vignoble bordelais

Produit-on du raisin de table sur les terres des vins de Bordeaux ?

Produit-on du raisin de table sur les terres des vins de Bordeaux ?


Mondialement réputée pour sa viticulture, la Gironde ne l’est pas du tout s’agissant des grappes de raisin que l’on aime déguster dès les premiers jours de septembre. Pourtant, la donne pourrait changer ces prochaines années.

Vignoble bordelais
Crédit photo : Pierre Ducher, Unsplash

La formule est simple : du raisin, donc du vin

Inutile de remonter jusqu’à la période gallo-romaine pour justifier l’ancrage historique de la vigne en terres girondines. Bordeaux a toujours produit du vin. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 37 appellations qui garantissent la richesse et la diversité de l’offre locale. Le bordeaux est apprécié sur tous les continents et nul n’imagine une autre finalité que le vin aux vignobles bordelais, qui s’étendent sur près de 100 000 hectares.

Si la carte postale se veut belle, la réalité l’est beaucoup moins. Depuis quelques années, les viticulteurs font face à une crise économique majeure, que viennent nourrir différents facteurs : baisse de la consommation, chutes des importations en Chine, taxes douanières américaines, concurrence accrue des vins du monde entier, saturation du marché… Bref, le bordeaux a chuté de son piédestal.

Dans un tel contexte, nombre de producteurs renoncent à leur vocation pour envisager de nouvelles opportunités agricoles. Plus de 20 000 hectares de vigne ont ainsi été arrachés ces dernières années, libérant des superficies disponibles. Il est vrai que le sol et le climat de la Gironde se prêtent particulièrement bien à la diversité des cultures.

Une reconversion pas si évidente

Se lancer dans la production de raisin lorsqu’on est (ou a été) vigneron semble logique. On reste dans l’univers de la grappe, après tout. Néanmoins, les variétés ne sont pas les mêmes, leur approche et leur culture non plus.

« Cela tient davantage de l’arboriculture. C’est une production périssable qu’il faut vendre vite et, en termes de commercialisation, nous n’avons pas encore de filière organisée sur du circuit long en Gironde. Et puis, la plantation d’une vigne en raisin de table affiche aussi un prix élevé, autour de 25 000 euros de l’hectare » indique Françoise Ligou, de la Chambre d’agriculture de Gironde, au journal Sud-Ouest (14/08/2025).

Certes, on trouve déjà des producteurs de raisin de bouche en Gironde, mais en nombre très limité et sur une surface totale ne dépassant pas les 10 hectares. Répartis autour de Bordeaux, ils cultivent le chasselas, le danlas, l’exalta, le noir ribol ou encore le centennial. Leur production alimente surtout les circuits courts (la Compagnie fermière, la Ruche qui dit oui…). Le changement climatique et la part importante des raisins de table importés en France peuvent toutefois constituer de solides arguments. D’abord, les raisins profitent d’un ensoleillement généreux pour libérer leur sucrosité, appréciée des consommateurs. Ensuite, proposer une offre plus abondante de raisins français ne déplairait pas au public.

Envisager de nouvelles pistes

Certains viticulteurs ont décidé de se lancer dans l’aventure, en plantant quelques hectares à titre expérimental. D’autres préfèrent rester dans leur univers et s’adapter aux nouvelles attentes en proposant des vins moins alcoolisés ou effervescents. « Ils ont le vent en poupe car ils ont un côté festif et rafraîchissant. Ils ont une note un peu luxueuse, comme pour les champagnes » explique Caroline Fleur, directrice du groupe Oenocentres, à 20 Minutes (22/10/2023).

De nouvelles cultures font progressivement leur apparition sur le sol girondin. La Chambre d’agriculture propose ainsi des ateliers pour encourager la diversification. Les viticulteurs peuvent désormais se tourner vers la culture d’amandes, d’olives, de noisettes, de lin ou encore de houblon.

Le maître mot semble être celui de la polyculture. Bon nombre de producteurs souhaitent conserver des hectares de vigne, que viendront compléter de nouvelles productions. Il s’agit finalement de renouer avec l’agriculture qui prédominait en Gironde jusque dans les années 1980, avant que la vigne ne s’impose partout et peut-être un peu trop.

Cité du vin

La Cité du Vin fête ses dix ans

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La Cité du Vin fête ses dix ans


En 2026, la Cité du Vin confirme sa place parmi les grands lieux culturels de Bordeaux. Inaugurée en 2016, elle s’est imposée en une décennie comme un site phare consacré à l’univers du vin, à ses civilisations et à ses imaginaires, avec plus de 3,5 millions de visiteurs accueillis depuis son ouverture.

Cité du Vin
D’abord, attirer l’œil – Crédit photo : © Cité du Vin /Facebook

Un projet ambitieux, mais risqué

Comme le rappelle le journal Sud-Ouest (05/06/2026), « l’idée d’une Cité du vin apparaît au début des années 1990, avec d’abord une approche économique. Dans le prolongement de Vinexpo, salon professionnel qui amenait la planète vin à Bordeaux, l’idée de faire de la ville une place permanente pour le commerce du vin a pris corps. »

Créer un musée dédié au vin dans une ville comme Bordeaux, où le vin est déjà omniprésent, pouvait néanmoins sembler redondant. Le pari consistait donc à transformer le vin en expérience immersive et sensorielle, rendre le sujet accessible à des non-amateurs et, surtout, créer un lieu universel qui parle des vignobles du monde entier, pas seulement de Bordeaux.

Si le projet semblait plausible sur le papier, sa concrétisation a donné quelques sueurs froides aux investisseurs impliqués. Le coût de construction initial, évalué à 63 millions d’euros (avant-projet en 2012) a finalement dépassé les 81 millions, en raison notamment d’une sous-estimation des travaux.

Dix ans plus tard, les chiffres de fréquentation (400 000 visites par an) confirment la pertinence du projet. La Cité du Vin est devenue un moteur d’attractivité pour Bordeaux. Elle contribue à l’image internationale de la ville en reliant patrimoine viticole, tourisme urbain et création contemporaine.

Son rayonnement repose aussi sur sa capacité à parler à des publics variés : touristes étrangers, amateurs de vin, familles, professionnels du secteur et curieux de culture générale. En cela, elle incarne une forme de médiation originale entre l’identité bordelaise et l’ouverture au monde.

Le choix d’une architecture spectaculaire

Souvent comparée à une carafe, à un cep noueux ou au mouvement du vin dans un verre, la Cité s’impose comme un repère visuel immédiatement identifiable sur les bords de la Garonne.

Son architecture, conçue par Anouk Legendre et Nicolas Desmazières de l’agence XTU, repose sur des courbes continues, sans angles droits, qui donnent au volume une impression de fluidité permanente. Cette silhouette très singulière dialogue avec le fleuve et les quais bordelais, tout en affirmant une présence contemporaine forte dans le paysage de Bacalan.

Le chantier a représenté une série de défis :

  • 300 pieux en béton à 30 mètres de profondeur, car le terrain est « maléable » et artificiel, gagné sur la Garonne
  • 574 arcs en lamellé-collé (1 200 m³ d’épicéa nordique et de douglas français) pour la charpente
  • 128 épines de bois qui enlacent le bâtiment pour atteindre sa hauteur finale de 55 mètres (plus haut que l’Arc de Triomphe)
  • Une façade « glitter » avec des panneaux de verre sérigraphiés et des panneaux d’aluminium laqués irisés et perforés inédits

Le choix des matériaux participe aussi à cette identité. Le bois, le verre et l’aluminium traduisent le lien avec l’univers viticole, tandis que la façade irisée et les reflets changeants évoquent la lumière sur l’eau et les variations d’un liquide en mouvement. Derrière l’effet sculptural, le bâtiment a aussi été conçu avec des objectifs de performance environnementale, grâce à une approche bioclimatique et à l’usage d’énergies locales et renouvelables.

