IGP Agenais

IGP Agenais : un terroir discret, des vignerons libres

IGP Agenais : un terroir discret, des vignerons libres


Moins réputé que ses prestigieux voisins bordelais ou bergeracois, le vignoble lot-et-garonnais n’en possède pas moins une véritable identité. Parmi ses productions viticoles, les vins IGP Agenais occupent une place particulière : ils expriment la diversité d’un territoire situé entre influences océaniques et accents méridionaux, tout en laissant aux vignerons une grande liberté dans le choix des cépages et des assemblages.

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IGP Agenais
Vignoble IPG Agenais – Crédit photo : Henri Guérin – Flickr

Une histoire ancienne, une identité récente


On le sait, c’est l’arrivée des armées romaines en Gaule vers 58 avant J.-C. qui a permis le développement du vignoble, notamment dans le Sud-Ouest. Au fil des siècles, le savoir-faire local s’est affiné, encouragé par les ordres monastiques. La proximité de la Garonne et le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ont quant à eux contribué au développement commercial des vins lot-et-garonnais.

Au XVIIIe siècle, la vigne, déjà bien implantée dans plusieurs provinces de la Guyenne, notamment le Mézinais et le Marmandais, ne cesse de s’étendre. Cette ambition est pourtant mal perçue par Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny, intendant de la généralité de Bordeaux, qui craint que cette progression ne se fasse au détriment des cultures céréalières et n’aggrave les risques de famine. En 1747, il interdit toute nouvelle implantation.

Un siècle plus tard, la crise du phylloxéra ravage une grande partie du vignoble français, dont celui du Lot-et-Garonne.

Il faut attendre le XXe siècle pour assister à une véritable renaissance de la viticulture locale. À partir du milieu du siècle, le savoir-faire des producteurs, l’organisation collective autour des coopératives et le développement des circuits commerciaux permettent à la vigne de reprendre progressivement sa place.

L’identité « Agenais » en tant que vin de pays est officialisée en 1982 sous le nom de « Vin du Pays Agenais ». En 2009, cette mention évolue vers le statut européen d’Indication Géographique Protégée (IGP), sous l’appellation « Agenais », marquant une étape clé dans la reconnaissance de ces vins.

Selon la Confédération des Vins IGP, l’Agenais correspond à une IGP de zone, qui autorise une production sur l’ensemble du département, à l’exclusion des six communes de la zone de production de l’IGP Thézac-Perricard : Bourlens, Courbiac, Masquières, Montayral, Thézac et Tournon-d’Agenais.

Le Lot-et-Garonne, terre de vins


L’Agenais n’est qu’une pièce du puzzle viticole du Lot-et-Garonne, département qui compte pas moins de six AOC et plusieurs IGP. À ses côtés coexistent diverses appellations, dont le Buzet, appellation reconnue en 1973 puis sous son nom actuel en 1986, implantée sur des coteaux argilo-calcaires au nord d’Agen, où la production est très majoritairement rouge, avec un encépagement de type bordelais et une vinification assurée par la coopérative locale.

Vignoble de Lot-et-Garonne. L’ensemble du département est par ailleurs couvert par l’IGP Pays de l’Agenais. Crédit image : Atlas des paysages du Lot-et-Garonne

Ce sont aussi les Côtes de Duras, entre Bergerac et Marmande, sur plus de 2 000 hectares, qui proposent des rouges, des rosés ainsi que des blancs secs et moelleux. Le sauvignon joue notamment un rôle important dans les blancs secs, tandis que le sémillon et la muscadelle participent aux vins blancs doux.

Difficile de ne pas citer les Côtes du Marmandais, à l’identité très marquée. L’appellation s’étend de part et d’autre de la Garonne et se distingue notamment par la présence de l’abouriou, cépage local emblématique. Les rouges y sont amples, charnus et équilibrés, tandis que les rosés privilégient fraîcheur et expression fruitée.

Enfin, le Brulhois, plus au sud, ainsi que de petites IGP comme le Thézac-Perricard, dont le vignoble, replanté à partir de 1980 par une poignée de vignerons passionnés, ne compte aujourd’hui pas plus de 40 hectares. C’est de ce même terroir qu’est né le fameux « Vin du Tsar », dont l’histoire veut qu’il ait séduit Nicolas II grâce à l’entremise du président Armand Fallières, originaire de Mézin.

L’IGP Agenais se distingue par sa souplesse. Elle couvre la quasi-totalité du département et laisse aux vignerons une grande liberté d’assemblage et de cépages, à l’inverse des AOC voisines, plus strictement encadrées.

IGP Agenais, kezako ?


Reconnue officiellement en 2011, l’appellation autorise trois couleurs de vin : le rouge, le rosé et le blanc, ainsi que des vins mousseux et des vins issus de raisins surmûris. Une particularité de son cahier des charges mérite d’être soulignée : chaque cépage doit en principe être vinifié séparément, et son nom doit figurer sur l’étiquette, une mention qui peut être complétée par un second cépage lorsque les deux vins ont fait l’objet d’un agrément distinct avant assemblage. Cette règle donne aux vins de l’Agenais une lisibilité rare, appréciée des amateurs curieux de découvrir un cépage en particulier ou des assemblages inédits.

Les mentions « primeur » ou « nouveau » peuvent également accompagner l’indication pour certains vins tranquilles.

Dans un territoire où les AOP profitent d’une meilleure visibilité, il est parfois difficile pour les viticulteurs de l’IGP Agenais de se frayer un chemin vers les consommateurs. Réunis au sein de l’Organisme de défense et de gestion des vins IGP Agenais/Thézac-Perricard, ils tentent d’améliorer les opportunités commerciales, au-delà du département ou du Sud-Ouest. « L’objectif, c’est de s’identifier et de prendre notre place dans le Lot-et-Garonne. On a la chance d’avoir un territoire vaste, une diversité des terroirs et en même temps une diversité des produits, mais jusqu’à présent on est toujours restés discrets » constatait déjà en 2014 Jacques Miquel, président de l’ODG, dans La Dépêche.

Il est vrai que la surface du vignoble ne dépasse pas les 84 hectares, pour une production annuelle de 4 105 hectolitres, loin derrière les 110 000 hl de l’AOP Buzet.

Bénéficier d’une mosaïque de sols et de climats


Le terroir de l’Agenais tire sa richesse de sa diversité. Le vignoble s’étend sur une grande variété de sols : à l’ouest et au sud de la Garonne dominent les sables des Landes, tandis qu’au nord du fleuve s’étend une zone de collines plutôt calcaires. Entre les deux, le Pays de Serres forme un vaste plateau découpé par les vallées, offrant une multitude d’expositions et de microclimats.

Une telle diversité constitue sans doute le principal atout de l’IGP Agenais : diversité des sols et des paysages, diversité des cépages, diversité des couleurs, diversité des styles recherchés par les vignerons et diversité des climats.

Les influences océaniques atténuent les froids hivernaux et apportent une partie des précipitations nécessaires au développement de la vigne. Contrairement au littoral, c’est la fin du printemps qui y est la plus arrosée, plutôt que l’hiver, et les vents dominants viennent principalement de l’ouest. À l’automne, les vents méridionaux contribuent à favoriser la maturation des raisins.

La douceur relative du climat, associée à un ensoleillement généreux, permet d’obtenir des raisins suffisamment mûrs tout en conservant, selon les années et les situations, une fraîcheur indispensable à l’équilibre des vins.

Le département se trouve ainsi à la croisée de deux influences, océanique et méditerranéenne, et la topographie, la géologie ou encore le couvert végétal y dessinent une véritable patchwork de microclimats d’une commune à l’autre.

Les cépages : une palette aromatique très ouverte


L’IGP Agenais a su tirer profit de la richesse de son encépagement, qui associe cépages bordelais classiques et variétés plus typiques du Sud-Ouest. La production est dominée par les rouges (67%), suivis des rosés (22%) et des blancs (11%).

Pour les vins rouges et rosés, le cahier des charges autorise une longue liste de cépages noirs : abouriou, alicante Henri Bouschet, arinarnoa, bouchalès, cabernet franc, cabernet-sauvignon, cot (malbec), egiodola, gamay, jurançon noir, merlot… Cette diversité permet des assemblages très variés, mais aussi des vins monocépages qui mettent en valeur des variétés plus rares comme l’abouriou ou le fer servadou, emblématiques du Sud-Ouest.

