IGP Agenais

IGP Agenais : un terroir discret, des vignerons libres

IGP Agenais : un terroir discret, des vignerons libres


Moins réputé que ses prestigieux voisins bordelais ou bergeracois, le vignoble lot-et-garonnais n’en possède pas moins une véritable identité. Parmi ses productions viticoles, les vins IGP Agenais occupent une place particulière : ils expriment la diversité d’un territoire situé entre influences océaniques et accents méridionaux, tout en laissant aux vignerons une grande liberté dans le choix des cépages et des assemblages.

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IGP Agenais
Vignoble IPG Agenais – Crédit photo : Henri Guérin – Flickr

Une histoire ancienne, une identité récente


On le sait, c’est l’arrivée des armées romaines en Gaule vers 58 avant J.-C. qui a permis le développement du vignoble, notamment dans le Sud-Ouest. Au fil des siècles, le savoir-faire local s’est affiné, encouragé par les ordres monastiques. La proximité de la Garonne et le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ont quant à eux contribué au développement commercial des vins lot-et-garonnais.

Au XVIIIe siècle, la vigne, déjà bien implantée dans plusieurs provinces de la Guyenne, notamment le Mézinais et le Marmandais, ne cesse de s’étendre. Cette ambition est pourtant mal perçue par Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny, intendant de la généralité de Bordeaux, qui craint que cette progression ne se fasse au détriment des cultures céréalières et n’aggrave les risques de famine. En 1747, il interdit toute nouvelle implantation.

Un siècle plus tard, la crise du phylloxéra ravage une grande partie du vignoble français, dont celui du Lot-et-Garonne.

Il faut attendre le XXe siècle pour assister à une véritable renaissance de la viticulture locale. À partir du milieu du siècle, le savoir-faire des producteurs, l’organisation collective autour des coopératives et le développement des circuits commerciaux permettent à la vigne de reprendre progressivement sa place.

L’identité « Agenais » en tant que vin de pays est officialisée en 1982 sous le nom de « Vin du Pays Agenais ». En 2009, cette mention évolue vers le statut européen d’Indication Géographique Protégée (IGP), sous l’appellation « Agenais », marquant une étape clé dans la reconnaissance de ces vins.

Selon la Confédération des Vins IGP, l’Agenais correspond à une IGP de zone, qui autorise une production sur l’ensemble du département, à l’exclusion des six communes de la zone de production de l’IGP Thézac-Perricard : Bourlens, Courbiac, Masquières, Montayral, Thézac et Tournon-d’Agenais.

Le Lot-et-Garonne, terre de vins


L’Agenais n’est qu’une pièce du puzzle viticole du Lot-et-Garonne, département qui compte pas moins de six AOC et plusieurs IGP. À ses côtés coexistent diverses appellations, dont le Buzet, appellation reconnue en 1973 puis sous son nom actuel en 1986, implantée sur des coteaux argilo-calcaires au nord d’Agen, où la production est très majoritairement rouge, avec un encépagement de type bordelais et une vinification assurée par la coopérative locale.

Vignoble de Lot-et-Garonne. L’ensemble du département est par ailleurs couvert par l’IGP Pays de l’Agenais. Crédit image : Atlas des paysages du Lot-et-Garonne

Ce sont aussi les Côtes de Duras, entre Bergerac et Marmande, sur plus de 2 000 hectares, qui proposent des rouges, des rosés ainsi que des blancs secs et moelleux. Le sauvignon joue notamment un rôle important dans les blancs secs, tandis que le sémillon et la muscadelle participent aux vins blancs doux.

Difficile de ne pas citer les Côtes du Marmandais, à l’identité très marquée. L’appellation s’étend de part et d’autre de la Garonne et se distingue notamment par la présence de l’abouriou, cépage local emblématique. Les rouges y sont amples, charnus et équilibrés, tandis que les rosés privilégient fraîcheur et expression fruitée.

Enfin, le Brulhois, plus au sud, ainsi que de petites IGP comme le Thézac-Perricard, dont le vignoble, replanté à partir de 1980 par une poignée de vignerons passionnés, ne compte aujourd’hui pas plus de 40 hectares. C’est de ce même terroir qu’est né le fameux « Vin du Tsar », dont l’histoire veut qu’il ait séduit Nicolas II grâce à l’entremise du président Armand Fallières, originaire de Mézin.

L’IGP Agenais se distingue par sa souplesse. Elle couvre la quasi-totalité du département et laisse aux vignerons une grande liberté d’assemblage et de cépages, à l’inverse des AOC voisines, plus strictement encadrées.

IGP Agenais, kezako ?


Reconnue officiellement en 2011, l’appellation autorise trois couleurs de vin : le rouge, le rosé et le blanc, ainsi que des vins mousseux et des vins issus de raisins surmûris. Une particularité de son cahier des charges mérite d’être soulignée : chaque cépage doit en principe être vinifié séparément, et son nom doit figurer sur l’étiquette, une mention qui peut être complétée par un second cépage lorsque les deux vins ont fait l’objet d’un agrément distinct avant assemblage. Cette règle donne aux vins de l’Agenais une lisibilité rare, appréciée des amateurs curieux de découvrir un cépage en particulier ou des assemblages inédits.

Les mentions « primeur » ou « nouveau » peuvent également accompagner l’indication pour certains vins tranquilles.

Dans un territoire où les AOP profitent d’une meilleure visibilité, il est parfois difficile pour les viticulteurs de l’IGP Agenais de se frayer un chemin vers les consommateurs. Réunis au sein de l’Organisme de défense et de gestion des vins IGP Agenais/Thézac-Perricard, ils tentent d’améliorer les opportunités commerciales, au-delà du département ou du Sud-Ouest. « L’objectif, c’est de s’identifier et de prendre notre place dans le Lot-et-Garonne. On a la chance d’avoir un territoire vaste, une diversité des terroirs et en même temps une diversité des produits, mais jusqu’à présent on est toujours restés discrets » constatait déjà en 2014 Jacques Miquel, président de l’ODG, dans La Dépêche.

Il est vrai que la surface du vignoble ne dépasse pas les 84 hectares, pour une production annuelle de 4 105 hectolitres, loin derrière les 110 000 hl de l’AOP Buzet.

Bénéficier d’une mosaïque de sols et de climats


Le terroir de l’Agenais tire sa richesse de sa diversité. Le vignoble s’étend sur une grande variété de sols : à l’ouest et au sud de la Garonne dominent les sables des Landes, tandis qu’au nord du fleuve s’étend une zone de collines plutôt calcaires. Entre les deux, le Pays de Serres forme un vaste plateau découpé par les vallées, offrant une multitude d’expositions et de microclimats.

Une telle diversité constitue sans doute le principal atout de l’IGP Agenais : diversité des sols et des paysages, diversité des cépages, diversité des couleurs, diversité des styles recherchés par les vignerons et diversité des climats.

Les influences océaniques atténuent les froids hivernaux et apportent une partie des précipitations nécessaires au développement de la vigne. Contrairement au littoral, c’est la fin du printemps qui y est la plus arrosée, plutôt que l’hiver, et les vents dominants viennent principalement de l’ouest. À l’automne, les vents méridionaux contribuent à favoriser la maturation des raisins.

La douceur relative du climat, associée à un ensoleillement généreux, permet d’obtenir des raisins suffisamment mûrs tout en conservant, selon les années et les situations, une fraîcheur indispensable à l’équilibre des vins.

Le département se trouve ainsi à la croisée de deux influences, océanique et méditerranéenne, et la topographie, la géologie ou encore le couvert végétal y dessinent une véritable patchwork de microclimats d’une commune à l’autre.

Les cépages : une palette aromatique très ouverte


L’IGP Agenais a su tirer profit de la richesse de son encépagement, qui associe cépages bordelais classiques et variétés plus typiques du Sud-Ouest. La production est dominée par les rouges (67%), suivis des rosés (22%) et des blancs (11%).

Pour les vins rouges et rosés, le cahier des charges autorise une longue liste de cépages noirs : abouriou, alicante Henri Bouschet, arinarnoa, bouchalès, cabernet franc, cabernet-sauvignon, cot (malbec), egiodola, gamay, jurançon noir, merlot… Cette diversité permet des assemblages très variés, mais aussi des vins monocépages qui mettent en valeur des variétés plus rares comme l’abouriou ou le fer servadou, emblématiques du Sud-Ouest.

Selon les cépages utilisés, la palette aromatique des rouges et rosés se révèle très ouverte, entre fruits rouges et noirs, épices et poivron vert, cerise et pruneau, notes de cacao et de réglisse, ou encore accents grillés et vanillés.

Un Agenais rouge peut donc être un vin gourmand et fruité destiné à être bu jeune, mais aussi présenter davantage de structure lorsque la maturité du raisin et les choix de vinification le permettent.

Selon les cépages, le rosé développe quant à lui des expressions allant des petits fruits rouges aux notes plus épicées ou végétales. L’INAO souligne notamment la grande diversité aromatique des rosés de l’IGP Agenais. Ce sont des vins particulièrement adaptés à la gastronomie estivale, mais leur intérêt ne se limite pas aux apéritifs. Leur fraîcheur leur permet également d’accompagner salades composées, charcuteries, grillades, cuisine du Sud-Ouest ou plats à base de légumes.

S’agissant enfin des vins blancs, les viticulteurs utilisent notamment le sauvignon, l’ugni blanc, le sémillon, la muscadelle, le listan, le mauzac ou encore l’ondenc. C’est cependant le colombard qui donne au blanc de l’Agenais sa signature la plus reconnaissable. Ce cépage exprime des arômes de citron vert, de pêche et de nectarine, tandis que le chardonnay, également autorisé, apporte des notes de fleurs blanches, d’agrumes, de noisette et d’amande grillée. Le résultat : des blancs secs, vifs et aromatiques, taillés pour l’apéritif ou les plats légers de l’été.

Cette diversité des blancs est l’une des forces de l’IGP Agenais : elle permet de passer d’un vin vif, frais et fruité à un vin plus ample ou moelleux, selon le cépage et le choix du producteur.

Se laisser tenter par un plaisir nouveau ?


Loin des grandes appellations médiatisées, l’IGP Agenais est portée par un tissu de domaines familiaux et de caves coopératives qui ont fait le choix, souvent depuis plusieurs générations, de valoriser un terroir méconnu plutôt que de le voir disparaître.

Pour les producteurs, l’IGP représente un cadre intéressant car il permet de valoriser un territoire tout en conservant une certaine liberté dans l’assemblage et l’expression des cépages. Cette souplesse favorise l’expérimentation et permet aux vignerons de proposer des cuvées aux profils très différents.

Domaine Mas de la Borde Haute, IG P Agenais

Mais c’est ce qui rend parfois difficile une description unique du « vin Agenais ». Il existe moins un style uniforme qu’une famille de vins, réunie par une origine géographique et un savoir-faire commun.