L’architecte Nicolas Desmazières a lui-même assumé : « On a pris le risque de faire une forme, non pas de rupture, mais de contrepoint volontaire par rapport au classicisme des quais de Bordeaux. »

Vers un avenir radieux ?

Ces dix ans montrent que la Cité du Vin a dépassé le statut de simple équipement culturel pour devenir un symbole durable de Bordeaux. Elle a renouvelé le discours sur le vin en l’inscrivant dans une perspective globale, sensible et patrimoniale.

À l’heure de ce dixième anniversaire, son enjeu est désormais de conserver cette dynamique, en continuant d’attirer de nouveaux visiteurs tout en renforçant sa dimension de lieu vivant, évolutif et accessible.

Pour marquer cet anniversaire, le lieu emblématique des Bassins à flot propose une programmation spéciale tout au long de l’année, avec des expositions, des rencontres, des ateliers et des événements culturels inédits.

L’établissement ne veut pas être un simple « musée du vin », mais un véritable moteur d’attractivité pour Bordeaux et la métropole. Ses projets d’avenir incluent notamment un renforcement de sa connexion avec les vignobles locaux (Médoc, Gironde, Sud-Ouest), des collaborations plus étroites avec les acteurs du tourisme en Gironde et en Nouvelle-Aquitaine, un rôle de plateforme internationale, reliant les terroirs du monde entier à Bordeaux.

La Cité devra enfin renforcer sa démarche écologique par la réduction de l’empreinte carbone des événements et des visiteurs, le développement de pratiques plus sobres en énergie et en ressources et la mise en avant des vignobles engagés dans l’agroécologie et la durabilité.

phare de cordouan

Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté

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Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté


Classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, le phare de Cordouan mérite son surnom de « Versailles de la mer » depuis plus de quatre siècles.

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Le phare de Cordouan
Le « roi des phares » ou le « phare des rois » dans toute sa splendeur – Crédit photo : Sygal 93 – Flickr

Un monument de prestige royal


Depuis toujours, un plateau rocheux s’élève de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, même à marée haute, entre océan Atlantique et embouchure de l’estuaire de la Gironde. « L’îlot de Cordouan », tel qu’il est appelé, est occupé dès la fin du XIe siècle par l’abbé Étienne de Saint-Rigauld et le frère prieur Ermenaud qui ont fait vœu de se retirer du monde. Les deux ermites y sonnent une cloche et allument un feu la nuit tombée pour prévenir les marins de la dangerosité de la zone.

Au début de la guerre de Cent Ans (1337-1453), le Prince Noir fait ériger sur le plateau un édifice au sommet duquel on allume un grand foyer, cette fois visible de plus loin par les voiliers. Mais la tour médiévale est progressivement abandonnée et tombe en ruines.

En 1584, le roi Henri III confie la conception d’un nouveau phare à Louis de Foix.  L’ingénieur imagine alors un édifice d’une ambition architecturale inouïe, s’inspirant du phare d’Alexandrie. Les travaux débutent en 1584 et s’étalent sur plus de vingt-sept ans, pour s’achever en 1611, sous le règne d’Henri IV. Ironie du sort, Louis de Foix décédera avant d’avoir vu son œuvre achevée.

Le résultat est pourtant stupéfiant : une tour de style Renaissance, presque palatiale, haute d’environ 37 mètres. À sa base, un rez-de-chaussée monumental abrite une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Cordouan, ornée de pilastres et de sculptures, témoignant d’un soin ornemental exceptionnel pour un bâtiment destiné avant tout à guider les marins. Au-dessus, un appartement royal permettait théoriquement d’y accueillir le souverain, même si jamais aucun roi n’y passât la nuit. La lanterne couronnait l’ensemble, brûlant de l’huile de poisson puis de la cire pour projeter sa lumière sur l’estuaire.

Concu comme un château sur l’eau, le « roi des phares » de Cordouan peut être considéré comme une vraie mise en scène du pouvoir.

La surélévation du XVIIIe siècle


Deux siècles après son inauguration, Cordouan nécessite une refonte majeure. Non que l’édifice soit en péril — sa construction robuste a résisté aux assauts de l’Atlantique —, mais sa hauteur se révèle insuffisante. L’accumulation progressive des sables autour du plateau rocheux a progressivement rehaussé le niveau apparent du sol, réduisant la portée optique du feu. Les marins signalent de plus en plus de difficultés à apercevoir la lumière depuis le large.

Le phare de Cordouan avant sa surélévation.
Le phare de Cordouan sous le règne d’Henri IV. Gravure de Claude Chastillon.

L’ingénieur Joseph-Étienne Teulère est chargé de remédier à la situation. Entre 1786 et 1789, il conduit des travaux d’une grande audace technique : la partie supérieure de la tour d’origine est démontée, et une nouvelle section est ajoutée pour porter la hauteur totale de l’édifice à 67,5 mètres.

L’intervention de Teulère réussit le tour de force de respecter l’esprit de l’architecture Renaissance de Louis de Foix tout en ajoutant son propre langage néoclassique à la partie sommitale.

L’ingénieur conçoit également le premier feu tournant à réverbères paraboliques, constitué de lampes à huile et manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe.

Le monument ne laisse pas indifférent. Jules Michelet lui consacre quelques lignes admiratives dans son ouvrage La Mer, publié en 1861 : « On ne connaît pas assez ce respectable personnage, ce martyr des mers. Il est, entre tous les phares, je crois, l’aîné de l’Europe. […] Cordouan est un écueil que l’eau ne quitte jamais. L’audace en vérité fut grande de bâtir dans le flot même, que dis-je ? dans le flot violent, dans ce combat éternel d’un tel fleuve et d’une telle mer ».

Un laboratoire historique de la lumière moderne


En juillet 1823, le phare de Cordouan devient le théâtre d’une innovation majeure dans l’histoire de la signalisation maritime : l’installation du premier appareil à lentilles imaginé par Augustin Fresnel. Cette lentille, dite à échelons, marque une rupture décisive avec les systèmes optiques antérieurs, plus lourds, moins efficaces et plus gourmands en lumière.

L’idée de Fresnel est brillante : au lieu d’utiliser une lentille épaisse et massive, il la découpe en une série de sections concentriques, ce qui permet de conserver l’effet optique tout en réduisant considérablement le poids et l’encombrement. Grâce à ce procédé, la lumière produite par la lampe du phare est mieux concentrée et envoyée plus loin vers l’horizon, améliorant ainsi la portée du signal.

Cordouan joue ici un rôle de laboratoire grandeur nature. Le phare, situé à l’embouchure de la Gironde, sert de premier site d’expérimentation pour cette technologie appelée à révolutionner l’éclairage des côtes. L’optique, composée d’un tambour central entouré de plusieurs lentilles, démontre l’efficacité du système et convainc progressivement les autorités maritimes.

Cette invention ne reste pas un cas isolé. Elle se diffuse rapidement dans les phares du monde entier, devenant l’un des symboles les plus durables du génie scientifique du XIXe siècle. La lentille de Fresnel n’a pas seulement amélioré la sécurité des navigateurs : elle a aussi transformé durablement l’architecture lumineuse des phares, en alliant précision, économie et puissance.

Néanmoins, avant son électrification tardive en 1948, faire fonctionner Cordouan était un enfer logistique. Pour monter les tonnes de combustibles (charbon, huile, puis blanc de baleine) jusqu’à la lanterne à 60 mètres de hauteur, les gardiens n’utilisaient pas les escaliers. Chaque étage était percé en son centre exact d’un orifice circulaire d’un mètre de large. Un système de puits, composé de cordes et de poulies traversait ainsi tout le phare verticalement, en plein milieu des pièces d’apparat, pour hisser le matériel.

La lanterne du phare de Cordouan
La lanterne du phare – Crédit photo: Phare de Cordouan / Facebook

Viser le patrimoine mondial de l’UNESCO


Si le phare de Cordouan suscite autant d’admiration depuis autant d’années, il mérite une reconnaissance internationale. En 2002, décision est prise de l’inscrire sur la liste indicative des monuments susceptibles d’être classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

C’est la première étape d’un long travail de candidature. Derrière cette inscription, il y a un dossier minutieux, une stratégie patrimoniale précise et une forte mobilisation locale autour de ce monument emblématique de l’estuaire de la Gironde.

