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Les marques emblématiques du Sud-Ouest (3/4) : Pyrenex

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (3/4) : Pyrenex


Depuis 160 ans, l’entreprise landaise collecte des plumes d’oies et de canards du Sud-Ouest pour concevoir des doudounes et des produits de literie vendus dans le monde entier.

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Une certaine classe – Crédit photo : Pyrenex

Une histoire familiale


Les gourmands associent assez rapidement le territoire des Landes au foie gras et/ou au magret de canard. Il est vrai que le département accueille de très nombreuses fermes d’élevage depuis déjà fort longtemps. Si leur viande constitue un mets de choix, les oies et les canards disposent également d’un atout non négligeable : leurs plumes.

Cela, Abel Crabos semble l’avoir compris dès 1859. À cette époque, il écume les marchés de Saint-Sever et des Landes pour collecter sa précieuse matière première. Au fil des années, Abel développe un véritable savoir-faire du traitement et de l’embellissement de la plume, qu’il transforme en panache, aigrette, boa ou ornement. Ses créations sont vendues aux chapelières, aux couturiers ou envoyées à Bordeaux et Paris.

L’atelier gagne en réputation grâce à la qualité de ses teintures (utilisant des pigments naturels) et la finesse de ses montages, ce qui lui vaut des commandes prestigieuses, y compris pour des événements comme le carnaval de Nice ou les bals parisiens.

En 1919, il acquiert le couvent des Ursulines de Saint-Sever – qui a perdu sa destination après la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État – pour le transformer en manufacture de plumes et duvets.

Six ans plus tard, René Crabos rejoint son père au sein de la société Abel Crabos & Fils. L’homme, qui n’est pas un inconnu, est considéré comme un joueur de rugby talentueux, capitaine du Racing Club de France et sélectionné en équipe nationale à de nombreuses reprises jusqu’en 1924.

René décide de n’utiliser que des duvets issus des Pyrénées, qu’il juge de meilleure qualité. Son épouse, Marie, conçoit à partir de 1942 les premières doudounes, qu’elle distribue aux prisonniers de guerre landais en Allemagne par l’intermédiaire de la Croix-Rouge.

Le virage industriel des années 1960


André Crabos, le fils de René et de Marie, intègre l’entreprise familiale, qu’il oriente vers la literie. La nouvelle activité tire le chiffre d’affaires grâce aux excellentes ventes d’édredons, d’oreillers et de couettes.

En 1967, son frère Jean-Pierre rejoint à son tour la société. Sa rencontre avec l’alpiniste et explorateur Louis Audoubert l’incite à concevoir les premières doudounes techniques. « Destinées aux sportifs, elles devaient résister aux conditions climatiques les plus extrêmes. Depuis, on a sans cesse amélioré le processus de fabrication pour rendre nos doudounes ultra légères et isolantes » explique Éric Bacheré, l’actuel directeur général, à Audrey Levy de Paris Match.

La marque Pyrenex fait son apparition officielle en 1968. Elle évoque la chaîne de montagnes située non loin de Saint-Sever. En plus de fabriquer des produits de literie et des doudounes, l’entreprise conçoit des sacs de couchage, aussi légers et isolants que les vêtements, en plus de proposer un moelleux appréciable.

Le succès commercial est au rendez-vous. Pyrenex s’impose parmi les marques haut de gamme des doudounes et des combinaisons de ski. Au cours des années 1980, les exportations progressent, notamment au Japon et au Royaume-Uni portées par l’Authentic Jacket, le produit phare de la marque.

Pour Pyrenex, le savoir-faire permet une excellente maîtrise des processus de fabrication. « Les plumes sont dépoussiérées, stérilisées, séchées puis triées dans d’imposantes machines en bois au look suranné. Les plus grosses sont d’abord retirées et utilisées par l’industrie cosmétique, car riches en kératine, ou comme engrais. Reste ensuite les plumettes, sorte de ressorts naturels, que l’on fourre dans les oreillers et enfin le duvet, la partie la plus noble » détaille Elvire Emptaz dans le magazine Grazia.

machines Pyrenex
Crédit photo : Pyrenex

Tradition et innovation


Impossible de balayer d’un revers de main plus de 150 ans d’expérience. La longue histoire de la famille Crabos contribue à la crédibilité et au positionnement des produits Pyrenex. Ainsi, les machines anciennes sont aujourd’hui pilotées par des programmes informatiques, sans pour autant perturber les procédés de la maison. Le but ? Apporter tout son pouvoir gonflant au duvet : « Calculé en cuin – cubic inch – il s’agit de la capacité pour un certain poids de garnissage à remplir un certain volume. Plus le volume occupé est grand, plus le duvet aura des performances d’isolation et de légèreté élevées » nous apprend le site Internet de la marque.

Autre atout de Pyrenex : la fleur de duvet. Aboutissement d’une longue expérience et d’une organisation dédiée, elle révèle des performances d’isolation et de légèreté exceptionnelles. Pyrenex la réserve à ses doudounes et couettes haut de gamme, avec la promesse d’un confort « sublimé ».

Si les articles de literie continuent d’être fabriqués dans les Landes, l’entreprise a dû se résoudre à délocaliser en Turquie et en Bulgarie la confection des doudounes. « Le montage des doudounes prend plusieurs heures et le coût de la main-d’œuvre pèse beaucoup sur le prix des produits. L’autre limite, c’est qu’il n’y a pas assez d’ateliers capables de les réaliser en France » indique Éric Bacheré au journal La Croix.

Aujourd’hui, Pyrenex soutient un rythme industriel tout en conservant son esprit artisanal. Chaque année, 200 000 doudounes, 800 000 oreillers et 200 000 couettes sont commercialisés. La gamme complète englobe150 références, pour une fourchette de prix comprise entre 500 et 1000 euros.

Les produits ont reçu le label de qualité Oeko-Tex, qui garantit l’absence de produits toxiques pour le corps et pour l’environnement.

Être une marque de son temps


Dans un marché soumis à une forte concurrence, les initiatives constituent souvent de précieux relais de croissance, aussi bien en matière de création, de marketing que de pilotage de l’entreprise.

« Aller plus loin pour nous, cela a consisté, dès 2016, à adopter une stratégie résolument offensive en matière de développement durable et de responsabilité sociale et environnementale » précise Edouard Crabos, le PDG, au journal Sud-Ouest. Au-delà de la recherche d’une certaine qualité, les clients se montrent aujourd’hui sensibles aux questions écologiques, de circuits courts, de traçabilité et de recyclage. Quasiment un argument de vente.

En 2020, Pyrenex reçoit le label « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV). Cette distinction, décernée par le ministère de l’Économie et des Finances, valorise l’excellence du savoir-faire.

Innover, c’est aussi savoir s’entourer. À partir de 2008, Pyrenex collabore avec de grands couturiers, dont Alexis Mabille et Alexandre Vauthier. La marque a quitté depuis longtemps les magasins de sport pour intégrer ceux dédiés à la mode. La signature des créateurs lui permet de s’installer dans des magasins prestigieux, à l’instar de Joyce à Tokyo ou Opening Ceremony à New York.

Pyrenex ouvre sa première boutique parisienne en 2015 puis une seconde en 2019. Sept boutiques constituent le réseau de la marque en France, en plus des 1 500 points de vente. L’exportation continue de jouer son rôle de locomotive, représentant 60 % du chiffre d’affaires.

L’entreprise a également mis en place depuis quelques années l’atelier « Made in Saint-Sever », uniquement dédié à de petites lignes de doudounes, fabriquées dans les Landes. L’objectif est de proposer des vêtements de luxe ultralégers, conçus à partir du « Duvet Legend » de Pyrenex, et reconnaissables grâce à leur couture de matelassage.

La qualité semble donc s’imposer comme un argument de pérennité. Pyrenex emploie aujourd’hui plus de 150 personnes, dont le savoir-faire apparaît fondamental. La famille Crabos a su, depuis le 19e siècle, exploiter tout le potentiel des plumes et duvets. « Notre concurrence est le produit synthétique. Mais une fois qu’une personne a essayé la fibre naturelle, il ne reviendra jamais au produit synthétique » constate d’ailleurs Edouard Crabos.

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Les marques emblématiques du Sud-Ouest (2/4) : Cacolac

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (2/4) : Cacolac


Jouissant d’un fort capital de sympathie depuis des générations, la célèbre marque de lait chocolaté mise sur la diversification pour assurer sa pérennité.