Sur le terrain, l’engagement des vignerons se traduit par des pratiques de plus en plus respectueuses de l’environnement : conversion à l’agriculture biologique ou raisonnée pour de nombreux domaines, rendements maîtrisés, valorisation des vieux cépages locaux et vinifications séparées par parcelle ou par cépage pour préserver la typicité de chaque vin. Cette exigence qualitative, couplée à une grande liberté de style, permet à l’IGP Agenais de proposer des vins à la fois accessibles et authentiques

En somme, l’IGP Agenais illustre bien la richesse discrète du vignoble du Sud-Ouest : un terroir généreux, une palette de cépages foisonnante et des producteurs attachés à faire perdurer une tradition viticole vieille de plus de deux mille ans.

Train de la Rhune

Le train de la Rhune : un siècle d’ascension et d’émotion

Le train de la Rhune : un siècle d’ascension et d’émotion


Inauguré en 1924, le train à crémaillère de la Rhune continue de gravir vaillamment le célèbre massif, offrant à ses passagers une dose de nostalgie et, au bout du trajet, un panorama majestueux.

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Prendre le temps de s’imprégner des paysages – Crédit photo : Jose Luis Canales – Flickr

La Rhune, une fierté basque


Entre la France et l’Espagne, la Rhune veille sur le Pays Basque comme un repère familier plutôt que par la démesure de son altitude. Avec ses 905 mètres, elle n’a rien d’un géant, mais sa position en fait le dernier relief pyrénéen avant l’océan Atlantique, à quelques kilomètres seulement de la côte. Les Basques l’appellent Larrun, un nom qui évoque la lande ou le pâturage, fidèle reflet de ses flancs recouverts d’herbe rase où paissent encore aujourd’hui les brebis et les pottoks.

Depuis le sommet, la vue embrasse à la fois la côte basque, de Saint-Jean-de-Luz jusqu’à San Sebastián, et les premiers contreforts pyrénéens. Cette rencontre entre montagne et mer, entre France et Espagne, donne au lieu une atmosphère particulière, presque suspendue.

C’est peut-être l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui a suscité l’attrait du grand public pour la Rhune. Le 30 septembre 1859, elle effectue une excursion à dos de mulet jusqu’au sommet, accompagnée d’une partie de la cour. L’évènement fait grand bruit et suscite des vocations, mais l’ascension à pied reste un exercice difficile, réservé à ceux dotés d’une condition physique suffisante.

Il faut attendre 1908 pour que naisse l’idée d’un chemin de fer capable de venir à bout du dénivelé positif de 785 mètres. L’ambitieux projet est confié à trois entrepreneurs locaux, qui conçoivent une ligne ferroviaire électrifiée à voie métrique (écartement entre les deux rails de 1000 millimètres) et à crémaillère.

Les travaux, initiés en 1912, doivent permettre de relier le col de Saint-Ignace, situé à 169 mètres d’altitude, au sommet du massif, qui culmine à 905 mètres. Le parcours s’étend sur 4,2 km. La Première Guerre mondiale suspend le chantier, qui reprend en 1919 pour s’achever en 1924.

Des voitures tout de bois vêtues


L’inauguration du premier tronçon jusqu’aux Trois Fontaines est organisée le 25 avril 2024, suivie de celle du 30 juin s’agissant de la liaison vers le sommet.

Inauguration de la ligne en 1924 – Crédit photo : Train de la Rhune

Les six motrices sont conçues par la société suisse SLM Winterthur, fondée en 1870. Deux moteurs asynchrones triphasés de 160 chevaux fournissent l’énergie nécessaire à chaque locomotive, placée à l’arrière du train. Elle pousse les wagons pendant la montée et les ralentit dans la descente. En matière de sécurité, les motrices sont équipées de deux freins à main, qui bloquent chaque roue dentée via des tambours cannelés situés de part et d’autre. Chaque trajet nécessite d’ailleurs deux agents : le premier dédié à la conduite, le deuxième au freinage.

Mais le charme du train de la Rhune tient aussi à la rusticité de ses voitures, fabriquées par les établissements Soulé de Bagnères-de-Bigorre. Les artisans de l’époque ont privilégié le bois dans toutes les étapes de la conception : une toiture en sapin des Pyrénées, un plancher en pin des Landes, un lambris en châtaignier de l’Ariège, et une plate-forme en iroko, un bois exotique africain réputé imputrescible.

Aujourd’hui, ce sont toujours ces voitures, composées de six compartiments de dix places assises, qui transportent les visiteurs. Les boiseries font l’objet d’un entretien minutieux et, tous les dix ans, d’une révision générale. La maintenance mécanique est quant à elle assurée par l’entreprise bayonnaise Garland qui n’hésite pas à fabriquer de nouvelles pièces, parfois sur mesure. Il est vrai que les artisans peuvent s’appuyer sur les plans et documents originaux, précieusement conservés.

Ils ont d’ailleurs permis de construire deux nouvelles rames depuis 1924, qui viennent s’ajouter aux deux premières. Le parc roulant répond ainsi aux besoins touristiques lorsque la fréquentation atteint son plus haut niveau en période estivale.

S’imprégner de la magie des lieux


D’abord exploitée par les Voies Ferrées Départementales du Midi (VFDM), puis par Transdev de 1995 à 2012, la ligne a été confiée par le Département des Pyrénées-Atlantiques à l’Établissement public des stations d’altitude (EPSA). Six locomotives et huit voitures permettent de transporter chaque année plus de 340 000 passagers. Certes, les bancs en bois offrent un confort minimal, mails ils participent aussi à l’authenticité du train.

Afin de profiter pleinement de l’environnement, aucune vitre n’a été installée et la vitesse n’excède jamais les 9 km/h pour un trajet de 35 minutes. Immersion garantie. Elle aurait pu être compromise lorsqu’en 1978 est lancé le projet de création d’une route menant au sommet de la Rhune. Interrogés par référendum, les habitants de Sare rejettent massivement l’idée. Ouf.

En 2021, le renouvellement à l’identique de la voie est opéré en un temps record par une société suisse spécialisée, pour un coût de 27 millions d’euros, supporté à 80 % par le Conseil départemental.

C’est donc au même rythme que celui de 1924 que se déroule le petit périple. Les passagers ont le loisir d’admirer les paysages magnifiques qui défilent à un rythme tranquille. La Rhune accueille en ses flancs une belle population de pottoks, le petit cheval emblématique du Pays basque. On peut aussi y voir la manech tête noire, une race ovine locale réputée pour sa laine et son lait, utilisé pour la production de fromage de brebis. En levant les yeux, les vautours tournoient souvent au-dessus du massif.

la Rhune
La beauté du paysage pyrénéen – Crédit photo : mariejirousek – Flickr

Le sommet propose, on s’en doute, un vaste panorama de la côte, des Pyrénées et même des plages landaises. La ville de Saint-Jean-de-Luz paraît toute petite et l’océan infini.

Trois ventas permettent de boire un verre et de se restaurer. Les visiteurs disposent d’une heure vingt pour profiter de l’atmosphère particulière de l’endroit avant de reprendre place dans le train et retrouver la (dure) réalité.

Pratique


Le train de la Rhune est ouvert au public de début avril à début novembre.

Trois formules sont proposées :

  • Le voyage libre
  • Le voyage guidé : sur les traces des contrebandiers (en compagnie d’un guide)
  • Le voyage conté sur la mythologie basque (surtout destiné aux enfants)

Tarifs 2026 :

Adulte (plus de 12 ans) : 26 euros (+ 5 euros pour le voyage guidé)

Enfant (4-12 ans) : 18 euros (+ 4 euros pour le voyage guidé,

Famille (2 adultes et 2 enfants de 4 à 12 ans) : 82 euros

Attention : aucun billet montée simple n’est proposé à la vente. Le billet descente simple correspond au retour en train, mais n’est vendu qu’en fonction des places disponibles (pour ceux qui auraient choisi d’atteindre le sommet à pied).

Les billets peuvent être achetés sur place ou sur le site Internet officiel (solution à privilégier en haute saison en raison de l’affluence).

Horaires :

En basse saison (avril, mai, juin, septembre, octobre) : premier départ à 9h30

En haute saison (juillet, août) : premier départ à 8h20

Un train toutes les 40 minutes.

Accès :

Depuis l’A63 : prendre la sortie Bayonne, Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz, puis suivre les panneaux indiquant le train de la Rhune (RD 4).

Les lignes 44 (départ de Bayonne) et 45 (départ de Saint-Jean-de-Luz) des bus Txik Txak desservent directement l’arrêt du col de Saint-Ignace.

Parkings et départ :

Les passagers embarquent au col de Saint-Ignace.

Des parkings gratuits sont mis à disposition autour de la gare, mais leur capacité reste limitée les jours de grande fréquentation. D’autres parkings sont ouverts à Sare et à Ascain. Il convient donc d’arriver en avance ou de privilégier le réseau de bus Txik Txak.

Coordonnées :

Site web du train de la Rhune : www.rhune.com
Adresse : 3205 Santinazioko Errebidea D4 – 64310 SARE

Arcachon

Incendies en Gironde : vers une saison touristique compromise ?

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Incendies en Gironde : vers une saison touristique compromise ?


Le feu qui a dévoré plus de 40 000 hectares et forcé l’évacuation de 220 000 personnes provoque une chute brutale des réservations en Gironde.

La ville d’Arcachon, pourtant éloignée des incendies, subit la chute de sa fréquentation – Crédit photo : Pierre Métivier – Flickr

De nombreuses zones touristiques épargnées

La surmédiatisation des incendies survenus en Gironde et dans les Landes la semaine dernière a dépassé le souci d’information, elle a surtout percuté une saison qui s’annonçait prometteuse. Les professionnels constatent aujourd’hui une chute de la fréquentation parfois proche des 70 %. Selon une étude du cabinet KPMG, citée Le Figaro, « la crise pourrait coûter entre 2 et 5 millions d’euros par semaine au secteur, sans compter les résidences de tourisme et les campings ».

Fait plus inquiétant : la crise ne se limite pas aux communes évacuées ou aux sites directement menacés. D’après les professionnels du tourisme girondin, l’effet psychologique de l’incendie se répercute sur l’ensemble du département, jusqu’aux stations balnéaires du bassin d’Arcachon et du Médoc, sans même évoquer les vignobles, Bordeaux, le Libournais ou l’Entre-Deux-Mers. Ces territoires, pourtant intacts, attendent de pied ferme les touristes.

Annie Rabot, gérante du bar du Soleil à Arcachon, dit craindre, au micro de France 3, que la suite de la saison ne soit « très chaotique, difficile à gérer en termes de plannings et de stocks. On vit au jour le jour. Arcachon s’est vidé parce qu’on a répété sur beaucoup de chaînes qu’il ne fallait pas aller en Gironde. »

Les propos tenus par la préfète, Sophie Brocas, invitant les vacanciers à « envisager une autre destination », ont également contribué à décourager tout projet de vacances dans le département.