Tout a commencé par la nécessité de démontrer que Cordouan possédait une valeur universelle exceptionnelle, condition essentielle pour espérer figurer sur la prestigieuse liste de l’UNESCO. Les défenseurs du projet ont mis en avant un phare unique au monde, à la fois prouesse d’architecture, chef-d’œuvre maritime et témoin majeur de l’histoire de la signalisation en mer.

La candidature a ensuite exigé un important travail technique. Il a fallu constituer un dossier complet, définir le périmètre du bien, préciser les éléments protégés et présenter un plan de gestion crédible. Le phare n’a pas été envisagé isolément, mais dans son environnement naturel et maritime, avec les bancs de sable, le plateau rocheux et les passes qui en font un site aussi spectaculaire que fragile.

L’aventure a aussi reposé sur une large adhésion du territoire. Collectivités, services de l’État, associations et habitants ont soutenu un projet devenu peu à peu une cause commune. Cette dynamique a compté dans la montée en puissance de la candidature, d’abord au niveau national, puis devant les instances de l’UNESCO.

Le 24 juillet 2021, la reconnaissance est tombée : Cordouan a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial. Pour la France, c’est une distinction majeure ; pour l’estuaire, c’est la consécration du « Versailles de la mer », enfin reconnu à sa juste mesure.

De l’art du bichonnage


Aujourd’hui, le phare de Cordouan contribue à la réputation de l’estuaire de la Gironde et même à celle du littoral aquitain. Chaque année, il attire plus de 25 000 visiteurs, impatients de découvrir les sept étages du monument, parfaitement entretenus.

Le mérite en revient aux quatre gardiens qui se relaient tout au long de l’année. Car le phare de Cordouan est le dernier à être encore habité en France. Employés par le SMIDDEST (Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde), les hommes assurent leur présence « par équipe de deux, en alternant des périodes de quinze jours à terre, quinze jours au phare, suivies d’une semaine à terre, une semaine au phare ».

La relève s’effectue le vendredi selon la marée. Les « arrivants » embarquent sur un bateau des Phares et Balises au départ du Verdon-sur-Mer.

Sur place, la charge de travail se veut importante.  Il s’agit d’abord d’assurer la maintenance du site, d’identifier les anomalies, de passer le balai dans les moindres recoins, d’astiquer les cuivres ou encore de cirer les parquets en chêne.

Il leur revient ensuite de veiller au bon fonctionnement de la lanterne. Même si son allumage au crépuscule est automatisé, la plus grande vigilance s’impose quant à l’état des groupes électrogènes.

Enfin, les gardiens accueillent, d’avril à octobre, les milliers de visiteurs attirés par le charme du phare de Cordouan. Cette activité de guide touristique suppose de connaître sur le bout des doigts l’histoire des lieux, ses anecdotes ou l’environnement marin.

Chapelle Notre-Dame-de-Cordouan
La chapelle Notre-Dame de Cordouan, située au deuxième étage – Crédit photo : Gardiens Cordouan / Facebook

Heureusement, chacun dispose de sa propre chambre pour une nuit de repos bien méritée après une journée de travail assidu : « On dort super bien ici, on entend la mer qui roule derrière, on a l’impression d’être dans un sous-marin. Moi, je dors souvent la fenêtre ouverte et le bruit de la houle qui résonne dans toute la cour, c’est magique » confie Thomas à Elsa Provenzano du journal 20 Minutes (01/05/2026).

Les gardiens du phare menacés ?


Si le phare doit faire face à de nombreuses bourrasques, le SMIDDEST est lui aussi confronté à des vents mauvais. Cette année, les Conseils départementaux de la Charente-Maritime et de la Gironde n’ont pas renouvelé leurs subventions, obligeant le Syndicat Mixte à gérer un déficit de 140 000 euros. Certes, l’État a pu octroyer une enveloppe exceptionnelle de 100 000 euros, mais, inévitablement, des craintes apparaissent sur la gestion future du phare de Cordouan.

Plusieurs pistes d’économies sont aujourd’hui étudiées, dont celle de réduire le temps de travail des gardiens en période hivernale. Une option inenvisageable pour Jean-Marie Calbret, le président de l’association des Phares de Cordouan et de Grave : « S’il n’y a plus de gardiens, le phare risque d’être dégradé et vandalisé, et à court ou moyen terme, s’attendre à ce que l’UNESCO remette en cause le classement du phare au patrimoine mondial » explique-t-il sur les ondes d’ICI Gironde (31/03/2026).

De son côté, le préfet de région constate « un déficit annuel chronique de 200 000 à 300 000 euros », comme le relate sa lettre adressée aux ministres de l’Intérieur, de la Transition écologique et de la Culture.

La question devient (ou reste) politique. En 2010, l’État, propriétaire du phare, a octroyé au SMIDDEST une autorisation d’occupation temporaire (AOT) de 15 ans, renouvelée pour un an le 1ᵉʳ janvier 2026. Cette AOT permet au Syndicat Mixte d’assurer la gestion et la promotion du site, mais aussi de salarier les quatre gardiens, pour environ 200 000 euros. Mais la difficulté des finances locales et la fragilité du modèle économique ne permettent plus d’envisager des perspectives sereines.

En janvier 2025, la députée girondine Pascale Got avait alerté la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, soulignant les inquiétudes liées à la situation des gardiens et demandant des clarifications sur les objectifs de l’État dans le cadre de la coopération public-public. 

Sa démarche a précédé celle de la sénatrice de Gironde Nathalie Delattre, qui s’est fendue d’une missive au préfet de région Etienne Guyot, reprise dans  Le Journal du Médoc (02/02/2026) : « Tout en partageant l’objectif d’une gestion rigoureuse des deniers publics, je souhaite que la solution retenue préserve la présence humaine au phare de Cordouan, indispensable à sa sécurité, à sa valeur patrimoniale, à son classement UNESCO et à son rôle structurant dans l’attractivité touristique du territoire. »

Guide pratique


Situé à 7 km en mer sur le plateau de Cordouan, entre la pointe de Grave (commune du Verdon-sur-Mer) et la ville de Saint-Palais-sur-Mer, le phare de Cordouan sécurise la circulation entre les deux passes donnant sur l’estuaire.

Construit en pierre blanche de Saintonge, il s’agit du dixième phare le plus élevé au monde et du troisième en France.

Sa lanterne, automatisée en 2006, porte sur 21 miles marins. Même si son accès n’est pas ouvert au public, s’en rapprocher suppose quelques menus efforts, puisque 301 marches la séparent du rez-de-chaussée.

Le joli monument marin se compose de 6 niveaux :

  • Rez-de-chaussée : la visite commence dans le vestibule à la porte monumentale qui prépare à l’ascension. Dès les premiers pas, on sent qu’on entre dans un monument exceptionnel.
  • Premier étage: l’appartement du roi, aménagé en 1664 par Colbert. Aucun roi n’y a jamais séjourné.
  • Deuxième étage : c’est l’un des grands temps forts de la visite, avec une chapelle étonnante dans un phare. Son décor surprend par son élégance et donne au lieu une vraie dimension patrimoniale.
  • Troisième étage: la salle des Girondins ou salle des Bordelais. C’est surtout le premier niveau issu des travaux de surélévation.
  • Quatrième étage: la salle des contrepoids.
  • Cinquième étage: la « salle des lampes », où se trouve la poulie qui servait à hisser le combustible
  • Entre le cinquième et le sixième étage: la chambre de quart, à l’usage des gardiens.
  • Sixième étage: la lanterne.

Préparer sa visite :

Visite d’avril à octobre. Les horaires d’ouverture du phare varient chaque jour, au rythme des heures et coefficients de marée.

