IGP Agenais

IGP Agenais : un terroir discret, des vignerons libres

IGP Agenais : un terroir discret, des vignerons libres


Moins réputé que ses prestigieux voisins bordelais ou bergeracois, le vignoble lot-et-garonnais n’en possède pas moins une véritable identité. Parmi ses productions viticoles, les vins IGP Agenais occupent une place particulière : ils expriment la diversité d’un territoire situé entre influences océaniques et accents méridionaux, tout en laissant aux vignerons une grande liberté dans le choix des cépages et des assemblages.

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IGP Agenais
Vignoble IPG Agenais – Crédit photo : Henri Guérin – Flickr

Une histoire ancienne, une identité récente


On le sait, c’est l’arrivée des armées romaines en Gaule vers 58 avant J.-C. qui a permis le développement du vignoble, notamment dans le Sud-Ouest. Au fil des siècles, le savoir-faire local s’est affiné, encouragé par les ordres monastiques. La proximité de la Garonne et le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ont quant à eux contribué au développement commercial des vins lot-et-garonnais.

Au XVIIIe siècle, la vigne, déjà bien implantée dans plusieurs provinces de la Guyenne, notamment le Mézinais et le Marmandais, ne cesse de s’étendre. Cette ambition est pourtant mal perçue par Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny, intendant de la généralité de Bordeaux, qui craint que cette progression ne se fasse au détriment des cultures céréalières et n’aggrave les risques de famine. En 1747, il interdit toute nouvelle implantation.

Un siècle plus tard, la crise du phylloxéra ravage une grande partie du vignoble français, dont celui du Lot-et-Garonne.

Il faut attendre le XXe siècle pour assister à une véritable renaissance de la viticulture locale. À partir du milieu du siècle, le savoir-faire des producteurs, l’organisation collective autour des coopératives et le développement des circuits commerciaux permettent à la vigne de reprendre progressivement sa place.

L’identité « Agenais » en tant que vin de pays est officialisée en 1982 sous le nom de « Vin du Pays Agenais ». En 2009, cette mention évolue vers le statut européen d’Indication Géographique Protégée (IGP), sous l’appellation « Agenais », marquant une étape clé dans la reconnaissance de ces vins.

Selon la Confédération des Vins IGP, l’Agenais correspond à une IGP de zone, qui autorise une production sur l’ensemble du département, à l’exclusion des six communes de la zone de production de l’IGP Thézac-Perricard : Bourlens, Courbiac, Masquières, Montayral, Thézac et Tournon-d’Agenais.

Le Lot-et-Garonne, terre de vins


L’Agenais n’est qu’une pièce du puzzle viticole du Lot-et-Garonne, département qui compte pas moins de six AOC et plusieurs IGP. À ses côtés coexistent diverses appellations, dont le Buzet, appellation reconnue en 1973 puis sous son nom actuel en 1986, implantée sur des coteaux argilo-calcaires au nord d’Agen, où la production est très majoritairement rouge, avec un encépagement de type bordelais et une vinification assurée par la coopérative locale.

Vignoble de Lot-et-Garonne. L’ensemble du département est par ailleurs couvert par l’IGP Pays de l’Agenais. Crédit image : Atlas des paysages du Lot-et-Garonne

Ce sont aussi les Côtes de Duras, entre Bergerac et Marmande, sur plus de 2 000 hectares, qui proposent des rouges, des rosés ainsi que des blancs secs et moelleux. Le sauvignon joue notamment un rôle important dans les blancs secs, tandis que le sémillon et la muscadelle participent aux vins blancs doux.

Difficile de ne pas citer les Côtes du Marmandais, à l’identité très marquée. L’appellation s’étend de part et d’autre de la Garonne et se distingue notamment par la présence de l’abouriou, cépage local emblématique. Les rouges y sont amples, charnus et équilibrés, tandis que les rosés privilégient fraîcheur et expression fruitée.

Enfin, le Brulhois, plus au sud, ainsi que de petites IGP comme le Thézac-Perricard, dont le vignoble, replanté à partir de 1980 par une poignée de vignerons passionnés, ne compte aujourd’hui pas plus de 40 hectares. C’est de ce même terroir qu’est né le fameux « Vin du Tsar », dont l’histoire veut qu’il ait séduit Nicolas II grâce à l’entremise du président Armand Fallières, originaire de Mézin.

L’IGP Agenais se distingue par sa souplesse. Elle couvre la quasi-totalité du département et laisse aux vignerons une grande liberté d’assemblage et de cépages, à l’inverse des AOC voisines, plus strictement encadrées.

IGP Agenais, kezako ?


Reconnue officiellement en 2011, l’appellation autorise trois couleurs de vin : le rouge, le rosé et le blanc, ainsi que des vins mousseux et des vins issus de raisins surmûris. Une particularité de son cahier des charges mérite d’être soulignée : chaque cépage doit en principe être vinifié séparément, et son nom doit figurer sur l’étiquette, une mention qui peut être complétée par un second cépage lorsque les deux vins ont fait l’objet d’un agrément distinct avant assemblage. Cette règle donne aux vins de l’Agenais une lisibilité rare, appréciée des amateurs curieux de découvrir un cépage en particulier ou des assemblages inédits.

Les mentions « primeur » ou « nouveau » peuvent également accompagner l’indication pour certains vins tranquilles.

Dans un territoire où les AOP profitent d’une meilleure visibilité, il est parfois difficile pour les viticulteurs de l’IGP Agenais de se frayer un chemin vers les consommateurs. Réunis au sein de l’Organisme de défense et de gestion des vins IGP Agenais/Thézac-Perricard, ils tentent d’améliorer les opportunités commerciales, au-delà du département ou du Sud-Ouest. « L’objectif, c’est de s’identifier et de prendre notre place dans le Lot-et-Garonne. On a la chance d’avoir un territoire vaste, une diversité des terroirs et en même temps une diversité des produits, mais jusqu’à présent on est toujours restés discrets » constatait déjà en 2014 Jacques Miquel, président de l’ODG, dans La Dépêche.

Il est vrai que la surface du vignoble ne dépasse pas les 84 hectares, pour une production annuelle de 4 105 hectolitres, loin derrière les 110 000 hl de l’AOP Buzet.

Bénéficier d’une mosaïque de sols et de climats


Le terroir de l’Agenais tire sa richesse de sa diversité. Le vignoble s’étend sur une grande variété de sols : à l’ouest et au sud de la Garonne dominent les sables des Landes, tandis qu’au nord du fleuve s’étend une zone de collines plutôt calcaires. Entre les deux, le Pays de Serres forme un vaste plateau découpé par les vallées, offrant une multitude d’expositions et de microclimats.

Une telle diversité constitue sans doute le principal atout de l’IGP Agenais : diversité des sols et des paysages, diversité des cépages, diversité des couleurs, diversité des styles recherchés par les vignerons et diversité des climats.

Les influences océaniques atténuent les froids hivernaux et apportent une partie des précipitations nécessaires au développement de la vigne. Contrairement au littoral, c’est la fin du printemps qui y est la plus arrosée, plutôt que l’hiver, et les vents dominants viennent principalement de l’ouest. À l’automne, les vents méridionaux contribuent à favoriser la maturation des raisins.

La douceur relative du climat, associée à un ensoleillement généreux, permet d’obtenir des raisins suffisamment mûrs tout en conservant, selon les années et les situations, une fraîcheur indispensable à l’équilibre des vins.

Le département se trouve ainsi à la croisée de deux influences, océanique et méditerranéenne, et la topographie, la géologie ou encore le couvert végétal y dessinent une véritable patchwork de microclimats d’une commune à l’autre.

Les cépages : une palette aromatique très ouverte


L’IGP Agenais a su tirer profit de la richesse de son encépagement, qui associe cépages bordelais classiques et variétés plus typiques du Sud-Ouest. La production est dominée par les rouges (67%), suivis des rosés (22%) et des blancs (11%).

Pour les vins rouges et rosés, le cahier des charges autorise une longue liste de cépages noirs : abouriou, alicante Henri Bouschet, arinarnoa, bouchalès, cabernet franc, cabernet-sauvignon, cot (malbec), egiodola, gamay, jurançon noir, merlot… Cette diversité permet des assemblages très variés, mais aussi des vins monocépages qui mettent en valeur des variétés plus rares comme l’abouriou ou le fer servadou, emblématiques du Sud-Ouest.

Selon les cépages utilisés, la palette aromatique des rouges et rosés se révèle très ouverte, entre fruits rouges et noirs, épices et poivron vert, cerise et pruneau, notes de cacao et de réglisse, ou encore accents grillés et vanillés.

Un Agenais rouge peut donc être un vin gourmand et fruité destiné à être bu jeune, mais aussi présenter davantage de structure lorsque la maturité du raisin et les choix de vinification le permettent.

Selon les cépages, le rosé développe quant à lui des expressions allant des petits fruits rouges aux notes plus épicées ou végétales. L’INAO souligne notamment la grande diversité aromatique des rosés de l’IGP Agenais. Ce sont des vins particulièrement adaptés à la gastronomie estivale, mais leur intérêt ne se limite pas aux apéritifs. Leur fraîcheur leur permet également d’accompagner salades composées, charcuteries, grillades, cuisine du Sud-Ouest ou plats à base de légumes.

S’agissant enfin des vins blancs, les viticulteurs utilisent notamment le sauvignon, l’ugni blanc, le sémillon, la muscadelle, le listan, le mauzac ou encore l’ondenc. C’est cependant le colombard qui donne au blanc de l’Agenais sa signature la plus reconnaissable. Ce cépage exprime des arômes de citron vert, de pêche et de nectarine, tandis que le chardonnay, également autorisé, apporte des notes de fleurs blanches, d’agrumes, de noisette et d’amande grillée. Le résultat : des blancs secs, vifs et aromatiques, taillés pour l’apéritif ou les plats légers de l’été.