Limiter la casse économique

Selon les données du Conseil départemental de la Gironde, le tourisme représente 7 % du PIB, 40 000 emplois et plus de 3 milliards d’euros de retombées directes.

La Gironde dépend d’un équilibre fragile entre tourisme de séjour, fréquentation littorale et image de destination naturelle. Or, l’incendie a porté un coup direct à cette réputation. Les inquiétudes liées à la qualité de l’air, aux fermetures ponctuelles de sites et à l’incertitude sur la durée des perturbations alimentent une forme d’attentisme chez les visiteurs.

Malgré ce contexte, les professionnels tentent de limiter les dégâts et d’éviter une désaffection durable. Le message relayé par les acteurs publics et privés est clair : les réservations maintenues doivent l’être, car toute annulation supplémentaire fragilise encore davantage la reprise. La priorité est désormais de restaurer la confiance, en communiquant sur les zones accessibles, sur l’état réel des sites touristiques et sur le retour progressif à la normale.

À plus court terme, les démarches visent à remédier à une situation économique tendue. Les assurances ont repoussé les déclarations de sinistres au 31 août, les salariés des entreprises situées dans les zones évacuées ont droit au chômage partiel, les saisonniers impactés peuvent faire valoir leurs droits, etc.

Aujourd’hui, les professionnels misent sur le « tourisme solidaire » pour essayer de sauver les dernières semaines de la saison.  À ce titre, les bureaux et offices de tourisme du département sont invités à amplifier leur communication pour convaincre les vacanciers que la Gironde reste une formidable destination de vacances.

phare de cordouan

Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté

Phare de Cordouan : traverser les siècles et les tempêtes en toute majesté


Classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, le phare de Cordouan mérite son surnom de « Versailles de la mer » depuis plus de quatre siècles.

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Le phare de Cordouan
Le « roi des phares » ou le « phare des rois » dans toute sa splendeur – Crédit photo : Sygal 93 – Flickr

Un monument de prestige royal


Depuis toujours, un plateau rocheux s’élève de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, même à marée haute, entre océan Atlantique et embouchure de l’estuaire de la Gironde. « L’îlot de Cordouan », tel qu’il est appelé, est occupé dès la fin du XIe siècle par l’abbé Étienne de Saint-Rigauld et le frère prieur Ermenaud qui ont fait vœu de se retirer du monde. Les deux ermites y sonnent une cloche et allument un feu la nuit tombée pour prévenir les marins de la dangerosité de la zone.

Au début de la guerre de Cent Ans (1337-1453), le Prince Noir fait ériger sur le plateau un édifice au sommet duquel on allume un grand foyer, cette fois visible de plus loin par les voiliers. Mais la tour médiévale est progressivement abandonnée et tombe en ruines.

En 1584, le roi Henri III confie la conception d’un nouveau phare à Louis de Foix.  L’ingénieur imagine alors un édifice d’une ambition architecturale inouïe, s’inspirant du phare d’Alexandrie. Les travaux débutent en 1584 et s’étalent sur plus de vingt-sept ans, pour s’achever en 1611, sous le règne d’Henri IV. Ironie du sort, Louis de Foix décédera avant d’avoir vu son œuvre achevée.

Le résultat est pourtant stupéfiant : une tour de style Renaissance, presque palatiale, haute d’environ 37 mètres. À sa base, un rez-de-chaussée monumental abrite une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Cordouan, ornée de pilastres et de sculptures, témoignant d’un soin ornemental exceptionnel pour un bâtiment destiné avant tout à guider les marins. Au-dessus, un appartement royal permettait théoriquement d’y accueillir le souverain, même si jamais aucun roi n’y passât la nuit. La lanterne couronnait l’ensemble, brûlant de l’huile de poisson puis de la cire pour projeter sa lumière sur l’estuaire.

Concu comme un château sur l’eau, le « roi des phares » de Cordouan peut être considéré comme une vraie mise en scène du pouvoir.

La surélévation du XVIIIe siècle


Deux siècles après son inauguration, Cordouan nécessite une refonte majeure. Non que l’édifice soit en péril — sa construction robuste a résisté aux assauts de l’Atlantique —, mais sa hauteur se révèle insuffisante. L’accumulation progressive des sables autour du plateau rocheux a progressivement rehaussé le niveau apparent du sol, réduisant la portée optique du feu. Les marins signalent de plus en plus de difficultés à apercevoir la lumière depuis le large.

Le phare de Cordouan avant sa surélévation.
Le phare de Cordouan sous le règne d’Henri IV. Gravure de Claude Chastillon.

L’ingénieur Joseph-Étienne Teulère est chargé de remédier à la situation. Entre 1786 et 1789, il conduit des travaux d’une grande audace technique : la partie supérieure de la tour d’origine est démontée, et une nouvelle section est ajoutée pour porter la hauteur totale de l’édifice à 67,5 mètres.

L’intervention de Teulère réussit le tour de force de respecter l’esprit de l’architecture Renaissance de Louis de Foix tout en ajoutant son propre langage néoclassique à la partie sommitale.

L’ingénieur conçoit également le premier feu tournant à réverbères paraboliques, constitué de lampes à huile et manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe.

Le monument ne laisse pas indifférent. Jules Michelet lui consacre quelques lignes admiratives dans son ouvrage La Mer, publié en 1861 : « On ne connaît pas assez ce respectable personnage, ce martyr des mers. Il est, entre tous les phares, je crois, l’aîné de l’Europe. […] Cordouan est un écueil que l’eau ne quitte jamais. L’audace en vérité fut grande de bâtir dans le flot même, que dis-je ? dans le flot violent, dans ce combat éternel d’un tel fleuve et d’une telle mer ».

Un laboratoire historique de la lumière moderne


En juillet 1823, le phare de Cordouan devient le théâtre d’une innovation majeure dans l’histoire de la signalisation maritime : l’installation du premier appareil à lentilles imaginé par Augustin Fresnel. Cette lentille, dite à échelons, marque une rupture décisive avec les systèmes optiques antérieurs, plus lourds, moins efficaces et plus gourmands en lumière.

L’idée de Fresnel est brillante : au lieu d’utiliser une lentille épaisse et massive, il la découpe en une série de sections concentriques, ce qui permet de conserver l’effet optique tout en réduisant considérablement le poids et l’encombrement. Grâce à ce procédé, la lumière produite par la lampe du phare est mieux concentrée et envoyée plus loin vers l’horizon, améliorant ainsi la portée du signal.

Cordouan joue ici un rôle de laboratoire grandeur nature. Le phare, situé à l’embouchure de la Gironde, sert de premier site d’expérimentation pour cette technologie appelée à révolutionner l’éclairage des côtes. L’optique, composée d’un tambour central entouré de plusieurs lentilles, démontre l’efficacité du système et convainc progressivement les autorités maritimes.

Cette invention ne reste pas un cas isolé. Elle se diffuse rapidement dans les phares du monde entier, devenant l’un des symboles les plus durables du génie scientifique du XIXe siècle. La lentille de Fresnel n’a pas seulement amélioré la sécurité des navigateurs : elle a aussi transformé durablement l’architecture lumineuse des phares, en alliant précision, économie et puissance.

Néanmoins, avant son électrification tardive en 1948, faire fonctionner Cordouan était un enfer logistique. Pour monter les tonnes de combustibles (charbon, huile, puis blanc de baleine) jusqu’à la lanterne à 60 mètres de hauteur, les gardiens n’utilisaient pas les escaliers. Chaque étage était percé en son centre exact d’un orifice circulaire d’un mètre de large. Un système de puits, composé de cordes et de poulies traversait ainsi tout le phare verticalement, en plein milieu des pièces d’apparat, pour hisser le matériel.

La lanterne du phare de Cordouan
La lanterne du phare – Crédit photo: Phare de Cordouan / Facebook

Viser le patrimoine mondial de l’UNESCO


Si le phare de Cordouan suscite autant d’admiration depuis autant d’années, il mérite une reconnaissance internationale. En 2002, décision est prise de l’inscrire sur la liste indicative des monuments susceptibles d’être classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

C’est la première étape d’un long travail de candidature. Derrière cette inscription, il y a un dossier minutieux, une stratégie patrimoniale précise et une forte mobilisation locale autour de ce monument emblématique de l’estuaire de la Gironde.

Tout a commencé par la nécessité de démontrer que Cordouan possédait une valeur universelle exceptionnelle, condition essentielle pour espérer figurer sur la prestigieuse liste de l’UNESCO. Les défenseurs du projet ont mis en avant un phare unique au monde, à la fois prouesse d’architecture, chef-d’œuvre maritime et témoin majeur de l’histoire de la signalisation en mer.

La candidature a ensuite exigé un important travail technique. Il a fallu constituer un dossier complet, définir le périmètre du bien, préciser les éléments protégés et présenter un plan de gestion crédible. Le phare n’a pas été envisagé isolément, mais dans son environnement naturel et maritime, avec les bancs de sable, le plateau rocheux et les passes qui en font un site aussi spectaculaire que fragile.

L’aventure a aussi reposé sur une large adhésion du territoire. Collectivités, services de l’État, associations et habitants ont soutenu un projet devenu peu à peu une cause commune. Cette dynamique a compté dans la montée en puissance de la candidature, d’abord au niveau national, puis devant les instances de l’UNESCO.

Le 24 juillet 2021, la reconnaissance est tombée : Cordouan a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial. Pour la France, c’est une distinction majeure ; pour l’estuaire, c’est la consécration du « Versailles de la mer », enfin reconnu à sa juste mesure.

De l’art du bichonnage


Aujourd’hui, le phare de Cordouan contribue à la réputation de l’estuaire de la Gironde et même à celle du littoral aquitain. Chaque année, il attire plus de 25 000 visiteurs, impatients de découvrir les sept étages du monument, parfaitement entretenus.

Le mérite en revient aux quatre gardiens qui se relaient tout au long de l’année. Car le phare de Cordouan est le dernier à être encore habité en France. Employés par le SMIDDEST (Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde), les hommes assurent leur présence « par équipe de deux, en alternant des périodes de quinze jours à terre, quinze jours au phare, suivies d’une semaine à terre, une semaine au phare ».

La relève s’effectue le vendredi selon la marée. Les « arrivants » embarquent sur un bateau des Phares et Balises au départ du Verdon-sur-Mer.

Sur place, la charge de travail se veut importante.  Il s’agit d’abord d’assurer la maintenance du site, d’identifier les anomalies, de passer le balai dans les moindres recoins, d’astiquer les cuivres ou encore de cirer les parquets en chêne.

Il leur revient ensuite de veiller au bon fonctionnement de la lanterne. Même si son allumage au crépuscule est automatisé, la plus grande vigilance s’impose quant à l’état des groupes électrogènes.