Selon les cépages utilisés, la palette aromatique des rouges et rosés se révèle très ouverte, entre fruits rouges et noirs, épices et poivron vert, cerise et pruneau, notes de cacao et de réglisse, ou encore accents grillés et vanillés.

Un Agenais rouge peut donc être un vin gourmand et fruité destiné à être bu jeune, mais aussi présenter davantage de structure lorsque la maturité du raisin et les choix de vinification le permettent.

Selon les cépages, le rosé développe quant à lui des expressions allant des petits fruits rouges aux notes plus épicées ou végétales. L’INAO souligne notamment la grande diversité aromatique des rosés de l’IGP Agenais. Ce sont des vins particulièrement adaptés à la gastronomie estivale, mais leur intérêt ne se limite pas aux apéritifs. Leur fraîcheur leur permet également d’accompagner salades composées, charcuteries, grillades, cuisine du Sud-Ouest ou plats à base de légumes.

S’agissant enfin des vins blancs, les viticulteurs utilisent notamment le sauvignon, l’ugni blanc, le sémillon, la muscadelle, le listan, le mauzac ou encore l’ondenc. C’est cependant le colombard qui donne au blanc de l’Agenais sa signature la plus reconnaissable. Ce cépage exprime des arômes de citron vert, de pêche et de nectarine, tandis que le chardonnay, également autorisé, apporte des notes de fleurs blanches, d’agrumes, de noisette et d’amande grillée. Le résultat : des blancs secs, vifs et aromatiques, taillés pour l’apéritif ou les plats légers de l’été.

Cette diversité des blancs est l’une des forces de l’IGP Agenais : elle permet de passer d’un vin vif, frais et fruité à un vin plus ample ou moelleux, selon le cépage et le choix du producteur.

Se laisser tenter par un plaisir nouveau ?


Loin des grandes appellations médiatisées, l’IGP Agenais est portée par un tissu de domaines familiaux et de caves coopératives qui ont fait le choix, souvent depuis plusieurs générations, de valoriser un terroir méconnu plutôt que de le voir disparaître.

Pour les producteurs, l’IGP représente un cadre intéressant car il permet de valoriser un territoire tout en conservant une certaine liberté dans l’assemblage et l’expression des cépages. Cette souplesse favorise l’expérimentation et permet aux vignerons de proposer des cuvées aux profils très différents.

Domaine Mas de la Borde Haute, IG P Agenais

Mais c’est ce qui rend parfois difficile une description unique du « vin Agenais ». Il existe moins un style uniforme qu’une famille de vins, réunie par une origine géographique et un savoir-faire commun.

Sur le terrain, l’engagement des vignerons se traduit par des pratiques de plus en plus respectueuses de l’environnement : conversion à l’agriculture biologique ou raisonnée pour de nombreux domaines, rendements maîtrisés, valorisation des vieux cépages locaux et vinifications séparées par parcelle ou par cépage pour préserver la typicité de chaque vin. Cette exigence qualitative, couplée à une grande liberté de style, permet à l’IGP Agenais de proposer des vins à la fois accessibles et authentiques

En somme, l’IGP Agenais illustre bien la richesse discrète du vignoble du Sud-Ouest : un terroir généreux, une palette de cépages foisonnante et des producteurs attachés à faire perdurer une tradition viticole vieille de plus de deux mille ans.

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Kiwis de l’Adour : une année sous le signe du dérèglement climatique

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Kiwis de l’Adour : une année sous le signe du dérèglement climatique


Entre les Landes, le Béarn et le Pays basque, le long des deux rives de l’Adour, s’étend le premier bassin de production de kiwi de France. Chaque année, l’IGP « Kiwi de l’Adour » rassemble environ 140 producteurs qui fournissent l’essentiel de la production nationale. Mais 2026 restera comme une année charnière : pluies hivernales interminables, canicules à répétition, puis un orage de grêle dévastateur dans la nuit du 23 août sont venus s’ajouter les uns aux autres, fragilisant un peu plus une filière déjà en difficulté.

Crédit photo : Association de promotion des Kiwis des Pays de l’Adour

Un hiver et un printemps trop humides

La saison a mal commencé. Entre le 23 janvier et le 4 février, les températures moyennes sont restées supérieures aux normales de saison, de 1 à 5,2°C, tandis que les conditions restaient humides, avec 54 à 111 mm de précipitations enregistrés selon les postes, pour un cumul mensuel de janvier atteignant 90 à 190 mm, les valeurs les plus fortes étant relevées dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.

Pour le kiwi, cette humidité persistante n’est pas anodine. L’eau qui tombe sur des sols secs finit par stagner autour des pieds et asphyxie la plante, qui supporte très mal le manque d’oxygène dans le sol. Une partie des producteurs, découragés par ces épisodes répétés, ont d’ailleurs cessé leur activité ces dernières années. Face à ce constat, des essais sont en cours autour de nouveaux porte-greffes plus tolérants à l’excès d’eau, mais leur généralisation supposerait d’arracher les vergers existants pour replanter, un investissement lourd que le marché porteur du kiwi ne permet pas pour l’instant d’envisager.

Une canicule hors norme tout au long de l’été

Après un hiver détrempé, l’été a basculé dans l’excès inverse. Un puissant anticyclone s’est installé au-dessus de la mer du Nord dès le printemps, maintenant l’air chaud sur les mêmes zones pendant plusieurs jours, avec une première canicule précoce et inédite pour la saison touchant la France dès le 21 mai. Juin est devenu le mois le plus chaud jamais enregistré en France, avec une température moyenne supérieure de 3,8°C aux normales, une vague de chaleur précoce plaçant plus de 70 départements en vigilance rouge canicule et faisant grimper les températures au-delà de 40°C sur plus de 40% du territoire, laissant des sols déjà particulièrement secs en fin de mois.

Le Sud-Ouest n’a pas été épargné par la suite. Le 29 juillet, la vague de chaleur a gagné les Landes et la Gironde, où les 40°C ont été dépassés pour la sixième fois de l’année, avec un pic à 42,8°C relevé à Captieux. Début août, un nouvel épisode a touché le Pays basque : dès le 10 août, la préfecture a déclenché l’alerte orange canicule pour la deuxième fois de l’été, avec jusqu’à 38,5°C relevés à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Cette accumulation de chaleur et de sécheresse a fini par peser lourdement sur les exploitations landaises. La Chambre d’agriculture des Landes a alerté les pouvoirs publics sur l’ampleur des pertes, réclamant notamment une réforme du système assurantiel agricole et du dispositif d’Indemnisation de Solidarité Nationale, en particulier pour les producteurs de kiwi et de vigne, ainsi que l’abaissement du seuil de déclenchement de cette indemnisation à 30% de pertes et le relèvement du taux d’intervention à 45%. Depuis le 20 juillet, elle a renforcé son dispositif d’accompagnement avec des permanences quotidiennes dans chaque antenne pour soutenir les agriculteurs dans leurs démarches et leurs décisions techniques.

La nuit du 23 août : la grêle achève de fragiliser les vergers

C’est dans ce contexte déjà tendu qu’est survenu, dans la nuit du 23 au 24 août, un orage d’une violence rare. Des prévisions annonçaient dès le week-end de forts orages sur une large partie du pays, avec une période particulièrement sensible attendue entre le lundi midi et le mardi vers 6 heures du matin, des orages pouvant circuler rapidement et devenir ponctuellement violents sur des départements incluant les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.

Le village de Sames, dans les Pyrénées-Atlantiques, a particulièrement souffert. Les récits des habitants et des producteurs témoignent de l’ampleur des dégâts. Sur les vergers touchés, de nombreux kiwis encore accrochés aux arbres portent les traces de la grêle : certains pourront peut-être être récupérés, mais d’autres ont été trop abîmés et finiront par tomber. Un agriculteur du secteur, Laurent Daugareilh, redoute même un effet en cascade : privés de leur feuillage protecteur, les fruits pourraient désormais subir des coups de soleil sous l’effet des fortes chaleurs et tomber à leur tour.

Au-delà de la récolte de l’année, c’est l’avenir même des vergers qui inquiète. Il faudra attendre le printemps prochain pour savoir si les arbres repartiront, un épisode de grêle survenu en 2018 ayant montré que certains vergers si sévèrement touchés ne parviennent jamais à redémarrer. Une réalité d’autant plus lourde pour les exploitants qu’un verger de kiwi ne se reconstitue pas en quelques mois : même si les arbres survivent, la production mettra des années à retrouver son niveau habituel, poussant certains producteurs à envisager, en attendant, de chercher un revenu complémentaire ailleurs.