Cette diversité des blancs est l’une des forces de l’IGP Agenais : elle permet de passer d’un vin vif, frais et fruité à un vin plus ample ou moelleux, selon le cépage et le choix du producteur.

Se laisser tenter par un plaisir nouveau ?


Loin des grandes appellations médiatisées, l’IGP Agenais est portée par un tissu de domaines familiaux et de caves coopératives qui ont fait le choix, souvent depuis plusieurs générations, de valoriser un terroir méconnu plutôt que de le voir disparaître.

Pour les producteurs, l’IGP représente un cadre intéressant car il permet de valoriser un territoire tout en conservant une certaine liberté dans l’assemblage et l’expression des cépages. Cette souplesse favorise l’expérimentation et permet aux vignerons de proposer des cuvées aux profils très différents.

Domaine Mas de la Borde Haute, IG P Agenais

Mais c’est ce qui rend parfois difficile une description unique du « vin Agenais ». Il existe moins un style uniforme qu’une famille de vins, réunie par une origine géographique et un savoir-faire commun.

Sur le terrain, l’engagement des vignerons se traduit par des pratiques de plus en plus respectueuses de l’environnement : conversion à l’agriculture biologique ou raisonnée pour de nombreux domaines, rendements maîtrisés, valorisation des vieux cépages locaux et vinifications séparées par parcelle ou par cépage pour préserver la typicité de chaque vin. Cette exigence qualitative, couplée à une grande liberté de style, permet à l’IGP Agenais de proposer des vins à la fois accessibles et authentiques

En somme, l’IGP Agenais illustre bien la richesse discrète du vignoble du Sud-Ouest : un terroir généreux, une palette de cépages foisonnante et des producteurs attachés à faire perdurer une tradition viticole vieille de plus de deux mille ans.

Brasseries artisanales Sud-Ouest

La bière artisanale made in Sud-Ouest

La bière artisanale made in Sud-Ouest


La région n’a pas échappé à l’essor des microbrasseries, chacune revendiquant son ancrage local et la particularité de sa production. Si le marché s’est un peu resserré, les petits brasseurs du Sud-Ouest continuent d’exister face aux géants du commerce.

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Crédit photo : Artisans Gourmands Nouvelle-Aquitaine

Un phénomène assez récent

C’est au Royaume-Uni qu’a émergé le phénomène des microbrasseries dans les années 1970 avant de s’étendre aux Etats-Unis une dizaine d’années plus tard. En France, il faut attendre les années 2000 pour voir apparaître les premiers établissements. Le pays ne comptait que 250 brasseries indépendantes en 2006, contre environ 2500 aujourd’hui.

Mais qu’est-ce qu’une microbrasserie au juste ? Le site La Brasserie Fondamentale propose sa définition : « Les microbrasseries sont des petites brasseries permettant de brasser de la bière en quantité limitée et étant indépendantes de toute autre brasserie. Une microbrasserie, c’est aussi un brasseur qui élabore ses propres recettes dans un souci de créativité et de qualité de manière expérimentale et à l’écoute des consommateurs. »

Selon l’expert Emmanuel Gillard, dont l’étude a été reprise dans le magazine Bar Mag, les brasseries indépendantes intègrent les picobrasseries (production annuelle inférieure à 200 hl), les microbrasseries (entre 200 et 999 hl) les PME (entre 1000 et 9 999 hl) et enfin les structures semi-industrielles (entre 10 000 et 200 000 hl).

« Les brasseries produisant moins de 1 000 hectolitres (picobrasseries et microbrasseries) totalisent à peine plus de 1% de la production alors qu’elles constituent 80% des brasseries françaises » précise l’expert.

Ces dernières années, elles ont dû faire face à une conjoncture difficile, liée à une baisse de la consommation des ménages, une augmentation des charges d’exploitation et un manque de trésorerie. « De l’avis de plusieurs acteurs et observateurs, après la phase d’engouement où beaucoup se sont lancés dans l’aventure, c’est maintenant une phase de régulation du marché qui s’est mise en œuvre, où seuls les mieux armés subsisteront » constate le journal l’Écho du Mardi.

Jouer la proximité…

Inutile donc pour les microbrasseurs de chercher à perturber un marché toujours largement dominé par les industriels. Leur pérennité repose avant tout sur les attentes des consommateurs : des produits meilleurs que ceux de la grande distribution et, surtout, composés d’ingrédients cultivés localement.

Trouver par exemple du houblon dans le Sud-Ouest relève parfois du défi, mais la filière semble s’organiser, comme le montre la démarche menée par Houblon Nouvelle-Aquitaine, qui regroupe les acteurs régionaux. Ces derniers privilégient de plus en plus la diversification agricole face au changement climatique et à l’appauvrissement des sols dû à la monoculture. « Ces dernières années, les récoltes de prunes ont été catastrophiques à cause des gelées. Nous ne voulions plus concentrer les risques sur une seule culture. Or, le houblon ne souffre pas du gel. Son deuxième avantage ? Les pieds durent une vingtaine d’années. Nous récoltons dès la première année alors qu’il faut plusieurs années pour un fruitier ou un pied de vigne » témoigne Émeric Cadalen, agriculteur du Lot-et-Garonne, cité par Curieux !

En revanche, la production d’orge répond aux attentes des brasseurs, grâce aux 132 000 hectares qui lui sont dévolus dans la région (40 % de cette production concerne l’orge brassicole).

Ainsi, au Pays basque, l’association Herriko Garagarnoa, située à Ainhice-Mongelos, forme un collectif d’agriculteurs, de malteurs et de brasseurs basques, avec une forte revendication locale. Cette année, 16 hectares ont été semés, après des années d’analyse des sols et d’ajustement. « Une démarche patiente, presque clinique, qui a permis d’identifier enfin les types d’orges les plus compatibles avec les terroirs du Pays basque Nord » nous apprend Presse Lib. Aujourd’hui, Herriko Garagarnoa fournit neuf brasseries locales.

… et la diversification

La proximité ne se limite pas à la quête de fournisseurs départementaux ou régionaux. Jouer la carte locale suppose de s’inspirer du terroir. Ainsi, en Gironde, la brasserie Effet Papillon propose sa Brett Series, une bière de blé nature mûrie en barriques et en foudres de chêne ayant contenu du vin rouge. Pour sa part, Château Caillou (Grand Cru Classé) a élaboré une bière élevée dans ses fûts de Sauternes, la Bayou.

Dans le Lot-et-Garonne, les consommateurs peuvent trouver la Genèse, une bière préparée à base de pruneau d’Agen, qui apporte « une note particulière de prune très douce. » À Limeuil, en Dordogne, la brasserie La Lutine mise sur sa bière bio à la noix, non filtrée et non pasteurisée. Quant à la microbrasserie Epic, localisée à Boulazac, elle commercialise depuis peu une bière brune à la truffe du Périgord !

Crédit photo: Brasserie La Lutine

Les microbrasseries du Sud-Ouest ont tout intérêt à répondre aux attentes de leur clientèle, parfois exigeante. Ignorer par exemple les ingrédients bio ne contribuerait pas à donner la meilleure image de sa production, pas plus que de ne pas proposer de bières peu ou pas alcoolisées, dont les ventes ne cessent d’augmenter selon la Fédération Nationale des Boissons.

Il s’agit également de concevoir une bière de qualité, car souvent plus chère que celles disponibles en grande surface.  Les bières artisanales sont souvent non filtrées et non pasteurisées et refermentées en bouteille, ce qui permet d’offrir une expérience gustative nouvelle, voire surprenante, au public, loin des standards d’Heineken ou de Carlberg.

Enfin, l’ancrage local se traduit par une implication dans l’animation de son territoire. Outre la vente directe ou en circuit court, les brasseries indépendantes assoient leur réputation en organisant différents évènements tout au long de l’année (ateliers de brassage, visites, soirées, concerts) ou en s’impliquant dans les fêtes locales. C’est particulièrement vrai dans le Sud-Ouest, destination touristique.

Que de brasseries !

La vague des microbrasseries n’a pas épargné la Nouvelle-Aquitaine. La région compte environ 240 établissements indépendants, ce qui en fait la troisième région française en nombre, derrière l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie. Ce sont majoritairement de petites structures, souvent installées en milieu rural, qui produisent moins de 300 hectolitres par an.

En Dordogne, à Périgueux, la brasserie BAM profite de son large espace (plus de 1000 m²) pour proposer une taproom à sa clientèle, qui déguste les bières maison directement sur le lieu de production. Elle peut ainsi découvrir des boissons surprenantes, dans le plus pur esprit « craft beer », comme l’illustre la Tatou, une blonde légèrement amère avec des saveurs d’agrumes et de fruits tropicaux.

Une quarantaine de microbrasseries sévit en Gironde, royaume de la viticulture. De nombreux nouveaux brasseurs sont d’ailleurs issus du monde de la vigne, à l’instar d’Alexandra Martet, propriétaire de Château Lavison, dans l’Entre-Deux-Mers. La vigneronne a créé en 2017 la Brasserie du Château, sûre de son fait : « Il y a une très grande curiosité pour la bière de la part des clients, plus que sur le vin » confie-t-elle au quotidien Sud-Ouest. La brasserie propose aujourd’hui quatre étiquettes, dont la bière de Printemps, élaborée à partir d’une recette du Moyen-Âge. Il est vrai que son château date du 13e siècle.