Enfin, les gardiens accueillent, d’avril à octobre, les milliers de visiteurs attirés par le charme du phare de Cordouan. Cette activité de guide touristique suppose de connaître sur le bout des doigts l’histoire des lieux, ses anecdotes ou l’environnement marin.

Chapelle Notre-Dame-de-Cordouan
La chapelle Notre-Dame de Cordouan, située au deuxième étage – Crédit photo : Gardiens Cordouan / Facebook

Heureusement, chacun dispose de sa propre chambre pour une nuit de repos bien méritée après une journée de travail assidu : « On dort super bien ici, on entend la mer qui roule derrière, on a l’impression d’être dans un sous-marin. Moi, je dors souvent la fenêtre ouverte et le bruit de la houle qui résonne dans toute la cour, c’est magique » confie Thomas à Elsa Provenzano du journal 20 Minutes (01/05/2026).

Les gardiens du phare menacés ?


Si le phare doit faire face à de nombreuses bourrasques, le SMIDDEST est lui aussi confronté à des vents mauvais. Cette année, les Conseils départementaux de la Charente-Maritime et de la Gironde n’ont pas renouvelé leurs subventions, obligeant le Syndicat Mixte à gérer un déficit de 140 000 euros. Certes, l’État a pu octroyer une enveloppe exceptionnelle de 100 000 euros, mais, inévitablement, des craintes apparaissent sur la gestion future du phare de Cordouan.

Plusieurs pistes d’économies sont aujourd’hui étudiées, dont celle de réduire le temps de travail des gardiens en période hivernale. Une option inenvisageable pour Jean-Marie Calbret, le président de l’association des Phares de Cordouan et de Grave : « S’il n’y a plus de gardiens, le phare risque d’être dégradé et vandalisé, et à court ou moyen terme, s’attendre à ce que l’UNESCO remette en cause le classement du phare au patrimoine mondial » explique-t-il sur les ondes d’ICI Gironde (31/03/2026).

De son côté, le préfet de région constate « un déficit annuel chronique de 200 000 à 300 000 euros », comme le relate sa lettre adressée aux ministres de l’Intérieur, de la Transition écologique et de la Culture.

La question devient (ou reste) politique. En 2010, l’État, propriétaire du phare, a octroyé au SMIDDEST une autorisation d’occupation temporaire (AOT) de 15 ans, renouvelée pour un an le 1ᵉʳ janvier 2026. Cette AOT permet au Syndicat Mixte d’assurer la gestion et la promotion du site, mais aussi de salarier les quatre gardiens, pour environ 200 000 euros. Mais la difficulté des finances locales et la fragilité du modèle économique ne permettent plus d’envisager des perspectives sereines.

En janvier 2025, la députée girondine Pascale Got avait alerté la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, soulignant les inquiétudes liées à la situation des gardiens et demandant des clarifications sur les objectifs de l’État dans le cadre de la coopération public-public. 

Sa démarche a précédé celle de la sénatrice de Gironde Nathalie Delattre, qui s’est fendue d’une missive au préfet de région Etienne Guyot, reprise dans  Le Journal du Médoc (02/02/2026) : « Tout en partageant l’objectif d’une gestion rigoureuse des deniers publics, je souhaite que la solution retenue préserve la présence humaine au phare de Cordouan, indispensable à sa sécurité, à sa valeur patrimoniale, à son classement UNESCO et à son rôle structurant dans l’attractivité touristique du territoire. »

Guide pratique


Situé à 7 km en mer sur le plateau de Cordouan, entre la pointe de Grave (commune du Verdon-sur-Mer) et la ville de Saint-Palais-sur-Mer, le phare de Cordouan sécurise la circulation entre les deux passes donnant sur l’estuaire.

Construit en pierre blanche de Saintonge, il s’agit du dixième phare le plus élevé au monde et du troisième en France.

Sa lanterne, automatisée en 2006, porte sur 21 miles marins. Même si son accès n’est pas ouvert au public, s’en rapprocher suppose quelques menus efforts, puisque 301 marches la séparent du rez-de-chaussée.

Le joli monument marin se compose de 6 niveaux :

  • Rez-de-chaussée : la visite commence dans le vestibule à la porte monumentale qui prépare à l’ascension. Dès les premiers pas, on sent qu’on entre dans un monument exceptionnel.
  • Premier étage: l’appartement du roi, aménagé en 1664 par Colbert. Aucun roi n’y a jamais séjourné.
  • Deuxième étage : c’est l’un des grands temps forts de la visite, avec une chapelle étonnante dans un phare. Son décor surprend par son élégance et donne au lieu une vraie dimension patrimoniale.
  • Troisième étage: la salle des Girondins ou salle des Bordelais. C’est surtout le premier niveau issu des travaux de surélévation.
  • Quatrième étage: la salle des contrepoids.
  • Cinquième étage: la « salle des lampes », où se trouve la poulie qui servait à hisser le combustible
  • Entre le cinquième et le sixième étage: la chambre de quart, à l’usage des gardiens.
  • Sixième étage: la lanterne.

Préparer sa visite :

Visite d’avril à octobre. Les horaires d’ouverture du phare varient chaque jour, au rythme des heures et coefficients de marée.

Réservation auprès des compagnies de croisière :

–          Depuis Royan : Croisières La Sirène

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer : Vedettes La Bohème

Tarifs 2026 :

–          Depuis Royan :

Basse saison
Tarif plein
51 € (7 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit (enfants de 3 à 15 ans inclus et demandeurs d’emploi sur justificatif)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
48 € (6 € l’entrée et 42 € la croisière)

Tarif scolaire
29 € (3 € l’entrée et 26 € la croisière)

Haute saison (1er juillet au 15 septembre)
Tarif plein
63 € (15 € l’entrée et 48 € la croisière)

Tarif réduit
58 € (11 € l’entrée et 47 € la croisière)

–          Depuis Le Verdon-sur-Mer :

Basse saison
Tarif plein
47 € (7 € l’entrée et 40 € la croisière)

Tarif réduit
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif groupe (à partir de 20 personnes)
45 € (6 € l’entrée et 39 € la croisière)

Tarif scolaire
28 € (3 € l’entrée et 25 € la croisière)

Haute saison
Tarif plein
59 € (15 € l’entrée et 44 € la croisière)

Tarif réduit
52 € (11 € l’entrée et 41 € la croisière)

cerise Itxassou

Depuis le XVIIIe siècle, la cerise d’Itxassou annonce l’été au Pays basque

Depuis le XVIIIe siècle, la cerise d’Itxassou annonce l’été au Pays basque


Entre mémoire paysanne et quête de l’AOP, le petit village labourdin se bat pour protéger ses trois variétés emblématiques.

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cerise Itxassou
L’été s’annonce sucré – Crédit photo : Association Xapata

Aux origines : un verger au cœur des montagnes


La présence de cerisiers à Itxassou est attestée depuis environ 1750. Et peut-être même avant. Selon Xabier Itzaina, chercheur au CNRS, l’église du village, bâtie au XVIIe siècle, doit son nom de Saint-Fructueux aux cerisiers déjà plantés en nombre sur les pentes encaissées autour de la vallée de la Nive. L’environnement et le climat offrent les conditions idéales au petit fruit rouge.

L’écrivain Pierre Loti, de passage en 1863, note dans ses carnets : « Quelle splendeur de jardins, de vergers, de buissons de roses, dans ce petit pays de cerisiers… »

Le XIXe siècle marque le début d’une production plus ambitieuse. La cerise circule alors sur des marchés régionaux (Bayonne, Dax, Pau, Bordeaux…) et nourrit une véritable activité commerciale, notamment grâce à des grossistes venus s’approvisionner directement à Itxassou.

Au sommet de sa puissance, la filière atteint entre 160 et 300 tonnes par an. Pour les petites exploitations quasi autarciques du secteur, la cerise représente souvent la seule rentrée d’argent de l’année. Ce fruit rouge incarne alors à lui seul l’identité économique d’un village entier.

Mais la modernisation agricole des années 1970 porte un coup fatal à la filière. Les exploitations se diversifient et se tournent massivement vers la production de lait de brebis, bien moins contraignante. Les cerisiers, qui réclament une main-d’œuvre intensive lors de la récolte, sont progressivement abandonnés. L’arrivée des grandes surfaces et la concurrence de cerises importées achèvent de décimer une production qui chute à environ 25 tonnes par an dans les années 1990, soit dix fois moins qu’au plus fort de sa gloire.

L’association Xapata pour symboliser la renaissance


En 1994, face au risque de disparition, des agriculteurs fondent l’association Xapata — dont le nom reprend celui d’une des variétés locales. Leur objectif : sauvegarder le patrimoine génétique et culturel développé depuis des siècles. « La notoriété du fruit est bien réelle, qui a poussé Xapata à proposer d’intégrer 66 communes du Labourd et de la Basse-Navarre dans ce qui serait la zone de production de l’AOP, que l’association appelle de ses vœux. Un territoire situé au cœur de la montagne basque, d’Ascain à Villefranque, en passant par Baïgorry, une zone où, historiquement, on a retrouvé des plantations des variétés locales » explique Thierry Jacob dans Sud-Ouest (28/11/2022).

C’est à ce titre que les producteurs entament un long travail de greffage, à même de dépasser les 5 000 arbres et de renouer avec une production plus ambitieuse. Ils donnent également naissance, en 2008, à un verger conservatoire qui joue à la fois le rôle de collection vivante et de vitrine pédagogique auprès du public.

Enfin, la marque commerciale « Cerise d’Itxassou / Itsasu » et son logo font l’objet d’un dépôt à l’INPI, garantissant que seuls les producteurs locaux peuvent s’en prévaloir.

Sur les huit variétés de cerise d’Itxassou, trois sont plus largement cultivées :

  • La Peloa : de couleur rouge bordeaux foncée à noire, elle est récoltée à partir de la mi-mai. On la dit fondante, juteuse et sucrée, pouvant être dégustée fraîche ou en confiture.
  • La Xapata : sucrée et acidulée en même temps, dotée d’une jolie couleur jaune orangée, de petit calibre, on la cueille au début du mois de juin pour la déguster tout de suite.
  • La Beltxa : en basque, « beltxa » signifie « noir », ce qui permet de caractériser cette variété rapidement. A l’instar de la Peloa, elle contribue à l’image de la cerise noire d’Itxassou. Peu sucrée et même acide, la Beltxa se destine seulement à la préparation de confiture, notamment celle qui accompagne le fromage de brebis pour une expérience gastronomique unique.

À quand l’AOP ?


Avec 6 000 arbres en culture, une production d’une douzaine de tonnes et plus de trente fermes productrices ou transformatrices, la filière demeure certes modeste en volume mais d’une richesse remarquable en qualité et en diversité.

La tradition, le savoir-faire et l’ambition représentent de solides arguments pour doter la cerise d’Itxassou de l’Appellation d’Origine Protégée (AOP), prestigieux label qui contribuerait à une meilleure réputation du produit basque et à son essor commercial. Les producteurs du piment d’Espelette, situés non loin, peuvent en témoigner.