Une filière déjà fragilisée depuis plus d’une décennie

Ces épisodes climatiques à répétition s’inscrivent dans une tendance de fond que les responsables de la filière observent depuis plusieurs années. Le bassin de l’Adour, qui représente environ 75% de la production française de kiwi entre les Landes, le Béarn et le Pays basque, fournissait 22 800 tonnes au marché européen en 2012 ; sa production est tombée à 6 000 tonnes en 2025, selon Jean-Marc Poigt, président de l’organisme de gestion du kiwi de l’Adour. Un paradoxe souligné par le responsable lui-même : alors que le marché du kiwi reste porteur, la filière peine à produire suffisamment pour y répondre.

Ce n’est pas la première fois que la grêle frappe durement le bassin : un épisode survenu le 20 juin avait déjà touché une quinzaine de producteurs, au point que des filières voisines, comme celle du piment d’Espelette, avaient organisé des collectes de soutien lors de manifestations locales.

L’été 2026 marquera-t-il un tournant ?

Entre un hiver trop pluvieux, un été marqué par des canicules successives et un orage de grêle dévastateur fin août, la campagne 2026 cumule à peu près tous les aléas climatiques que la filière redoute. Pour les producteurs de kiwi de l’Adour, l’enjeu dépasse désormais la seule récolte de l’année : il porte sur la survie même des vergers et sur la capacité de la filière à s’adapter — par de nouveaux porte-greffes, une meilleure protection contre la grêle ou une réforme des dispositifs d’indemnisation — à un climat de plus en plus instable et préoccupant.

Train de la Rhune

Le train de la Rhune : un siècle d’ascension et d’émotion

Le train de la Rhune : un siècle d’ascension et d’émotion


Inauguré en 1924, le train à crémaillère de la Rhune continue de gravir vaillamment le célèbre massif, offrant à ses passagers une dose de nostalgie et, au bout du trajet, un panorama majestueux.

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Prendre le temps de s’imprégner des paysages – Crédit photo : Jose Luis Canales – Flickr

La Rhune, une fierté basque


Entre la France et l’Espagne, la Rhune veille sur le Pays Basque comme un repère familier plutôt que par la démesure de son altitude. Avec ses 905 mètres, elle n’a rien d’un géant, mais sa position en fait le dernier relief pyrénéen avant l’océan Atlantique, à quelques kilomètres seulement de la côte. Les Basques l’appellent Larrun, un nom qui évoque la lande ou le pâturage, fidèle reflet de ses flancs recouverts d’herbe rase où paissent encore aujourd’hui les brebis et les pottoks.

Depuis le sommet, la vue embrasse à la fois la côte basque, de Saint-Jean-de-Luz jusqu’à San Sebastián, et les premiers contreforts pyrénéens. Cette rencontre entre montagne et mer, entre France et Espagne, donne au lieu une atmosphère particulière, presque suspendue.

C’est peut-être l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui a suscité l’attrait du grand public pour la Rhune. Le 30 septembre 1859, elle effectue une excursion à dos de mulet jusqu’au sommet, accompagnée d’une partie de la cour. L’évènement fait grand bruit et suscite des vocations, mais l’ascension à pied reste un exercice difficile, réservé à ceux dotés d’une condition physique suffisante.

Il faut attendre 1908 pour que naisse l’idée d’un chemin de fer capable de venir à bout du dénivelé positif de 785 mètres. L’ambitieux projet est confié à trois entrepreneurs locaux, qui conçoivent une ligne ferroviaire électrifiée à voie métrique (écartement entre les deux rails de 1000 millimètres) et à crémaillère.

Les travaux, initiés en 1912, doivent permettre de relier le col de Saint-Ignace, situé à 169 mètres d’altitude, au sommet du massif, qui culmine à 905 mètres. Le parcours s’étend sur 4,2 km. La Première Guerre mondiale suspend le chantier, qui reprend en 1919 pour s’achever en 1924.

Des voitures tout de bois vêtues


L’inauguration du premier tronçon jusqu’aux Trois Fontaines est organisée le 25 avril 2024, suivie de celle du 30 juin s’agissant de la liaison vers le sommet.

Inauguration de la ligne en 1924 – Crédit photo : Train de la Rhune

Les six motrices sont conçues par la société suisse SLM Winterthur, fondée en 1870. Deux moteurs asynchrones triphasés de 160 chevaux fournissent l’énergie nécessaire à chaque locomotive, placée à l’arrière du train. Elle pousse les wagons pendant la montée et les ralentit dans la descente. En matière de sécurité, les motrices sont équipées de deux freins à main, qui bloquent chaque roue dentée via des tambours cannelés situés de part et d’autre. Chaque trajet nécessite d’ailleurs deux agents : le premier dédié à la conduite, le deuxième au freinage.

Mais le charme du train de la Rhune tient aussi à la rusticité de ses voitures, fabriquées par les établissements Soulé de Bagnères-de-Bigorre. Les artisans de l’époque ont privilégié le bois dans toutes les étapes de la conception : une toiture en sapin des Pyrénées, un plancher en pin des Landes, un lambris en châtaignier de l’Ariège, et une plate-forme en iroko, un bois exotique africain réputé imputrescible.

Aujourd’hui, ce sont toujours ces voitures, composées de six compartiments de dix places assises, qui transportent les visiteurs. Les boiseries font l’objet d’un entretien minutieux et, tous les dix ans, d’une révision générale. La maintenance mécanique est quant à elle assurée par l’entreprise bayonnaise Garland qui n’hésite pas à fabriquer de nouvelles pièces, parfois sur mesure. Il est vrai que les artisans peuvent s’appuyer sur les plans et documents originaux, précieusement conservés.

Ils ont d’ailleurs permis de construire deux nouvelles rames depuis 1924, qui viennent s’ajouter aux deux premières. Le parc roulant répond ainsi aux besoins touristiques lorsque la fréquentation atteint son plus haut niveau en période estivale.

S’imprégner de la magie des lieux


D’abord exploitée par les Voies Ferrées Départementales du Midi (VFDM), puis par Transdev de 1995 à 2012, la ligne a été confiée par le Département des Pyrénées-Atlantiques à l’Établissement public des stations d’altitude (EPSA). Six locomotives et huit voitures permettent de transporter chaque année plus de 340 000 passagers. Certes, les bancs en bois offrent un confort minimal, mails ils participent aussi à l’authenticité du train.

Afin de profiter pleinement de l’environnement, aucune vitre n’a été installée et la vitesse n’excède jamais les 9 km/h pour un trajet de 35 minutes. Immersion garantie. Elle aurait pu être compromise lorsqu’en 1978 est lancé le projet de création d’une route menant au sommet de la Rhune. Interrogés par référendum, les habitants de Sare rejettent massivement l’idée. Ouf.

En 2021, le renouvellement à l’identique de la voie est opéré en un temps record par une société suisse spécialisée, pour un coût de 27 millions d’euros, supporté à 80 % par le Conseil départemental.

C’est donc au même rythme que celui de 1924 que se déroule le petit périple. Les passagers ont le loisir d’admirer les paysages magnifiques qui défilent à un rythme tranquille. La Rhune accueille en ses flancs une belle population de pottoks, le petit cheval emblématique du Pays basque. On peut aussi y voir la manech tête noire, une race ovine locale réputée pour sa laine et son lait, utilisé pour la production de fromage de brebis. En levant les yeux, les vautours tournoient souvent au-dessus du massif.

la Rhune
La beauté du paysage pyrénéen – Crédit photo : mariejirousek – Flickr

Le sommet propose, on s’en doute, un vaste panorama de la côte, des Pyrénées et même des plages landaises. La ville de Saint-Jean-de-Luz paraît toute petite et l’océan infini.

Trois ventas permettent de boire un verre et de se restaurer. Les visiteurs disposent d’une heure vingt pour profiter de l’atmosphère particulière de l’endroit avant de reprendre place dans le train et retrouver la (dure) réalité.

Pratique


Le train de la Rhune est ouvert au public de début avril à début novembre.

Trois formules sont proposées :

  • Le voyage libre
  • Le voyage guidé : sur les traces des contrebandiers (en compagnie d’un guide)
  • Le voyage conté sur la mythologie basque (surtout destiné aux enfants)

Tarifs 2026 :

Adulte (plus de 12 ans) : 26 euros (+ 5 euros pour le voyage guidé)

Enfant (4-12 ans) : 18 euros (+ 4 euros pour le voyage guidé,

Famille (2 adultes et 2 enfants de 4 à 12 ans) : 82 euros

Attention : aucun billet montée simple n’est proposé à la vente. Le billet descente simple correspond au retour en train, mais n’est vendu qu’en fonction des places disponibles (pour ceux qui auraient choisi d’atteindre le sommet à pied).