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Cacolac
Difficile de résister, hein ? – Crédit photo : CACOLAC

D’abord, la laiterie de la Benauge


En 1860, la rive droite de la Garonne, à Bordeaux, n’affiche pas la même vitalité urbaine que le centre de la ville. Les lieux se composent essentiellement de vignes et de prairies, dont celles situées au nord-est du quartier de la Benauge, sur lesquelles paissent les vaches de Marie Bacquey. Cette dernière, à la tête d’une petite laiterie, profite de l’enthousiasme de son gendre, Dominique Lanneluc, aux grandes ambitions. Dès 1896, l’établissement produit 300 litres de lait à l’heure, grâce aux nouvelles chaudières de cuisson au bain-marie. Au fil des années, la laiterie se dote d’une écrémeuse centrifuge, d’une machine frigorifique pasteurisatrice et d’une ligne semi-automatique d’embouteillage.

Il faut attendre l’année 1928 pour que la société Laiterie de la Benauge – Dominique Lanneluc et Fils voit officiellement le jour. À la Libération, les enfants reprennent l’affaire, développent l’activité de stérilisation et lancent la production de petits suisses, de beurre et de yaourts.

En 1947, les frères Lanneluc s’associent à la famille Lauseig, propriétaire d’une laiterie à Pompignac, non loin de Bordeaux. Ensemble, ils créent La Laiterie de la Benauge, suffisamment importante pour approvisionner la région bordelaise en produits laitiers, dont la crème fouettée « La Chantilly de Fontainebleau ».

C’est lors d’un voyage d’affaires aux Pays-Bas en 1952 que Robert Lauseig découvre le lait frais aromatisé dans les rayons d’un supermarché. Intéressé, il décide d’élaborer sa propre recette en mélangeant du lait, du cacao et du sucre, le produit final étant ensuite stérilisé. Bingo ! Deux ans plus tard, l’entreprise donne naissance à Cacolac, tiré des mots « cacao » et « lacté ».

L’émergence d’une marque nationale


Robert Lauseig et Charles Lanneluc savent également faire preuve d’ingéniosité, notamment en publicité. Afin d’assurer un lancement original et percutant de leur boisson chocolatée, les deux hommes envoient sur les routes de la région puis du pays des camionnettes publicitaires, qui suscitent l’attention du public. Buzz assuré.

Cacolac commence à être distribué dans les bars et les cafés, sous la forme de petites bouteilles en verre, idéales pour conserver la qualité du breuvage. Devenu actionnaire majoritaire, Robert Lauseig cède l’activité de dessert lacté à la société Chambourcy et, en 1970, fonde Cacolac SA, uniquement dédiée à la pépite chocolatée.

affiche vintage cacolac
Les premières affiches publicitaires de Cacolac apparaissent.

Il convient dès lors de répondre à la demande exponentielle des clients. L’entreprise s’appuie sur un pasteurisateur d’une capacité de sept mille litres par heure, deux chaînes d’embouteillage et quatre compresseurs frigorifiques. Afin de préserver le tissu local, un fournisseur du Lot-et-Garonne assure la livraison de près de 85 % de la matière première, le lait.

En 1971, Cacolac investit dans sa première campagne publicitaire nationale, se hissant parmi les marques bien identifiées par le grand public. La compagnie s’agrandit dans le quartier de la Benauge, qui voit s’ériger une tour de stérilisation au cœur de la nouvelle usine. Afin de conquérir la grande distribution en cette période de consommation frénétique, Cacolac accepte de commercialiser son produit en canette.

Et le succès est au rendez-vous. Dans les années 1980, la firme vend plus de 30 millions d’unités chaque année. Sous l’impulsion de son directeur général, François Bénard, Cacolac assoit sa réputation en se tournant vers le sponsoring, notamment celui du bateau de course d’Yves Parlier, Cacolac d’Aquitaine. Le monocoque de 60 pieds s’impose dans sa catégorie lors de la première Transat Jacques Vabre organisée en 1993 et remporte la Route du Rhum un an plus tard.

C’est aussi l’heure de la diversification. François Bénard n’hésite pas à lancer sur le marché Cacolac Café, Vanille et Menthe. Cacolac est sur un petit nuage (lacté).

Les soubresauts des années 2000


L’entreprise quitte définitivement Bordeaux en 2000 pour intégrer sa nouvelle usine de 8 000 m² à Léognan. Si la marque reste appréciée des consommateurs, le marché a évolué. « Le début des années 2000 a été plus compliqué. On a été noyé face à la concurrence. Nous avons aussi réalisé de très gros investissements industriels, au détriment des budgets marketing et communication. Et malheureusement, on est un peu passé aux oubliettes » constate Christian Maviel, l’actuel PDG, au micro de France Info.

Les ventes stagnent, le réseau des cafés et restaurants ne distribue plus la petite bouteille couleur caramel et le PDG de l’entreprise, Bernard Maviel, neveu de Robert Lauseig, doit faire face à des problèmes de santé. En 2011, la société familiale est cédée à Trixaim Investissements, une holding dédiée à la nutrition santé, qui souhaite doubler le chiffre d’affaires et enrichir la gamme des produits estampillés Cacolac.

Les nouveaux propriétaires jouent également la carte de la diversification, en développant l’activité de mise en canette d’un vin du Sud-Ouest destiné à l’exportation. La stratégie porte ses fruits puisque les ventes globales augmentent de 11 % en 2014.

Un an plus tard, un retournement de situation replace la famille Maviel sur les starting-blocks. « Trixaim voulait créer des synergies entre Cacolac et une autre entité du fonds, Balarama, un fabricant de barres diététiques, liquidée fin 2014. Mais il était en mauvaise santé, ce qui a déstabilisé Cacolac. En novembre, le fonds a fait part de sa volonté de quitter le capital en me proposant de racheter la société. J’ai dû monter l’offre de reprise en trois semaines, avec l’appui d’un cabinet spécialisé et de l’avocat de l’entreprise » raconte Christian Maviel, le fils de Bernard, à Beaboss.fr, le site des dirigeants des PME.

Retour dans le giron familial et nouvelles perspectives


Épaulé par son père, sa sœur et deux entrepreneurs locaux, Christian réunit 1,6 million d’euros en fonds propres, rachète les parts et reprend le contrôle de l’entreprise. Une aide de la Région Aquitaine contribue à l’augmentation du capital et au nouveau départ de Cacolac.

S’il n’est pas envisagé un seul instant de toucher au produit star de l’entreprise, sa pérennité passe aussi par la diversification, initiée par le fonds d’investissement. En 2024, 10 millions d’euros sont consentis en faveur de la nouvelle usine, ICT Drinks. Son objectif ? Doubler le potentiel de remplissage de canettes de vin et de bière, pour une production annuelle comprise entre 20 et 40 millions d’unités. Les canettes de vin blanc et de rosé se destinent particulièrement bien au réfrigérateur et permettent de nouvelles habitudes de consommation (dans le respect d’une certaine modération). Aujourd’hui, Cacolac vise 50 % de son chiffre d’affaires via le conditionnement pour le compte de tiers.

Il s’agit aussi de réintégrer le réseau des cafés, hôtels et restaurants en proposant « un chocolat chaud prêt à servir, alternative pratique et plus rapide au chocolat en poudre régulièrement utilisé dans les bars. Ce Cacolac pour professionnel nous ramène aux sources de la marque. Au début de l’aventure en 1954, Cacolac visait les bars et les cafés pour clientèle » précise Christian Maviel au journal Sud-Ouest.

La grande distribution reste néanmoins le fer de lance de Cacolac. Continuer de séduire les consommateurs suppose d’enrichir la gamme et de nouer des partenariats stratégiques. Pour faire suite au lancement de Cacolac Praliné-Noisette et Caramel en 2014, l’entreprise conçoit « Mon premier Cacolac » en 2020, conditionné en briquette Tetra Pak® de 20 cl et destiné aux enfants. L’année suivante, « Mon premier Cacolac » à la fraise ou aux fruits tropicaux vient enrichir la gamme.

Cacolac forever !


Les jeunes et les adultes ne sont pas pour autant oubliés. Pour fêter ses 70 ans, Cacolac a élaboré l’année dernière une nouvelle collection, intitulée Barista. « En se parant d’un look « hipster » sur ses briques, Cacolac cherche à séduire avec trois saveurs audacieuses : Noir Intense, un hommage puissant au cacao ; Chaï, un mélange osé de chocolat et d’épices chaï ; et Moka, la rencontre harmonieuse entre café et chocolat » nous apprend La Veille des Innovations Alimentaires sur son site.

Impossible pour la marque d’ignorer la mode qui entoure le fameux chocolat Dubaï, fourré à la pistache, en proposant une édition spéciale. Grâce à une recette dédiée et à une canette un brin flashy, Cacolac Dubaï Style s’invite joyeusement auprès d’une communauté peut-être pas habituée au lait chocolaté.

