormir à la belle étoile, en chantonnant : « Auprès de ma vigne, qu’il fait bon, fait bon dormir ! »

Les Landes de Gascogne

À l’Ouest de la Garonne, et courant jusqu’au littoral, les Landes de Gascogne occupent une superficie de 1,5 million d’hectares, dépassant allègrement la frontière entre Gironde et Landes.

Les millions de pins qui constituent la forêt ne sont pas le fruit d’une évolution naturelle, mais le résultat de la volonté d’un ingénieur tenace du Second Empire, François Jules Hilaire Chambrelent (FJH pour les intimes), soucieux de poursuivre le travail initié par Nicolas Brémontier en 1786. Brémontier, lui-même ingénieur, fut l’un des premiers en France à lancer une vaste opération de fixation des dunes littorales ou intérieures. Pour ces dernières, il fait planter des milliers de pins maritimes, protégés par des genêts.

Forêts de pins maritimes à proximité de la Teste-de-Buch
Forêts de pins maritimes à proximité de la Teste-de-Buch

Quelques décennies plus tard, Chambrelent pousse l’expérience plus loin. Il constate que le sous-sol imperméable, constitué de sables agglutinés par des sucs végétaux, est à l’origine des eaux stagnantes, surtout en hiver, lorsque les précipitations sont importantes. De fait, cette inondation hivernale et la sécheresse provoquée par les chaleurs d’été rendent le sol infertile. La végétation est composée de bruyères, de genêts et d’ajoncs.

Fort logiquement, l’ingénieur en chef en déduit que l’écoulement de ces eaux superficielles doit être la première étape de l’assainissement des sols. Hélas, la déclivité du terrain est très faible sur l’ensemble du territoire des Landes. La solution passe par le creusement de fossés de 50 à 60 cm de profondeur, en fonction des irrégularités du sol, suivant un « plan bien parallèle à la pente générale du terrain ». Ainsi, l’eau s’écoule régulièrement et le sol est enfin assaini.

Le problème de drainage réglé, FJH comprend que la culture de céréales n’est pas envisageable à court terme. Il faudrait, pour la rendre possible, ajouter au sol sableux un mélange d’argile et de calcaire. Qui plus est, les cultivateurs ne sont pas nombreux dans cette région pauvre et hostile. En revanche, la culture forestière, notamment de pins maritimes et de chênes, apparaît être une alternative crédible.

Ses premières expériences sont couronnées de succès et suscitent l’intérêt des propriétaires locaux. La célèbre forêt des Landes de Gascogne est en train de naître, et à une vitesse surprenante. En cinq ans, plus de 20 000 hectares sont transformés, modifiant le paysage et les habitudes ancestrales des habitants, finalement ravis de ne plus subir un environnement qui les pousse à la misère.

Séduit, l’Empereur Napoléon III en personne, à travers la loi de 1857, impose des travaux d’assainissement à grande échelle.

La culture des pins génère de nouvelles activités très lucratives, comme le gemmage et l’exploitation du bois, contribuant à améliorer les conditions de vie des villageois. Les bergers disparaissent progressivement, les échasses sont de moins en moins utilisées.

Créée et maîtrisée par l’homme, la forêt est paradoxalement une invitation à redécouvrir et à s’imprégner de la nature. Profondes, mystérieuses lorsque la brume s’invite, parfois monotones en raison de la prédominance du pin maritime (80 % de la surface), les Landes de Gascogne offrent pourtant une multitude de milieux naturels à celui qui prend le temps d’observer.

La rivière L’Eyre serpente dans cet univers particulier, dévoilant par endroits un tout autre décor, nourri de frênes, de catalpas et de peupliers. Les rives sont mangées par l’osmonde royale, une grande fougère, et les roseaux. Ici, c’est le territoire du héron cendré, du martin-pêcheur, de la foulque macroule, du bécasseau royal et d’une centaine autres espèces d’oiseaux migrateurs ou sédentaires.