Les billets peuvent être achetés sur place ou sur le site Internet officiel (solution à privilégier en haute saison en raison de l’affluence).

Horaires :

En basse saison (avril, mai, juin, septembre, octobre) : premier départ à 9h30

En haute saison (juillet, août) : premier départ à 8h20

Un train toutes les 40 minutes.

Accès :

Depuis l’A63 : prendre la sortie Bayonne, Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz, puis suivre les panneaux indiquant le train de la Rhune (RD 4).

Les lignes 44 (départ de Bayonne) et 45 (départ de Saint-Jean-de-Luz) des bus Txik Txak desservent directement l’arrêt du col de Saint-Ignace.

Parkings et départ :

Les passagers embarquent au col de Saint-Ignace.

Des parkings gratuits sont mis à disposition autour de la gare, mais leur capacité reste limitée les jours de grande fréquentation. D’autres parkings sont ouverts à Sare et à Ascain. Il convient donc d’arriver en avance ou de privilégier le réseau de bus Txik Txak.

Coordonnées :

Site web du train de la Rhune : www.rhune.com
Adresse : 3205 Santinazioko Errebidea D4 – 64310 SARE

tourisme gironde incendies

« Ne nous abandonnez pas ! » : le monde du tourisme girondin et landais refuse de baisser les bras

« Ne nous abandonnez pas ! » : le monde du tourisme girondin et landais refuse de baisser les bras


Un mois après le déclenchement des incendies qui ont ravagé le massif des Landes de Gascogne, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) de Gironde et des Landes a lancé la campagne « Ne nous abandonnez pas ! », un cri d’alarme et un appel à la mobilisation pour sauver ce qu’il reste de la saison estivale.

campagne tourisme gironde UMIH
L’un des deux visuels diffusés par l’Umih auprès des médias et du public pour inciter les vacanciers à ne pas annuler leurs vacances en Gironde ou dans les Landes.

Un été noirci par les flammes

Tout a commencé le 22 juillet, avec le départ d’un feu à Saumos qui allait devenir l’un des plus dévastateurs qu’ait connus la région depuis des décennies. En quelques jours, l’incendie a parcouru environ 42 000 hectares de forêt sur le pourtour du bassin d’Arcachon, entraînant l’évacuation d’environ 220 000 personnes — une opération d’une ampleur inédite en France. Près de 240 habitations ont été détruites, et plus d’une quarantaine d’entreprises ont disparu dans les flammes, principalement au Porge en Gironde et à Biscarrosse dans les Landes. Si aucune victime n’est à déplorer côté civils, 84 sapeurs-pompiers ont été blessés dans la lutte contre le feu, qui a mobilisé jusqu’à 2 500 pompiers et 1 500 militaires.

Un mois plus tard, les grands foyers sont fixés et la situation est jugée stable par les autorités, qui évoquent même un possible retour progressif à la normale. Mais le choc, lui, continue de se faire sentir bien au-delà du strict périmètre parcouru par les flammes.

Une saison touristique fragilisée

Le tourisme pèse près de 7 % du PIB combiné de la Gironde et des Landes. Or les images des colonnes de fumée, relayées en boucle sur les chaînes d’information, ont eu un effet dissuasif largement disproportionné par rapport à l’étendue réelle des dégâts : selon Atout France, seuls 13 % de la capacité d’accueil touristique des deux départements ont été concernés par les évacuations, et l’incendie n’a touché qu’une fraction limitée du territoire girondin. Les professionnels du secteur parlent d’un « choc sans précédent » sur les réservations, qui a débordé très largement au-delà des zones directement sinistrées, touchant des stations balnéaires et des villages pourtant épargnés par les flammes.

Résultat : un été 2026 marqué par des taux d’occupation en repli, des arbitrages de consommation défavorables à la restauration et aux commerces, et une inquiétude persistante liée à la qualité de l’air comme à la crainte de nouveaux départs de feu.

Aujourd’hui, les professionnels misent sur le « tourisme solidaire » pour essayer de sauver les dernières semaines de la saison.  À ce titre, les bureaux et offices de tourisme du département sont invités à amplifier leur communication pour convaincre les vacanciers que la Gironde reste une formidable destination de vacances.

« Ils sont debout, ils travaillent, ils accueillent »

C’est dans ce contexte qu’est née la campagne portée par Franck Chaumès, président de l’Umih Gironde, et Arthur Laborde, président de l’Umih Landes. Le message se veut simple et positif : les incendies n’ont brûlé qu’une partie du territoire, et l’immense majorité des professionnels du tourisme restent en activité, prêts à accueillir les vacanciers. Cafés, restaurants, hôtels, campings, bars et établissements de nuit continuent de faire vivre les villes, les stations balnéaires et les villages du Sud-Ouest, des plages océanes aux vignobles en passant par les lacs et les forêts préservées.

L’Umih invite les médias, les acteurs du tourisme et l’ensemble des Français à relayer ce message : la meilleure façon de soutenir ces territoires sinistrés n’est pas la compassion à distance, mais le choix concret de continuer à les visiter, à y consommer et à y séjourner.

Un appel à la solidarité économique

Au-delà de la communication, cette campagne pose la question plus large du soutien aux petites entreprises frappées par une catastrophe naturelle sans être directement détruites par elle. Chômage partiel, pertes de chiffre d’affaires, incertitude sur l’indemnisation : les acteurs économiques locaux, comme le Medef Nouvelle-Aquitaine, alertent sur la difficulté à évaluer et à compenser rapidement l’ampleur réelle des pertes indirectes liées à cet épisode.

Pour l’Umih, l’enjeu des prochaines semaines est donc double : rassurer une clientèle échaudée par les images de l’été, et obtenir des pouvoirs publics un accompagnement à la hauteur d’une crise qui, si elle n’a épargné personne dans son retentissement médiatique, n’a pas non plus rayé la Gironde et les Landes de la carte touristique française.

Encore fallait-il le rappeler.

Arcachon

Incendies en Gironde : vers une saison touristique compromise ?

Incendies en Gironde : vers une saison touristique compromise ?


Le feu qui a dévoré plus de 40 000 hectares et forcé l’évacuation de 220 000 personnes provoque une chute brutale des réservations en Gironde.

La ville d’Arcachon, pourtant éloignée des incendies, subit la chute de sa fréquentation – Crédit photo : Pierre Métivier – Flickr

De nombreuses zones touristiques épargnées

La surmédiatisation des incendies survenus en Gironde et dans les Landes la semaine dernière a dépassé le souci d’information, elle a surtout percuté une saison qui s’annonçait prometteuse. Les professionnels constatent aujourd’hui une chute de la fréquentation parfois proche des 70 %. Selon une étude du cabinet KPMG, citée Le Figaro, « la crise pourrait coûter entre 2 et 5 millions d’euros par semaine au secteur, sans compter les résidences de tourisme et les campings ».

Fait plus inquiétant : la crise ne se limite pas aux communes évacuées ou aux sites directement menacés. D’après les professionnels du tourisme girondin, l’effet psychologique de l’incendie se répercute sur l’ensemble du département, jusqu’aux stations balnéaires du bassin d’Arcachon et du Médoc, sans même évoquer les vignobles, Bordeaux, le Libournais ou l’Entre-Deux-Mers. Ces territoires, pourtant intacts, attendent de pied ferme les touristes.

Annie Rabot, gérante du bar du Soleil à Arcachon, dit craindre, au micro de France 3, que la suite de la saison ne soit « très chaotique, difficile à gérer en termes de plannings et de stocks. On vit au jour le jour. Arcachon s’est vidé parce qu’on a répété sur beaucoup de chaînes qu’il ne fallait pas aller en Gironde. »

Les propos tenus par la préfète, Sophie Brocas, invitant les vacanciers à « envisager une autre destination », ont également contribué à décourager tout projet de vacances dans le département.

Limiter la casse économique

Selon les données du Conseil départemental de la Gironde, le tourisme représente 7 % du PIB, 40 000 emplois et plus de 3 milliards d’euros de retombées directes.

La Gironde dépend d’un équilibre fragile entre tourisme de séjour, fréquentation littorale et image de destination naturelle. Or, l’incendie a porté un coup direct à cette réputation. Les inquiétudes liées à la qualité de l’air, aux fermetures ponctuelles de sites et à l’incertitude sur la durée des perturbations alimentent une forme d’attentisme chez les visiteurs.