En termes de partenariat, Cacolac permet à la marque Panda Tea de conditionner ses thés bio en canettes et de lui ouvrir les rayons des grandes et moyennes surfaces. « Ce partenariat repose sur une vision commune : offrir des boissons plus saines, naturelles et durables » indique Delphine Marnot, la directrice générale de Cacolac, à la revue professionnelle LSA.

Mais Cacolac s’implique aussi au-delà du seul périmètre des boissons. En 2024, l’entreprise girondine conclut un accord avec la PME provençale Yetigel, dédiée aux glaces à l’eau à base d’ingrédients naturels. Le public peut désormais se régaler de fudges et de mousses glacées frappés du logo Cacolac, avec la promesse de retrouver la saveur de la boisson originale.

L’avenir semble se dessiner sereinement pour Cacolac. La poursuite de son sponsoring du club de rugby UBB jusqu’en 2026 lui assure une promotion constante, au vu des excellents résultats de l’équipe bordelaise.

Autre signe de pérennité : le soin apporté aux questions de responsabilité sociétale des entreprises. Son engagement lui a permis en 2022 de recevoir le label PME+, qui récompense ses choix durables, comme nous le détaille le magazine Faire Savoir Faire : « matières premières locales, réduction de l’empreinte environnementale, emballages 100 % recyclables, lutte contre le gaspillage, affichage Nutri-Score, défense de la parité, stratégie de formation continue, amélioration du confort au travail… »

pin maritime

Le nématode du pin inquiète les sylviculteurs des Landes

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Le nématode du pin inquiète les sylviculteurs des Landes


Depuis la détection d’un foyer en novembre dernier dans la forêt de Seignosse, les autorités renforcent leur observation et procèdent à des abattages sanitaires.

forêt landaise
Crédit photo : Kaitch_photo – CC BY-NC-SA 2.0 – Flickr

Un ver microscopique qui provoque le dépérissement rapide du pin

Le nématode du pin (Bursaphelenchus xylophilus) est un ver microscopique, long de moins d’un millimètre, d’origine nord‑américaine, classé organisme de quarantaine prioritaire par l’UE. Le ravageur colonise les vaisseaux conducteurs de sève, bloque la circulation de l’eau et contribue au jaunissement de l’arbre, qui se dessèche et meurt rapidement, en quelques semaines ou quelques mois.

Son impact pourrait être important s’il venait à proliférer au sein de la forêt des Landes de Gascogne, considérée à haut risque en raison de son caractère très homogène (monoculture de pin maritime).

Le parasite se déplace très peu seul et dépend d’un insecte vecteur, le longicorne du pin, qui le transporte d’un arbre à l’autre lors de ses vols et de ses pontes.

Pour éviter sa propagation à d’autres massifs forestiers de résineux, le préfet de région de Nouvelle-Aquitaine a d’abord pris un arrêté qui interdit la circulation des végétaux sensibles, des bois et écorces des espèces de résineux sensibles ainsi que l’ensemble des travaux d’exploitation (coupes, éclaircies, débardages, dessouchages, taille, élagage) dans une zone de 20 kilomètres autour des foyers détectés.

Il a ensuite été décidé d’établir une zone réglementée autour du foyer : zone infestée (rayon 500 m) où tous les résineux sensibles doivent être abattus et broyés, et vaste zone tampon d’environ 20–20,5 km de rayon, couvrant plusieurs dizaines de milliers d’hectares et plus de 50 communes landaises.

Préserver la forêt landaise

Les scientifiques et les services de l’État estiment que l’éradication complète est peu probable et que les conséquences pourraient être majeures : mortalité rapide des pins, modification profonde des paysages sur environ 818 000 ha de massif forestier aquitain, et impact économique pour la filière bois et le tourisme.

La stratégie repose donc sur différents axes : la prévention (contrôle des bois, normes phytosanitaires), la détection précoce, l’abattage et la destruction des arbres contaminés, la diversification des essences pour limiter les risques à long terme.

Pour Éric Dumontet, secrétaire général du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest cité par Le Parisien, le nématode du pin est « une vraie saloperie ». Son inquiétude se nourrit des situations observées en Chine ou au Japon, où le ver a tué plusieurs millions d’arbres. Un tel scénario en France serait dévastateur pour la filière sylvicole et même pour l’identité du département des Landes.

Les abattages sanitaires s’imposent donc comme la première mesure concrète. Les propriétaires forestiers devraient bénéficier d’un accompagnement financier de l’État, à hauteur de 4000 euros par arbre coupé. L’aide englobe l’abattage, le broyage, le transport et le traitement des arbres contaminés.

Près de 30 000 pins seraient concernés. Si certains professionnels approuvent ces coupes rases, d’autres espèrent des actions moins radicales : « Ce n’est pas simple, car mes pins sont au milieu des chênes, et il est hors de question d’accepter que ceux-ci soient cassés dans l’opération » confie l’un d’eux au micro France 3. À ses yeux, des éliminations ciblées garantiraient le même résultat.

Construction en Kapla

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (1/4) : Kapla

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (1/4) : Kapla


Nées de l’imagination débordante d’un entrepreneur néerlandais installé en France, les célèbres planchettes ludiques sont fabriquées à Saint-Louis-de-Montferrand, près de Bordeaux, avant d’être distribuées dans le monde entier.

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Boite de jeu Kapla
Le plaisir de construire ne disparaîtra jamais – Crédit photo : KAPLA via Facebook

Aussi intemporel que Lego


Depuis sa création en 1987, Kapla a enchanté des millions d’enfants (et d’adultes) sur la base d’une idée toute simple : empiler des planchettes de bois pour donner naissance à une infinité de structures. Peut-être s’agit-il plus qu’un simple jeu de construction : c’est un outil d’éveil et de partage, qui permet de développer des compétences variées tout en s’amusant. Kapla est d’ailleurs utilisé dans les écoles, les ludothèques et les familles, qui apprécient son côté éducatif et ludique.

La paternité de Kapla revient à Tom van der Bruggen, citoyen néerlandais installé en France dans les années 1980. Étudiant en histoire de l’art, il rêvait depuis son enfance de construire son propre château. La chance lui sourit lorsqu’il découvre une vieille ferme abandonnée sur les rives du Tarn, dans l’Aveyron. Il décide de la transformer en un château de rêve, avec des tours, des fontaines et une entrée pour carrosses.

Pour visualiser son projet, il utilise d’abord des blocs de bois classiques, mais se rend vite compte qu’ils ne conviennent pas pour certains éléments architecturaux comme les linteaux, les toits ou les planchers. C’est ainsi qu’il conçoit les planchettes Kapla, dont les dimensions précises (11,7 cm x 2,34 cm x 0,78 cm, soit un ratio 15 : 3 :1) permettent de construire des structures stables et variées, sans besoin de colle ni de fixation.

L’architecte en herbe s’aperçoit non seulement que ses petites planches lui permettent de visualiser son projet, mais qu’elles attirent l’attention de ses deux enfants, qui ne cessent de lui emprunter pour jouer. Cette soudaine passion de sa progéniture le motive pour se lancer dans le grand bain de l’entrepreneuriat. Tom vend sa propriété, réunissant un budget suffisant pour fabriquer ses 400 premières boîtes, auxquelles il donne le nom de Kapla (tiré du néerlandais KAbouter PLAnkjes, signifiant « planchettes de lutins »).

La nécessité du pin des Landes


Les premières prospections commerciales de Tom van der Bruggen se révèlent difficiles. « J’y croyais tellement ! Pour moi, il était évident que les magasins allaient me suivre » déclare-t-il à Paris-Match (08/12/2015).  Mais à une époque où émergent les jeux électroniques et vidéo, les Kapla font figure de passe-temps démodé.

Il faut attendre l’intérêt d’une institutrice lors d’une démonstration dans un centre commercial pour que le jeu soit acquis par une puis plusieurs écoles maternelles. L’Éducation nationale se montre sensible au discours entourant les planchettes : « Kapla stimule la créativité, la concentration et la faculté d’adaptation de l’enfant. » La mèche est enfin allumée et les ventes frémissent, notamment grâce à l’achat de mille boîtes par la Mairie de Paris et la commande du Président François Mitterrand pour le Noël de l’Élysée, qui offre une exceptionnelle publicité.