Dans les Landes et le Lot-et-Garonne, les brasseries artisanales s’activent surtout en milieu rural, privilégiant la qualité, l’originalité et les circuits courts. Certaines sont d’ailleurs certifiées « Artisan Gourmand Nouvelle-Aquitaine », à l’instar de Kanaha Beer, microbrasserie installée à Biscarrosse, qui produit la Honu, une bière aux fruits de la passion, ou encore la Whisky Ale, affinée au whisky.

Enfin, existe-t-il une rivalité entre brasseurs basques et béarnais ? Non, les deux territoires partagent une philosophie similaire, fondée sur la valorisation du terroir. Chez les Basques, l’innovation repose sur les produits locaux, comme le piment d’Espelette utilisé par exemple par la brasserie Etxeko Bob’s Beer. Du côté béarnais, la brasserie Aussau n’hésite pas à proposer sa bière d’hiver n°18, avec des notes de chocolat, de caramel et d’épices, particulièrement adaptée à l’environnement pyrénéen lorsque la neige se met à tomber.

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vin de Domme

Pour le vin de Domme, l’Histoire continue

Pour le vin de Domme, l’Histoire continue


Fort d’un héritage millénaire, longtemps réputé auprès des cours européennes, le vin de Domme ne résista pourtant pas à la crise du phylloxéra au 19e siècle. Aujourd’hui, sa modeste production rend hommage à son histoire prestigieuse.

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Vignoble à Florimont-Gaumier qui produit le vin de Domme
Crédit photo: commune de Florimont-Gaumier

Comme un long déclin

La Dordogne abrite de petits vignobles, souvent confidentiels, pourtant héritiers d’une très longue histoire. C’est par exemple le cas pour l’AOC Rosette, blanc moelleux apprécié depuis le 14e siècle, dont la superficie exploitée ne dépasse pas les 40 hectares.  À peine plus grand, les côtes-de-Montravel s’étendent sur 49 hectares. Certes, ces deux terroirs bénéficient de l’appellation Bergerac, mieux connue des consommateurs.

Pour sa part, le vignoble de Domme, en Périgord Noir, se revendique comme le plus petit de France, avec ses 18 hectares situés sur les coteaux calcaires du Céou (affluent de la Dordogne).

Et pourtant, à la fin du 19e siècle, le vin de Domme rayonnait dans le Sud-Ouest et même au-delà, fort de ses 2 700 hectares. Les premières vignes auraient été plantées par les moines cisterciens de Cadouin dès le 12e siècle. Les archives attestent de la perception de droits sur la production viticole à Domme un siècle plus tard.

Au fil du temps, la vigne ne cesse de progresser, finissant par occuper une place aussi importante que la forêt. Le vin périgourdin jouit d’une formidable réputation au sein du royaume et même dans les cours européennes. Chargées du précieux breuvage, les gabarres quittent le petit port de Domme et empruntent la Dordogne jusqu’à Bordeaux, où il est ensuite transporté vers de lointaines capitales. Sans nul doute, la production viticole contribue au développement économique de la vallée de la Dordogne, justifiant même une activité de monoculture.

En 1870, le vignoble dommois talonne celui des vins de Bergerac, mais la crise du phylloxéra anéantit toute ambition. Le Périgord, attaqué vers 1879 par le terrible puceron, est profondément touché. À Domme, les vignes disparaissent du paysage en quelques années. Seules subsistent de petites parcelles, destinées à la consommation familiale.

(Presque) mort et ressuscité

Les vignerons de Bergerac parviennent à relancer progressivement leur production, notamment grâce aux porte-greffes américains. À Domme, la renaissance se veut beaucoup plus contrainte et modeste. Dans sa monographie consacrée à la commune de Florimont-Gaumier (non loin de Domme), Pierre Soulillou, instituteur agricole itinérant à la retraite, constate que la vigne est passée de 255 ha avant le phylloxéra à 20 ha dans les années 1960. Plus globalement, le vignoble dommois ne dépasse pas les 540 hectares. Le Périgord Noir s’est tourné vers d’autres productions agricoles, à l’instar du maïs, du tabac ou de l’élevage. En 1985, seuls sont recensés 90 hectares de vignes. Inexorablement, le vin de Domme s’éteint dans l’indifférence, malgré ses siècles d’histoire et de prestige.

Si la superficie a rétréci, les cépages ont changé. Ainsi, le Pied-de-Perdrix, qui a contribué à la renommée du vin de Domme, n’est plus privilégié par les producteurs. Leur choix se tourne vers une plus grande diversité, dont le Jurançon rouge, l’Abouriou ou encore le Grand Noir de la Calmette, qui couvrent 30 % du vignoble. 

La relance de la vigne n’intervient que dans les années 1980, initiée par Germinal Peiro, nouveau conseiller régional du canton de Domme. Il organise diverses rencontres avec l’administration des douanes et l’Office national interprofessionnel des vins pour évoquer l’opportunité d’un redémarrage concret de la production. En 1993, les élus et habitants locaux créent l’association des Amis du Vin du Pays de Domme.

De fait, une parcelle est plantée à titre expérimental. La première vendange est effectuée en 1996, dans une grange mise à disposition du groupe de passionnés. Ces derniers font d’ailleurs preuve d’une bonne humeur à toute épreuve : « Si on ne le vend pas, on le boira ! »

Organisation et ambition

La création de la Cave Coopérative des Vignerons des Coteaux du Céou en 1998 vient confirmer la nouvelle dynamique. L’année suivante, le chai coopératif est inauguré, ouvert aux quinze producteurs.

Bref, la structure juridique existe et les équipements sont enfin disponibles. Les vignerons ont les cartes en main pour mener à bien leur mission audacieuse : renouer avec un vin qui fit les grandes heures du Périgord Noir.

Le vignoble n’est pas très étendu ? Peu importe. Il profite d’un environnement particulièrement adapté à la culture du raisin, notamment grâce à la parfaite exposition solaire qu’offrent les coteaux du Céou. Le sol, de type argilo-calcaire, apparaît bien adapté aux cépages et contribue à apporter au vin un équilibre entre caractère et souplesse.

logo vin de Domme

S’agissant justement des cépages, les vignerons dommois choisissent le Merlot, le Cabernet franc et le Malbec pour leur vin rouge. Pour le blanc, ce sont le Chardonnay et le Sémillon qui retiennent leur attention. Enfin, le rosé reprend les mêmes cépages que le rouge, à l’exception du Merlot.

La qualité ne tolère aucune concession : « Pour les rouges, nous dégustons les raisins de toutes les parcelles, afin de définir des lots (parcelles) homogènes de qualité. Cela permet d’organiser les vendanges entre chaque viticulteur, et de faire des vinifications parcellaires, dans le but d’exprimer au mieux le potentiel de chaque parcelle » expliquent les viticulteurs sur le site officiel du vin de Domme.

La vinification diffère selon la production. Les blancs sont élevés en cuve de fibre de verre. Les rosés, après un pressurage direct, sont quant à eux vinifiés en cuve inox. Enfin, parmi les rouges, les cuvées Périgord Noir et des Fondateurs se reposent dans des fûts de chêne pendant au moins un an.

La reconnaissance du travail bien fait

L’abnégation finit par payer. Le vin de Domme attire l’intérêt des professionnels et des consommateurs. Il décroche plusieurs médailles au concours général de Paris et, surtout, reçoit le label IGP en 2012, qui récompense les produits dont la qualité ou la réputation est liée au lieu de production, de transformation ou d’élaboration.

Pas question pour autant de se reposer sur ses feuilles de vigne. Progressivement, les vignerons se tournent vers l’agriculture bio. En 2018, la moitié des parcelles est déjà convertie et, aujourd’hui, l’ambition est de couvrir la totalité du vignoble. « Le bio, ça marche très bien. Il n’y a pas de baisse de rendement, juste un peu plus de travail et de soin. Des rosiers positionnés en bout de rang permettent de sauvegarder la vigne, car ils prennent la maladie avant elle » explique Bernard Manière, président de la coopérative, au journal Sud-Ouest. L’objectif est bien de préserver la biodiversité, d’autant que les parcelles sont entourées de forêts.

Le souhait est aussi de s’intéresser aux cépages qui prévalaient avant la terrible crise du phylloxéra. Après tout, ils ont contribué à la réputation internationale du vin de Domme et représenteraient à n’en pas douter un argument singulier auprès des clients.

Il ne semble pas, en revanche, que les vignerons rêvent d’étendre davantage leur vignoble, préférant la qualité à la quantité. La production annuelle se limite à 900 hectolitres (contre 260 000 hectolitres pour les seuls vins rouges des appellations Bergerac).

Un vin surtout local

De fait, la vente du vin de Domme ne dépasse pas, ou peu, les frontières du Périgord Noir. La plus grosse part des ventes se fait directement au chai de Moncalou, pour 70 % de la production. Les producteurs ont eu la bonne idée d’aménager à Florimont-Gaumier un lieu propice à la curiosité et aux visites, alors que se développe l’œnotourisme.

« Le chai de Moncalou est un bel emplacement au milieu des collines, entouré des vignes, et qui vous attend. Elle devient un lieu de dégustation, bien sûr, et d’animation. Depuis Domme, on prend, de colline en colline, de charmantes petites routes typiques du Périgord Noir, pour arriver au beau milieu des vignes de Vin de Domme » écrit ainsi Jean-Marc Blancherie sur le site AquitaineOnLine.

Crédit photo : Domaine de Lasfargues

Les vignerons peuvent aussi compter sur la confrérie des Amis du Vin de Domme, fondée en 2007. Ses douze membres mouillent la tunique rouge et or pour assurer la promotion de leur produit chéri lors des fêtes de village, foires ou autres évènements culturels.