Malgré ce contexte, les professionnels tentent de limiter les dégâts et d’éviter une désaffection durable. Le message relayé par les acteurs publics et privés est clair : les réservations maintenues doivent l’être, car toute annulation supplémentaire fragilise encore davantage la reprise. La priorité est désormais de restaurer la confiance, en communiquant sur les zones accessibles, sur l’état réel des sites touristiques et sur le retour progressif à la normale.

À plus court terme, les démarches visent à remédier à une situation économique tendue. Les assurances ont repoussé les déclarations de sinistres au 31 août, les salariés des entreprises situées dans les zones évacuées ont droit au chômage partiel, les saisonniers impactés peuvent faire valoir leurs droits, etc.

Aujourd’hui, les professionnels misent sur le « tourisme solidaire » pour essayer de sauver les dernières semaines de la saison.  À ce titre, les bureaux et offices de tourisme du département sont invités à amplifier leur communication pour convaincre les vacanciers que la Gironde reste une formidable destination de vacances.

incendies en gironde

Point sur les incendies en Gironde et dans les Landes

Point sur les incendies en Gironde et dans les Landes


Mercredi 22 juillet, un incendie s’est déclaré à Saumos, un village situé près du Temple et du Porge, à proximité de la côte Atlantique girondine. Depuis, plus de 40 000 hectares de forêt ont été détruits. Dans les Landes, un autre incendie a éclaté non loin de Biscarrosse.

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incendies en Gironde 2026
Image d’illustration générée par IA – Gemini

Une situation toujours très tendue


La situation reste critique en Gironde et dans les Landes, où deux importants incendies continuent de mobiliser d’énormes moyens humains et matériels. En Gironde, le feu parti de Saumos a déjà parcouru des dizaines de milliers d’hectares et continue de menacer plusieurs secteurs, notamment vers le bassin d’Arcachon et la métropole bordelaise. Dans les Landes, l’incendie de Biscarrosse a également entraîné de vastes évacuations, avec des communes et des campings encore sous surveillance ou vidés par précaution.

Les autorités ont ouvert plusieurs centres d’accueil et appellent les habitants et vacanciers à suivre strictement les consignes d’évacuation ou de confinement. Elles rappellent aussi de ne pas saturer les numéros d’urgence et de se tenir informé auprès des préfectures et des messages FR-Alert. La priorité reste la protection des populations, tandis que les pompiers et les renforts poursuivent leur combat contre des feux jugés hors normes.

Les massifs forestiers et les plages ont été interdits par précaution. Depuis ce matin, l’A63 est fermée depuis Bordeaux. La vigilance noire « feux de forêt » a été enclenchée.

Les consignes à suivre


Gestes prioritaires

  • Évacuer immédiatement si la préfecture, la mairie ou FR-Alert l’ordonnent.
  • Sinon, se confiner dans un bâtiment en dur, fermer portes et fenêtres, et couper la VMC si possible.
  • Limiter les déplacements et éviter toute activité physique, surtout en extérieur.
  • Garder son téléphone chargé et rester informé par les canaux officiels.

À ne pas faire

  • Ne pas aller dans les secteurs sinistrés pour observer, filmer ou photographier.
  • Ne pas allumer de feu, barbecue, mégot, brûlage de déchets verts ou autres sources d’étincelles.
  • Ne pas saturer les secours pour demander des infos générales ; utiliser les numéros d’information prévus.

Fumées et santé

  • Fermer les fenêtres et éviter d’aérer tant que l’air reste chargé en fumées.
  • Protéger les personnes fragiles, notamment enfants, personnes âgées, femmes enceintes et malades.

En cas de gêne respiratoire ou cardiaque persistante, contacter un médecin ; en cas de détresse grave, appeler le 15.

Les coordonnées utiles


Cellule d’information du public : 09 70 80 90 40

Conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine : www.nouvelle-aquitaine.fr

Préfecture de la Gironde : www.gironde.gouv.fr

Centres d’accueil en Gironde (PDF) : https://www.gironde.gouv.fr/contenu/telechargement/87709/660090/file/Centres%20d’accueil%20MAJ%202026-07-26.pdf

Préfecture des Landes : www.landes.gouv.fr

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vignoble bordelais

Produit-on du raisin de table sur les terres des vins de Bordeaux ?

Accueil Merci de l’avoir posée

Produit-on du raisin de table sur les terres des vins de Bordeaux ?


Mondialement réputée pour sa viticulture, la Gironde ne l’est pas du tout s’agissant des grappes de raisin que l’on aime déguster dès les premiers jours de septembre. Pourtant, la donne pourrait changer ces prochaines années.

Vignoble bordelais
Crédit photo : Pierre Ducher, Unsplash

La formule est simple : du raisin, donc du vin

Inutile de remonter jusqu’à la période gallo-romaine pour justifier l’ancrage historique de la vigne en terres girondines. Bordeaux a toujours produit du vin. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 37 appellations qui garantissent la richesse et la diversité de l’offre locale. Le bordeaux est apprécié sur tous les continents et nul n’imagine une autre finalité que le vin aux vignobles bordelais, qui s’étendent sur près de 100 000 hectares.

Si la carte postale se veut belle, la réalité l’est beaucoup moins. Depuis quelques années, les viticulteurs font face à une crise économique majeure, que viennent nourrir différents facteurs : baisse de la consommation, chutes des importations en Chine, taxes douanières américaines, concurrence accrue des vins du monde entier, saturation du marché… Bref, le bordeaux a chuté de son piédestal.

Dans un tel contexte, nombre de producteurs renoncent à leur vocation pour envisager de nouvelles opportunités agricoles. Plus de 20 000 hectares de vigne ont ainsi été arrachés ces dernières années, libérant des superficies disponibles. Il est vrai que le sol et le climat de la Gironde se prêtent particulièrement bien à la diversité des cultures.

Une reconversion pas si évidente

Se lancer dans la production de raisin lorsqu’on est (ou a été) vigneron semble logique. On reste dans l’univers de la grappe, après tout. Néanmoins, les variétés ne sont pas les mêmes, leur approche et leur culture non plus.

« Cela tient davantage de l’arboriculture. C’est une production périssable qu’il faut vendre vite et, en termes de commercialisation, nous n’avons pas encore de filière organisée sur du circuit long en Gironde. Et puis, la plantation d’une vigne en raisin de table affiche aussi un prix élevé, autour de 25 000 euros de l’hectare » indique Françoise Ligou, de la Chambre d’agriculture de Gironde, au journal Sud-Ouest (14/08/2025).

Certes, on trouve déjà des producteurs de raisin de bouche en Gironde, mais en nombre très limité et sur une surface totale ne dépassant pas les 10 hectares. Répartis autour de Bordeaux, ils cultivent le chasselas, le danlas, l’exalta, le noir ribol ou encore le centennial. Leur production alimente surtout les circuits courts (la Compagnie fermière, la Ruche qui dit oui…). Le changement climatique et la part importante des raisins de table importés en France peuvent toutefois constituer de solides arguments. D’abord, les raisins profitent d’un ensoleillement généreux pour libérer leur sucrosité, appréciée des consommateurs. Ensuite, proposer une offre plus abondante de raisins français ne déplairait pas au public.

Envisager de nouvelles pistes

Certains viticulteurs ont décidé de se lancer dans l’aventure, en plantant quelques hectares à titre expérimental. D’autres préfèrent rester dans leur univers et s’adapter aux nouvelles attentes en proposant des vins moins alcoolisés ou effervescents. « Ils ont le vent en poupe car ils ont un côté festif et rafraîchissant. Ils ont une note un peu luxueuse, comme pour les champagnes » explique Caroline Fleur, directrice du groupe Oenocentres, à 20 Minutes (22/10/2023).

De nouvelles cultures font progressivement leur apparition sur le sol girondin. La Chambre d’agriculture propose ainsi des ateliers pour encourager la diversification. Les viticulteurs peuvent désormais se tourner vers la culture d’amandes, d’olives, de noisettes, de lin ou encore de houblon.

Le maître mot semble être celui de la polyculture. Bon nombre de producteurs souhaitent conserver des hectares de vigne, que viendront compléter de nouvelles productions. Il s’agit finalement de renouer avec l’agriculture qui prédominait en Gironde jusque dans les années 1980, avant que la vigne ne s’impose partout et peut-être un peu trop.