La forêt se compose également de vallées luxuriantes, de clairières de cultures, d’airials ou se regroupent quelques maisons traditionnelles.

Ce monde à part est une invitation à la découverte, qu’elle se fasse avec de bonnes chaussures de marche, en VTT ou à bord d’un canoë. La sensation de liberté, de dépaysement et même d’aventure peut facilement être garantie.

PATRIMOINE ET CULTURES

Un habitat qui contribue à l’identité girondine

La présence millénaire de la vigne a représenté une forte influence sur l’organisation sociale des Girondins. Au XVIIIe siècle, quand les salariés agricoles se contentaient de maisons modestes, généralement composées de deux pièces (salle commune et chambre), les propriétaires et autres bourgeois bordelais épris de soudaine passion viticole faisaient édifier de belles demeures et même des petits châteaux, ayant souvent servi de modèle à des maisons moins prestigieuses pour des raisons de publicité et d’affichage sur les étiquettes des bouteilles.

Parmi les bâtiments remarquables, il convient de citer les chartreuses, bâties par les notables bordelais à la recherche d’une villégiature confortable en pleine nature, mais sans être pour autant trop éloignée de la ville et du monde des affaires.

La chartreuse est édifiée sur un étage, sur la base d’un rez-de-chaussée surélevé. Sa façade affiche de hautes fenêtres et un fronton triangulaire qui marque l’entrée principale. Souvent, des escaliers à double révolution permettent d’accéder à la terrasse ou à l’entrée, apportant indéniablement une touche de majesté à l’ensemble.

Le parc entourant les chartreuses se doit d’être grandiose, parfaitement entretenu et d’influence anglaise. On y accède en poussant des portails un peu revendicatifs de la position sociale du propriétaire.

Dans la zone des Landes, l’habitat a subi une évolution, due en grande partie à l’apparition de nouvelles activités, comme la récolte de résine ou le commerce de bois. Les propriétaires ont progressivement abandonné leurs logis traditionnels construits en torchis et colombages, récupérés par les métayers, au profit de solides maisons en pierre.

Chaque pays du département aborde une architecture différente, au regard de l’environnement et des ressources naturelles à proximité. Le Pays de Buch respecte la tradition landaise, avec des maisons dont l’auvent, dit estandad, protège la façade. Dans le Nord du Bazadais, les moellons extraits des carrières de la vallée du Ciron sont utilisés pour édifier les demeures.

Le patrimoine architectural de la Gironde dépend aussi d’Arcachon et du style inimitable de ses maisons. La ville, habitée par des pêcheurs, s’est transformée sous le Second Empire en station balnéaire prisée par la bourgeoisie et l’aristocratie européenne.

De magnifiques villas voient le jour, dont l’architecture, pour le moins variée, s’inspire de différents styles : néogothique, néoclassique, mauresque, colonial, etc. On y trouve même des chalets suisses. Les toitures sont généralement à large débord, ornementées de lambrequins dentelés.

Chaque villa est affublée d’un nom, parfois original et empreint d’humour : Silence de la mer, Giroflée, Nénette, Fantaisie, la Joconde…

À Bordeaux, les fameuses échoppes contribuent grandement à l’identité de la ville. Les premières sont construites au XVe siècle à destination des commerçants et des artisans. Trois siècles plus tard, sous le Second Empire, elles sont dédiées à l’habitation des employés et ouvriers.

Les échoppes sont des maisons basses, la plupart du temps d’un seul niveau, édifiées en pierre de taille, dont la façade varie de 5 à 10 mètres et la longueur dépasse souvent la vingtaine de mètres.

La cave, à laquelle on accède par un escalier pour le moins abrupt, est une pièce vitale où l’on conserve le vin, le jambon, le charbon, le bois.

À l’arrière, on trouve souvent une cour ou un jardin de quelques dizaines de mètres carrés, qu’un mur de séparation protège du voisinage.