Finalement, les efforts consentis par cette bande de passionnés depuis déjà quelques décennies portent leurs fruits. Le site de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité) estime que « le vignoble de l’IGP Périgord est situé sur des sols calcaires, qui donnent à ces vins un équilibre flatteur, à la fois chaleureux et nerveux (…) Les vins rouges sont assez souples en attaque avec un nez expressif de fruits rouges. Ceux élevés en fût de chêne présentent une touche réglissée et légèrement boisée. Les rosés ont une couleur soutenue. En bouche, ils se caractérisent par un bel équilibre avec du volume et une finale portée sur la fraicheur. Les blancs, eux, présentent un nez frais et vif sur des notes florales et d’agrumes. »

Le Guide Hachette des Vins se dit également charmé en 2003 : « Le Vin de Domme Périgord Noir élevé en fût de chêne rouge a obtenu la note de 1 étoile, ce qui correspond à un vin très réussi. »

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Vin de Thézac-Perricard : et le tsar Nicolas II fut séduit…

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Vin de Thézac-Perricard : et le tsar Nicolas II fut séduit…


Doté de l’IGP, le petit vignoble de Thézac-Perricard profite d’un sol et d’un climat favorables pour proposer un vin généreux, aux tannins ronds parfois puissants.

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Vin du tsar vignoble Thézac-Perricard
Le souvenir du tsar reste vivace en Lot-et-Garonne – Crédit photo : Tourisme Fumel – Vallée du Lot

Une histoire prestigieuse

La réalité historique a-t-elle été enjolivée ou pas ?  Il est dit qu’Armand Fallières, Président de la République française de1906 à 1913 et natif du village de Mézin, fit découvrir à Nicolas II le vin de Thézac-Perricard. Le Tsar de toutes les Russies, subjugué par le divin breuvage, en commanda différents tonneaux et contribua malgré lui à la réputation internationale du vin lot-et-garonnais, surnommé « le vin du Tsar ».

La rencontre entre les deux leaders est avérée. Elle s’est produite le 31 juillet 1909 à bord du cuirassé Vérité, au large de Cherbourg. On peut d’ailleurs retrouver le menu du dîner officiel sur cette page, mais le document n’indique hélas pas la carte des vins…

Vignoble peu connu, encore aujourd’hui, le Thézac-Perricard peut pourtant se targuer d’une longue histoire.  À chaque visite d’un personnage important, les vignerons offraient un tonneau de la production locale : « Ce fut vrai en 1777 lors de la venue de Monsieur, le frère du Roi. Et tous les jurats de Bordeaux qui venaient à Agen, chaque année, repartaient avec le même cadeau » explique Hubert Delpont, historien, dans La Dépêche (21/11/2009).

La suite de l’histoire du Thézac-Perricard se veut moins heureuse. Lorsqu’est décidée en 1790 la création du département du Lot-et-Garonne, le vignoble est chassé de l’appellation du vin de Cahors à laquelle il était rattaché.

La Première Guerre mondiale et les crises viticoles portent un coup fatal. Il faut attendre les années 1980 pour qu’un technicien de la chambre d’agriculture décide de relancer le vin local.  

En 1986, la première cuvée est fêtée, justifiant de créer la coopérative des « Pays de l’Agenais », qui deviendra par la suite « Vin de Thézac-Perricard ». Autant assumer sa renaissance jusqu’au bout.

Un petit vignoble ? Et alors !

Peut-être faut-il zoomer un petit peu sur la carte de France des vignobles et même celle du Lot-et-Garonne pour trouver les contours du territoire de Thézac-Perricard. Situé entre Agen et Cahors, il s’étend sur 70 hectares, à l’extrême ouest du département, au contrefort des Causses du Quercy.

L’endroit semble idéal. Les vignes, situées à 200 mètres d’altitude et à quelques kilomètres de la rive gauche du Lot, profitent de l’inclinaison des coteaux et d’un climat tempéré, que l’on dit océanique dégradé. Les précipitations y sont moins abondantes que sur le littoral, même si elles s’imposent à la fin du printemps.  Les étés s’accompagnent de longues vagues de chaleur et le vent d’autan qui souffle en septembre et octobre aère et assainit la vigne.

Si la localisation et le climat jouent en faveur du vin de Thézac-Perricard, les sols contribuent aussi à sa réputation. De nature argilo-calcaire, arides, peu profonds et drainants, ils se composent de pierrailles et de rochers.

vignoble Thézac-Perricard
Le vignoble de Thézac-Perricard à Masquières – Crédit photo : Conseil départemental du Lot-et-Garonne

Mais la personnalité du Thézac-Perricard dépend aussi et surtout de ses cépages, similaires à ceux utilisés dans les vignes de Cahors, dont le malbec (ou cot). Originaire du Quercy, noir comme l’ébène, « il donne des vins colorés, très riches en tannins, bâtis pour un long vieillissement. Il faut le récolter mûr à point. […] Enfin, il se plaît sur des sols argilo-calcaires ou des terres de galets. Il redoute l’humidité et affectionne plus que tout les chaleurs sèches » nous apprend Le Vin Figaro.

Les autres cépages qui entrent dans la composition du Thézac-Perricard rouge sont le gamay, le merlot, le tannat, le cabernet-franc et le cabernet-sauvignon. Le vignoble permet aussi la production d’un rosé, sec avec des pointes de fruits rouges ou plus moelleux, et même d’un blanc, dont la commercialisation apparaît plus confidentielle.

L’IGP comme récompense ultime

Les quelques passionnés qui ont cru à la renaissance du Thézac-Perricard ont vu leurs efforts récompensés en 2006, lorsque l’IGP (Indication Géographique Protégée) leur a été attribuée.  Comme le souligne le site officiel de la Confédération des Vins IGP de France, « Chaque vin IGP obéit à des conditions de production inscrites dans un cahier des charges précis : tout au long de son élaboration, de la vigne à la bouteille, chaque vin IGP est contrôlé par des organismes indépendants. En achetant un vin IGP, le consommateur a l’assurance d’un vin de qualité. »

S’agissant du Thézac-Perricard, la qualité se veut rare. Le vignoble, étendu sur quelques dizaines d’hectares entre les communes de Bourlens, Courbiac, Masquières, Montayral, Thézac et Tournon-d’Agenais, ne permet qu’une production limitée, qui dépasse à peine les 2 000 hectolitres.

De fait, l’activité viticole implique un nombre restreint d’acteurs, dont la Cave des vins du Tsar, la coopérative qui regroupe sept producteurs. Il faut aussi compter sur le Domaine du Lion, constitué d’un vigneron indépendant, et le Domaine de Lancement, dont l’unique viticultrice a fait le choix du bio.

Tous ont à cœur de produire un vin dans lequel « se révèlent, en fonction de l’assemblage, les arômes épicés du cot N ainsi que sa bouche gouleyante et ronde ou les arômes puissants et fruités du merlot N avec une bouche plus charpentée et une fin de bouche vanillée lorsque l’élevage a été conduit en fûts de chêne » précise l’extrait du cahier des charges de l’IGP.

Le pari semble réussi, puisque le Guide Hachette des Vins, dans son édition 2025, a décerné un coup de cœur à Sandrine Annibal, la viticultrice du Domaine du Lancement, pour son « Prémices 2023 », après une dégustation à l’aveugle.

Le tsar Nicolas II ne s’était donc pas trompé.

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AOC Rosette, vin blanc résistant

Vin & Gastronomie Vins & Spiritueux Dordogne

AOC Rosette, vin blanc résistant


Menacés de disparition dans les années 1950, les vins de l’appellation Rosette, en terres bergeracoises, traversent le temps en toute discrétion.

Crédit photo : Les Vins de Bergerac Duras – Facebook

Un vignoble installé depuis… 1322

Partir à la conquête des vins et appellations de Bordeaux et du Sud-Ouest impose une solide motivation tant leur diversité est grande. Si les vins prestigieux du Médoc ou charpentés de Madiran jouent les têtes d’affiche, d’autres se détachent de toute ambition de célébrité.

Ainsi, le vin blanc moelleux de l’AOC Rosette poursuit son bonhomme de chemin à travers les siècles. Son territoire correspond à celui délimité en 1322 sous l’appellation de « Vinée de Bergerac ». La vinée aurait d’abord correspondu à la fusion du vignoble du châtelain de Bergerac et de celui de la paroisse de Saint-Martin, avant de s’étendre plus au sud en 1495.

Malgré la modestie de sa surface de production, le Rosette profite pleinement du commerce des vins aquitains vers l’Angleterre pour asseoir sa réputation. Du 17e au 18e siècle, le développement du commerce avec la Hollande lui permet de contribuer au rayonnement des vins du Sud-Ouest, en apportant sa touche souple et moelleuse.

En 1881, la crise du phylloxéra ravage le petit vignoble, comme tous ceux de France. Les quelques pieds survivants ne résistent pas aux terribles gelées hivernales un an plus tard.

Replantées, les vignes reprennent leur existence confidentielle, à l’ombre des fameux Monbazillac et Pécharmant, leurs voisins de terroir. Tout vient à point à qui sait attendre, car en 1946 un décret hisse le Rosette au rang d’AOC, en récompense de sa qualité et de sa singularité.

Hélas, l’appellation ne contribue pas vraiment à son essor commercial. Jusqu’aux années 1980, sa consommation dégringole. Éloigné des attentes du public, à une période où la publicité impose la notoriété à ceux qui peuvent se l’offrir, le vignoble se contracte. La densification urbaine de Bergerac grignote aussi son territoire.

Il faut toute l’énergie d’une petite équipe de viticulteurs rapatriés d’Afrique du Nord pour lui éviter de disparaître.