Cité du vin

La Cité du Vin fête ses dix ans

La Cité du Vin fête ses dix ans


En 2026, la Cité du Vin confirme sa place parmi les grands lieux culturels de Bordeaux. Inaugurée en 2016, elle s’est imposée en une décennie comme un site phare consacré à l’univers du vin, à ses civilisations et à ses imaginaires, avec plus de 3,5 millions de visiteurs accueillis depuis son ouverture.

Cité du Vin
D’abord, attirer l’œil – Crédit photo : © Cité du Vin /Facebook

Un projet ambitieux, mais risqué

Comme le rappelle le journal Sud-Ouest (05/06/2026), « l’idée d’une Cité du vin apparaît au début des années 1990, avec d’abord une approche économique. Dans le prolongement de Vinexpo, salon professionnel qui amenait la planète vin à Bordeaux, l’idée de faire de la ville une place permanente pour le commerce du vin a pris corps. »

Créer un musée dédié au vin dans une ville comme Bordeaux, où le vin est déjà omniprésent, pouvait néanmoins sembler redondant. Le pari consistait donc à transformer le vin en expérience immersive et sensorielle, rendre le sujet accessible à des non-amateurs et, surtout, créer un lieu universel qui parle des vignobles du monde entier, pas seulement de Bordeaux.

Si le projet semblait plausible sur le papier, sa concrétisation a donné quelques sueurs froides aux investisseurs impliqués. Le coût de construction initial, évalué à 63 millions d’euros (avant-projet en 2012) a finalement dépassé les 81 millions, en raison notamment d’une sous-estimation des travaux.

Dix ans plus tard, les chiffres de fréquentation (400 000 visites par an) confirment la pertinence du projet. La Cité du Vin est devenue un moteur d’attractivité pour Bordeaux. Elle contribue à l’image internationale de la ville en reliant patrimoine viticole, tourisme urbain et création contemporaine.

Son rayonnement repose aussi sur sa capacité à parler à des publics variés : touristes étrangers, amateurs de vin, familles, professionnels du secteur et curieux de culture générale. En cela, elle incarne une forme de médiation originale entre l’identité bordelaise et l’ouverture au monde.

Le choix d’une architecture spectaculaire

Souvent comparée à une carafe, à un cep noueux ou au mouvement du vin dans un verre, la Cité s’impose comme un repère visuel immédiatement identifiable sur les bords de la Garonne.

Son architecture, conçue par Anouk Legendre et Nicolas Desmazières de l’agence XTU, repose sur des courbes continues, sans angles droits, qui donnent au volume une impression de fluidité permanente. Cette silhouette très singulière dialogue avec le fleuve et les quais bordelais, tout en affirmant une présence contemporaine forte dans le paysage de Bacalan.

Le chantier a représenté une série de défis :

  • 300 pieux en béton à 30 mètres de profondeur, car le terrain est « maléable » et artificiel, gagné sur la Garonne
  • 574 arcs en lamellé-collé (1 200 m³ d’épicéa nordique et de douglas français) pour la charpente
  • 128 épines de bois qui enlacent le bâtiment pour atteindre sa hauteur finale de 55 mètres (plus haut que l’Arc de Triomphe)
  • Une façade « glitter » avec des panneaux de verre sérigraphiés et des panneaux d’aluminium laqués irisés et perforés inédits

Le choix des matériaux participe aussi à cette identité. Le bois, le verre et l’aluminium traduisent le lien avec l’univers viticole, tandis que la façade irisée et les reflets changeants évoquent la lumière sur l’eau et les variations d’un liquide en mouvement. Derrière l’effet sculptural, le bâtiment a aussi été conçu avec des objectifs de performance environnementale, grâce à une approche bioclimatique et à l’usage d’énergies locales et renouvelables.

L’architecte Nicolas Desmazières a lui-même assumé : « On a pris le risque de faire une forme, non pas de rupture, mais de contrepoint volontaire par rapport au classicisme des quais de Bordeaux. »

Vers un avenir radieux ?

Ces dix ans montrent que la Cité du Vin a dépassé le statut de simple équipement culturel pour devenir un symbole durable de Bordeaux. Elle a renouvelé le discours sur le vin en l’inscrivant dans une perspective globale, sensible et patrimoniale.

À l’heure de ce dixième anniversaire, son enjeu est désormais de conserver cette dynamique, en continuant d’attirer de nouveaux visiteurs tout en renforçant sa dimension de lieu vivant, évolutif et accessible.

Pour marquer cet anniversaire, le lieu emblématique des Bassins à flot propose une programmation spéciale tout au long de l’année, avec des expositions, des rencontres, des ateliers et des événements culturels inédits.

L’établissement ne veut pas être un simple « musée du vin », mais un véritable moteur d’attractivité pour Bordeaux et la métropole. Ses projets d’avenir incluent notamment un renforcement de sa connexion avec les vignobles locaux (Médoc, Gironde, Sud-Ouest), des collaborations plus étroites avec les acteurs du tourisme en Gironde et en Nouvelle-Aquitaine, un rôle de plateforme internationale, reliant les terroirs du monde entier à Bordeaux.

La Cité devra enfin renforcer sa démarche écologique par la réduction de l’empreinte carbone des événements et des visiteurs, le développement de pratiques plus sobres en énergie et en ressources et la mise en avant des vignobles engagés dans l’agroécologie et la durabilité.

phare de cordouan

Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté

Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté


Classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, le phare de Cordouan mérite son surnom de « Versailles de la mer » depuis plus de quatre siècles.

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Le phare de Cordouan
Le « roi des phares » ou le « phare des rois » dans toute sa splendeur – Crédit photo : Sygal 93 – Flickr

Un monument de prestige royal


Depuis toujours, un plateau rocheux s’élève de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, même à marée haute, entre océan Atlantique et embouchure de l’estuaire de la Gironde. « L’îlot de Cordouan », tel qu’il est appelé, est occupé dès la fin du XIe siècle par l’abbé Étienne de Saint-Rigauld et le frère prieur Ermenaud qui ont fait vœu de se retirer du monde. Les deux ermites y sonnent une cloche et allument un feu la nuit tombée pour prévenir les marins de la dangerosité de la zone.

Au début de la guerre de Cent Ans (1337-1453), le Prince Noir fait ériger sur le plateau un édifice au sommet duquel on allume un grand foyer, cette fois visible de plus loin par les voiliers. Mais la tour médiévale est progressivement abandonnée et tombe en ruines.

En 1584, le roi Henri III confie la conception d’un nouveau phare à Louis de Foix.  L’ingénieur imagine alors un édifice d’une ambition architecturale inouïe, s’inspirant du phare d’Alexandrie. Les travaux débutent en 1584 et s’étalent sur plus de vingt-sept ans, pour s’achever en 1611, sous le règne d’Henri IV. Ironie du sort, Louis de Foix décédera avant d’avoir vu son œuvre achevée.

Le résultat est pourtant stupéfiant : une tour de style Renaissance, presque palatiale, haute d’environ 37 mètres. À sa base, un rez-de-chaussée monumental abrite une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Cordouan, ornée de pilastres et de sculptures, témoignant d’un soin ornemental exceptionnel pour un bâtiment destiné avant tout à guider les marins. Au-dessus, un appartement royal permettait théoriquement d’y accueillir le souverain, même si jamais aucun roi n’y passât la nuit. La lanterne couronnait l’ensemble, brûlant de l’huile de poisson puis de la cire pour projeter sa lumière sur l’estuaire.

Concu comme un château sur l’eau, le « roi des phares » de Cordouan peut être considéré comme une vraie mise en scène du pouvoir.

La surélévation du XVIIIe siècle


Deux siècles après son inauguration, Cordouan nécessite une refonte majeure. Non que l’édifice soit en péril — sa construction robuste a résisté aux assauts de l’Atlantique —, mais sa hauteur se révèle insuffisante. L’accumulation progressive des sables autour du plateau rocheux a progressivement rehaussé le niveau apparent du sol, réduisant la portée optique du feu. Les marins signalent de plus en plus de difficultés à apercevoir la lumière depuis le large.

Le phare de Cordouan avant sa surélévation.
Le phare de Cordouan sous le règne d’Henri IV. Gravure de Claude Chastillon.

L’ingénieur Joseph-Étienne Teulère est chargé de remédier à la situation. Entre 1786 et 1789, il conduit des travaux d’une grande audace technique : la partie supérieure de la tour d’origine est démontée, et une nouvelle section est ajoutée pour porter la hauteur totale de l’édifice à 67,5 mètres.