La démarche implique de définir précisément une aire géographique, des pratiques culturales et des critères organoleptiques qui distinguent irréductiblement ces fruits de toute autre production. Déposée en 2023 auprès de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) par l’association Xapata, la demande de reconnaissance est toujours en cours d’instruction.

Les freins principaux tiennent autant à la lourdeur du dossier AOP qu’à la petite taille et à la fragilité de la filière locale, ce qui rend l’aboutissement long et exigeant pour quelques producteurs seulement. L’INAO accompagne certes la démarche, mais les acteurs locaux savent qu’il faut compter environ dix ans de travail pour espérer aboutir, ce qui constitue en soi un frein psychologique et organisationnel pour des agriculteurs déjà très sollicités. Cette durée s’ajoute à la complexité technique du montage qui pèse particulièrement sur une structure associative limitée en moyens. En attendant, les cerisiculteurs misent sur d’autres leviers : qualité fermière (label Idoki, bio), marque collective, circuits courts, verger conservatoire, mise en avant touristique et numérique de la cerise d’Itxassou.

La fête de la cerise d’Itxassou ? Une institution


En attendant le Graal de l’AOP, les producteurs basques peuvent se consoler auprès du public nombreux qui assiste chaque année à la célèbre fête d’Itxassou. Lancée par l’association Itsasuarrak en 1952, elle se tient chaque année le premier dimanche de juin et contribue sans nul doute à la notoriété du petit fruit rouge ou noir.

Dans les rues du village, la tradition se mêle à la convivialité à travers des dégustations, des animations culturelles, des chants basques, des danses folkloriques et l’incontournable défilé de chars colorés.  

Au centre des festivités trône la Confrérie de la Cerise d’Itxassou (Itsasuko Gereziatzeen Anaia-Artea), créée en 2007. Véritable pilier de l’événement, elle joue un rôle crucial dans la pérennité de cette culture agricole.

Ses missions sont diverses : veiller à la renommé de la marque, soutenir les producteurs, assurer le lien entre les générations en transformant une simple récolte en un véritable acte de résistance culturelle.

La fête ne serait pas complète sans son marché de producteurs, ses parties de pelote basque et ses repas champêtres. C’est un moment où le temps s’arrête, où l’on vient chercher l’authenticité d’un produit rare : la production reste modeste et se déguste principalement sur place. Gourmand et apprécié, l’or rouge (ou noir) d’Itxassou a su s’imposer sans mal dans la gastronomie basque. « On sent un nouvel attrait pour notre cerise avec d’autres perspectives économiques, notamment les restaurateurs l’utilisent pour accompagner le fromage de brebis, en gelée au piment d’Espelette agrémentant l’agneau ou le canard sans oublier le gâteau basque à la cerise d’Itxassou » constate Maryse Cachenaut, la présidente de l’association Xabata dans La Dépêche (29/05/2014).

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Basajaun

Basajaun, le géant des forêts basques

Basajaun, le géant des forêts basques


À l’ombre des grands hêtres d’Iraty, là où les brumes accrochent les crêtes, certains disent que l’on peut encore entendre le pas lourd du Basajaun, le seigneur des forêts.

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Basajaun
Le symbole d’une sagesse ancestrale qui invite au respect de la nature.

Figure emblématique de la mythologie basque


Les quelques images qui le représentent amènent au même constat : un être puissant inspirant la crainte et le respect. Qui est le Basajaun (prononcer « bachadiaoun » ou « bachajaoun »), dont le nom signifie « seigneur sauvage » en basque ?

Figure tutélaire des montagnes et des forêts, il est généralement décrit comme un géant massif, au corps entièrement couvert de poils, avec une allure d’homme sauvage vivant loin des villages.

Son origine pourrait être liée à la rencontre des proto-Basques et des Néandertaliens, en voie d’extinction, il y a 40 000 ans. Le personnage a ensuite évolué, sans jamais disparaître de la tradition orale.

Pour les anthropologues et les ethnologues, le mythe du Basajaun constitue un témoignage précieux de l’ancienne cosmologie basque, antérieure à la christianisation. Il représenterait une survivance de cultes animistes ou de croyances liées à des divinités forestières préchrétiennes, à l’instar des Jentilak (géants constructeurs de dolmens), progressivement transformées et adaptées au fil des siècles.

Pour Claude Labat, professeur, mythologue et écrivain, « la mythologie n’est pas destinée à distraire les enfants. Elle est la mise en parole de la sagesse qu’un groupe humain distille pour penser l’univers, le monde et la société » explique-t-il au site d’information Enbata. « Par exemple, quand les bergers basques évoquent Basajaun, l’Homme Sauvage, ils ne cherchent pas à décrire la Nature sauvage mais à rappeler que les pulsions vitales, la sexualité, la faim et la force physique font partie de notre humanité et qu’il faut savoir les canaliser. »

Le Basajaun rejoint d’ailleurs le cercle d’autres créatures légendaires à forme humaine issues de cultures traditionnelles et montagnardes. Ce sont par exemple le Yéti au Tibet et au Népal, le Sasquatch (ou Bigfoot) aux États-Unis et au Canada et l’Almasty dans la région du Caucase.

Parfaitement adapté à son environnement


Selon les légendes basques, le Basajaun se présente comme un être de grande taille, mesurant généralement entre deux et trois mètres de hauteur. Sa pilosité abondante, à l’exception du visage et de la plante des pieds, lui permet de résister aux rigueurs climatiques des montagnes pyrénéennes.

Sa force est telle qu’il peut déplacer des rochers, abattre des arbres de ses mains, traverser les torrents d’un seul bond. Mais son regard est souvent présenté comme plus mélancolique que véritablement malveillant.

Malgré son apparence imposante, le Basajaun possède une intelligence remarquable et une connaissance approfondie des secrets de la nature. Sa démarche imite celle d’un ours, lente mais assurée, témoignant de son aisance en zone escarpée.

Le Basajaun établit sa demeure dans les cavernes profondes et les grottes isolées des Pyrénées basques, loin des chemins fréquentés par les humains. Ces refuges naturels, souvent situés dans les zones les plus reculées des forêts de hêtres et de chênes, lui servent de sanctuaire pour observer le monde sans être dérangé. Il est souvent dit que l’immense forêt d’Iraty constitue à ses yeux un habitat de choix.

Au coeur de la forêt d’Iraty, l’antre du Basajaun – Crédit photo : Niwasan, Flickr.

Est-ce pour autant un être solitaire ? La légende lui prête une compagne, ou plutôt son pendant féminin, appelée Basandere. Elle est souvent décrite assise à l’entrée des grottes ou près des sources limpides, peignant sa longue chevelure avec un peigne d’or, un attribut qu’elle partage avec les Lamiak (autres créatures mythiques basques). La Basandere semble être la gardienne des trésors souterrains et de l’intimité de la nature. Elle représente la part plus insaisissable du monde sauvage. Sa simple présence signale un lieu de pouvoir naturel. Bien qu’elle puisse se montrer terrifiante pour ceux qui profanent son territoire, elle incarne une forme de beauté sauvage et de souveraineté sur le monde minéral et aquatique.

Le gardien protecteur des troupeaux


Contrairement à de nombreuses créatures fantastiques du folklore européen, le Basajaun n’est pas considéré comme une entité malveillante. Au contraire, les légendes basques le dépeignent comme un protecteur bienveillant des bergers et de leurs troupeaux. Lorsqu’un danger menace — qu’il s’agisse d’un orage imminent, d’une tempête de neige ou de la présence d’un loup rôdant à proximité — le Basajaun alerte les bergers par des cris caractéristiques ou des sifflements puissants qui résonnent dans les vallées.

Cette fonction protectrice s’étend également à la forêt elle-même. Le Basajaun veille à ce que les ressources naturelles soient respectées et utilisées avec parcimonie. Il surveille les coupes de bois excessives et protège les sources d’eau, garantissant ainsi la pérennité de l’écosystème forestier dont dépendent les communautés montagnardes.

Certains contes évoquent son ambivalence : il peut jouer des tours aux bergers en imitant leur irrintzina pour les attirer vers des passages dangereux, tout en restant globalement une figure bienveillante qui veille sur l’équilibre de la nature. Ce double visage – protecteur mais redoutable – rappelle que la montagne peut être nourricière tout en demeurant potentiellement mortelle.

Le Basajaun symbolise la part sauvage du Pays basque, cette alliance de forêts profondes, de reliefs imposants et de climats changeants. Il rappelle qu’ici, pendant des siècles, la vie a été rythmée par les transhumances, la garde des troupeaux et la fréquentation des estives. Dans cette perspective, il est presque un visage donné à la montagne, un esprit tutélaire auquel on attribue les caprices, mais aussi les générosités du milieu naturel.

Il reste néanmoins craint des hommes. Les bergers ne manquent pas de lui laisser des offrandes, composées de pain, de fromage et de lait, peut-être pour éviter qu’il ne vienne piller les cabanes lorsque la faim se fait trop forte.

Détenteur de savoirs ancestraux


Considérer le Basajaun comme une créature primitive des forêts, uniquement guidée par l’instinct, serait faire injure à son histoire.

Au‑delà de sa dimension sauvage, le Basajaun est présenté comme détenteur de connaissances techniques et agricoles qu’il aurait transmises aux humains (ou qu’on lui aurait volées). Dans la légende bien connue de Martín Txiki, un petit héros futé, par exemple, c’est en dérobant au Basajaun le secret de la fabrication de la scie (issu de l’observation des feuilles de châtaigniers) que les Basques auraient appris à mieux travailler le bois.

D’autres versions lui attribuent la maîtrise de l’agriculture, de la métallurgie ou de certaines techniques pastorales, faisant de lui une sorte d’enseignant caché des premiers paysans et artisans. On retrouve ainsi dans cette figure la mémoire symbolique d’un temps où les savoir-faire se transmettaient au contact direct de la nature, en observant les cycles des forêts et des montagnes.

Riche d’une culture ancestrale, le Basajaun symbolise la mémoire collective et la transmission des connaissances essentielles à la survie dans un environnement montagnard difficile. Son caractère ambivalent — sauvage mais bienveillant, puissant mais respectueux — reflète la relation complexe que les communautés basques entretenaient avec leur environnement naturel.

Dans certaines régions montagneuses, le Basajaun est associé à des lieux précis : grottes portant son nom, rochers où il aurait laissé l’empreinte de ses pas, ou sources qu’il aurait fait jaillir de la roche. Ces sites deviennent des marqueurs du paysage mythologique basque, où la géographie réelle se mêle aux récits légendaires.

Les témoignages de rencontres avec le Basajaun, bien que rares dans les récits contemporains, étaient relativement fréquents dans les traditions orales du 19e siècle. Les bergers racontaient l’avoir aperçu au crépuscule, se déplaçant silencieusement entre les arbres, ou avoir entendu ses appels résonner dans les gorges profondes.