Le défi de Tom van der Bruggen consiste alors de passer d’une fabrication artisanale à une production quasi-industrielle. Il convient de trouver un bois disponible en abondance, dense, agréable au toucher, et dont « la résine le protège en même temps qu’elle donne une stabilité étonnante à une construction ». Le pin des landes coche toutes les cases. L’entrepreneur créé et installe sa société en Gironde, à proximité des forêts du Médoc et du Parc naturel des Landes de Gascogne. Les parcelles utilisées sont renouvelables et durablement gérées.

Les planchettes restent naturelles, sans traitement chimique agressif. Pour les versions colorées, l’entreprise Kapla utilise des peintures alimentaires conformes aux normes européennes de sécurité, notamment la Directive Jouet.

Le siège de Kapla à Saint-Louis-de-Montferrand

Tout le processus de fabrication, assuré à Saint-Louis-de-Montferrand, implique une quinzaine de salariés. « Le bois arrive en grosse planches et est redécoupé en plus petites planchettes. La marchandise part alors vers un site à Tanger au Maroc, où 80 personnes assurent les derniers travaux de précision et de finition. Les Kapla reviennent alors à Saint-Louis avant d’être acheminés » précise le site Invisible Bordeaux.

Un succès commercial jamais démenti


L’émergence d’Internet, des smartphones, des réseaux sociaux et de l’IA ces dernières décennies n’aura finalement pas perturbé l’existence de Kapla. Accessible dès 2 ans, en solo ou à plusieurs, sans règles imposées, le jeu continue de stimuler la créativité et d’encourager l’imagination, la logique et la dextérité.

Environ 700 000 boîtes se vendent chaque année en France et à l’étranger, soit plusieurs dizaines de millions de planchettes. En 2024, Kapla a déclaré un chiffre d’affaires de 8,7 millions d’euros, confirmant une croissance régulière depuis sa création. L’entreprise continue de se développer, notamment à l’international et sur de nouveaux marchés comme celui des entreprises avec des produits comme « Kapla Défi ».

Devenu riche, Tom van der Bruggen a confirmé son amour du Sud-Ouest et du patrimoine en achetant le logis et le donjon du château d’Excideuil en 2015, au cœur de la Dordogne.

La gestion de la société revient aujourd’hui à son fils, qui peut profiter de la notoriété bien acquise des Kapla. Et comme toute publicité est toujours bonne à prendre, les nombreuses tentatives de record continuent d’enthousiasmer les fans et la presse. Ainsi, en 2016, une équipe de copains lyonnais a pu édifier une tour de 18,40 mètres en utilisant 9 800 planchettes. Le record est battu en 2023 à Londres par une impressionnante tour de 25 mètres.

Crédit photo: GwiR – CC BY-NC-SA 2.0 – Flickr

De nombreux passionnés ont recréé des monuments comme la Tour Eiffel, la Tour de Pise ou encore le Palais des Tuileries en structures monumentales.

Enfin, les ateliers Kapla mettent en avant des pièces « signature » (vagues, ponts, animaux géants, tours de Babel entrelacées) qui sont devenues des références visuelles dans l’univers du jeu.

Brasseries artisanales Sud-Ouest

La bière artisanale made in Sud-Ouest

La bière artisanale made in Sud-Ouest


La région n’a pas échappé à l’essor des microbrasseries, chacune revendiquant son ancrage local et la particularité de sa production. Si le marché s’est un peu resserré, les petits brasseurs du Sud-Ouest continuent d’exister face aux géants du commerce.

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Crédit photo : Artisans Gourmands Nouvelle-Aquitaine

Un phénomène assez récent

C’est au Royaume-Uni qu’a émergé le phénomène des microbrasseries dans les années 1970 avant de s’étendre aux Etats-Unis une dizaine d’années plus tard. En France, il faut attendre les années 2000 pour voir apparaître les premiers établissements. Le pays ne comptait que 250 brasseries indépendantes en 2006, contre environ 2500 aujourd’hui.

Mais qu’est-ce qu’une microbrasserie au juste ? Le site La Brasserie Fondamentale propose sa définition : « Les microbrasseries sont des petites brasseries permettant de brasser de la bière en quantité limitée et étant indépendantes de toute autre brasserie. Une microbrasserie, c’est aussi un brasseur qui élabore ses propres recettes dans un souci de créativité et de qualité de manière expérimentale et à l’écoute des consommateurs. »

Selon l’expert Emmanuel Gillard, dont l’étude a été reprise dans le magazine Bar Mag, les brasseries indépendantes intègrent les picobrasseries (production annuelle inférieure à 200 hl), les microbrasseries (entre 200 et 999 hl) les PME (entre 1000 et 9 999 hl) et enfin les structures semi-industrielles (entre 10 000 et 200 000 hl).

« Les brasseries produisant moins de 1 000 hectolitres (picobrasseries et microbrasseries) totalisent à peine plus de 1% de la production alors qu’elles constituent 80% des brasseries françaises » précise l’expert.

Ces dernières années, elles ont dû faire face à une conjoncture difficile, liée à une baisse de la consommation des ménages, une augmentation des charges d’exploitation et un manque de trésorerie. « De l’avis de plusieurs acteurs et observateurs, après la phase d’engouement où beaucoup se sont lancés dans l’aventure, c’est maintenant une phase de régulation du marché qui s’est mise en œuvre, où seuls les mieux armés subsisteront » constate le journal l’Écho du Mardi.

Jouer la proximité…

Inutile donc pour les microbrasseurs de chercher à perturber un marché toujours largement dominé par les industriels. Leur pérennité repose avant tout sur les attentes des consommateurs : des produits meilleurs que ceux de la grande distribution et, surtout, composés d’ingrédients cultivés localement.

Trouver par exemple du houblon dans le Sud-Ouest relève parfois du défi, mais la filière semble s’organiser, comme le montre la démarche menée par Houblon Nouvelle-Aquitaine, qui regroupe les acteurs régionaux. Ces derniers privilégient de plus en plus la diversification agricole face au changement climatique et à l’appauvrissement des sols dû à la monoculture. « Ces dernières années, les récoltes de prunes ont été catastrophiques à cause des gelées. Nous ne voulions plus concentrer les risques sur une seule culture. Or, le houblon ne souffre pas du gel. Son deuxième avantage ? Les pieds durent une vingtaine d’années. Nous récoltons dès la première année alors qu’il faut plusieurs années pour un fruitier ou un pied de vigne » témoigne Émeric Cadalen, agriculteur du Lot-et-Garonne, cité par Curieux !

En revanche, la production d’orge répond aux attentes des brasseurs, grâce aux 132 000 hectares qui lui sont dévolus dans la région (40 % de cette production concerne l’orge brassicole).

Ainsi, au Pays basque, l’association Herriko Garagarnoa, située à Ainhice-Mongelos, forme un collectif d’agriculteurs, de malteurs et de brasseurs basques, avec une forte revendication locale. Cette année, 16 hectares ont été semés, après des années d’analyse des sols et d’ajustement. « Une démarche patiente, presque clinique, qui a permis d’identifier enfin les types d’orges les plus compatibles avec les terroirs du Pays basque Nord » nous apprend Presse Lib. Aujourd’hui, Herriko Garagarnoa fournit neuf brasseries locales.

… et la diversification

La proximité ne se limite pas à la quête de fournisseurs départementaux ou régionaux. Jouer la carte locale suppose de s’inspirer du terroir. Ainsi, en Gironde, la brasserie Effet Papillon propose sa Brett Series, une bière de blé nature mûrie en barriques et en foudres de chêne ayant contenu du vin rouge. Pour sa part, Château Caillou (Grand Cru Classé) a élaboré une bière élevée dans ses fûts de Sauternes, la Bayou.

Dans le Lot-et-Garonne, les consommateurs peuvent trouver la Genèse, une bière préparée à base de pruneau d’Agen, qui apporte « une note particulière de prune très douce. » À Limeuil, en Dordogne, la brasserie La Lutine mise sur sa bière bio à la noix, non filtrée et non pasteurisée. Quant à la microbrasserie Epic, localisée à Boulazac, elle commercialise depuis peu une bière brune à la truffe du Périgord !

Crédit photo: Brasserie La Lutine

Les microbrasseries du Sud-Ouest ont tout intérêt à répondre aux attentes de leur clientèle, parfois exigeante. Ignorer par exemple les ingrédients bio ne contribuerait pas à donner la meilleure image de sa production, pas plus que de ne pas proposer de bières peu ou pas alcoolisées, dont les ventes ne cessent d’augmenter selon la Fédération Nationale des Boissons.

Il s’agit également de concevoir une bière de qualité, car souvent plus chère que celles disponibles en grande surface.  Les bières artisanales sont souvent non filtrées et non pasteurisées et refermentées en bouteille, ce qui permet d’offrir une expérience gustative nouvelle, voire surprenante, au public, loin des standards d’Heineken ou de Carlberg.