L’intervention de Teulère réussit le tour de force de respecter l’esprit de l’architecture Renaissance de Louis de Foix tout en ajoutant son propre langage néoclassique à la partie sommitale.

L’ingénieur conçoit également le premier feu tournant à réverbères paraboliques, constitué de lampes à huile et manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe.

Le monument ne laisse pas indifférent. Jules Michelet lui consacre quelques lignes admiratives dans son ouvrage La Mer, publié en 1861 : « On ne connaît pas assez ce respectable personnage, ce martyr des mers. Il est, entre tous les phares, je crois, l’aîné de l’Europe. […] Cordouan est un écueil que l’eau ne quitte jamais. L’audace en vérité fut grande de bâtir dans le flot même, que dis-je ? dans le flot violent, dans ce combat éternel d’un tel fleuve et d’une telle mer ».

Un laboratoire historique de la lumière moderne


En juillet 1823, le phare de Cordouan devient le théâtre d’une innovation majeure dans l’histoire de la signalisation maritime : l’installation du premier appareil à lentilles imaginé par Augustin Fresnel. Cette lentille, dite à échelons, marque une rupture décisive avec les systèmes optiques antérieurs, plus lourds, moins efficaces et plus gourmands en lumière.

L’idée de Fresnel est brillante : au lieu d’utiliser une lentille épaisse et massive, il la découpe en une série de sections concentriques, ce qui permet de conserver l’effet optique tout en réduisant considérablement le poids et l’encombrement. Grâce à ce procédé, la lumière produite par la lampe du phare est mieux concentrée et envoyée plus loin vers l’horizon, améliorant ainsi la portée du signal.

Cordouan joue ici un rôle de laboratoire grandeur nature. Le phare, situé à l’embouchure de la Gironde, sert de premier site d’expérimentation pour cette technologie appelée à révolutionner l’éclairage des côtes. L’optique, composée d’un tambour central entouré de plusieurs lentilles, démontre l’efficacité du système et convainc progressivement les autorités maritimes.

Cette invention ne reste pas un cas isolé. Elle se diffuse rapidement dans les phares du monde entier, devenant l’un des symboles les plus durables du génie scientifique du XIXe siècle. La lentille de Fresnel n’a pas seulement amélioré la sécurité des navigateurs : elle a aussi transformé durablement l’architecture lumineuse des phares, en alliant précision, économie et puissance.

Néanmoins, avant son électrification tardive en 1948, faire fonctionner Cordouan était un enfer logistique. Pour monter les tonnes de combustibles (charbon, huile, puis blanc de baleine) jusqu’à la lanterne à 60 mètres de hauteur, les gardiens n’utilisaient pas les escaliers. Chaque étage était percé en son centre exact d’un orifice circulaire d’un mètre de large. Un système de puits, composé de cordes et de poulies traversait ainsi tout le phare verticalement, en plein milieu des pièces d’apparat, pour hisser le matériel.

La lanterne du phare de Cordouan
La lanterne du phare – Crédit photo: Phare de Cordouan / Facebook

Viser le patrimoine mondial de l’UNESCO


Si le phare de Cordouan suscite autant d’admiration depuis autant d’années, il mérite une reconnaissance internationale. En 2002, décision est prise de l’inscrire sur la liste indicative des monuments susceptibles d’être classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

C’est la première étape d’un long travail de candidature. Derrière cette inscription, il y a un dossier minutieux, une stratégie patrimoniale précise et une forte mobilisation locale autour de ce monument emblématique de l’estuaire de la Gironde.

Tout a commencé par la nécessité de démontrer que Cordouan possédait une valeur universelle exceptionnelle, condition essentielle pour espérer figurer sur la prestigieuse liste de l’UNESCO. Les défenseurs du projet ont mis en avant un phare unique au monde, à la fois prouesse d’architecture, chef-d’œuvre maritime et témoin majeur de l’histoire de la signalisation en mer.

La candidature a ensuite exigé un important travail technique. Il a fallu constituer un dossier complet, définir le périmètre du bien, préciser les éléments protégés et présenter un plan de gestion crédible. Le phare n’a pas été envisagé isolément, mais dans son environnement naturel et maritime, avec les bancs de sable, le plateau rocheux et les passes qui en font un site aussi spectaculaire que fragile.

L’aventure a aussi reposé sur une large adhésion du territoire. Collectivités, services de l’État, associations et habitants ont soutenu un projet devenu peu à peu une cause commune. Cette dynamique a compté dans la montée en puissance de la candidature, d’abord au niveau national, puis devant les instances de l’UNESCO.

Le 24 juillet 2021, la reconnaissance est tombée : Cordouan a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial. Pour la France, c’est une distinction majeure ; pour l’estuaire, c’est la consécration du « Versailles de la mer », enfin reconnu à sa juste mesure.

De l’art du bichonnage


Aujourd’hui, le phare de Cordouan contribue à la réputation de l’estuaire de la Gironde et même à celle du littoral aquitain. Chaque année, il attire plus de 25 000 visiteurs, impatients de découvrir les sept étages du monument, parfaitement entretenus.

Le mérite en revient aux quatre gardiens qui se relaient tout au long de l’année. Car le phare de Cordouan est le dernier à être encore habité en France. Employés par le SMIDDEST (Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde), les hommes assurent leur présence « par équipe de deux, en alternant des périodes de quinze jours à terre, quinze jours au phare, suivies d’une semaine à terre, une semaine au phare ».

La relève s’effectue le vendredi selon la marée. Les « arrivants » embarquent sur un bateau des Phares et Balises au départ du Verdon-sur-Mer.

Sur place, la charge de travail se veut importante.  Il s’agit d’abord d’assurer la maintenance du site, d’identifier les anomalies, de passer le balai dans les moindres recoins, d’astiquer les cuivres ou encore de cirer les parquets en chêne.

Il leur revient ensuite de veiller au bon fonctionnement de la lanterne. Même si son allumage au crépuscule est automatisé, la plus grande vigilance s’impose quant à l’état des groupes électrogènes.

Enfin, les gardiens accueillent, d’avril à octobre, les milliers de visiteurs attirés par le charme du phare de Cordouan. Cette activité de guide touristique suppose de connaître sur le bout des doigts l’histoire des lieux, ses anecdotes ou l’environnement marin.

Chapelle Notre-Dame-de-Cordouan
La chapelle Notre-Dame de Cordouan, située au deuxième étage – Crédit photo : Gardiens Cordouan / Facebook

Heureusement, chacun dispose de sa propre chambre pour une nuit de repos bien méritée après une journée de travail assidu : « On dort super bien ici, on entend la mer qui roule derrière, on a l’impression d’être dans un sous-marin. Moi, je dors souvent la fenêtre ouverte et le bruit de la houle qui résonne dans toute la cour, c’est magique » confie Thomas à Elsa Provenzano du journal 20 Minutes (01/05/2026).

Les gardiens du phare menacés ?


Si le phare doit faire face à de nombreuses bourrasques, le SMIDDEST est lui aussi confronté à des vents mauvais. Cette année, les Conseils départementaux de la Charente-Maritime et de la Gironde n’ont pas renouvelé leurs subventions, obligeant le Syndicat Mixte à gérer un déficit de 140 000 euros. Certes, l’État a pu octroyer une enveloppe exceptionnelle de 100 000 euros, mais, inévitablement, des craintes apparaissent sur la gestion future du phare de Cordouan.

Plusieurs pistes d’économies sont aujourd’hui étudiées, dont celle de réduire le temps de travail des gardiens en période hivernale. Une option inenvisageable pour Jean-Marie Calbret, le président de l’association des Phares de Cordouan et de Grave : « S’il n’y a plus de gardiens, le phare risque d’être dégradé et vandalisé, et à court ou moyen terme, s’attendre à ce que l’UNESCO remette en cause le classement du phare au patrimoine mondial » explique-t-il sur les ondes d’ICI Gironde (31/03/2026).

De son côté, le préfet de région constate « un déficit annuel chronique de 200 000 à 300 000 euros », comme le relate sa lettre adressée aux ministres de l’Intérieur, de la Transition écologique et de la Culture.

La question devient (ou reste) politique. En 2010, l’État, propriétaire du phare, a octroyé au SMIDDEST une autorisation d’occupation temporaire (AOT) de 15 ans, renouvelée pour un an le 1ᵉʳ janvier 2026. Cette AOT permet au Syndicat Mixte d’assurer la gestion et la promotion du site, mais aussi de salarier les quatre gardiens, pour environ 200 000 euros. Mais la difficulté des finances locales et la fragilité du modèle économique ne permettent plus d’envisager des perspectives sereines.