Réservation auprès des compagnies de croisière :

–          Depuis Royan : Croisières La Sirène

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer : Vedettes La Bohème

Tarifs 2026 :

–          Depuis Royan :

Basse saison
Tarif plein
51 € (7 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit (enfants de 3 à 15 ans inclus et demandeurs d’emploi sur justificatif)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif scolaire
29 € (3 € l’entrée et 26 € la croisière)

Haute saison (1er juillet au 15 septembre)
Tarif plein
63 € (15 € l’entrée et 48 € la croisière)

Tarif réduit
58 € (11 € l’entrée et 47 € la croisière)

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer :

Basse saison
Tarif plein
47 € (7 € l’entrée et 40 € la croisière)

Tarif réduit
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif scolaire
28 € (3 € l’entrée et 25 € la croisière)

Haute saison
Tarif plein
59 € (15 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit
52 € (11 € l’entrée et 41 € la croisière)

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canelé Baillardran

Baillardran, la chute d’une institution bordelaise

Baillardran, la chute d’une institution bordelaise


Quarante ans après sa fondation, l’empire du canelé bordelais vacille. Le 22 avril 2026, le tribunal de commerce de Bordeaux a placé la société holding du groupe en redressement judiciaire, menaçant une centaine d’emplois et une vingtaine de boutiques.

Une boutique Baillardran à Bordeaux – Crédit photo : © Baillardran/Facebook

Décision attendue

Le mercredi 22 avril, le tribunal de commerce de Bordeaux a placé en redressement judiciaire la holding Will Distribution, propriétaire des magasins de canelés Baillardran. La demande avait été émise par Philippe Baillardran lui-même, après l’échec d’une opération de rachat par un homme d’affaires parisien, lui-même poursuivi par un collectif de victimes d’impayés.

Une autre structure du groupe, PR8 Développement, dirigée par son fils Cyril Baillardran, a été placée en liquidation judiciaire. Cette société était notamment propriétaire des enseignes de Saint-Jean-de-Luz et de celle installée aux Hangars, dans le quartier Bacalan. Au total, près de 95 salariés sont directement impactés par cette situation incertaine.

Une chute financière progressive

L’institution, qui produit ces pâtisseries emblématiques depuis 1988, s’est déclarée en cessation de paiement avant de demander la protection du tribunal de commerce. « Quand vous avez une entreprise depuis presque 40 ans, que les enfants ont travaillé dedans, forcément, en arriver là, c’est quand même un peu douloureux », indique Philippe Baillardran à Ici Gironde (30/04/26).

La trajectoire financière est éloquente. Il y a trois ans, l’entreprise était à son apogée avec un chiffre d’affaires avoisinant les 12,37 millions d’euros — l’institution bordelaise avait même été sélectionnée pour être présentée au roi Charles III lors de sa visite à Bordeaux. Mais en 2024, le chiffre d’affaires a chuté à 11,1 millions d’euros, soit une baisse de 10 %. En 2025, les recettes n’atteindraient que 8,5 millions d’euros, engendrant un déficit de 240 000 euros et des impayés de loyers.

Pour expliquer ces difficultés, Philippe Baillardran évoque l’explosion des charges : « On est passés de 120 000 à 500 000 euros d’électricité par an. » (Ici Gironde, 30/04/26).

Le scandale des canelés congelés

Si la conjoncture économique a pesé lourd, c’est un scandale sanitaire et commercial qui a profondément terni l’image de la marque. En janvier 2025, le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné l’enseigne à une amende de 100 000 euros pour pratiques commerciales trompeuses. L’enquête menée par la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) avait révélé que certains canelés vendus comme « frais » étaient en réalité congelés puis décongelés.

D’autres irrégularités concernaient les ingrédients : la vanille annoncée n’était pas toujours utilisée, remplacée par des arômes.

Une ancienne salariée avait alors témoigné au micro de Franceinfo (30/04/26) : « Il y a 3-4 congélateurs, et dès qu’on est en manque de canelés, on va les chercher là-bas. Et quand on est en gros rush, si le cœur du canelé est un peu congelé, ce n’est pas grave, on le vend, et ça décongèlera au fur et à mesure de la journée. » Des salariés avaient également dénoncé des problèmes d’hygiène graves, évoquant la présence de nuisibles parmi les ingrédients.

Ces révélations ont pesé sur la fréquentation des boutiques. Des clients témoignent de leur désaffection : « Il y avait des articles parus sur le fait que les produits étaient congelés, alors que la communication indiquait que ce n’était pas le cas » ; « Les prix sont très élevés. Un canelé à 3 euros, c’est cher. » (Franceinfo, 30/04/26).

Un marché pourtant porteur

Si Baillardran vacille, le canelé reste un produit très populaire auprès des habitants et des touristes. Il symbolise en quelque sorte la gourmandise bordelaise et contribue un peu à l’image de la ville en France et même à l’étranger.

Les artisans ne manquent pas : la Toque Cuivrée, la pâtisserie Cassonade, la pâtisserie Pierre Mathieu, l’atelier de Micheline et Paulette… sans même évoquer les nombreux boulangers et pâtissiers qui proposent chaque jour des canelés faits maison.

Face à la concurrence, l’institution bordelaise risque de disparaître à moins qu’un repreneur sérieux ne se manifeste dans les délais impartis. Il ne semble pas que ce soit le cas, après une première démarche infructueuse menée par le boulanger/homme d’affaires parisien Mehdi Herz. Ce dernier est en effet poursuivi par un collectif de professionnels, comme le révèle Axelle Maquin-Roy dans les colonnes de Sud-Ouest (19/05/26), « avec lequel ils se sont trouvés en affaires, ces quatre dernières années, et à l’issue desquelles ils enregistrent des impayés de loyers, de factures, de salaires et d’honoraires. »

Le redressement judiciaire ouvre une période d’observation de six mois pour tenter de trouver une solution économique pérenne. Les boutiques rouges et or sont en sursis.

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L’été s’annonce sucré – Crédit photo : Association Xapata

Aux origines : un verger au cœur des montagnes


La présence de cerisiers à Itxassou est attestée depuis environ 1750. Et peut-être même avant. Selon Xabier Itzaina, chercheur au CNRS, l’église du village, bâtie au XVIIe siècle, doit son nom de Saint-Fructueux aux cerisiers déjà plantés en nombre sur les pentes encaissées autour de la vallée de la Nive. L’environnement et le climat offrent les conditions idéales au petit fruit rouge.

L’écrivain Pierre Loti, de passage en 1863, note dans ses carnets : « Quelle splendeur de jardins, de vergers, de buissons de roses, dans ce petit pays de cerisiers… »

Le XIXe siècle marque le début d’une production plus ambitieuse. La cerise circule alors sur des marchés régionaux (Bayonne, Dax, Pau, Bordeaux…) et nourrit une véritable activité commerciale, notamment grâce à des grossistes venus s’approvisionner directement à Itxassou.

Au sommet de sa puissance, la filière atteint entre 160 et 300 tonnes par an. Pour les petites exploitations quasi autarciques du secteur, la cerise représente souvent la seule rentrée d’argent de l’année. Ce fruit rouge incarne alors à lui seul l’identité économique d’un village entier.

Mais la modernisation agricole des années 1970 porte un coup fatal à la filière. Les exploitations se diversifient et se tournent massivement vers la production de lait de brebis, bien moins contraignante. Les cerisiers, qui réclament une main-d’œuvre intensive lors de la récolte, sont progressivement abandonnés. L’arrivée des grandes surfaces et la concurrence de cerises importées achèvent de décimer une production qui chute à environ 25 tonnes par an dans les années 1990, soit dix fois moins qu’au plus fort de sa gloire.