Enfin, l’ancrage local se traduit par une implication dans l’animation de son territoire. Outre la vente directe ou en circuit court, les brasseries indépendantes assoient leur réputation en organisant différents évènements tout au long de l’année (ateliers de brassage, visites, soirées, concerts) ou en s’impliquant dans les fêtes locales. C’est particulièrement vrai dans le Sud-Ouest, destination touristique.

Que de brasseries !

La vague des microbrasseries n’a pas épargné la Nouvelle-Aquitaine. La région compte environ 240 établissements indépendants, ce qui en fait la troisième région française en nombre, derrière l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie. Ce sont majoritairement de petites structures, souvent installées en milieu rural, qui produisent moins de 300 hectolitres par an.

En Dordogne, à Périgueux, la brasserie BAM profite de son large espace (plus de 1000 m²) pour proposer une taproom à sa clientèle, qui déguste les bières maison directement sur le lieu de production. Elle peut ainsi découvrir des boissons surprenantes, dans le plus pur esprit « craft beer », comme l’illustre la Tatou, une blonde légèrement amère avec des saveurs d’agrumes et de fruits tropicaux.

Une quarantaine de microbrasseries sévit en Gironde, royaume de la viticulture. De nombreux nouveaux brasseurs sont d’ailleurs issus du monde de la vigne, à l’instar d’Alexandra Martet, propriétaire de Château Lavison, dans l’Entre-Deux-Mers. La vigneronne a créé en 2017 la Brasserie du Château, sûre de son fait : « Il y a une très grande curiosité pour la bière de la part des clients, plus que sur le vin » confie-t-elle au quotidien Sud-Ouest. La brasserie propose aujourd’hui quatre étiquettes, dont la bière de Printemps, élaborée à partir d’une recette du Moyen-Âge. Il est vrai que son château date du 13e siècle.

Dans les Landes et le Lot-et-Garonne, les brasseries artisanales s’activent surtout en milieu rural, privilégiant la qualité, l’originalité et les circuits courts. Certaines sont d’ailleurs certifiées « Artisan Gourmand Nouvelle-Aquitaine », à l’instar de Kanaha Beer, microbrasserie installée à Biscarrosse, qui produit la Honu, une bière aux fruits de la passion, ou encore la Whisky Ale, affinée au whisky.

Enfin, existe-t-il une rivalité entre brasseurs basques et béarnais ? Non, les deux territoires partagent une philosophie similaire, fondée sur la valorisation du terroir. Chez les Basques, l’innovation repose sur les produits locaux, comme le piment d’Espelette utilisé par exemple par la brasserie Etxeko Bob’s Beer. Du côté béarnais, la brasserie Aussau n’hésite pas à proposer sa bière d’hiver n°18, avec des notes de chocolat, de caramel et d’épices, particulièrement adaptée à l’environnement pyrénéen lorsque la neige se met à tomber.

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noix du Périgord AOP

Combien trouve-t-on d’AOP dans le Sud-Ouest ?

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Combien trouve-t-on d’AOP dans le Sud-Ouest ?


Ô combien réputé pour sa gastronomie et l’excellence de ses produits, le sud de la Nouvelle-Aquitaine bénéficie-t-il pour autant d’un gros portefeuille d’AOP (Appellation d’Origine Protégée) ? Comme on peut s’en douter, c’est surtout la viticulture qui joue le rôle de locomotive.

noix du Périgord aop
La noix du Périgord figure parmi les rares produits labellisés – Crédit photo : Syndicat Professionnel de la noix, du cerneau et de l’huile de Noix du Périgord

Mais qu’est-ce que l’AOP en fait ?

La réponse se trouve sur le site de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité) : « C’est la notion de terroir qui fonde le concept des Appellations d’origine. L’Appellation d’origine protégée (AOP) et l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) désignent un produit dont toutes les étapes de production sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même aire géographique, qui donne des caractéristiques au produit. »

Le site du ministère de l’Économie nous éclaire davantage : « L’AOP est un sigle européen qui protège le nom du produit dans toute l’Union européenne. L’AOC est l’équivalent national de l’AOP. Elle constitue une étape dans l’obtention du label européen AOP. À noter que le logo AOC ne peut plus figurer sur les produits qui ont été enregistrés comme AOP, à l’exception des vins. »

logo AOP

Nous voilà donc mieux renseignés. Sur l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine, 80 AOP/AOC ont été obtenues, mais ce nombre diminue de quelque peu si l’on se concentre sur les départements couverts par FranceSudOuest, à savoir la Dordogne, la Gironde, les Landes, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques.

Fruits et légumes

Visiblement, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Seule la noix du Périgord décroche la timbale. Elle est cultivée dans une large zone autour de la Dordogne et dans des départements limitrophes, avec quatre variétés principales autorisées : la Franquette, la Marbot, la Corne et la Grandjean. On la trouve sous trois formes dans le commerce : fraîche, sèche et en cerneaux.

Fromages et produits laitiers

On le sait, les fromages restent assez discrets dans le Sud-Ouest. Tout n’est pas perdu grâce à l’Ossau-Iraty. Le fromage traditionnel au lait entier de brebis, à pâte pressée non cuite, originaire du Béarn et du Pays basque, détient l’AOP depuis 1996. Il est élaboré exclusivement à partir de trois races locales de brebis : Manech Tête Noire, Manech Tête Rousse et Basco-Béarnaise.

Viande

On aurait pu penser que le bœuf de Bazas était détenteur de l’AOP, mais tel n’est pas le cas, même s’il bénéficie quand même de l’IGP, signe de grande qualité.

L’AOP, il faut aller la chercher chez les Basques grâce à leur porc Kintoa, dont la viande a été labellisée en 2017 et le jambon en 2019. Plus précisément, il s’agit de la race Pie noir, typique du Pays basque, qui a d’ailleurs failli disparaître dans les années 1980. La filière compte 72 éleveurs, dont 26 qui transforment et commercialisent leurs produits.

Épices, condiments et miels

Une nouvelle fois, les Basques se distinguent, cette fois-ci grâce au piment d’Espelette, reconnu pour sa couleur rouge vif et sa saveur douce relevée. Originaire du Mexique, il a été introduit dans la région au XVIe siècle, probablement par les navigateurs espagnols. Sa culture se développe autour d’Espelette à partir de 1650, trouvant rapidement sa place dans la gastronomie et la conservation des viandes locales grâce aux femmes basques qui sélectionnent et perpétuent la variété dite Gorria.

Aujourd’hui, le piment d’Espelette est la seule épice française à bénéficier d’une AOP, reconnue officiellement depuis 2000, et il incarne autant l’identité culinaire que le patrimoine agraire du Pays basque.

Si la noix du Périgord bénéficie d’une AOP, son huile aussi, et ce depuis 2021. « Le label garantit que les noix utilisées proviennent de vergers spécifiques situés en Dordogne, Corrèze, Lot-et-Garonne, Aveyron, Charente et Lot, et que leur transformation est réalisée par des mouliniers locaux experts » nous apprend l’Agence de l’Alimentation Nouvelle-Aquitaine.

Boissons

Grâce à la viticulture, on passe à un autre niveau. La liste des vins AOP étant un peu longue, restons sur des intitulés génériques : Blaye, Buzet, Côtes de Bordeaux, Côtes de Bourg, Côtes de Duras, Côtes du Marmandais, Entre-Deux-Mers, Fronsac, Gaves, Irouléguy, Jurançon, Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, Médoc, Pomerol, Saint-Emilion, Sauternes, Tursan, Vins de Bergerac et de Duras, Vins de Bordeaux.

Et pour le petit plaisir de fin de repas, citons le Floc de Gascogne, l’Armagnac et la Fine de Bordeaux.

Peut-on en déduire que le Sud-Ouest est avant tout une terre de soif ?

La liste plus détaillée des vins AOP du Sud-Ouest
marais Hourtin

La Réserve des Dunes et Marais d’Hourtin : joyau naturel du littoral médocain

La Réserve des Dunes et Marais d’Hourtin : joyau naturel du littoral médocain


Créée par décret en 2009, la Réserve Naturelle des Dunes et Marais d’Hourtin abrite sur plus de 2000 hectares des milieux naturels protégés, reconnus pour leur richesse écologique et leur rôle de refuge pour de nombreuses espèces.