Et aujourd’hui ?


Son importance dans la mythologie basque le protège de l’oubli. Il est célébré lors de festivals folkloriques, représenté dans l’art et la littérature contemporains, et continue d’inspirer les conteurs et les artistes. Son image apparaît sur des sculptures publiques et des fresques murales.

Basajaun
Représentation stylisée du Basajaun – Crédit photo: Alamy

Il sert aussi d’argument à la communication touristique, qui l’affiche parfois comme le Yéti basque. Des hébergements, campings ou structures touristiques l’utilisent comme figure d’appel pour raconter les mythes locaux et proposer des animations autour des créatures fantastiques régionales.

Quelques films lui ont même été consacrés, dont le thriller El guardián invisible, réalisé par Fernando Gonzàlez Molina en 2017 et adapté de la trilogie La Vallée du Batzan de Dolores Redondo. Le film présente le Basajaun comme le témoin discret d’une série de meurtres commis dans les forêts.

Le personnage sert aussi de symbole aux revendications écologiques, notamment pour la préservation des forêts pyrénéennes.

Dans les randonnées en forêt d’Iraty ou autour de certaines grottes, guides et panneaux d’interprétation évoquent parfois ce seigneur sauvage pour mieux relier paysages, folklore et imaginaire collectif. Le Basajaun devient ainsi un outil de médiation culturelle et environnementale, qui permet de parler à la fois de légendes, de patrimoine naturel et d’identité basque.

Au-delà de son aspect légendaire, le Basajaun rappelle l’importance de préserver l’équilibre entre l’homme et la nature, un message particulièrement pertinent à notre époque. En tant que gardien des forêts et protecteur de l’environnement, cette créature mythique incarne des valeurs écologiques qui résonnent avec les préoccupations contemporaines. Le géant sauvage reste ainsi bien plus qu’une simple légende : il incarne une vision du monde où la nature n’est pas un simple décor, mais une entité vivante, puissante et digne de respect.

le petit basque

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (4/4) : Le Petit Basque

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (4/4) : Le Petit Basque


Depuis sa création, Le Petit Basque a su valoriser le lait de brebis à travers une multitude de produits. La PME girondine s’impose aujourd’hui comme un acteur incontournable de son marché.

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On se laisse tenter ? – Crédit photo : Le petit Basque / Instagram

Un vélo et du porte-à-porte


L’histoire est belle. Dans les années 1950, la famille Alcachebury quitte le Pays basque pour s’installer à Talence, en proche banlieue bordelaise. Si dans les Pyrénées, le lait de brebis est apprécié depuis longtemps, il reste assez méconnu en terres girondines.

Aidée de son mari, responsable de la matière première, Madame Alcachebury choisit de fabriquer des caillés de brebis et de les proposer à la vente. Plutôt que d’ouvrir une boutique, elle préfère se rendre chez les particuliers avec son vélo et son matériel (faisselles, louches…). À chaque fois, le processus est le même : réchauffage du lait, ajout de présure pour le faire cailler, moulage du caillé dans des faisselles. Les clients, ravis, peuvent ainsi voir naître le produit sous leurs yeux ébahis, ce qui contribue, à n’en pas douter, à créer un lien de confiance et de curiosité.

Selon la légende, certains particuliers proposaient d’héberger la courageuse jeune femme afin qu’elle fabrique encore plus de caillés.

Le bouche-à-oreille ne tarde pas à produire ses effets. Les commandes se multiplient, obligeant la laitière basque à préparer les yahourts chez elle pour les vendre ensuite en porte-à-porte ou sur les marchés. L’affaire prospère, le fiston rejoint l’aventure et la production se mécanise gentiment pour répondre à la demande croissante.

En 1959, il est temps de donner un nom commercial. Au regard de l’origine des Alcachebury, la marque se veut simple et évidente : ce sera Le Petit Basque.

Madame Alcachebury installe un atelier à Bordeaux, conditionne le caillé dans de petits pots coniques en carton paraffiné et étend sa zone de livraison. La machine est lancée.

L’opportunité d’un marché de niche


À cette époque, le lait de brebis reste suffisamment rare pour susciter de nouvelles envies de consommation. Il est certes apprécié pour sa saveur, plus marqué que celle du lait de vache, mais surtout pour ses apports nutritionnels en minéraux, vitamines et protéines.  

Bref, le marché se veut porteur et Le Petit Basque poursuit sa croissance, jusqu’à ce que la famille Alcachebury décide de passer la main en 1982. L’heureux acquéreur est Jean-Michel Caillaud, maître artisan laitier, qui, tout en préservant la recette originale du caillé, développe de nouveaux produits, comme le dessert au chocolat, la mousse au café ou au marron, le yaourt…  

En 1995, Le Petit Basque aménage dans ses nouveaux locaux de Saint-Médard d’Eyrans, au sud-est de Bordeaux, où il est toujours situé.

En quelques années, la fabrication artisanale évolue vers la production industrielle.  Les effectifs augmentent, la gamme s’enrichit, la distribution en grande surface s’améliore (surtout chez Intermarché) et le chiffre d’affaires atteint les 13,4 millions d’euros en 2004.  La société s’impose comme le premier acteur, en France, du secteur des produits ultra-frais à base de lait de brebis, élargissant sa production aux entremets et desserts.

Le Petit Basque devient célèbre et finit par séduire. En 2008, la Financière Martin rachète l’entreprise. La marque vient rejoindre Lou Gascoun, le fabricant de pâtés du Sud-Ouest, ou encore Mercadier, spécialiste des conserves préparées dans le Périgord.

« Le défi était de pérenniser la société en développant sa gamme. Ce marché est très concurrentiel. Il faut sans arrêt innover car c’est sur les nouvelles recettes que se fait la croissance » explique, en 2011, Frédéric Martin, le PDG, au Journal des Entreprises.

La R&D est donc chargée d’imaginer et de proposer sans cesse de nouveaux produits avec, comme seul fil conducteur, le lait de brebis. C’est ainsi qu’apparaissent dans le commerce un banana split, un gratin de fruits, un sabayon et bien d’autres nouvelles recettes. Le but ? Occuper les rayons des supermarchés, asseoir son leadership et surprendre encore et toujours les consommateurs.

Le réseau des brebis


Certes beaucoup moins médiatisé que celui des grandes sociétés, le monde des PME fait pourtant preuve d’un dynamisme commercial et financier incontestable. En 2014, la Financière Martin cède Le Petit Basque au groupe breton SILL Entreprises, spécialisé dans les métiers du lait, à la tête de plusieurs entités : Laiterie Malo, Primel Traiteur, SILL Dairy International… La marque est préservée, car SILL fonctionne sur le modèle d’une fédération de PME.

« Chaque société conserve une autonomie de décision, une indépendance de gestion et une direction propre. La stratégie globale est définie par SILL Entreprises mais ensuite chaque PME dispose d’une grande latitude dans sa mise en œuvre. Quand on grandit par de la croissance externe, cela permet plus de douceur dans l’intégration et l’harmonisation des différents statuts » souligne Gilles Falc’Hun, le patron de SILL, au journal La Tribune en 2018.

En quatre ans, SILL investit 9 millions d’euros en faveur de la modernisation du site. Les nouvelles lignes ouvrent la voie à une ribambelle de produits : semoule de lait, riz au lait, mousse au chocolat ou caramel, douceurs de brebis, crème fraîche…

L’or blanc de brebis – Crédit photo: Le Petit Basque

Une telle production nécessite la mise en place d’une filière de producteurs solide. En 2015, l’entreprise décide de privilégier le circuit court, en s’appuyant sur 110 éleveurs, dont près de 40 % en biologique, répartis entre Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.

Parmi ces fournisseurs, la ferme de La Niade, en Aveyron, à la tête d’un cheptel de 310 brebis. Après avoir travaillé pour Roquefort, « les exploitants agricoles ont contacté la laiterie Le Petit Basque qui ne fixe pas de quotas, laissant ainsi le producteur libre de fournir la quantité qui lui convient. Les responsables de la laiterie sont venus visiter l’exploitation et ont donné leur aval pour collecter le lait » précise Centre Presse Aveyron. Depuis, la ferme de La Niade s’est convertie au bio, dans une logique de durabilité.

Ambitions industrielles et impératifs écologiques


Afin d’étoffer son réseau de producteurs, Le Petit Basque s’est tourné récemment vers de nouvelles contrées, en l’occurrence la Haute-Loire et la Lozère. Les éleveurs de brebis se réjouissent de cette nouvelle perspective. Ils permettront de soutenir les ambitions de l’entreprise girondine dans le domaine de l’ultrafrais. En effet, Le Petit Basque collecte chaque année plus de 17 millions de litres de lait pour alimenter la fabrication de ses gammes.

De tels volumes supposent une certaine responsabilité en matière éthique et environnementale. L’entreprise revendique d’ailleurs son souci de la biodiversité, son attachement au bien-être des brebis, son soutien à l’agriculture bio, loin de tout OGM, et l’utilisation d’emballages recyclables.

Cette philosophie se traduit concrètement à travers diverses initiatives. Comme le précise Actu.fr, « la laiterie a fait le choix de s’associer à une ferme légumière locale qui possède son propre méthaniseur. Son rôle : valoriser ses 800 tonnes de boues graisseuses (issues du dégraisseur de sa station d’épuration) pour la production de biogaz et du compost à destination des terres agricoles. »

Bref, tous les arguments sont réunis pour continuer d’innover, en respectant néanmoins les arguments qui ont contribué au succès de la marque : une liste d’ingrédients courte, des recettes simples et l’absence de tout additif.

L’entreprise continue de proposer de nouveaux produits. Elle a récemment investi 750 000 euros dans une nouvelle ligne spécialisée dans la production de fromages fouettés et de tartinables.

« Sur les tartinables, ces deux marques [Madame Loïk et St Morêt] représentent à elles seules près de 40 % du marché. Nous sommes les seuls à proposer une alternative 100 % brebis » indique Katia Langbour, la responsable marketing, au journal Sud-Ouest.

D’autres innovations viennent compléter ou améliorer la production. En 2021, Le petit Basque a lancé son premier beurre au lait de brebis et son yaourt Skyr. Dernièrement, il a décidé d’utiliser un ferment qui apporte une texture plus douce et légère à sa gamme de yaourts. Ces mêmes yaourts profitent aussi des nouveautés puisqu’ils sont aujourd’hui disponibles à la framboise et à l’abricot sur lit de fruits.

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Les marques emblématiques du Sud-Ouest (3/4) : Pyrenex

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (3/4) : Pyrenex


Depuis 160 ans, l’entreprise landaise collecte des plumes d’oies et de canards du Sud-Ouest pour concevoir des doudounes et des produits de literie vendus dans le monde entier.