L’association Xapata pour symboliser la renaissance


En 1994, face au risque de disparition, des agriculteurs fondent l’association Xapata — dont le nom reprend celui d’une des variétés locales. Leur objectif : sauvegarder le patrimoine génétique et culturel développé depuis des siècles. « La notoriété du fruit est bien réelle, qui a poussé Xapata à proposer d’intégrer 66 communes du Labourd et de la Basse-Navarre dans ce qui serait la zone de production de l’AOP, que l’association appelle de ses vœux. Un territoire situé au cœur de la montagne basque, d’Ascain à Villefranque, en passant par Baïgorry, une zone où, historiquement, on a retrouvé des plantations des variétés locales » explique Thierry Jacob dans Sud-Ouest (28/11/2022).

C’est à ce titre que les producteurs entament un long travail de greffage, à même de dépasser les 5 000 arbres et de renouer avec une production plus ambitieuse. Ils donnent également naissance, en 2008, à un verger conservatoire qui joue à la fois le rôle de collection vivante et de vitrine pédagogique auprès du public.

Enfin, la marque commerciale « Cerise d’Itxassou / Itsasu » et son logo font l’objet d’un dépôt à l’INPI, garantissant que seuls les producteurs locaux peuvent s’en prévaloir.

Sur les huit variétés de cerise d’Itxassou, trois sont plus largement cultivées :

  • La Peloa : de couleur rouge bordeaux foncée à noire, elle est récoltée à partir de la mi-mai. On la dit fondante, juteuse et sucrée, pouvant être dégustée fraîche ou en confiture.
  • La Xapata : sucrée et acidulée en même temps, dotée d’une jolie couleur jaune orangée, de petit calibre, on la cueille au début du mois de juin pour la déguster tout de suite.
  • La Beltxa : en basque, « beltxa » signifie « noir », ce qui permet de caractériser cette variété rapidement. A l’instar de la Peloa, elle contribue à l’image de la cerise noire d’Itxassou. Peu sucrée et même acide, la Beltxa se destine seulement à la préparation de confiture, notamment celle qui accompagne le fromage de brebis pour une expérience gastronomique unique.

À quand l’AOP ?


Avec 6 000 arbres en culture, une production d’une douzaine de tonnes et plus de trente fermes productrices ou transformatrices, la filière demeure certes modeste en volume mais d’une richesse remarquable en qualité et en diversité.

La tradition, le savoir-faire et l’ambition représentent de solides arguments pour doter la cerise d’Itxassou de l’Appellation d’Origine Protégée (AOP), prestigieux label qui contribuerait à une meilleure réputation du produit basque et à son essor commercial. Les producteurs du piment d’Espelette, situés non loin, peuvent en témoigner.

La démarche implique de définir précisément une aire géographique, des pratiques culturales et des critères organoleptiques qui distinguent irréductiblement ces fruits de toute autre production. Déposée en 2023 auprès de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) par l’association Xapata, la demande de reconnaissance est toujours en cours d’instruction.

Les freins principaux tiennent autant à la lourdeur du dossier AOP qu’à la petite taille et à la fragilité de la filière locale, ce qui rend l’aboutissement long et exigeant pour quelques producteurs seulement. L’INAO accompagne certes la démarche, mais les acteurs locaux savent qu’il faut compter environ dix ans de travail pour espérer aboutir, ce qui constitue en soi un frein psychologique et organisationnel pour des agriculteurs déjà très sollicités. Cette durée s’ajoute à la complexité technique du montage qui pèse particulièrement sur une structure associative limitée en moyens. En attendant, les cerisiculteurs misent sur d’autres leviers : qualité fermière (label Idoki, bio), marque collective, circuits courts, verger conservatoire, mise en avant touristique et numérique de la cerise d’Itxassou.

La fête de la cerise d’Itxassou ? Une institution


En attendant le Graal de l’AOP, les producteurs basques peuvent se consoler auprès du public nombreux qui assiste chaque année à la célèbre fête d’Itxassou. Lancée par l’association Itsasuarrak en 1952, elle se tient chaque année le premier dimanche de juin et contribue sans nul doute à la notoriété du petit fruit rouge ou noir.

Dans les rues du village, la tradition se mêle à la convivialité à travers des dégustations, des animations culturelles, des chants basques, des danses folkloriques et l’incontournable défilé de chars colorés.  

Au centre des festivités trône la Confrérie de la Cerise d’Itxassou (Itsasuko Gereziatzeen Anaia-Artea), créée en 2007. Véritable pilier de l’événement, elle joue un rôle crucial dans la pérennité de cette culture agricole.

Ses missions sont diverses : veiller à la renommé de la marque, soutenir les producteurs, assurer le lien entre les générations en transformant une simple récolte en un véritable acte de résistance culturelle.

La fête ne serait pas complète sans son marché de producteurs, ses parties de pelote basque et ses repas champêtres. C’est un moment où le temps s’arrête, où l’on vient chercher l’authenticité d’un produit rare : la production reste modeste et se déguste principalement sur place. Gourmand et apprécié, l’or rouge (ou noir) d’Itxassou a su s’imposer sans mal dans la gastronomie basque. « On sent un nouvel attrait pour notre cerise avec d’autres perspectives économiques, notamment les restaurateurs l’utilisent pour accompagner le fromage de brebis, en gelée au piment d’Espelette agrémentant l’agneau ou le canard sans oublier le gâteau basque à la cerise d’Itxassou » constate Maryse Cachenaut, la présidente de l’association Xabata dans La Dépêche (29/05/2014).

Font-de-gaume

Premières datations absolues de peintures paléolithiques en Dordogne : l’avancée majeure de Font-de-Gaume

Premières datations absolues de peintures paléolithiques en Dordogne : l’avancée majeure de Font-de-Gaume


Pour la première fois, des peintures pariétales paléolithiques ont pu être datées de manière directe et précise grâce au carbone 14, dans la grotte de Font-de-Gaume, aux Eyzies. Cette avancée, obtenue par une équipe de recherche dirigée par une chercheuse du CNRS et publiée en mars 2026 dans la revue PNAS, marque un tournant pour la compréhension chronologique de l’art préhistorique de la vallée de la Vézère.

font-de-gaume
Crédit photo : © O. Huard – Centre des monuments nationaux

Un joyau de l’art pariétal enfin daté directement

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la grotte de Font-de-Gaume est l’un des derniers grands sanctuaires ornés polychromes encore ouverts au public. Ses parois présentent un bestiaire d’une richesse exceptionnelle : bisons, chevaux, mammouths, cervidés, mais aussi quelques figures humaines stylisées, dont le fameux « masque » qui intrigue les préhistoriens depuis plus d’un siècle.

Jusqu’à récemment, l’âge de ces œuvres reposait uniquement sur des comparaisons stylistiques et sur les datations de dépôts archéologiques associés. On plaçait globalement les peintures dans le Magdalénien moyen, soit entre 18 000 et 16 000 ans avant le présent, sans preuve directe portant sur les pigments eux‑mêmes. Contrairement à la grotte Chauvet, où l’usage avéré du charbon avait permis des datations radiocarbone, on pensait que les peintures de Dordogne étaient exclusivement réalisées avec des pigments minéraux (oxydes de fer et de manganèse), impropres à ce type de mesure.

Stratégie scientifique pour traquer le carbone caché

Le basculement provient d’une idée simple, mais jamais testée systématiquement : vérifier si, parmi les tracés noirs de Font-de-Gaume, certains ne contiendraient pas, en réalité, du carbone organique. Une équipe pluridisciplinaire (physico‑chimistes, spécialistes de l’imagerie, préhistoriens) a ainsi combiné plusieurs techniques non invasives pour analyser finement deux figures emblématiques : un bison noir et le célèbre masque.

Grâce à l’imagerie hyperspectrale, qui mesure la réponse spectrale de la surface point par point et permet d’en déduire la composition chimique, les chercheurs ont d’abord exclu la présence de manganèse sur ces tracés, ce qui orientait vers un autre type de pigment. Ils ont ensuite mis en évidence une signature caractéristique du carbone sur l’ensemble des lignes noires des deux figures. Cette homogénéité a permis d’écarter l’hypothèse d’une contamination récente (fumées de torches historiques, graffitis modernes, dépôts de suie liés au tourisme), et de défendre l’idée d’un charbon de bois d’origine paléolithique.