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Un écosystème fragile mais protégé, non loin de la plage d’Hourtin – Crédit photo : Hervé Simon – Flickr

Préserver une mosaïque de sites très divers

Surtout réputé pour ses vins haut de gamme (Château Margaux, Château Lafite Rothschild, Château Latour…), le Médoc ne se résume pas à de vastes vignes parfaitement entretenues. En fait, le territoire se compose d’une multitude de paysages entre l’océan Atlantique et l’estuaire de la Gironde.

La zone couverte par la Réserve Naturelle des Dunes et Marais d’Hourtin en témoigne. Elle regroupe de vastes plages de sable, des dunes côtières, des forêts de pins et de chênes verts, des marais, et des lacs arrière-dunaires. On y retrouve une mosaïque de paysages typiques du littoral aquitain, offrant des panoramas naturels exceptionnels.

Plus précisément situé entre le lac d’Hourtin et la côte des Landes, le site joue un rôle majeur dans la continuité des habitats : dunes, marais et lacs tracent un corridor écologique permettant les échanges entre différentes populations animales et végétales.

Ainsi, les 3,8 km de littoral de la Réserve représentent une zone dépôt grâce aux « laisses de mer », c’est-à-dire les débris naturels (algues, bois flotté, restes d’animaux…) ramenés par l’océan. Ils facilitent par exemple l’apparition d’insectes bénéfiques pour l’écosystème.

Les mares dunaires contribuent également à la richesse écologique des lieux. Même si elles ont été creusées par l’homme, leur dispersion le long du littoral constitue un réseau indispensable à la vie des grenouilles, crapauds et libellules.

Pour sa part, la pinède peut être considérée comme le poumon vert de la Réserve. En retrait du littoral, elle doit son existence et son développement à la frange forestière, dont les pins maritimes subissent de plein fouet les vents d’ouest et leurs nuages de sable. Ils érigent en quelque sorte une barrière de protection, offrant un environnement moins tourmenté aux chênes verts de la pinède.

D’autres zones naturelles viennent enrichir la Réserve et participer à son patrimoine d’exception : milieux ouverts, dunes mobiles et dunes grises, prairies, zones lacustres, rives du lac d’Hourtin…

Comme une impression de vie sauvage…

La gestion de l’espace a été confiée à l’Office National des Forêts, dont les équipes assurent la surveillance, le suivi scientifique et l’accueil du public.

La flore mérite en effet toutes les attentions. Diversifiée et de haute valeur patrimoniale, elle compte 280 espèces recensées, dont neuf espèces protégées au niveau national (comme la Lobélie de Dortmann, une plante aquatique rare, ou le Faux cresson de Thore, qui se développe dans des endroits inondés en hiver et secs en été).

Bien protégés par la forêt dunaire, les chênes verts et pédonculés forment l’habitat dominant de la Réserve. Avec les pins maritimes, ils s’imposent parmi les essences principales, même si la diversité botanique apporte quelques nuances, à l’image des nombreux arbousiers, ajoncs et autres bruyères.

Sur la dune bordière, la plupart des espèces végétales présentent une distribution géographique très limitée et certaines sont endémiques du littoral aquitain, comme la Linaire à feuilles de thym, typique des milieux dunaires.

Dans les zones humides, les Osmondes royales, ces majestueuses fougères, ornent les sentiers et font le bonheur des passionnés de botanique. Nénuphars, roseaux et joncs agrémentent pour leur part les rives du lac d’Hourtin.

La richesse de ces habitats offre bien sûr un environnement précieux à la faune. Pas moins de 938 espèces ont été identifiées, réparties en 16 groupes, parmi lesquelles figurent les insectes, les oiseaux, les arachnides, les reptiles, les poissons ou encore les mammifères.

La loutre et le vison d’Europe (espèce menacée) apparaissent indissociables de l’écosystème de la Réserve, tout comme la chauve-souris et la belette. Chez les amphibiens, la rainette verte est particulièrement présente dans les zones humides.

Le vison d’Europe se sent plutôt heureux dans la Réserve – Crédit photo : zoofanatic CC by 2.0

Dans la famille des reptiles, plusieurs espèces emblématiques cohabitent : la cistude d’Europe (tortue aquatique protégée), la couleuvre vipérine et le lézard ocellé, ce dernier étant le plus grand lézard de France.

Le territoire est un site d’hivernage et de nidification pour de nombreux oiseaux migrateurs, notamment la sarcelle d’hiver, l’oie cendrée, le busard cendré et d’autres rapaces comme le circaète Jean-le-Blanc ou le balbuzard pêcheur.​

En bord de plage et dans les marais, on observe des gravelots à collier interrompu et le martin-pêcheur.

Enfin les rives du lac et les marais constituent des zones de frai importantes pour des poissons comme le brochet.

À la découverte d’un monde fragile

Malgré la protection dont elle fait l’objet, la Réserve Naturelle des Dunes et Marais d’Hourtin est ouverte gratuitement au public tout au long de l’année. Différents itinéraires pédestres, cyclables ou même équestres, au départ de Contaut, Piqueyrot et Hourtin Plage, permettent de la rejoindre facilement.

Les personnes à mobilité réduite peuvent pour leur part emprunter le sentier pédagogique de la Lagune de Contaut, une longue passerelle en bois qui leur garantira une observation attentive du marais et de sa faune.

Marais de Hourtin à Contaut – Crédit photo : Anthony Baratier CC BY-SA 4.0

Quelles sont les meilleures saisons pour partir à la découverte de la Réserve ? Chacune fait valoir ses arguments, mais le printemps se prête particulièrement bien à l’observation. C’est l’opportunité d’entendre les chants et parades des oiseaux nicheurs (busards, fauvettes, engoulevents) ou encore d’admirer la floraison des plantes, notamment celles des dunes et marais. Les plus curieux auront peut-être la chance d’apercevoir la cistude prenant le soleil.

En été, les petits canetons et les jeunes rapaces animent les différents habitats, alors que la floraison des espèces patrimoniales situées dans les zones humides atteint son apogée. L’activité des lézards et des reptiles se veut dense.

L’automne réserve aussi son lot d’émerveillement grâce au passage des oiseaux migrateurs, aux promenades des loutres, visible tôt le matin ou en soirée, et aux lumières magnifiques dans les dunes et les marais.

Enfin, l’hiver s’accompagne d’une ambiance très calme, presque hors du temps, que confirme l’hivernage des oiseaux d’eau, dont les hérons et les sarcelles.

 Chaque année, pas moins de 15 000 visiteurs arpentent le seul sentier de Contaut. Les agents de l’ONF font à ce titre face à un double défi : sensibiliser le public au fragile écosystème que représente la Réserve et limiter la pression touristique afin de ne pas en perturber l’équilibre.

À cette responsabilité s’ajoute celle de limiter l’érosion dunaire et d’anticiper les impacts du changement climatique, s’agissant par exemple de la gestion des niveaux d’eau.

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Une nouvelle AOP dédiée au Médoc blanc

Une nouvelle AOP dédiée au Médoc blanc


Il deviendra plus difficile d’associer désormais le Médoc à la seule production de vins rouges. Depuis l’été dernier, le terroir compte officiellement une nouvelle AOP dédiée aux vins blancs, baptisée « Médoc Blanc », validée par l’INAO et publiée au Journal Officiel le 5 août 2025.

vignobles dans le Médoc
Crédit photo : Eileen O’Shea – CC BY-NC-SA 2.0 – Flickr

Finalement, une renaissance

La viticulture en blanc existait déjà dans le Médoc au 19e siècle, avec une production significative jusqu’au début du 20e siècle (jusqu’à 16 000 hectolitres en 1929) avant de disparaître des cahiers des charges des AOC locales au profit des seuls vins rouges. Au fil des décennies, les vignobles ont été divisés par dix pour ne représenter qu’une part confidentielle de l’activité médocaine.

Hélène Larrieu, directrice de l’organisme de défense et de gestion (ODG) Médoc, Haut-Médoc et Listrac-Médoc, estime que le blanc a aujourd’hui toute sa place. « La première raison pour laquelle les vignerons ont demandé d’inclure les vins blancs dans le cahier des charges qui protège les vins du Médoc était de protéger des pratiques et un savoir-faire local qui ont une antériorité importante. Ils voulaient aussi faire reconnaître des qualités organoleptiques communes et spécifiques à une région, et donc une typicité hiérarchiquement supérieure à Bordeaux » déclare-t-elle au site Échos Bordeaux.

Le renaissance se veut toutefois prudente et raisonnable. Si la délimitation géographique de l’appellation Médoc n’a pas été modifiée, tous les châteaux ne peuvent pas ou ne souhaitent pas lancer une production de vin blanc. De fait, celle-ci reste aujourd’hui limitée, ne dépassant pas les 180 hectares, exploités par 75 producteurs.