Continuer d’exister

L’appellation Rosette dépend d’une aire de production délimitée entre les communes de Bergerac, Creysse, Ginestet, Lembras, Maurens et Prigonrieux. Le vignoble est installé sur les coteaux de la rive droite de la Dordogne, dans un environnement enchanteur composé de collines et de massifs forestiers.

Sa superficie officielle s’étend sur 125 hectares, mais seule une quarantaine est actuellement exploitée. La surface reste certes modeste, mais elle s’est étirée depuis les années 2000. En 2008, elle ne dépassait pas les 11 hectares. Le vignoble a su échapper à une disparition lente et inéluctable.

Il profite de sérieux atouts pour justifier sa survivance. D’abord, le microclimat qui couvre cette petite zone de la Dordogne se révèle particulièrement bien adapté à la maturité du raisin. Protégées par un amphithéâtre de collines et plantées sur des coteaux baignés de soleil, les vignes profitent de conditions précieuses.

Ensuite, le sol se compose de sables argileux, d’alluvions et de graviers charriés par la rivière. Riche en fer et en minéraux, il se réchauffe rapidement au printemps, aidé par les coteaux drainants.

Enfin, les trois cépages de l’AOC Rosette (sémillon, sauvignon et muscadelle) restent particulièrement appréciés des consommateurs, justifiant leur pérennité. Ils contribuent à singulariser le Rosette, considéré comme un blanc moelleux et non pas liquoreux.

Aujourd’hui, une dizaine de viticulteurs se consacre à l’appellation. Ils procèdent au passerillage pour obtenir une bonne surmaturation des grains et s’assurer d’une teneur en sucres résiduels suffisante.

Les vendanges sont lancées avant l’apparition du botrytis (ou peu après selon les parcelles) et suffisamment tôt pour conserver la fraîcheur, l’acidité et l’arôme des raisins. Toute l’identité de l’AOC Rosette tient en cette alchimie entre grains suffisamment sucrés et récolte pas trop tardive.

Les raisins sont pressés immédiatement et la fermentation alcoolique se produit en quatre à cinq jours. Le breuvage est ensuite conservé deux à trois mois en cuve ou barrique avant d’être embouteillé.  

La production reste modeste, pour atteindre les 14 000 bouteilles les années fastes.

Un plaisir forcément rare

Il n’est bien sûr pas envisageable de trouver des bouteilles d’AOC Rosette dans son supermarché de quartier, à moins, peut-être, d’habiter Bergerac et ses environs.  Le vin sait se faire discret pour encore mieux se faire désirer.

Les amateurs chanceux apprécient le travail d’assemblage effectué par les vignerons, signature d’un vrai savoir-faire.

À l’œil, le vin dévoile une robe pâle et un jaune paille aux reflets dorés.

Au nez, « les premières senteurs dévoilent un bouquet complexe où les fleurs blanches, l’acacia et le chèvrefeuille en tête, rencontrent les agrumes. À cela s’ajoutent des notes de mangue et d’ananas pour une pointe d’exotisme et de savoureuses touches de poire » écrit Le site spécialisé Tout le Vin.

Des notes anisées ou mentholées peuvent parfois se dévoiler, renforçant le sentiment de fraîcheur.

En bouche, le sucre apporte une sage onctuosité au nectar, en bon équilibre avec la fraîcheur. « Le sémillon apporte la structure, le gras, l’onctuosité, et le sauvignon, la fraîcheur aromatique. On retrouve l’alliance de notes suaves de fruits exotiques et de nuances plus fraîches d’agrumes, qui soulignent la vivacité de la finale » précise le Guide Hachette des Vins.

Le Rosette s’apprécie bien sûr à l’apéritif, servi entre 8 et 10°. À table, il accompagne les volailles, les fruits de mer, les poissons en sauce, le foie gras, les plats truffés ou encore les formages à pâte persillée.

Sa dégustation rend hommage à sa longue histoire, parfois tourmentée. Considéré comme élégant et de grande distinction, le Rosette continue d’exister vaille que vaille et en toute confidentialité.


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Boirons-nous toujours du bon vin de Bordeaux en 2050 ?

Boirons-nous toujours du bon vin de Bordeaux en 2050 ?


Le réchauffement climatique n’épargne pas le vignoble bordelais. Entre amère constatation, expérimentations et amorces de solution, les professionnels sont contraints de s’adapter pour préserver la qualité de leur vin.

Vignoble de Saint-Emilion – Crédit photo : Éric Chicouard – Flickr

Le Bordeaux à un moment charnière de son histoire

La réputation mondiale de la capitale girondine s’est construite, au fil des siècles, sur l’excellence de son vin. Il continue aujourd’hui de jouer un rôle économique majeur, avec des ventes annuelles frôlant les 4 milliards d’euros et une filière représentant près de 60 000 emplois.

Le réchauffement climatique, dont le dernier épisode caniculaire l’été dernier est venu rappeler la triste réalité, bouleverse les règles du jeu. Les températures augmentent (+1,4 °C depuis 1990), les périodes de sécheresse s’intensifient et se prolongent, la ressource en eau se raréfie.

La vigne n’échappe bien sûr pas au phénomène. « Nous sommes à un moment charnière. Le changement climatique est là, on le voit, on le subit » déplore Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, cité par France 3.

Inquiets, les viticulteurs ne peuvent que constater les symptômes. L’avancée de la date des vendanges en est peut-être le plus symbolique. Selon Christophe Riou, directeur adjoint de l’Institut français de la vigne et du vin, cette avancée correspond à un mois en 50 ans.

Les vignes, confrontées à des étés particulièrement secs, souffrent de stress hydrique et se fatiguent à une fréquence plus élevée. Elles se dessèchent et perdent leur rendement habituel.

Sous l’effet d’un soleil plus fort et insistant, le raisin subit une maturation rapide et, en conséquence, des niveaux de sucre plus élevés, donnant lieu à une teneur en alcool qui augmente. C’est, au final, l’équilibre du vin qui s’en trouve bouleversé.

Plus inquiétant, le changement climatique influence les arômes. Les odeurs de fruits frais, comme la fraise et le cassis, s’effacent au profit de celles de fruits confiturés et moins complexes, à l’instar du pruneau. La baisse de l’acidité contribue également à dégrader la fraîcheur des vins, pourtant essentielle à leur identité.

Cépage le plus répandu en terres bordelaises, le merlot est pourtant celui qui résiste le moins à l’évolution du climat. « D’ici 20 à 30 ans, le merlot risque de mûrir au mois d’août et ce sera clairement au détriment de la qualité des vins » estime Kees van Leeuwen, professeur à l’École nationale supérieure des sciences agronomiques de Bordeaux Aquitaine, dans la Revue des Vins de France.

En avoir le cœur net

Soucieuse de s’éloigner des seules prévisions théoriques, l’association des journalistes de l’environnement (AJE) s’est tournée en 2018 vers Pascal Chatonnet, œnologue et vigneron. Ce dernier a accepté d’anticiper la saveur d’un vin de Bordeaux en 2050. Il a ainsi choisi de récolter deux cépages typiques du Bordelais, le merlot et le cabernet-sauvignon, en Tunisie et dans le Minervois, pour concevoir sa « cuvée du futur ». Le résultat ne s’avère pas très concluant.

« À l’aveugle, j’aurais dit un Languedoc, mais basique. On n’a pas le terroir, le sol et le sous-sol, qui font une grosse partie du vin. C’est buvable, mais il y a un manque de finesse, d’authenticité » constate Monique Josse, du musée du vin de Paris, citée par la Revue des Vins de France.

Pour Pascal Chatonnet, interrogé par Vitisphère, « À la dégustation, ce Bordeaux 2050 est d’abord marqué par un nez d’orange et d’épice, qui ne serait pas éloigné d’un… vin chaud. Bordeaux a la typicité d’un nez de fruits frais, rouges ou noirs selon l’année, mais ici on tend vers le fruit cuit, voire sec. »

L’œnologue insiste néanmoins sur l’aspect expérimental de sa démarche, même si sa cuvée représente l’expression des cépages choisis sous ces climats (très) chauds.

Les incertitudes liées au réchauffement climatique ont également interpelé Bernard Magrez, le célèbre propriétaire viticole bordelais, dont quatre grands crus classés. Dès 2013, l’homme d’affaires a développé un dispositif s’appuyant sur les technologies de l’aéronautique pour simuler les conséquences de l’évolution du climat sur le vignoble. L’expérience vise à identifier les cépages susceptibles de résister aux assauts du soleil et à proposer le même niveau de qualité que celui qui entoure aujourd’hui les grands crus.

La phase d’expérimentation a ainsi permis de mettre en place un cuvier de vinification, « composé de 84 cuves thermorégulées permettant la vinification séparée de chacun des cépages de l’étude. Il permettra ainsi de mesurer le potentiel de ces cépages et des vins qui en seront issus comme voie d’adaptation au changement climatique » explique le Figaro Vin.

Les premières pistes de solution

Un patrimoine aussi riche que le vignoble bordelais mérite d’être protégé et sa pérennité passe par des enjeux d’adaptation. Si les inconnues restent encore nombreuses, elles n’empêchent pas les premières démarches.

Pour Nathalie Ollat, ingénieure de recherche, citée par Basta Media, « il n’y a pas une seule solution, mais un ensemble de solutions qui doivent être combinées. »

Depuis déjà quelques années, certains propriétaires de châteaux retardent l’effeuillage jusqu’à la fin de période de croissance du raisin, avec le souhait de réduire les brûlures du soleil. D’autres ne labourent plus le sol pour préserver l’humus.

Le choix peut également consister à introduire dans les vignes des porte-greffe plus tardifs grâce à un enracinement plus profond et à une meilleure captation de l’eau. Modifier la densité de plantation pourrait également soulager le vignoble en réduisant le stress hydrique.