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Une certaine classe – Crédit photo : Pyrenex

Une histoire familiale


Les gourmands associent assez rapidement le territoire des Landes au foie gras et/ou au magret de canard. Il est vrai que le département accueille de très nombreuses fermes d’élevage depuis déjà fort longtemps. Si leur viande constitue un mets de choix, les oies et les canards disposent également d’un atout non négligeable : leurs plumes.

Cela, Abel Crabos semble l’avoir compris dès 1859. À cette époque, il écume les marchés de Saint-Sever et des Landes pour collecter sa précieuse matière première. Au fil des années, Abel développe un véritable savoir-faire du traitement et de l’embellissement de la plume, qu’il transforme en panache, aigrette, boa ou ornement. Ses créations sont vendues aux chapelières, aux couturiers ou envoyées à Bordeaux et Paris.

L’atelier gagne en réputation grâce à la qualité de ses teintures (utilisant des pigments naturels) et la finesse de ses montages, ce qui lui vaut des commandes prestigieuses, y compris pour des événements comme le carnaval de Nice ou les bals parisiens.

En 1919, il acquiert le couvent des Ursulines de Saint-Sever – qui a perdu sa destination après la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État – pour le transformer en manufacture de plumes et duvets.

Six ans plus tard, René Crabos rejoint son père au sein de la société Abel Crabos & Fils. L’homme, qui n’est pas un inconnu, est considéré comme un joueur de rugby talentueux, capitaine du Racing Club de France et sélectionné en équipe nationale à de nombreuses reprises jusqu’en 1924.

René décide de n’utiliser que des duvets issus des Pyrénées, qu’il juge de meilleure qualité. Son épouse, Marie, conçoit à partir de 1942 les premières doudounes, qu’elle distribue aux prisonniers de guerre landais en Allemagne par l’intermédiaire de la Croix-Rouge.

Le virage industriel des années 1960


André Crabos, le fils de René et de Marie, intègre l’entreprise familiale, qu’il oriente vers la literie. La nouvelle activité tire le chiffre d’affaires grâce aux excellentes ventes d’édredons, d’oreillers et de couettes.

En 1967, son frère Jean-Pierre rejoint à son tour la société. Sa rencontre avec l’alpiniste et explorateur Louis Audoubert l’incite à concevoir les premières doudounes techniques. « Destinées aux sportifs, elles devaient résister aux conditions climatiques les plus extrêmes. Depuis, on a sans cesse amélioré le processus de fabrication pour rendre nos doudounes ultra légères et isolantes » explique Éric Bacheré, l’actuel directeur général, à Audrey Levy de Paris Match.

La marque Pyrenex fait son apparition officielle en 1968. Elle évoque la chaîne de montagnes située non loin de Saint-Sever. En plus de fabriquer des produits de literie et des doudounes, l’entreprise conçoit des sacs de couchage, aussi légers et isolants que les vêtements, en plus de proposer un moelleux appréciable.

Le succès commercial est au rendez-vous. Pyrenex s’impose parmi les marques haut de gamme des doudounes et des combinaisons de ski. Au cours des années 1980, les exportations progressent, notamment au Japon et au Royaume-Uni portées par l’Authentic Jacket, le produit phare de la marque.

Pour Pyrenex, le savoir-faire permet une excellente maîtrise des processus de fabrication. « Les plumes sont dépoussiérées, stérilisées, séchées puis triées dans d’imposantes machines en bois au look suranné. Les plus grosses sont d’abord retirées et utilisées par l’industrie cosmétique, car riches en kératine, ou comme engrais. Reste ensuite les plumettes, sorte de ressorts naturels, que l’on fourre dans les oreillers et enfin le duvet, la partie la plus noble » détaille Elvire Emptaz dans le magazine Grazia.

machines Pyrenex
Crédit photo : Pyrenex

Tradition et innovation


Impossible de balayer d’un revers de main plus de 150 ans d’expérience. La longue histoire de la famille Crabos contribue à la crédibilité et au positionnement des produits Pyrenex. Ainsi, les machines anciennes sont aujourd’hui pilotées par des programmes informatiques, sans pour autant perturber les procédés de la maison. Le but ? Apporter tout son pouvoir gonflant au duvet : « Calculé en cuin – cubic inch – il s’agit de la capacité pour un certain poids de garnissage à remplir un certain volume. Plus le volume occupé est grand, plus le duvet aura des performances d’isolation et de légèreté élevées » nous apprend le site Internet de la marque.

Autre atout de Pyrenex : la fleur de duvet. Aboutissement d’une longue expérience et d’une organisation dédiée, elle révèle des performances d’isolation et de légèreté exceptionnelles. Pyrenex la réserve à ses doudounes et couettes haut de gamme, avec la promesse d’un confort « sublimé ».

Si les articles de literie continuent d’être fabriqués dans les Landes, l’entreprise a dû se résoudre à délocaliser en Turquie et en Bulgarie la confection des doudounes. « Le montage des doudounes prend plusieurs heures et le coût de la main-d’œuvre pèse beaucoup sur le prix des produits. L’autre limite, c’est qu’il n’y a pas assez d’ateliers capables de les réaliser en France » indique Éric Bacheré au journal La Croix.

Aujourd’hui, Pyrenex soutient un rythme industriel tout en conservant son esprit artisanal. Chaque année, 200 000 doudounes, 800 000 oreillers et 200 000 couettes sont commercialisés. La gamme complète englobe150 références, pour une fourchette de prix comprise entre 500 et 1000 euros.

Les produits ont reçu le label de qualité Oeko-Tex, qui garantit l’absence de produits toxiques pour le corps et pour l’environnement.

Être une marque de son temps


Dans un marché soumis à une forte concurrence, les initiatives constituent souvent de précieux relais de croissance, aussi bien en matière de création, de marketing que de pilotage de l’entreprise.

« Aller plus loin pour nous, cela a consisté, dès 2016, à adopter une stratégie résolument offensive en matière de développement durable et de responsabilité sociale et environnementale » précise Edouard Crabos, le PDG, au journal Sud-Ouest. Au-delà de la recherche d’une certaine qualité, les clients se montrent aujourd’hui sensibles aux questions écologiques, de circuits courts, de traçabilité et de recyclage. Quasiment un argument de vente.

En 2020, Pyrenex reçoit le label « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV). Cette distinction, décernée par le ministère de l’Économie et des Finances, valorise l’excellence du savoir-faire.

Innover, c’est aussi savoir s’entourer. À partir de 2008, Pyrenex collabore avec de grands couturiers, dont Alexis Mabille et Alexandre Vauthier. La marque a quitté depuis longtemps les magasins de sport pour intégrer ceux dédiés à la mode. La signature des créateurs lui permet de s’installer dans des magasins prestigieux, à l’instar de Joyce à Tokyo ou Opening Ceremony à New York.

Pyrenex ouvre sa première boutique parisienne en 2015 puis une seconde en 2019. Sept boutiques constituent le réseau de la marque en France, en plus des 1 500 points de vente. L’exportation continue de jouer son rôle de locomotive, représentant 60 % du chiffre d’affaires.

L’entreprise a également mis en place depuis quelques années l’atelier « Made in Saint-Sever », uniquement dédié à de petites lignes de doudounes, fabriquées dans les Landes. L’objectif est de proposer des vêtements de luxe ultralégers, conçus à partir du « Duvet Legend » de Pyrenex, et reconnaissables grâce à leur couture de matelassage.

La qualité semble donc s’imposer comme un argument de pérennité. Pyrenex emploie aujourd’hui plus de 150 personnes, dont le savoir-faire apparaît fondamental. La famille Crabos a su, depuis le 19e siècle, exploiter tout le potentiel des plumes et duvets. « Notre concurrence est le produit synthétique. Mais une fois qu’une personne a essayé la fibre naturelle, il ne reviendra jamais au produit synthétique » constate d’ailleurs Edouard Crabos.

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Les marques emblématiques du Sud-Ouest (2/4) : Cacolac

Les marques emblématiques du Sud-Ouest (2/4) : Cacolac


Jouissant d’un fort capital de sympathie depuis des générations, la célèbre marque de lait chocolaté mise sur la diversification pour assurer sa pérennité.

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Cacolac
Difficile de résister, hein ? – Crédit photo : CACOLAC

D’abord, la laiterie de la Benauge


En 1860, la rive droite de la Garonne, à Bordeaux, n’affiche pas la même vitalité urbaine que le centre de la ville. Les lieux se composent essentiellement de vignes et de prairies, dont celles situées au nord-est du quartier de la Benauge, sur lesquelles paissent les vaches de Marie Bacquey. Cette dernière, à la tête d’une petite laiterie, profite de l’enthousiasme de son gendre, Dominique Lanneluc, aux grandes ambitions. Dès 1896, l’établissement produit 300 litres de lait à l’heure, grâce aux nouvelles chaudières de cuisson au bain-marie. Au fil des années, la laiterie se dote d’une écrémeuse centrifuge, d’une machine frigorifique pasteurisatrice et d’une ligne semi-automatique d’embouteillage.

Il faut attendre l’année 1928 pour que la société Laiterie de la Benauge – Dominique Lanneluc et Fils voit officiellement le jour. À la Libération, les enfants reprennent l’affaire, développent l’activité de stérilisation et lancent la production de petits suisses, de beurre et de yaourts.

En 1947, les frères Lanneluc s’associent à la famille Lauseig, propriétaire d’une laiterie à Pompignac, non loin de Bordeaux. Ensemble, ils créent La Laiterie de la Benauge, suffisamment importante pour approvisionner la région bordelaise en produits laitiers, dont la crème fouettée « La Chantilly de Fontainebleau ».

C’est lors d’un voyage d’affaires aux Pays-Bas en 1952 que Robert Lauseig découvre le lait frais aromatisé dans les rayons d’un supermarché. Intéressé, il décide d’élaborer sa propre recette en mélangeant du lait, du cacao et du sucre, le produit final étant ensuite stérilisé. Bingo ! Deux ans plus tard, l’entreprise donne naissance à Cacolac, tiré des mots « cacao » et « lacté ».

L’émergence d’une marque nationale


Robert Lauseig et Charles Lanneluc savent également faire preuve d’ingéniosité, notamment en publicité. Afin d’assurer un lancement original et percutant de leur boisson chocolatée, les deux hommes envoient sur les routes de la région puis du pays des camionnettes publicitaires, qui suscitent l’attention du public. Buzz assuré.

Cacolac commence à être distribué dans les bars et les cafés, sous la forme de petites bouteilles en verre, idéales pour conserver la qualité du breuvage. Devenu actionnaire majoritaire, Robert Lauseig cède l’activité de dessert lacté à la société Chambourcy et, en 1970, fonde Cacolac SA, uniquement dédiée à la pépite chocolatée.

affiche vintage cacolac
Les premières affiches publicitaires de Cacolac apparaissent.