Souvent considérées comme identiques, contribuant à rendre les rues monotones, les échoppes révèlent pourtant des décors de façade originaux, composés notamment de moulures sculptées autour de la porte et des fenêtres et de fort jolies corniches au sommet des murs.

On en dénombre plus de 10 000 à Bordeaux. Réhabilitées et réagencées pour répondre au confort moderne, elles constituent aujourd’hui un logis apprécié des citadins.

Une longue tradition de pêche et d’ostréiculture

La géographie de la Gironde a toujours été une invitation à la pêche : littoral atlantique, estuaire de la Gironde, Garonne et Dordogne, bassin d’Arcachon, lacs, étangs, rivières… Fort logiquement, l’activité s’est développée au cours des siècles, pratiquée par des professionnels mais aussi par de nombreux amateurs, chacun considérant que l’accès à l’eau et à ses ressources est un droit traditionnel.

Néanmoins, la raréfaction des ressources a changé les règles. Au début du XXe siècle, la pêche à la sardine représente une activité économique à part entière du bassin d’Arcachon. Les pinasses qui parcourent la petite mer intérieure dès le printemps sont nombreuses et les prises faites au filet, que l’on appelle aussi la chardinèira, sont nombreuses. Pas moins de sept conserveries s’établissent à Gujan-Mestras.

Aujourd’hui, l’activité a quasiment disparu et les conserveries ont toutes fermé. On continue quand même de fêter la sardine chaque été à Gujan, en souvenir des temps prospères.

Longtemps pratiquée aux abords du littoral, la pêche à la senne reposait sur une organisation bien rodée et permettait de récupérer des volumes conséquents de poissons sans pour autant atteindre le large.

Un groupe d’hommes marchait le long de la plage, avec la mission de repérer les éventuels bancs de poissons. Sur l’eau, la pinasse accompagnait cette marche à quelques mètres. Dès que le signal était donné par le groupe terrestre, les marins se rapprochaient du sable afin de donner la corde du filet aux marcheurs. La pinasse se plaçait alors à l’arrière du banc en vue d’initier une manœuvre d’encerclement jusqu’à gagner une nouvelle fois le rivage. Ensuite, les hommes de la pinasse et ceux de la plage tiraient les deux bouts du filet et ramenaient ainsi leur précieux butin au sec.

Force est de constater que ces pêches artisanales, encore pratiquées il y a quelques décennies, ont disparu au profit d’une activité plus professionnelle. La flottille du port d’Arcachon privilégie aujourd’hui la pêche au chalut de fond et aux filets.

Sur le bassin, quelques dizaines de professionnels continuent d’assurer leur activité. Les espèces les plus pêchées sont la daurade royale, le bar commun, la seiche, le mulet ou encore la sole. Il convient d’ajouter que les coquillages (coques, palourdes…) constituent les stocks les plus importants.

Sur l’estuaire, la pêche vise avant tout les espères migratrices, comme l’alose, la lamproie, le maigre, la pibale ou encore l’esturgeon, au gré des saisons correspondant à leur présence dans les eaux girondines.

Le bar, le carrelet, la crevette grise, la sole et le mulet sont également pêchés.

Les techniques utilisées passent notamment par l’utilisation du tramail, un filet lesté à trois rangs de mailles. Les poissons sont capturés dans le filet intérieur et sont retenus par les grandes mailles du filet extérieur.

La technique la plus emblématique de l’estuaire est celle dite du carrelet, nom du filet carré, monté sur deux cerceaux et suspendu à une armature, elle-même fixée sur le ponton d’une cabane surélevée. Le pêcheur descend le filet, patiente quelques minutes puis le remonte, à l’aide d’un treuil, en espérant avoir fait quelques prises.