Plus que tout, le changement climatique incite les viticulteurs à s’interroger sur l’encépagement de demain. Emblématique du Bordelais, le merlot souffre d’une maturation trop rapide due aux étés chauds. Les stratégies peuvent consister à retarder son cycle végétatif ou à l’abandonner au profit de cépages moins précoces, à la condition de ne pas dénaturer la caractéristique des vins de Bordeaux, à laquelle le merlot contribue beaucoup.

Les cépages alternatifs ne manquent pas. Les professionnels se tournent vers les cépages anciens, abandonnés à une certaine époque à cause, justement, de leur maturation trop tardive.

« Nous avons à notre disposition plusieurs centaines de cépages plus résistants à la sécheresse et qui produisent un raisin intéressant que nous pourrions planter dès à présent » explique Pascal Chatonnet à la revue Sciences et Avenir. À Bordeaux, des cépages originaires de la région comme le malbec, le carmenère et le petit verdot pourraient retrouver le chemin des coteaux.

D’autres cépages, issus des vignes portugaises, espagnoles ou grecques font également l’objet d’études attentives de la part de l’INRA et de Bordeaux Sciences Agro. Rompus aux fortes chaleurs, ils pourraient demain entrer dans la composition des vins de Bordeaux.

Face à l’enjeu climatique, les professionnels de la viticulture adoptent progressivement de nouvelles méthodes. Le défi n’est pas mince : adapter la vigne au réchauffement pour maintenir la réputation de leur vin.


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Sagarnoa: ne parlez plus de cidre basque !

Sagarnoa : ne parlez plus de cidre basque !


Consommé depuis des siècles par les Basques, le sagarnoa (ou sagardoa) est considéré à tort comme un cidre local. La différence se veut plus subtile.

Crédit photo : Mikel Arrazola – CC BY 3.0

Boisson traditionnelle du Pays basque

Les pommiers occupent depuis fort longtemps les terres basques, propices à leur développement. Fort logiquement, les autochtones ont su en tirer profit en aménageant des vergers et des pommeraies.  Devenue incontournable, la pomme s’est imposée comme la reine des fruits et l’unique ingrédient d’une boisson rattachée à la culture locale : le sagarnoa.

Ce terme basque désigne le « vin de pomme », et non pas le cidre. Le malentendu persiste depuis quelques siècles. Peut-être est-il dû à une traduction erronée puisque le terme basque « sagarnoa » équivaut au mot espagnol « sidra », lui-même (faussement) traduit « cidre » dans la langue de Molière. Cette double traduction a donc initié une mauvaise désignation du divin breuvage en France.

Une approche plus technique confirme d’ailleurs cette confusion.  La règlementation française relative au cidre impose une fermentation de moûts de pommes fraîches, extraits avec ou sans addition d’eau. De plus, le cidre doit afficher un titre alcoométrique volumétrique de 5% au minimum, une acidité volatile maximale de 1g/litre et une teneur en sucres résiduels de 35 g/litre.

Pour sa part, le sagarnoa n’est pas pétillant et ne reçoit aucun ajout de sucre. Essentiellement produit en Espagne, il atteint 2,2 g d’acidité, un niveau plus élevé que le cidre, et un degré d’alcool à 6°.  

Le vin de pomme basque laisse deviner des saveurs équilibrées et un caractère affirmé. Il est apprécié à l’apéritif, en accompagnement de délicieux tapas ou pintxos.

Des origines lointaines

Mythes, légendes et théories entourent l’apparition des pommiers au Pays basque. Certains estiment que les arbres fruitiers ont été introduits par les Arabes. D’autres considèrent que les Romains les auraient plantés lors de leur grande invasion. Quelques pistes évoquent même le rôle des oiseaux migrateurs, porteurs de pépins de pommes.

Il n’en demeure pas moins que le climat humide et tempéré du Pays basque a encouragé l’exploitation des pommiers. Les premières traces écrites seraient celles de règlements, ordonnances et décrets royaux publiés en 1189, relatifs aux pommeraies du Labourd.

Les pèlerins, en chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle, mentionnent eux aussi l’existence de vastes plantations au 12e siècle.

Il convient enfin de mentionner les écrits des « fueros », dédiés à la plantation des arbres et au commerce du sagarnoa, qui livrent des conseils sur la protection des pommiers contre les animaux et les voleurs.

marins basques chassent la baleine
Les marins basques chassent la baleine en Atlantique Nord.

Si la boisson emblématique du Pays basque s’installe assez largement dans les foyers, elle conquiert ses lettres de noblesse grâce aux marins. Ces derniers embarquent de nombreux tonneaux à bord de leur voilier avant de rejoindre les eaux froides de l’Atlantique pour pécher la morue et chasser la baleine. Le sagarnoa s’impose comme le remède parfait contre le scorbut grâce à son apport en vitamine C. Les contrats stipulent d’ailleurs que chaque membre d’équipage doit en boire entre deux et trois litres chaque jour. On imagine les joyeux chants basques sur le pont des bateaux !

Le vin de pomme, tout au long des siècles, contribue à la renommée du Pays basque et à sa puissance économique. La culture s’intensifie et les pressoirs se multiplient sur le territoire.

L’âge d’or du sagarnoa atteint son apogée au 16e siècle. L’introduction progressive de nouvelles cultures, dont celle du maïs, grignote les pommeraies. Au 20e siècle, la guerre civile espagnole et l’essor industriel relèguent la boisson basque à un moindre niveau de production et de consommation.

Heureusement, la province du Guipuscoa a su conserver les ressources et le savoir-faire, malgré la fermeture de nombreux pressoirs. La résilience des producteurs locaux a permis d’éviter la disparition de cette boisson emblématique, toujours appréciée aujourd’hui.

La production aujourd’hui

Le Pays basque compte une soixantaine de cidreries, dont la majorité se situe logiquement en Guipuscoa. Les établissements misent sur le regain des consommateurs pour étoffer les pommeraies et profiter de fruits locaux. Environ 400 hectares supplémentaires permettraient de ne plus dépendre des pommes venues de Normandie et même de République tchèque. Elles représentent aujourd’hui plus de la moitié de la matière première.

Le mouvement semble amorcé du côté français. De nouvelles variétés sont plantées et testées, en complément des pommes déjà connues comme l’Ondomotxa, la Peatxa et la Txakala. Plus d’un millier de variétés a été recensé.

La fabrication du sagarnoa débute bien sûr par la récolte des pommes, entre septembre et décembre. Les fruits sont ensuite lavés, triés, pressés avant de reposer quelques heures afin de décanter le moût. Il s’ensuit l’importante étape de la fermentation, dans des conditions de températures basses. Le jus de pomme est stocké dans des kupelas (tonneaux) pendant une période de quatre à huit semaines, nécessaire à la transformation du sucre en alcool.

Le produit final est un vin de pomme non pétillant, dont la teneur en alcool se situe entre 5 et 6°. Son goût équilibré et acidulé résulte du choix des pommes douces, acides et amères. Le léger perlé qui caractérise le sagarnoa (on ne parle même pas d’effervescence) provient du gaz résiduel généré pendant la fermentation.

Chaque producteur donne naissance à une boisson différente. Pour Bixintxo Aphaule, cité par le site En Pays basque, « la diversité est intéressante. Plusieurs producteurs font sensiblement le même travail à plusieurs endroits du Pays basque, pourtant aucun de leurs cidres n’a le même goût. »

La différence apparaît également entre le Nord et Sud du Pays basque. En Espagne, le sagarnoa est plus sec et acidulé.

Les niveaux de consommation varient énormément des deux côtés de la frontière, le sagarnoa étant lié à une certaine habitude culturelle du côté espagnol.

Le rôle crucial des sagarnotegis

Les cidreries, ou plutôt les « sagarnotegis », ont su préserver cet héritage de la culture basque, essentiellement dans les provinces espagnoles. Lorsque vient enfin le temps de la dégustation, de la mi-janvier à la fin avril, le public se presse nombreux dans les chais afin de se prêter à l’exercice du « Txotx ».

Il s’agit en quelque sorte d’un rituel. Les sagarnotegis proposent à leurs clients un repas roboratif, dont le menu, composé de produits locaux, ne varie pas d’un établissement à un autre : omelette à la morue, dés de morue frite, txuletta (côte de bœuf) cuite au feu de bois, fromage de brebis accompagné de confiture de coing et de noix. Le moment se veut convivial grâce aux grandes tablées et aux plats généreux dans lesquels chacun se sert.

cidrerie espagnole
C’est bien parti ! – Crédit photo : Kent Wang – Flickr

Dès que le maître des lieux crie « Txotx ! » pour annoncer l’ouverture d’une kupela après avoir retiré le bouchon, les convives sont invités à se rapprocher munis de leur verre. La mission est simple, mais requiert un peu d’habilité : placer son verre sous le jet de sagarnoa en l’inclinant légèrement et en remontant jusqu’à la source. L’opération vise à provoquer une oxygénation rapide de la boisson afin de l’apprécier davantage. La règle sous-jacente suppose de ne pas remplir son verre, car les dégustations se multiplient au fur et à mesure de l’ouverture des tonneaux. Chaque kupela révèle en effet un sagarnoa au goût différent.

Si l’écrasante majorité des sagarnotegis se situe au Sud du Pays basque, quelques établissements parviennent à faire vivre la tradition dans les provinces localisées en France, à l’instar de Txopinondo. La « cidrerie » artisanale, créée en 1999, ouvre ses portes tout au long de l’année à Ascain. On y retrouve l’esprit des sagarnotegis en profitant d’une visite des lieux et des explications sur la fabrication du sagarnoa.

Txotx !