Ce n’est qu’après cette démonstration que des micro‑prélèvements ont été exceptionnellement autorisés sur de minuscules portions de trait, afin de limiter au maximum l’impact sur les œuvres tout en obtenant suffisamment de matière pour une datation au radiocarbone. Les quantités prélevées sont de l’ordre du milligramme, rendant la mesure techniquement délicate mais scientifiquement décisive.

Les résultats : un Paléolithique supérieur plus « tardif » qu’attendu

Les analyses radiocarbone ont livré des dates calibrées qui confirment sans ambiguïté l’appartenance de ces peintures au Paléolithique supérieur, tout en en décalant légèrement l’ancrage chronologique par rapport aux estimations stylistiques. Le bison étudié aurait été réalisé entre 13 461 et 13 162 ans calBP (années calibrées avant le présent), ce qui le rapproche des contextes aziliens, à la charnière de la fin du Paléolithique et des premières cultures post‑glaciaires.

Le masque, quant à lui, montre une histoire plus complexe : différentes parties du motif semblent avoir été tracées ou reprises à des moments distincts. Les datations obtenues s’échelonnent entre 15 981 et 15 121 calBP et entre 15 297 et 14 246 calBP pour certaines sections, soit un Magdalénien tardif, tandis que l’œil gauche présente une date plus récente, comprise entre 8 993 et 8 590 calBP, suggérant une intervention ultérieure ou un mélange entre pigment ancien et apport de carbone plus moderne.

Cet exemple illustre à quel point de petites quantités de carbone contemporain peuvent modifier une mesure : il suffit d’environ 5 % de carbone moderne pour rajeunir une date d’un millier d’années. Les chercheurs ont donc dû interpréter les résultats avec prudence, en croisant systématiquement données techniques, observations de terrain et cohérence archéologique.

Une datation de Font-de-Gaume à nuancer

Ces nouvelles dates ne bouleversent pas l’attribution générale de Font‑de‑Gaume au Paléolithique supérieur, mais elles en nuancent la place précise dans la séquence régionale. Les auteurs soulignent que les datations du bison et du masque se révèlent « légèrement plus récentes » que la fourchette stylistiquement admise pour les ornements de la grotte, traditionnellement rattachés au Magdalénien moyen.

On voit émerger l’image d’un sanctuaire fréquenté à plusieurs reprises, avec des phases de réalisation et de retouche échelonnées dans le temps. L’art pariétal n’apparaît plus comme un décor figé, produit en une seule “campagne” de peinture, mais comme un palimpseste où des générations de groupes paléolithiques ont pu intervenir, ajouter, reprendre ou souligner certains motifs. La superposition des tracés, déjà perceptible à l’œil nu sur certains panneaux, trouve ainsi un écho dans la pluralité des datations obtenues.

Une première pour la Dordogne… et un changement d’échelle

Au‑delà du cas emblématique de Font‑de‑Gaume, cette recherche représente un jalon pour l’ensemble des grottes ornées de Dordogne. Jusqu’à présent, aucune peinture réalisée avec du noir de carbone n’y avait été caractérisée, alors même que le charbon de bois était omniprésent dans les sociétés préhistoriques. Désormais, la présence effective de charbon dans certains tracés ouvre la voie à des datations directes dans d’autres cavités, dès lors que l’on pourra y identifier des pigments comparables.

Cette capacité nouvelle à dater des peintures supposées minérales renouvelle profondément les perspectives de recherche. Elle permet d’envisager :

  • Une chronologie plus fine des phases de fréquentation et d’ornementation des grottes de la vallée de la Vézère.
  • Des comparaisons plus précises entre sites, en articulant données stylistiques, stratigraphiques et radiocarbone.
  • Une meilleure compréhension de l’évolution de l’art pariétal, de sa symbolique et de ses usages, sur plusieurs millénaires.

Les auteurs et les institutions impliquées soulignent d’ailleurs que cette approche pourrait être appliquée à d’autres grands sanctuaires européens dont les peintures sont, pour l’instant, seulement datées de manière indirecte. Font‑de‑Gaume devient ainsi un laboratoire méthodologique pour une nouvelle génération d’études sur l’art préhistorique.

Méthodologie au service du patrimoine

Cette avancée scientifique s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur la préservation des grottes ornées. Les techniques d’imagerie de pointe mobilisées à Font‑de‑Gaume montrent qu’il est possible d’obtenir des informations chimiques et chronologiques de très haut niveau en limitant au maximum l’intervention physique sur les parois. Les micro‑prélèvements, strictement encadrés, restent l’ultime recours, lorsque toutes les autres méthodes convergent et justifient un geste exceptionnel.

Le dialogue constant entre exigences de conservation et besoins de la recherche est au cœur du travail mené par les équipes du CNRS et de leurs partenaires. À Font‑de‑Gaume, il a permis d’arracher au temps quelques dates cruciales, sans compromettre l’intégrité de ce chef‑d’œuvre, et d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire déjà riche de l’art paléolithique en Dordogne.

citadelle de Blaye

Quels sont les dix sites les plus visités du Sud-Ouest ?

Quels sont les dix sites les plus visités du Sud-Ouest ?


Destination touristique plébiscitée, la Nouvelle-Aquitaine profite de ses sites naturels, de son littoral et de son patrimoine pour attirer chaque année des millions de visiteurs.

Dune du pilat
Crédit photo : World Thing – Unsplash

Une fréquentation en hausse

Certes, la Nouvelle-Aquitaine n’occupe plus la première place du podium des régions touristiques françaises, comme c’était le cas en 2021. Selon l’étude de l’Insee publiée en décembre dernier, c’est l’Ile-de-France qui se hisse désormais à la première position.

La région francilienne compte sur des arguments massifs pour susciter l’intérêt des touristes. Il y a bien sûr Paris, considérée comme la capitale mondiale du tourisme, et ses multiples sites aux millions de visiteurs : le Louvre, la tour Eiffel, le musée d’Orsay, Notre-Dame ou encore le Sacré-Cœur.

Au-delà de la ville lumière, d’autres destinations attirent aussi le public : le château de Versailles, Disneyland, le château de Fontainebleau…

Malgré tout, les chiffres se veulent encourageants s’agissant du Sud-Ouest, car la fréquentation touristique enregistre une hausse certaine (+4,5 % par rapport à 2024), notamment grâce aux vacanciers étrangers (Allemands, Néerlandais, Britanniques, Espagnols, Américains…). Si la clientèle française a plus faiblement augmenté (+3,3 %), elle reste très importante sitôt les beaux jours venus.

Mais quels sont les sites et/ou destinations les plus populaires auprès des visiteurs en Nouvelle-Aquitaine ?  La question mérite d’être posée, même si les différentes sources d’information laissent parfois voir de grandes différences sur les chiffres de fréquentation.

Et les gagnants sont…

1. Le Futuroscope

Situé dans le département de la Vienne (un peu hors des limites du Sud-Ouest, on le reconnait), le parc continue de séduire une large clientèle grâce au renouvellement permanent de ses attractions, dont la dernière est l’Aquascope, entièrement dédiée aux plaisirs aquatiques sur plus de 6 000 m².

Fréquentation estimée en 2025 : 2 millions de visiteurs.

Futuroscope
Crédit photo : Antoine Lang-Cavelier – Flickr – CC BY-NC-SA 2.0

2. La dune du Pilat

Inutile de présenter cette montagne de sable de plus de 110 mètres, qui reste une valeur sûre grâce au plaisir enfantin de la gravir pour profiter de son exceptionnel panorama sur le bassin d’Arcachon et la forêt des Landes.

Fréquentation estimée en 2025 : 2 millions de visiteurs.

Dune du Pilat
Crédit photo : Jörg Braukmann – CC BY-SA 4.0

3. Aquarium de La Rochelle

L’établissement figure parmi les plus grands aquariums privés d’Europe, où il est possible de découvrir 12 000 animaux marins de 600 espèces répartis en 82 aquariums. Immersion et magie garanties.