Il convient dès lors de répondre à la demande exponentielle des clients. L’entreprise s’appuie sur un pasteurisateur d’une capacité de sept mille litres par heure, deux chaînes d’embouteillage et quatre compresseurs frigorifiques. Afin de préserver le tissu local, un fournisseur du Lot-et-Garonne assure la livraison de près de 85 % de la matière première, le lait.

En 1971, Cacolac investit dans sa première campagne publicitaire nationale, se hissant parmi les marques bien identifiées par le grand public. La compagnie s’agrandit dans le quartier de la Benauge, qui voit s’ériger une tour de stérilisation au cœur de la nouvelle usine. Afin de conquérir la grande distribution en cette période de consommation frénétique, Cacolac accepte de commercialiser son produit en canette.

Et le succès est au rendez-vous. Dans les années 1980, la firme vend plus de 30 millions d’unités chaque année. Sous l’impulsion de son directeur général, François Bénard, Cacolac assoit sa réputation en se tournant vers le sponsoring, notamment celui du bateau de course d’Yves Parlier, Cacolac d’Aquitaine. Le monocoque de 60 pieds s’impose dans sa catégorie lors de la première Transat Jacques Vabre organisée en 1993 et remporte la Route du Rhum un an plus tard.

C’est aussi l’heure de la diversification. François Bénard n’hésite pas à lancer sur le marché Cacolac Café, Vanille et Menthe. Cacolac est sur un petit nuage (lacté).

Les soubresauts des années 2000


L’entreprise quitte définitivement Bordeaux en 2000 pour intégrer sa nouvelle usine de 8 000 m² à Léognan. Si la marque reste appréciée des consommateurs, le marché a évolué. « Le début des années 2000 a été plus compliqué. On a été noyé face à la concurrence. Nous avons aussi réalisé de très gros investissements industriels, au détriment des budgets marketing et communication. Et malheureusement, on est un peu passé aux oubliettes » constate Christian Maviel, l’actuel PDG, au micro de France Info.

Les ventes stagnent, le réseau des cafés et restaurants ne distribue plus la petite bouteille couleur caramel et le PDG de l’entreprise, Bernard Maviel, neveu de Robert Lauseig, doit faire face à des problèmes de santé. En 2011, la société familiale est cédée à Trixaim Investissements, une holding dédiée à la nutrition santé, qui souhaite doubler le chiffre d’affaires et enrichir la gamme des produits estampillés Cacolac.

Les nouveaux propriétaires jouent également la carte de la diversification, en développant l’activité de mise en canette d’un vin du Sud-Ouest destiné à l’exportation. La stratégie porte ses fruits puisque les ventes globales augmentent de 11 % en 2014.

Un an plus tard, un retournement de situation replace la famille Maviel sur les starting-blocks. « Trixaim voulait créer des synergies entre Cacolac et une autre entité du fonds, Balarama, un fabricant de barres diététiques, liquidée fin 2014. Mais il était en mauvaise santé, ce qui a déstabilisé Cacolac. En novembre, le fonds a fait part de sa volonté de quitter le capital en me proposant de racheter la société. J’ai dû monter l’offre de reprise en trois semaines, avec l’appui d’un cabinet spécialisé et de l’avocat de l’entreprise » raconte Christian Maviel, le fils de Bernard, à Beaboss.fr, le site des dirigeants des PME.

Retour dans le giron familial et nouvelles perspectives


Épaulé par son père, sa sœur et deux entrepreneurs locaux, Christian réunit 1,6 million d’euros en fonds propres, rachète les parts et reprend le contrôle de l’entreprise. Une aide de la Région Aquitaine contribue à l’augmentation du capital et au nouveau départ de Cacolac.

S’il n’est pas envisagé un seul instant de toucher au produit star de l’entreprise, sa pérennité passe aussi par la diversification, initiée par le fonds d’investissement. En 2024, 10 millions d’euros sont consentis en faveur de la nouvelle usine, ICT Drinks. Son objectif ? Doubler le potentiel de remplissage de canettes de vin et de bière, pour une production annuelle comprise entre 20 et 40 millions d’unités. Les canettes de vin blanc et de rosé se destinent particulièrement bien au réfrigérateur et permettent de nouvelles habitudes de consommation (dans le respect d’une certaine modération). Aujourd’hui, Cacolac vise 50 % de son chiffre d’affaires via le conditionnement pour le compte de tiers.

Il s’agit aussi de réintégrer le réseau des cafés, hôtels et restaurants en proposant « un chocolat chaud prêt à servir, alternative pratique et plus rapide au chocolat en poudre régulièrement utilisé dans les bars. Ce Cacolac pour professionnel nous ramène aux sources de la marque. Au début de l’aventure en 1954, Cacolac visait les bars et les cafés pour clientèle » précise Christian Maviel au journal Sud-Ouest.

La grande distribution reste néanmoins le fer de lance de Cacolac. Continuer de séduire les consommateurs suppose d’enrichir la gamme et de nouer des partenariats stratégiques. Pour faire suite au lancement de Cacolac Praliné-Noisette et Caramel en 2014, l’entreprise conçoit « Mon premier Cacolac » en 2020, conditionné en briquette Tetra Pak® de 20 cl et destiné aux enfants. L’année suivante, « Mon premier Cacolac » à la fraise ou aux fruits tropicaux vient enrichir la gamme.

Cacolac forever !


Les jeunes et les adultes ne sont pas pour autant oubliés. Pour fêter ses 70 ans, Cacolac a élaboré l’année dernière une nouvelle collection, intitulée Barista. « En se parant d’un look « hipster » sur ses briques, Cacolac cherche à séduire avec trois saveurs audacieuses : Noir Intense, un hommage puissant au cacao ; Chaï, un mélange osé de chocolat et d’épices chaï ; et Moka, la rencontre harmonieuse entre café et chocolat » nous apprend La Veille des Innovations Alimentaires sur son site.

Impossible pour la marque d’ignorer la mode qui entoure le fameux chocolat Dubaï, fourré à la pistache, en proposant une édition spéciale. Grâce à une recette dédiée et à une canette un brin flashy, Cacolac Dubaï Style s’invite joyeusement auprès d’une communauté peut-être pas habituée au lait chocolaté.

En termes de partenariat, Cacolac permet à la marque Panda Tea de conditionner ses thés bio en canettes et de lui ouvrir les rayons des grandes et moyennes surfaces. « Ce partenariat repose sur une vision commune : offrir des boissons plus saines, naturelles et durables » indique Delphine Marnot, la directrice générale de Cacolac, à la revue professionnelle LSA.

Mais Cacolac s’implique aussi au-delà du seul périmètre des boissons. En 2024, l’entreprise girondine conclut un accord avec la PME provençale Yetigel, dédiée aux glaces à l’eau à base d’ingrédients naturels. Le public peut désormais se régaler de fudges et de mousses glacées frappés du logo Cacolac, avec la promesse de retrouver la saveur de la boisson originale.

L’avenir semble se dessiner sereinement pour Cacolac. La poursuite de son sponsoring du club de rugby UBB jusqu’en 2026 lui assure une promotion constante, au vu des excellents résultats de l’équipe bordelaise.

Autre signe de pérennité : le soin apporté aux questions de responsabilité sociétale des entreprises. Son engagement lui a permis en 2022 de recevoir le label PME+, qui récompense ses choix durables, comme nous le détaille le magazine Faire Savoir Faire : « matières premières locales, réduction de l’empreinte environnementale, emballages 100 % recyclables, lutte contre le gaspillage, affichage Nutri-Score, défense de la parité, stratégie de formation continue, amélioration du confort au travail… »

pin maritime

Le nématode du pin inquiète les sylviculteurs des Landes

Le nématode du pin inquiète les sylviculteurs des Landes


Depuis la détection d’un foyer en novembre dernier dans la forêt de Seignosse, les autorités renforcent leur observation et procèdent à des abattages sanitaires.

forêt landaise
Crédit photo : Kaitch_photo – CC BY-NC-SA 2.0 – Flickr

Un ver microscopique qui provoque le dépérissement rapide du pin

Le nématode du pin (Bursaphelenchus xylophilus) est un ver microscopique, long de moins d’un millimètre, d’origine nord‑américaine, classé organisme de quarantaine prioritaire par l’UE. Le ravageur colonise les vaisseaux conducteurs de sève, bloque la circulation de l’eau et contribue au jaunissement de l’arbre, qui se dessèche et meurt rapidement, en quelques semaines ou quelques mois.

Son impact pourrait être important s’il venait à proliférer au sein de la forêt des Landes de Gascogne, considérée à haut risque en raison de son caractère très homogène (monoculture de pin maritime).

Le parasite se déplace très peu seul et dépend d’un insecte vecteur, le longicorne du pin, qui le transporte d’un arbre à l’autre lors de ses vols et de ses pontes.

Pour éviter sa propagation à d’autres massifs forestiers de résineux, le préfet de région de Nouvelle-Aquitaine a d’abord pris un arrêté qui interdit la circulation des végétaux sensibles, des bois et écorces des espèces de résineux sensibles ainsi que l’ensemble des travaux d’exploitation (coupes, éclaircies, débardages, dessouchages, taille, élagage) dans une zone de 20 kilomètres autour des foyers détectés.

Il a ensuite été décidé d’établir une zone réglementée autour du foyer : zone infestée (rayon 500 m) où tous les résineux sensibles doivent être abattus et broyés, et vaste zone tampon d’environ 20–20,5 km de rayon, couvrant plusieurs dizaines de milliers d’hectares et plus de 50 communes landaises.

Préserver la forêt landaise

Les scientifiques et les services de l’État estiment que l’éradication complète est peu probable et que les conséquences pourraient être majeures : mortalité rapide des pins, modification profonde des paysages sur environ 818 000 ha de massif forestier aquitain, et impact économique pour la filière bois et le tourisme.

La stratégie repose donc sur différents axes : la prévention (contrôle des bois, normes phytosanitaires), la détection précoce, l’abattage et la destruction des arbres contaminés, la diversification des essences pour limiter les risques à long terme.

Pour Éric Dumontet, secrétaire général du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest cité par Le Parisien, le nématode du pin est « une vraie saloperie ». Son inquiétude se nourrit des situations observées en Chine ou au Japon, où le ver a tué plusieurs millions d’arbres. Un tel scénario en France serait dévastateur pour la filière sylvicole et même pour l’identité du département des Landes.

Les abattages sanitaires s’imposent donc comme la première mesure concrète. Les propriétaires forestiers devraient bénéficier d’un accompagnement financier de l’État, à hauteur de 4000 euros par arbre coupé. L’aide englobe l’abattage, le broyage, le transport et le traitement des arbres contaminés.

Près de 30 000 pins seraient concernés. Si certains professionnels approuvent ces coupes rases, d’autres espèrent des actions moins radicales : « Ce n’est pas simple, car mes pins sont au milieu des chênes, et il est hors de question d’accepter que ceux-ci soient cassés dans l’opération » confie l’un d’eux au micro France 3. À ses yeux, des éliminations ciblées garantiraient le même résultat.