Le cahier des charges autorise une dominance de sauvignon blanc, complétée par les cépages sémillon, muscadelle et sauvignon gris. Il admet également quelques cépages expérimentaux adaptés au changement climatique comme floréal, sauvignac, alvarinho, liliorila ou souvignier gris, dans la limite de 5 % des surfaces et 10 % des assemblages.

L’élevage sur lie est obligatoire, souvent en barriques (au moins 30 %), afin de renforcer le corps et la typicité du vin.

Se diversifier pour continuer d’exister

Comme le rappelle Pierre Cheminade dans La Tribune (14/10/2025), « le vignoble bordelais pousse sa communication autour de vins de toutes les couleurs pour effacer l’étiquette du vin rouge qui lui colle trop souvent à la peau. Il est donc question dans le Bordelais de plus en plus de vins blancs et rosés, de crémant (vin pétillant) et du clairet, un vin rouge léger. »

La consommation de vin rouge ne cesse de régresser en France, les exportations subissent une conjoncture délicate et un nombre croissant de vignerons se résolvent à arracher leurs pieds de vigne… Diversifier l’offre en misant sur la qualité semble être la ligne de conduite adoptée par les producteurs du Médoc, soucieux de séduire une nouvelle clientèle, notamment féminine.

Les quelques châteaux déjà impliqués dans la production de blanc se réjouissent de la nouvelle appellation. Pour Laura Sorin du château Castéra, cru bourgeois supérieur, citée par le Figaro Vin (21/10/2025), « l’AOC est synonyme d’exigence et de fiabilité et rassure le consommateur. » Même satisfaction chez Clémence de Pourtalès, de château Doyac, qui considère l’appellation comme « une reconnaissance du terroir et l’intérêt du collectif ».

Dès cette année, les viticulteurs pourront apposer le célèbre logo jaune sur leur étiquette.  Le consommateur pourra découvrir un vin blanc qui se distingue par sa fraîcheur, sa minéralité et sa salinité subtile, expression du terroir proche de l’estuaire et de l’océan.

La palette aromatique évoque les agrumes, la pêche, l’abricot et les fleurs blanches, avec un potentiel de garde estimé jusqu’à dix ans.

« Cette reconnaissance valorise un savoir-faire déjà bien ancré sur le territoire et ouvre de nouvelles perspectives pour les producteurs médocains. C’est une étape importante pour renforcer la diversité et la qualité des vins de cette grande région » conclut l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).

Le Sud-Ouest est-il une terre de fromages ?

Le Sud-Ouest est-il une terre de fromages ?


Personne ne conteste la réputation gastronomique du sud de la Nouvelle-Aquitaine, entre foie gras, poulet basquaise, garbure, confit de canard ou caviar. Mais quelle est la place des fromages, en fait ?

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Point de laiteries en Gascogne ? – Crédit photo : Agnès Maillard – Unsplash.

Une production fromagère artisanale et confidentielle

Si la Normandie peut s’enorgueillir de ses célèbres fromages (Camembert, Livarot, Pont-l’Évêque, Neuchâtel), si l’Auvergne aime bomber le torse dès que l’on mentionne le Cantal, le Salers, la Fourme d’Ambert ou le Saint-Nectaire, si la Bourgogne-Franche-Comté suscite l’admiration grâce à son Comté, son Époisses, son Chaource ou son Morbier, la discrétion prévaut dès que l’on tourne le regard vers la Nouvelle-Aquitaine et plus précisément le Sud-Ouest.

C’est un fait. Mis à part l’Ossau-Iraty, seul (délicieux) produit détenteur d’une AOP, aucun fromage local ne s’invite dans la cour des grands. Bien sûr, l’on pourrait tricher gentiment en étirant le périmètre couvert par FranceSudOuest pour citer le Rocamadour ou le Roquefort.

Pourtant, il existe bien une variété de fromages dans le Sud-Ouest, mais essentiellement artisanaux et fermiers. Les ventes ne dépassent pas les marchés environnants ou les circuits de distribution restreints.  La Gascogne n’a jamais possédé de tradition forte de transformation fromagère qui s’inscrive dans la culture, l’économie locale et l’image de marque du territoire. De fait, la création d’une AOP s’en trouve entravée et la structuration d’une filière spécifique quasiment impossible.

En Gironde, l’activité viticole domine largement, captant terres et investissements au détriment de l’élevage laitier, essentiel pour une filière fromagère dynamique. Dans les Landes, la sylviculture et le maïs irrigué occupent aussi la majorité des surfaces. Le Lot-et-Garonne, quant à lui, s’oriente vers le maraîchage, les cultures légumières et fruitières, ce qui laisse peu de place à l’élevage laitier ou caprin.

Ce déficit fromager est donc multifactoriel : économie locale orientée autrement, traditions différentes, faiblesse du tissu d’élevage laitier… et une histoire agricole qui a privilégié d’autres productions bien plus lucratives dans ces trois départements.

Quelques perles rares quand même ?

Difficile de trouver en Gironde une appellation ou un produit de renommée nationale, à la différence des vins. Une recherche patiente des fermes et domaines permet de dénicher de petites productions, à l’instar de la ferme de Tartifume, située à Pessac, qui propose notamment sa tome affinée de Magonty, élaborée à partir du lait de l’exploitation.

À Gironde-sur-Dropt, la fromagerie Beauséjour s’est spécialisée dans la production de goudas. Ce choix n’est peut-être pas un hasard, au regard de l’origine néerlandaise du maître des lieux, Jan Spoorenberg. Ce dernier confectionne toute une gamme de goudas, à base de lait de vache et de brebis, selon différentes déclinaisons : piment d’Espelette, tomate, truffe, moutarde…

Dans le quartier des Chartrons, à Bordeaux, le fromager Pierre Rollet est le créateur du (presque) célèbre Bleu de Bordeaux, un fromage au lait cru à pâte persillée, macéré au moût de raisin puis affiné en cave pendant trois mois.  Le produit semble très apprécié des consommateurs, après des années d’élaboration de la part du fromager.

La recherche gourmande de pépites fromagères dans les Landes aboutit à un triste constat : nada. Il serait fâcheux toutefois de ne pas mentionner l’Amou, fabriqué dans le village de même nom, un fromage de brebis à pâte pressée non cuite, affiné huit mois en cave humide.

Même constat s’agissant du Lot-et-Garonne, surtout réputé pour ses légumes et ses fruits. Quelques producteurs se consacrent pourtant au frometon, à l’instar de Monique Valenti, installée à Virazeil, qui propose des briquettes au lait entier de chèvre. Pour sa part, Corinne Taret produit dans son exploitation de Bon-Encontre divers produits laitiers, dont la tomme de la Bosse, qu’elle vend à la ferme ou sur les marchés locaux.

L’Ossau-Iraty, la star des Pyrénées et du Sud-Ouest

C’est sur les terres basco-béarnaises qu’il faut aller chercher un regain de fierté. Doté de l’AOC depuis 1980 et de l’AOP depuis 1996, l’Ossau-Iraty est un délicieux fromage au lait cru, thermisé ou pasteurisé de brebis, doux et fruité.

Sa réputation s’assoit sur une longue tradition pastorale remontant au Néolithique. Les premiers bergers du Béarn et du Pays basque pratiquaient déjà la transhumance et fabriquaient du fromage de brebis il y a plus de 3 000 ans. Des vestiges d’outils de bergers dans les vallées d’Ossau attestent d’un savoir-faire ancien où l’élevage et la transformation du lait étaient au cœur du mode de vie locale.

Un p’tit creux ? – Crédit photo : AOP Ossau-Iraty

Au fil des siècles, les méthodes de transformation ont peu évolué.  Le lait provient uniquement de trois races locales (Manech Tête Rousse, Manech Tête Noire ou Basco-Béarnaise).  Il est collecté pendant la période de lactation naturelle des brebis, généralement de décembre à juillet. Suivent les opérations essentielles à la conception d’un bon fromage, dans le strict respect du cahier des charges des deux labels : découpage, brassage, moulage, pressage et salage. La touche finale est apportée par l’affinage, qui prévoit un stockage en caves fraîches pour une durée oscillant entre 80 et 120 jours selon le format.  Un temps long pour retourner et brosser les délicieux produits et leur donner cette croûte grise ou dorée, reconnaissable entre mille.

Point d’usine ou de process industriel en pays d’Ossau. La filière se compose d’environ 1 500 éleveurs et producteurs, que viennent compléter près de 150 transformateurs. En 2024, le volume commercialisé s’est situé à près de 5 000 tonnes.