Fréquentation estimée en 2025 : 800 000 visiteurs.

aquarium de La Rochelle
Crédit photo : Rémy Jouan – CC BY-SA 3.0

4. Bassin des Lumières

Fréquenté tout au long de l’année grâce à ses célèbres projections vidéo qui adoptent à chaque fois une thématique différente (Gustave Klimt, Venise, Mondrian, Tintin…), l’ancienne base sous-marine de Bordeaux a su retrouver une seconde vie en exploitant son immensité pour proposer des murs d’images impressionnants.

Fréquentation estimée en 2025 : 770 000 visiteurs.

Bassin des lumières
Crédit photo : Benreis – CC BY-SA 4.0

5. Zoo de La Palmyre

Certes, le zoo de la Palmyre, en Charente-Maritime, n’a pas profité de l’aubaine d’accueillir des pandas, comme ce fut le cas à Beauval, pour exploser sa fréquentation. Néanmoins, sa réputation lui assure chaque année un public nombreux et fidèle.

Fréquentation estimée en 2025 : 600 000 visiteurs.

Crédit photo : Dimimis – CC BY-SA 3.0

6. Citadelle de Blaye

Ah, qu’il est encore beau et imposant le complexe militaire imaginé par Vauban au 17e siècle pour contrôler la navigation sur l’estuaire de la Gironde. Inscrite au Patrimoine Mondiale de l’Unesco, la citadelle se compose de plus d’un kilomètre de remparts, de souterrains et de moult bâtiments parfaitement bien conservés.

Fréquentation estimée en 2025 : 450 000 visiteurs.

Crédit photo : Laurent Lebois – Flickr

7. Lascaux IV

Le chantier de Lascaux IV, consistant à réaliser un fac-similé qui représente l’intégralité de la grotte originale, fut un énorme pari, aujourd’hui gagné. Le lieu propose depuis 2016 de se plonger dans la magie de l’une des plus importantes grottes ornées du Paléolithique supérieur.

Fréquentation estimée en 2025 : 400 000 visiteurs.

Lascaux 4
Crédit photo : JanManu -CC BY-SA 4.0

8. Cité du Vin

Il manquait quand même quelque chose digne de nom à Bordeaux pour célébrer ses vignobles, qui ont contribué à sa réputation internationale. Heureusement, la Cité du Vin comble cette lacune depuis 2016. L’énorme bâtiment, dont l’architecture s’inspire d’un cep de vigne noueux, se consacre certes aux vins de Bordeaux, mais aussi et surtout à ceux du monde entier.

Fréquentation estimée en 2025 : 390 000 visiteurs.

Crédit photo: Patrick Müller – Flickr

9. Le train de la Rhune

Le Pays basque s’invite dans le palmarès des destinations vedettes de Nouvelle-Aquitaine. Il est vrai que la Rhune sait attirer les regards du haut de ses 900 mètres. Le train à crémaillère qui part à son assaut infatigablement depuis un siècle séduit encore et toujours les touristes.

Fréquentation estimée en 2025 : 290 000 visiteurs.

Crédit photo : Train de la Rhune

10. Aquarium de Biarritz

Abrité dans un magnifique bâtiment de style Art déco, avec une vue spectaculaire sur l’océan et le Rocher de la Vierge, l’Aquarium de Biarritz a été inauguré en 1933. Il a pu profiter d’une extension en 2011, lui permettant de doubler sa surface et de proposer encore plus de bassins et d’aquariums.

Fréquentation estimée en 2025 : 280 000 visiteurs.

Crédit photo : A1AA1A – CC BY-SA 4.0
Basajaun

Basajaun, le géant des forêts basques

Basajaun, le géant des forêts basques


À l’ombre des grands hêtres d’Iraty, là où les brumes accrochent les crêtes, certains disent que l’on peut encore entendre le pas lourd du Basajaun, le seigneur des forêts.

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Basajaun
Le symbole d’une sagesse ancestrale qui invite au respect de la nature.

Figure emblématique de la mythologie basque


Les quelques images qui le représentent amènent au même constat : un être puissant inspirant la crainte et le respect. Qui est le Basajaun (prononcer « bachadiaoun » ou « bachajaoun »), dont le nom signifie « seigneur sauvage » en basque ?

Figure tutélaire des montagnes et des forêts, il est généralement décrit comme un géant massif, au corps entièrement couvert de poils, avec une allure d’homme sauvage vivant loin des villages.

Son origine pourrait être liée à la rencontre des proto-Basques et des Néandertaliens, en voie d’extinction, il y a 40 000 ans. Le personnage a ensuite évolué, sans jamais disparaître de la tradition orale.

Pour les anthropologues et les ethnologues, le mythe du Basajaun constitue un témoignage précieux de l’ancienne cosmologie basque, antérieure à la christianisation. Il représenterait une survivance de cultes animistes ou de croyances liées à des divinités forestières préchrétiennes, à l’instar des Jentilak (géants constructeurs de dolmens), progressivement transformées et adaptées au fil des siècles.

Pour Claude Labat, professeur, mythologue et écrivain, « la mythologie n’est pas destinée à distraire les enfants. Elle est la mise en parole de la sagesse qu’un groupe humain distille pour penser l’univers, le monde et la société » explique-t-il au site d’information Enbata. « Par exemple, quand les bergers basques évoquent Basajaun, l’Homme Sauvage, ils ne cherchent pas à décrire la Nature sauvage mais à rappeler que les pulsions vitales, la sexualité, la faim et la force physique font partie de notre humanité et qu’il faut savoir les canaliser. »

Le Basajaun rejoint d’ailleurs le cercle d’autres créatures légendaires à forme humaine issues de cultures traditionnelles et montagnardes. Ce sont par exemple le Yéti au Tibet et au Népal, le Sasquatch (ou Bigfoot) aux États-Unis et au Canada et l’Almasty dans la région du Caucase.

Parfaitement adapté à son environnement


Selon les légendes basques, le Basajaun se présente comme un être de grande taille, mesurant généralement entre deux et trois mètres de hauteur. Sa pilosité abondante, à l’exception du visage et de la plante des pieds, lui permet de résister aux rigueurs climatiques des montagnes pyrénéennes.

Sa force est telle qu’il peut déplacer des rochers, abattre des arbres de ses mains, traverser les torrents d’un seul bond. Mais son regard est souvent présenté comme plus mélancolique que véritablement malveillant.

Malgré son apparence imposante, le Basajaun possède une intelligence remarquable et une connaissance approfondie des secrets de la nature. Sa démarche imite celle d’un ours, lente mais assurée, témoignant de son aisance en zone escarpée.

Le Basajaun établit sa demeure dans les cavernes profondes et les grottes isolées des Pyrénées basques, loin des chemins fréquentés par les humains. Ces refuges naturels, souvent situés dans les zones les plus reculées des forêts de hêtres et de chênes, lui servent de sanctuaire pour observer le monde sans être dérangé. Il est souvent dit que l’immense forêt d’Iraty constitue à ses yeux un habitat de choix.

Au coeur de la forêt d’Iraty, l’antre du Basajaun – Crédit photo : Niwasan, Flickr.

Est-ce pour autant un être solitaire ? La légende lui prête une compagne, ou plutôt son pendant féminin, appelée Basandere. Elle est souvent décrite assise à l’entrée des grottes ou près des sources limpides, peignant sa longue chevelure avec un peigne d’or, un attribut qu’elle partage avec les Lamiak (autres créatures mythiques basques). La Basandere semble être la gardienne des trésors souterrains et de l’intimité de la nature. Elle représente la part plus insaisissable du monde sauvage. Sa simple présence signale un lieu de pouvoir naturel. Bien qu’elle puisse se montrer terrifiante pour ceux qui profanent son territoire, elle incarne une forme de beauté sauvage et de souveraineté sur le monde minéral et aquatique.