En janvier 2025, la députée girondine Pascale Got avait alerté la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, soulignant les inquiétudes liées à la situation des gardiens et demandant des clarifications sur les objectifs de l’État dans le cadre de la coopération public-public. 

Sa démarche a précédé celle de la sénatrice de Gironde Nathalie Delattre, qui s’est fendue d’une missive au préfet de région Etienne Guyot, reprise dans  Le Journal du Médoc (02/02/2026) : « Tout en partageant l’objectif d’une gestion rigoureuse des deniers publics, je souhaite que la solution retenue préserve la présence humaine au phare de Cordouan, indispensable à sa sécurité, à sa valeur patrimoniale, à son classement UNESCO et à son rôle structurant dans l’attractivité touristique du territoire. »

Guide pratique


Situé à 7 km en mer sur le plateau de Cordouan, entre la pointe de Grave (commune du Verdon-sur-Mer) et la ville de Saint-Palais-sur-Mer, le phare de Cordouan sécurise la circulation entre les deux passes donnant sur l’estuaire.

Construit en pierre blanche de Saintonge, il s’agit du dixième phare le plus élevé au monde et du troisième en France.

Sa lanterne, automatisée en 2006, porte sur 21 miles marins. Même si son accès n’est pas ouvert au public, s’en rapprocher suppose quelques menus efforts, puisque 301 marches la séparent du rez-de-chaussée.

Le joli monument marin se compose de 6 niveaux :

  • Rez-de-chaussée : la visite commence dans le vestibule à la porte monumentale qui prépare à l’ascension. Dès les premiers pas, on sent qu’on entre dans un monument exceptionnel.
  • Premier étage: l’appartement du roi, aménagé en 1664 par Colbert. Aucun roi n’y a jamais séjourné.
  • Deuxième étage : c’est l’un des grands temps forts de la visite, avec une chapelle étonnante dans un phare. Son décor surprend par son élégance et donne au lieu une vraie dimension patrimoniale.
  • Troisième étage: la salle des Girondins ou salle des Bordelais. C’est surtout le premier niveau issu des travaux de surélévation.
  • Quatrième étage: la salle des contrepoids.
  • Cinquième étage: la « salle des lampes », où se trouve la poulie qui servait à hisser le combustible
  • Entre le cinquième et le sixième étage: la chambre de quart, à l’usage des gardiens.
  • Sixième étage: la lanterne.

Préparer sa visite :

Visite d’avril à octobre. Les horaires d’ouverture du phare varient chaque jour, au rythme des heures et coefficients de marée.

Réservation auprès des compagnies de croisière :

–          Depuis Royan : Croisières La Sirène

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer : Vedettes La Bohème

Tarifs 2026 :

–          Depuis Royan :

Basse saison
Tarif plein
51 € (7 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit (enfants de 3 à 15 ans inclus et demandeurs d’emploi sur justificatif)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif scolaire
29 € (3 € l’entrée et 26 € la croisière)

Haute saison (1er juillet au 15 septembre)
Tarif plein
63 € (15 € l’entrée et 48 € la croisière)

Tarif réduit
58 € (11 € l’entrée et 47 € la croisière)

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer :

Basse saison
Tarif plein
47 € (7 € l’entrée et 40 € la croisière)

Tarif réduit
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif scolaire
28 € (3 € l’entrée et 25 € la croisière)

Haute saison
Tarif plein
59 € (15 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit
52 € (11 € l’entrée et 41 € la croisière)

canelé Baillardran

Baillardran, la chute d’une institution bordelaise

Baillardran, la chute d’une institution bordelaise


Quarante ans après sa fondation, l’empire du canelé bordelais vacille. Le 22 avril 2026, le tribunal de commerce de Bordeaux a placé la société holding du groupe en redressement judiciaire, menaçant une centaine d’emplois et une vingtaine de boutiques.

Une boutique Baillardran à Bordeaux – Crédit photo : © Baillardran/Facebook

Décision attendue

Le mercredi 22 avril, le tribunal de commerce de Bordeaux a placé en redressement judiciaire la holding Will Distribution, propriétaire des magasins de canelés Baillardran. La demande avait été émise par Philippe Baillardran lui-même, après l’échec d’une opération de rachat par un homme d’affaires parisien, lui-même poursuivi par un collectif de victimes d’impayés.

Une autre structure du groupe, PR8 Développement, dirigée par son fils Cyril Baillardran, a été placée en liquidation judiciaire. Cette société était notamment propriétaire des enseignes de Saint-Jean-de-Luz et de celle installée aux Hangars, dans le quartier Bacalan. Au total, près de 95 salariés sont directement impactés par cette situation incertaine.

Une chute financière progressive

L’institution, qui produit ces pâtisseries emblématiques depuis 1988, s’est déclarée en cessation de paiement avant de demander la protection du tribunal de commerce. « Quand vous avez une entreprise depuis presque 40 ans, que les enfants ont travaillé dedans, forcément, en arriver là, c’est quand même un peu douloureux », indique Philippe Baillardran à Ici Gironde (30/04/26).

La trajectoire financière est éloquente. Il y a trois ans, l’entreprise était à son apogée avec un chiffre d’affaires avoisinant les 12,37 millions d’euros — l’institution bordelaise avait même été sélectionnée pour être présentée au roi Charles III lors de sa visite à Bordeaux. Mais en 2024, le chiffre d’affaires a chuté à 11,1 millions d’euros, soit une baisse de 10 %. En 2025, les recettes n’atteindraient que 8,5 millions d’euros, engendrant un déficit de 240 000 euros et des impayés de loyers.

Pour expliquer ces difficultés, Philippe Baillardran évoque l’explosion des charges : « On est passés de 120 000 à 500 000 euros d’électricité par an. » (Ici Gironde, 30/04/26).

Le scandale des canelés congelés

Si la conjoncture économique a pesé lourd, c’est un scandale sanitaire et commercial qui a profondément terni l’image de la marque. En janvier 2025, le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné l’enseigne à une amende de 100 000 euros pour pratiques commerciales trompeuses. L’enquête menée par la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) avait révélé que certains canelés vendus comme « frais » étaient en réalité congelés puis décongelés.

D’autres irrégularités concernaient les ingrédients : la vanille annoncée n’était pas toujours utilisée, remplacée par des arômes.

Une ancienne salariée avait alors témoigné au micro de Franceinfo (30/04/26) : « Il y a 3-4 congélateurs, et dès qu’on est en manque de canelés, on va les chercher là-bas. Et quand on est en gros rush, si le cœur du canelé est un peu congelé, ce n’est pas grave, on le vend, et ça décongèlera au fur et à mesure de la journée. » Des salariés avaient également dénoncé des problèmes d’hygiène graves, évoquant la présence de nuisibles parmi les ingrédients.

Ces révélations ont pesé sur la fréquentation des boutiques. Des clients témoignent de leur désaffection : « Il y avait des articles parus sur le fait que les produits étaient congelés, alors que la communication indiquait que ce n’était pas le cas » ; « Les prix sont très élevés. Un canelé à 3 euros, c’est cher. » (Franceinfo, 30/04/26).

Un marché pourtant porteur

Si Baillardran vacille, le canelé reste un produit très populaire auprès des habitants et des touristes. Il symbolise en quelque sorte la gourmandise bordelaise et contribue un peu à l’image de la ville en France et même à l’étranger.

Les artisans ne manquent pas : la Toque Cuivrée, la pâtisserie Cassonade, la pâtisserie Pierre Mathieu, l’atelier de Micheline et Paulette… sans même évoquer les nombreux boulangers et pâtissiers qui proposent chaque jour des canelés faits maison.

Face à la concurrence, l’institution bordelaise risque de disparaître à moins qu’un repreneur sérieux ne se manifeste dans les délais impartis. Il ne semble pas que ce soit le cas, après une première démarche infructueuse menée par le boulanger/homme d’affaires parisien Mehdi Herz. Ce dernier est en effet poursuivi par un collectif de professionnels, comme le révèle Axelle Maquin-Roy dans les colonnes de Sud-Ouest (19/05/26), « avec lequel ils se sont trouvés en affaires, ces quatre dernières années, et à l’issue desquelles ils enregistrent des impayés de loyers, de factures, de salaires et d’honoraires. »

Le redressement judiciaire ouvre une période d’observation de six mois pour tenter de trouver une solution économique pérenne. Les boutiques rouges et or sont en sursis.