Les excès de la pêche humaine et la pollution des eaux ont contribué à la raréfaction des ressources. L’esturgeon européen a quasiment disparu de l’estuaire, la pibale se fait de plus en plus rare, tout comme l’alose et la lamproie.

Face à cette situation inquiétante, différentes démarches politiques ont été initiées. A la question posée par un sénateur, le ministère de l’Écologie a répondu (JO Sénat du 3/01/2013) :

« Les principaux acteurs concernés par la gestion de ces espèces, les pêcheurs professionnels et amateurs, marins et fluviaux, les hydroélectriciens, les agriculteurs, les associations de protection de l’environnement, associations « grands migrateurs » ont été réunis afin d’établir une stratégie nationale de gestion des poissons migrateurs amphihalins, qui a été validée fin 2010. Cette stratégie insiste sur la nécessité d’agir sur la qualité des milieux et la continuité écologique. »

Enfin, quand on parle de la Gironde, on pense quand même un peu à ses délicieuses huîtres du bassin d’Arcachon, que l’on savoure avec un bon p’tit vin blanc de l’Entre-Deux-Mers.

Dégustation des huîtres au village de L'Herbe (Cap-Ferret) - Crédit photo : O.S. pour FranceSudOUest
Dégustation des huîtres au village de L’Herbe (Cap-Ferret) – Crédit photo : O.S. pour FranceSudOUest

L’ostréiculture se développe lors de la seconde moitié du XIXe siècle. Jusqu’à cette période, on se contentait de cueillir l’huître sur les bancs naturels, sans trop se soucier de la reproduction ou de l’élevage.

Il est vrai qu’elle jouissait déjà d’une solide réputation depuis déjà quelques siècles. Jacques-Auguste de Thou, premier Président du Parlement de Paris, écrit dans ses Mémoires en 1620 (attention, français d’époque dans son jus) :

« Ces Meffieurs firent dreffer une table pour dîner fur le rivage ; comme la mer étoit baffe, on leur aportoit des huîtres dans des paniers ; ils choififfoient les meilleures & les avalloient fi tôt qu’elles étoient ouvertes ; elles font d’un goût fi agréable & fi relevé qu’on croit refpirer la violette en les mangeant. »

Un siècle plus tard, la surexploitation pousse le Parlement de Bordeaux à interdire la pêche pendant trois ans, de 1750 à 1753. Décision politique judicieuse. Les bancs se reconstituent, générant une nouvelle pêche déraisonnable.

En 1848, l’espèce est menacée et, progressivement, l’idée d’élevage se met en place, renforcée par l’innovation de Jean Michelet, maçon de son état, qui met au point la technique de chaulage. Elle consiste à enduire les tuiles rangées dans un collecteur de chaux et de sable. Ainsi, l’ostréiculteur peut retirer les jeunes huîtres sans aucun risque.

L’ostréiculture prend réellement son essor. De nombreux pêcheurs artisanaux abandonnent leur activité et se convertissent à l’élevage de la gravette. Cette espèce doit cependant cohabiter quelques années plus tard avec l’huître portugaise, apparue sur les côtes girondines à la suite de cargaisons jetées à l’eau par un bateau de commerce en 1868. La portugaise remplace progressivement la gravette.

Au début des années 1970, une épizootie décime quasiment tous les bancs d’huîtres du bassin. La portugaise disparaît à son tour, au profit de la crassostrea gigas, importée du Japon. Cette espèce est toujours commercialisée.

Aujourd’hui, l’ostréiculture arcachonnaise se déploie à travers 23 ports, impliquant plus de 300 entreprises et un millier d’emplois, pour un chiffre d’affaires annuel de 40 M€. La surface ostréicole s’étend sur 2 000 hectares. La production avoisine les 20 000 tonnes annuelles.

Les nostalgiques de la gravette se consoleront un peu en apprenant qu’elle n’a pas complètement disparu et qu’il est toujours possible de se régaler de son arrière petit goût de noisette qui fit sa réputation.