Cette organisation, qui privilégie le savoir-faire et les petites exploitations, permet de proposer aux consommateurs un fromage authentique, au subtil goût de noisette.

Même s’il reste peu vendu à l’international, l’Ossau-Iraty a su conquérir le palais des gourmets britanniques et américains. En 2011, les premiers l’ont classé « World’s Best Unpasteurised Cheese » et « « Best French Cheese » lors d’un concours. En 2018, le fromage basco-béarnais a été désigné « Meilleur Fromage du Monde » lors du World Championship Cheese Contest, organisé à Madison (Wisconsin).

D’autres fromages dignes de nom

Le massif pyrénéen représente décidément la locomotive de la production fromagère du Sud-Ouest. Certes moins réputée que l’Ossau-Iraty, la Tomme des Pyrénées peut quand même se vanter de son IGP, d’abord pour sa version pasteurisée au lait de vache (1996) puis pour ses laits crus ou traités thermiquement de vache et de chèvre (2020).

Il s’agit d’un fromage rustique, né au 10e siècle, fabriqué à l’origine dans les fermes et en haute montagne. Autrefois, cette tomme était faite à partir de lait de vache, de brebis, de chèvre ou de mélanges, chaque vallée produisant selon sa disponibilité et ses usages.

La technique consiste à presser le caillé dans des moules et à affiner le fromage en cave fraîche pendant plusieurs semaines à plusieurs mois.

La Tomme des Pyrénées propose une pâte souple et souvent fondante, mais qui se raffermit progressivement. Son goût varie bien sûr selon le lait utilisé, multipliant ainsi les petits plaisirs en bouche.

La Dordogne tire aussi son épingle du jeu, notamment grâce à son Cabécou, un petit fromage de chèvre au lait cru. Il est obtenu par coagulation lente du lait, moulage, salage, puis affinage en cave de 5 à 10 jours pour développer une croûte fine et une texture fondante. Sa pâte blanche, tendre et crémeuse exhale un arôme délicatement acidulé et caprin. La version protégée, « Cabécou du Périgord », est encadrée par une marque collective depuis 1992, garantissant le respect d’un cahier des charges strict.

Ce petit plaisir périgourdin se savoure froid sur du pain, ou chaud en salade, en feuilletés, avec du miel ou des noix. Il accompagne idéalement les vins blancs secs ou moelleux du vignoble local, assez dense.

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mystères en lot-et-garonne

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Châteaux médiévaux, constructions mégalithiques, forêts denses, ruines… Le patrimoine ancien du Lot-et-Garonne se prête fort bien aux mythes et mystères qui font parfois froid dans le dos.

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Dans le doute, on évitera une visite des châteaux du Lot-et-Garonne à la nuit tombée…

Le château de Bonaguil, sa Dame blanche et ses fantômes

Fièrement juché sur un éperon rocheux à toute proximité du village de Saint-Front-sur-Lémance, le château de Bonaguil fut érigé au XIIIe siècle puis transformé en forteresse par le puissant Bérenger de Roquefeuil deux siècles plus tard.

En 1761, Marguerite de Fumel rachète l’imposant monument et y apporte de nombreux aménagements, dont la construction de nouveaux appartements et la transformation des sept ponts-levis en ponts-dormants.

Elle s’éteint peu avant la Révolution française et n’assiste pas au saccage du château décidé par une loi de 1793. Les tours sont décapitées, le corps de logis détruit, les boiseries arrachées, le mobilier dispersé…

Est-ce cette désolation qui aurait poussé l’esprit de Marguerite de Fumel à venir hanter Bonaguil ? La légende raconte qu’à chaque mois de novembre, une Dame blanche erre dans les salles et couloirs obscurs du château. Ses pleurs précèdent souvent son apparition.

Château de Bonaguil
Crédit photo : Cwervaec – CC BY-SA 3.0

Le quotidien Sud-Ouest rappelle qu’il y a quelques années, une équipe de l’émission RIP (Recherches, Investigations, Paranormal) est venue mener son enquête. « Équipée de plusieurs moyens technologiques permettant d’entrer en communication avec de possibles fantômes, elle y a passé deux nuits et a rapporté des faits troublants : sensation de pression sur le corps, de brûlures, bruits étranges, chute de température brutale… »

On rapporte aussi la présence d’autres spectres, dont celui d’une nièce de Bérenger de Roquefeuil, qui aurait refusé d’épouser l’homme imposé par son oncle. Fou de colère, ce dernier l’aurait emmurée dans le donjon.

Enfin, le mystère de Bonaguil tient aussi en ses graffitis exécutés à la pointe sèche sur les murs internes de la grosse tour. Ils représentent notamment des portraits de femmes, la silhouette d’un fantôme et un carré Sator, considéré comme magique. Il contient le palindrome latin SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS et suscite diverses hypothèses parmi les savants, qui ont aussi retrouvé sa trace à Pompéi.

Las Naou Peyros, repère de sorcières

La jolie petite commune de Réaup-Lisse, située non loin de Nérac, abrite un cromlech, c’est-à-dire une enceinte mégalithique composée de monolithes agencés en cercle et délimitant une surface. Un tel site reste assez rare en Aquitaine, les cromlechs étant surtout présents dans les pays nordiques et les îles britanniques.

Celui de Réaup-Lisse, nommé Las Naou Peyros (Les neuf Pierres), mentionné depuis 1587, est connu comme ayant été un cimetière. De fait, les nombreuses fouilles organisées ont révélé des ossements humains (dont un squelette placé au centre de l’édifice), des fragments de silex et des restes de poteries.

Si les fouilles ont endommagé le site, elles n’ont pas altéré les nombreuses croyances et légendes qui l’entourent.  Peut-être sont-elles dues à l’atmosphère sonore particulière du lieu, où l’on entend paraît-il les pierres siffler dès que se lève le vent.  Ces mêmes pierres bougeraient d’elles-mêmes ou changeraient de place certaines nuits, renforçant l’idée qu’elles possèdent une puissance mystérieuse.

Crédit photo : Gatoreed

Ce sont d’ailleurs les pierres de Las Naou Peyros, comme d’autres sites mégalithiques, qui ont attiré les sorcières depuis des siècles. Aux solstices d’été et d’hiver, mais aussi aux nuits de pleine lune, elles se seraient réunies pour danser, invoquer les esprits et pratiquer des rituels mystérieux.

Les paysans, dit-on, n’osaient pas s’approcher la nuit de peur de voir surgir des flammes, des ombres ou d’entendre des chants étranges.

Selon certaines versions, les sorcières choisissaient les pierres comme point de passage entre le monde des vivants et celui de l’invisible, un portail sacré qui ne s’ouvrait que certaines nuits.

Une autre tradition laisse penser qu’un trésor fabuleux était caché. Personne ne sait vraiment ce qu’il contient (or antique, objets sacrés, offrandes des anciens peuples ?), mais il serait protégé par un serpent gigantesque, parfois comparé à un dragon.  Selon la tradition orale, quiconque tenterait de déterrer les pierres sans affronter la créature serait maudit, ou englouti par la terre qui se refermerait sur lui.

Le trésor du prieuré Saint-Sardos de Laurenque

Les spectres ou sorcières ne nourrissent pas toujours les légendes locales. Ainsi, le prieuré Saint-Sardos, situé dans le hameau de Laurenque non loin de Gavaudun, accueillit des religieuses dès le XIIe siècle. Celles-ci y restèrent jusqu’à la destruction du noble bâtiment par les protestants, en 1569, alors qu’éclataient les Guerres de religion.

Obligées de fuir, la mère supérieure et les religieuses auraient jeté dans le puits du prieuré le trésor du couvent afin qu’il ne soit pas volé. Les huguenots auraient ensuite tenté de le récupérer, mais un violent orage aurait subitement comblé le puits.

On raconte que, plus tard, des pièces d’or auraient été retrouvées à flanc de coteau dans les eaux de la source du Touron, et en aval dans la rivière la Lède, ce qui crédibiliserait la légende.

 prieuré Saint-Sardos de Laurenque
Crédit photo : MOSSOT — CC BY-SA 4.0

Depuis, chaque fois qu’on tente des fouilles ou des recherches à l’endroit supposé, un orage survient, empêchant les travaux. Mais quand le soleil revient, les eaux de la source s’illuminent et l’on voit des reflets d’or apporter une touche de magie au lieu.

La légende est toujours entretenue par les conteurs locaux, pour le plus grand plaisir des habitants de Gavaudun. Elle reflète l’attachement des habitants à leur patrimoine et à leur histoire, tout en entretenant une part de mystère qui fascine les visiteurs.

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