Le gardien protecteur des troupeaux


Contrairement à de nombreuses créatures fantastiques du folklore européen, le Basajaun n’est pas considéré comme une entité malveillante. Au contraire, les légendes basques le dépeignent comme un protecteur bienveillant des bergers et de leurs troupeaux. Lorsqu’un danger menace — qu’il s’agisse d’un orage imminent, d’une tempête de neige ou de la présence d’un loup rôdant à proximité — le Basajaun alerte les bergers par des cris caractéristiques ou des sifflements puissants qui résonnent dans les vallées.

Cette fonction protectrice s’étend également à la forêt elle-même. Le Basajaun veille à ce que les ressources naturelles soient respectées et utilisées avec parcimonie. Il surveille les coupes de bois excessives et protège les sources d’eau, garantissant ainsi la pérennité de l’écosystème forestier dont dépendent les communautés montagnardes.

Certains contes évoquent son ambivalence : il peut jouer des tours aux bergers en imitant leur irrintzina pour les attirer vers des passages dangereux, tout en restant globalement une figure bienveillante qui veille sur l’équilibre de la nature. Ce double visage – protecteur mais redoutable – rappelle que la montagne peut être nourricière tout en demeurant potentiellement mortelle.

Le Basajaun symbolise la part sauvage du Pays basque, cette alliance de forêts profondes, de reliefs imposants et de climats changeants. Il rappelle qu’ici, pendant des siècles, la vie a été rythmée par les transhumances, la garde des troupeaux et la fréquentation des estives. Dans cette perspective, il est presque un visage donné à la montagne, un esprit tutélaire auquel on attribue les caprices, mais aussi les générosités du milieu naturel.

Il reste néanmoins craint des hommes. Les bergers ne manquent pas de lui laisser des offrandes, composées de pain, de fromage et de lait, peut-être pour éviter qu’il ne vienne piller les cabanes lorsque la faim se fait trop forte.

Détenteur de savoirs ancestraux


Considérer le Basajaun comme une créature primitive des forêts, uniquement guidée par l’instinct, serait faire injure à son histoire.

Au‑delà de sa dimension sauvage, le Basajaun est présenté comme détenteur de connaissances techniques et agricoles qu’il aurait transmises aux humains (ou qu’on lui aurait volées). Dans la légende bien connue de Martín Txiki, un petit héros futé, par exemple, c’est en dérobant au Basajaun le secret de la fabrication de la scie (issu de l’observation des feuilles de châtaigniers) que les Basques auraient appris à mieux travailler le bois.

D’autres versions lui attribuent la maîtrise de l’agriculture, de la métallurgie ou de certaines techniques pastorales, faisant de lui une sorte d’enseignant caché des premiers paysans et artisans. On retrouve ainsi dans cette figure la mémoire symbolique d’un temps où les savoir-faire se transmettaient au contact direct de la nature, en observant les cycles des forêts et des montagnes.

Riche d’une culture ancestrale, le Basajaun symbolise la mémoire collective et la transmission des connaissances essentielles à la survie dans un environnement montagnard difficile. Son caractère ambivalent — sauvage mais bienveillant, puissant mais respectueux — reflète la relation complexe que les communautés basques entretenaient avec leur environnement naturel.

Dans certaines régions montagneuses, le Basajaun est associé à des lieux précis : grottes portant son nom, rochers où il aurait laissé l’empreinte de ses pas, ou sources qu’il aurait fait jaillir de la roche. Ces sites deviennent des marqueurs du paysage mythologique basque, où la géographie réelle se mêle aux récits légendaires.

Les témoignages de rencontres avec le Basajaun, bien que rares dans les récits contemporains, étaient relativement fréquents dans les traditions orales du 19e siècle. Les bergers racontaient l’avoir aperçu au crépuscule, se déplaçant silencieusement entre les arbres, ou avoir entendu ses appels résonner dans les gorges profondes.

Et aujourd’hui ?


Son importance dans la mythologie basque le protège de l’oubli. Il est célébré lors de festivals folkloriques, représenté dans l’art et la littérature contemporains, et continue d’inspirer les conteurs et les artistes. Son image apparaît sur des sculptures publiques et des fresques murales.

Basajaun
Représentation stylisée du Basajaun – Crédit photo: Alamy

Il sert aussi d’argument à la communication touristique, qui l’affiche parfois comme le Yéti basque. Des hébergements, campings ou structures touristiques l’utilisent comme figure d’appel pour raconter les mythes locaux et proposer des animations autour des créatures fantastiques régionales.

Quelques films lui ont même été consacrés, dont le thriller El guardián invisible, réalisé par Fernando Gonzàlez Molina en 2017 et adapté de la trilogie La Vallée du Batzan de Dolores Redondo. Le film présente le Basajaun comme le témoin discret d’une série de meurtres commis dans les forêts.

Le personnage sert aussi de symbole aux revendications écologiques, notamment pour la préservation des forêts pyrénéennes.

Dans les randonnées en forêt d’Iraty ou autour de certaines grottes, guides et panneaux d’interprétation évoquent parfois ce seigneur sauvage pour mieux relier paysages, folklore et imaginaire collectif. Le Basajaun devient ainsi un outil de médiation culturelle et environnementale, qui permet de parler à la fois de légendes, de patrimoine naturel et d’identité basque.

Au-delà de son aspect légendaire, le Basajaun rappelle l’importance de préserver l’équilibre entre l’homme et la nature, un message particulièrement pertinent à notre époque. En tant que gardien des forêts et protecteur de l’environnement, cette créature mythique incarne des valeurs écologiques qui résonnent avec les préoccupations contemporaines. Le géant sauvage reste ainsi bien plus qu’une simple légende : il incarne une vision du monde où la nature n’est pas un simple décor, mais une entité vivante, puissante et digne de respect.

Plage du Petit Nice

Fermeture de la plage du Petit Nice, près du Pilat, pendant trois mois

Fermeture de la plage du Petit Nice, près du Pilat, pendant trois mois


Les mauvaises conditions météorologique de ces dernières semaines ont impacté le littoral girondin, justifiant des mesures de sécurité.

plage du petit nice
La plage durement touchée par les aléas climatiques – Crédit photo : © Ville de La Teste-de-Buch

Une érosion spectaculaire

Le littoral a subi des assauts particulièrement violents ces dernières semaines. En l’espace de seulement dix jours, le trait de côte a reculé de 5 à 6 mètres. Ce phénomène, accentué par les tempêtes hivernales et les fortes houles, a littéralement grignoté la plage.

L’érosion dunaire laisse voir de véritables falaises de sable, avec, par endroits, des escarpements verticaux de 3 à 7 mètres de hauteur. Ces structures, extrêmement instables, entraînent des risques de chute et d’ensevelissement. Les parois peuvent s’effondrer à tout moment sur les personnes qui se trouveraient en contrebas.

Pire : une fois sur la plage, il est devenu presque impossible de remonter en sécurité vers le parking.

« Un dispositif de signalisation et de matérialisation de l’interdiction a été installé par les services de la voirie afin d’empêcher l’accès à la zone concernée. Les autorités appellent à la plus grande prudence et invitent habitants comme visiteurs à respecter strictement les consignes, rappelant que ces mesures visent avant tout à prévenir les accidents » prévient Le Figaro (05/02/2026).

Travaux de protection

Parallèlement à cette mise en sécurité, des opérations de réensablement massif sont prévues dans la zone. Le Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon (SIBA) doit injecter des milliers de mètres cubes de sable pour tenter de stabiliser le pied des perrés (les protections en pierre) et limiter le recul du trait de côte avant la saison estivale.

La plage du Petit Nice n’est pas isolée : d’autres parties du littoral autour du Bassin d’Arcachon et du Pyla-sur-Mer font régulièrement l’objet de travaux d’entretien ou de réensablement pour compenser la perte de sable et stabiliser la côte.

La fermeture de la plage court jusqu’au 30 avril.  À proximité du Petit Nice, les plages de la Salie Nord et de la Lagune restent quant à elles ouvertes au public.