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Le château de Monbazillac fait peau neuve

Le château de Monbazillac fait peau neuve


Décidée à réveiller un monument assoupi, la coopérative de Monbazillac a lancé un ambitieux programme de rénovation et de promotion.

Crédit photo : Jonny – Flickr

Image emblématique des célèbres liquoreux

Les vins de Monbazillac, outre leurs qualités gustatives évidentes, profitent d’une image de marque particulière, que leur apporte le château de même nom. Le magnifique monument, édifié au 16e siècle, attire inévitablement le regard grâce à ses quatre grosses tours circulaires. Acquis par la cave coopérative de Monbazillac en 1960, il domine les 25 hectares de vignes et contribue à leur réputation.

Mais « le lieu ronronnait » depuis quelques années, comme le reconnaît Guillaume Barou, président de la cave. Soucieux de réveiller le château, classé aux Monuments historiques, les vignerons ont initié un projet en 2017, à même de faire entrer pleinement l’appellation Monbazillac dans l’ère de l’œnotourisme.

Après un investissement de deux millions d’euros et huit mois de travaux, le prestigieux édifice révèle un nouveau visage, tout entier tourné vers les visiteurs. « Le château de Monbazillac s’ancre dans le tourisme d’avenir avec cette restructuration de notre offre oenotouristique, et devient ainsi une pépinière d’initiatives » se réjouit Guillaume Barou, cité par le site d’information Vitisphere, dédié aux professionnels de la vigne.

Programme ambitieux et ludique

Depuis le mois de juin, le public est invité à découvrir les trois espaces thématiques.

Le premier, agencé sur une superficie de 300 m², suit une finalité muséographique. Les visiteurs découvrent l’histoire de l’appellation et le processus de vinification, de la vigne à la mise en bouteille. Les concepteurs ont insisté sur les outils high-tech, à grand renfort d’images et de son. L’ambition est de proposer « une approche instructive, ludique et humaine », selon Pauline Auban, la responsable de l’œnotourisme citée par Sud-Ouest.

Le deuxième espace se consacre aux expositions dédiées à l’histoire du terroir, selon différents aspects. La première porte sur le protestantisme et la seconde évoque la famille de Bacalan, habitante des lieux pendant la Révolution française.

Enfin, le troisième et dernier espace ouvre ses portes aux artistes. Depuis le 24 juin, Marlène Mocquet et Laurent Mareschal, respectivement céramiste et sculpteur plasticien, exposent le fruit de leur création. Le château suit aussi une politique de résidence d’artistes, en leur offrant l’histoire des lieux et la beauté du parc pour nourrir leur imagination et leurs projets.

Une demi-journée d’immersion

La variété des animations impose de consacrer quelques heures au château de Monbazillac. Les visites se concluent évidemment par une dégustation du divin breuvage, au pavillon des Arômes.

Même si le vin ne les concerne pas de prime abord, les enfants n’ont pas été oubliés par les organisateurs. Ils peuvent se rendre dans les caves, où différentes attractions les attendent, comme la conception et l’édition d’une étiquette d’une bouteille de jus de raisin.

Des animations sont prévues tout au long de l’été, construites autour de quatre thèmes : le métier, l’utilisation de la robotique, le château dans le territoire et le rendez-vous des vignerons. C’est l’occasion rêvée de rencontrer les viticulteurs et d’échanger en leur compagnie.

Le cadre prestigieux du château de Monbazillac se prête aussi fort bien à l’organisation d’un petit pique-nique, à moins que l’on ne préfère profiter du restaurant maison, le Pavillon Brizay.

Les visiteurs enthousiastes et les amateurs de bon vin concluront certainement leur visite par un passage à la boutique, entièrement rénovée.

Tarifs :

 Deux formules sont proposées :

  • Le Monba’licieux : visite de tous les espaces et dégustation commentée de trois vins : 15 €
  • Le Monbazill’Art : visite libre du château et dégustation d’un vin parmi la sélection : 10 €

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Le Pousse Rapière, apéritif gascon (encore) trop méconnu

Le Pousse Rapière, apéritif gascon (encore) trop méconnu


A l’instar du Floc de Gascogne, le Pousse Rapière s’impose comme un apéritif authentique et goûteux, à même de séduire un public plus large.

Crédit photo : Château de Monluc

Le château Monluc, fief du Pousse Rapière

À quelques kilomètres au sud de Condom, dans le Gers, le village de Saint-Puy profite d’une vue exceptionnelle. Juché sur une colline, il accueille le château de Monluc, dont la première pièce fut posée il y a près de dix siècles.  L’édifice a bravement traversé les péripéties de l’Histoire. Il subit pourtant les assauts du comte d’Armagnac en 1272, qui l’assiégea et le brûla en partie après le refus du Comte de Gaure de le lui céder. Fort heureusement, le château fut reconstruit sous l’impulsion du roi de France, Philippe le Hardi.

En 1425, le roi Charles VII fait cadeau du comté de Gaure à son cousin Charles d’Albret. Ce dernier offre le château en 1470 à son maître d’hôtel, Pierre de Lasseran-Massencôme, Seigneur de Monluc, rattaché à la Maison de Montesquiou.

C’est dans cette vaste demeure que naît Blaise de Monluc en 1500. L’homme connaît une carrière militaire brillante grâce à sa fougue et à son entière dévotion aux rois de France. Il reçoit d’ailleurs le titre de maréchal de France en 1574, au crépuscule de sa vie.

Surtout, Blaise de Monluc a ramené des guerres d’Italie une longue et fine épée, la rapière, particulièrement appréciée des Gascons. Légère et tranchante, elle se révèle redoutable au combat, à la différence des lourdes épées du Moyen-Âge. Il était d’usage de « pousser la rapière » sur l’ennemi.

chateau de Monluc
Le château de Monluc, à Saint-Puy – Crédit photo: Google Street View

Le seigneur de Monluc profite aussi sur ses terres de la culture des vignes, introduite par les Romains en Gascogne. Au 15e siècle, les vignerons commencent à distiller une partie de leur production et donnent naissance à l’armagnac.

Ces éléments historiques ne laissent pas de marbre René Lassus, l’héritier du château de Monluc. Issu d’une famille de vignerons, il entreprend de champagniser les vins de son vignoble, en considérant qu’ils pourraient joliment se marier avec un fond d’armagnac.

Sa démarche s’inspire d’une recette familiale, qu’il entend améliorer. Il a ainsi la bonne idée d’aromatiser la liqueur d’armagnac à l’orange amère, dont toutes les saveurs se révèlent dès lors qu’on y ajoute un vin gascon brut et mousseux.

Une création et une fierté gasconnes

L’année 1961 voit donc naître un nouvel apéritif qui revendique son origine et son terroir. René Lassus le surnomme Pousse l’Amour et limite sa diffusion auprès de ses amis, dont ceux de la Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac.

Néanmoins, le divin breuvage suscite un tel enthousiasme qu’il envisage de le commercialiser. Il réfléchit à un nouveau nom et se tourne presque naturellement vers l’histoire du seigneur de Monluc, redouté en son temps grâce à son maniement de la rapière. C’est ainsi qu’il choisit le terme de Pousse Rapière avant de partir à l’assaut des clients.

Son concept, consistant à marier la liqueur d’armagnac au vin brut produit selon la méthode traditionnelle champenoise, fait mouche. « Son succès tient au fait que les deux composants sont élaborés, dès l’origine, dans le souci de réaliser un mélange équilibré. Le vin et la liqueur sont faits l’un pour l’autre, à partir du même terroir, du même vignoble et leur mariage est le plus naturel et heureux qui soit » expliquait Noël Lassus, le fils de René, à Sud-Ouest en 2011.

La liqueur d’Armagnac est ainsi préparée avec le jus issu de la macération des zestes d’orange amère et une pointe de sirop de sucre. L’orange apporte ce goût inimitable au Pousse Rapière.

Il convient également d’utiliser, si l’on souhaite pleinement profiter de l’apéritif gascon, le vin sauvage produit par le château de Monluc. Issu du même vignoble, il se compose des mêmes cépages blancs que celui de l’armagnac, le gros manseng et l’ugni-blanc. La première cuvée permet la fermentation du raisin. La seconde fermentation intervient lors de l’assemblage final, au cours duquel sont ajoutées de la liqueur de sucre et des levures. L’opération permet de donner naissance aux bulles, après élimination des levures mortes et leur remplacement par une « liqueur de tirage ».

Dans un souci de qualité, l’assemblage se nourrit de vins produits au cours de l’année, mais aussi de ceux des deux années précédentes

Il en résulte un vin mousseux brut, à la saveur vive et au léger goût de citron.

Le Pousse Rapière fête ses 50 ans

Déjà un demi-siècle d’existence pour l’apéritif gascon, quelquefois imité, mais jamais égalé. Sa dégustation obéit à une règle simple : 1 volume de liqueur de Pousse Rapière pour 6 volumes de vin sauvage, sorti du réfrigérateur. On peut y ajouter un quart de rondelle d’orange.

En l’absence de vin sauvage, un autre vin mousseux peut être utilisé, à la condition qu’il soit brut. Un vin demi-sec ou doux ne conviendrait pas, du fait que la liqueur d’armagnac est déjà sucrée.

Malgré ses indéniables qualités gustatives, le Pousse Rapière peine à rencontrer un plus large public, qu’il mérite pourtant. Le précieux nectar reste surtout distribué dans le Sud-Ouest du pays. Le château Monluc écoule ainsi 150 000 bouteilles chaque année.

affiche pousse rapière
Le Pousse Rapière et son vin sauvage avant leur relooking.

Si la vente en ligne peut contribuer à améliorer les ventes, les propriétaires du domaine consentent des efforts en matière de marketing et de promotion commerciale. Le château Monluc a ainsi rejoint le Club des marques en 2018, qui regroupe d’autres maisons d’armagnac, en vue de développer son activité à l’export.

Le design a également été entièrement revu, donnant naissance à une bouteille en verre noire, sur laquelle se détache une étiquette relookée.

Autre nouveauté, le Pousse Rapière se décline désormais selon trois degrés d’alcool différents : 20, 24 et 36 degrés, signalés par une couleur différente de l’étiquette.

Enfin, la liqueur orangée est aujourd’hui commercialisée sous deux formats de bouteille (70 et 35 cl) afin de mieux répondre aux attentes des consommateurs.

Le produit ne change pas, heureuse conclusion d’une recette familiale toujours gardée secrète. Tout comme le Floc de Gascogne, le Pousse Rapière offre une alternative singulière lorsque sonne l’heure de l’apéritif. Il promet un plaisir sincère de dégustation, et, surtout, toute l’authenticité d’un pays dédié à l’art du bien vivre.


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Vin de sable des Landes : le nectar des dunes

Vin de sable des Landes : le nectar des dunes


Produit depuis le 13e siècle, le vin du littoral landais a régalé les cours royales européennes avant de disparaître. Il renaît des sables depuis une vingtaine d’années, grâce aux efforts de vignerons passionnés.

Crédit photo : Domaine de la Pointe

De la nécessité de fixer les dunes

On le sait, la période gallo-romaine a permis la plantation des vignes, particulièrement dans le Sud-Ouest. Si le vignoble de Bordeaux s’est imposé de manière assez incontestable, la culture viticole a pu s’étendre aux contrées voisines.

Dans les Landes, les vins de Tursan et de Chalosse ont également rencontré un réel succès. Ils sont d’ailleurs servis à la table des empereurs romains. Au 12e siècle, le mariage d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt permet leur exportation vers l’Angleterre. On les savoure même aux Pays-Bas.

Mais évoquer les vins landais sans mentionner le vin de sable n’offrirait qu’une vision incomplète de la production locale.

Dès le 13e siècle, les paysans et les pêcheurs du littoral, de Capbreton à Hossegor, réussissent à fixer les dunes grâce au vignoble. Les ceps enfouis dans le sable donnent naissance à de multiples racines, qui s’allongent parfois sur plusieurs mètres, contribuant ainsi à stabiliser le sol sableux.

Cette fixation s’avère nécessaire pour protéger les cabanes de pêche, les habitations et les cultures de l’ensablement.

Le vignoble des dunes se compose de petites parcelles, divisées par des palissades faites de genêts, de fougères et de brandes. Leur rôle est de préserver les cultures des vents dominants venus de l’océan, dont les embruns se révèlent particulièrement néfastes.

Face à un environnement aussi difficile, les vignes se doivent d’être basses. Les jeunes sarments ne reçoivent aucune taille. Les grappes reposent ainsi sur le sable chaud en plein été, qui contribue à leur maturité grâce à la réverbération du soleil.

La proximité de l’océan permet également de ne pas subir les gelées printanières.

L’influence des Templiers puis l’apogée commercial

Si la vocation première du vignoble a consisté à fixer les dunes, les habitants ont constaté que leur vin se révélait particulièrement bon. Grâce à la qualité de ses couleurs et la finesse de son bouquet, le vin de sable acquiert une jolie réputation.

Installé à Capbreton, l’Ordre des Templiers encourage sa production. La boisson est servie aux pèlerins de Compostelle, aux malades des hospices et sert bien sûr de vin de messe.

Les Templiers utilisent également leur réseau commercial pour vendre et diffuser le doux breuvage.

Il convient donc d’entretenir les vignes, au prix d’efforts importants. Les hommes étant en mer, le labeur revient aux femmes et aux enfants. La pente des dunes n’autorise pas le recours aux chevaux et charrettes. C’est en posant des corbeilles sur leur tête que les femmes transportent le sable, alors que les enfants se chargent de ramasser le guano, qui sert d’engrais aux cèpes.

Ce travail fastidieux finit par payer. Le vin de sable devient prisé, hors des limites du territoire landais. Au 17e siècle, le vignoble de Messanges permet la production de 300 000 litres de vin, destinés au pays, mais également exportés vers les capitales européennes.

Le vin rouge de Capbreton est servi à la cour du royaume de France, où il est particulièrement apprécié. On n’hésite d’ailleurs pas à le surnommer le « vin des rois ».

La qualité du vin de sable assure sa pérennité jusqu’au 18e siècle. Les villages de Capbreton, Vieux-Boucau, Seignosse, Messanges et Moliets contribuent à la production pour répondre à la demande. Les hivers rigoureux et la Révolution française perturbent les récoltes, sans jamais les condamner.

Selon l’anthropologue Frédéric Duhart, le vin de sable est considéré comme un produit précieux puisqu’une pièce de vin vieux de Capbreton vaut cent livres en décembre 1789.

Disparition et renaissance

Tout au long du 19e siècle, les crises de l’oïdium, du mildiou et du black rot ravagent le vignoble des dunes. La production s’effondre. Seules quelques vignes subsistent à Capbreton, Moliets, Lit-et-Mixe et Messanges.

vignes sur les dunes au 19e à Capbreton au
Le vignoble des dunes à Capbreton au 19e siècle.

En 1895, le comte Clément d’Astanières, ancien hussard et sculpteur, s’installe à Capbreton, où il décide de lancer une exploitation agricole sur une trentaine d’hectares. Grâce à son initiative, les vignes repartent à la conquête des dunes, mais sur un périmètre limité.

Au 20e siècle, le vignoble, laissé à l’abandon, périclite. Sur le littoral, la construction du mur de l’Atlantique porte un coup fatal aux ceps, arrachés sans ménagement.

Les années 1950 marquent l’essor du tourisme. Les communes du bord de mer landais se transforment en stations balnéaires. Le vin de sable devient un souvenir, de plus en plus lointain.

Il faut attendre 1995 pour que les vignes se réinstallent dans le paysage sableux, à l’initiative de Nicolas Tison, exploitant du Domaine de la Pointe.

La modernité au service des traditions

L’ingénieur agronome, soucieux de respecter les pratiques séculaires de culture, décide de relancer la production à Capbreton, utilisant du compost pour la fertilisation et procédant à un désherbage mécanique. Il privilégie également le bio et la biodynamie.

La vigne la plus éloignée du littoral, à environ 800 mètres, profite des dunes pour se protéger du vent salé. Celle à proximité de la mer se destine à un vin classé IGP Landes.

Comme à l’époque, le soleil et la chaleur du sable facilitent la bonne maturité du raisin. Les vignes continuent d’être basses, en taille courte, selon une densité de plantation importante pour un rendement faible.

Les cépages sont similaires à ceux que les marins vignerons utilisaient : chenin et crouchen pour les blancs ; cabernet franc, cabernet-sauvignon, tannat pour les rouges.

L’environnement fragile et accidenté interdit bien sûr les vendanges mécaniques.

Toutes ces contraintes n’empêchent pourtant pas le vigneron de persévérer. Après avoir été triés, les raisins sont travaillés manuellement. Le vin est ensuite stocké dans de petites cuves afin de faciliter les interventions.

Le Domaine de la Pointe propose aujourd’hui deux cuvées, en blanc sec, rouge et rosé.

L’initiative de Nicolas Tison, qui a cédé son domaine en 2018, semble en avoir encouragé d’autres. Ainsi, Philippe Thévenin exploite depuis quelques années le domaine de Malecarre à Messanges. Son vignoble de 70 ares ne permet que de produire 650 bouteilles, mais le vigneron contribue à la renaissance du vin de sable, à l’image de la demi-douzaine d’exploitants installés sur le littoral. Le vignoble des dunes s’étend aujourd’hui sur 300 hectares, de Lit-et-Mixe à Capbreton.

Des vins appréciés et salués

Les efforts consentis ces dernières décennies semblent porter leurs fruits. Malgré sa production limitée et sa diffusion commerciale restreinte, le vin de sable recueille des critiques enjouées.

Selon le Figaro, « Les vins produits sont marqués dans l’ensemble par des arômes fruités, toujours présents. Les rouges présentent plus précisément des structures douces aux tannins mûrs et suaves, tandis que les rosés et blancs se démarquent par leur équilibre, leurs arômes fruités et leur fraîcheur. »

« Cette cuvée, Les pieds dans le sable du Domaine de la Pointe, est un vin blanc très intéressant alliant intensité aromatique, fraîcheur et vivacité ! bref c’est un blanc qui a du pep’s ! » écrit le site Simplement Vin. Impression confirmée par le site Les Grappes : « La robe est claire, limpide et brillante, le nez riche, frais et aromatique, la bouche vive et franche. On y retrouve des notes d’agrumes et de fruits exotiques. Il nous laisse une finale saline avec une jolie tension. »

bouteilles de vin de sable
Des vins originaux qui méritent d’être découverts – Crédit photo: Domaine de la Pointe

La production du domaine de Malecarre séduit également les professionnels : « Plantées dans les sables, quasi en bord de mer, les vignes de cabernet franc et sauvignon donnent naissance à ce rosé à la robe claire et délicate entre pétale de rose et peau d’orange. C’est sa grande fraîcheur qui lui confère tout son charme : au nez, à travers des parfums acidulés de citron nuancés de silex, et dans une bouche mêlée de fruits rouges et d’agrumes. » – Guide Hachette des vins.

Les amateurs et curieux, frustrés de ne pas trouver le doux nectar landais chez leur caviste, se tourneront vers les sites de vente en ligne, pour des tarifs compris entre 10 et 20 € la bouteille.

Un prix somme toute modeste pour découvrir un vin jadis considéré comme prestigieux.


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